Il ne vous a pas échappé que je trouvais quelques fondements rationnels à la mixité sociale. Mais quand les éléphants, éléphanteaux, éléphanticules, et éléphantilles nous abreuve de ce concept, ils réinventent tout simplement l'eau chaude. Je risque d'être aujourd'hui un peu long, mais ça vaut le coup. Je voudrais commencer par citer l'excellent Jacques HEERS qui nous dit ceci :
"L'application, et même l'acharnement, à découper les sociétés du passé en tranches horizontales, la plupart de pure invention, pour les opposer les unes aux autres, fit que l'on a volontairement ignoré les solidarités verticales, LES SEULES POURTANT QUE LE CHERCHEUR RENCONTRE DANS LES TEXTES (les majuscules sont de votre serviteur). Les maîtres de l'histoire encombrée du marxisme, leurs disciples et leurs continuateurs, ne pouvaient imaginer que des hommes et des femmes de conditions, de métiers et de fortune différents aient pu se rencontrer, se rassembler et s'unir." Et l'auteur de nous citer l'existence en Italie, en Espagne, dans l'ancien Empire germanique et même dans certaines régions de France, de clans familiaux "regroupant, dit-il, des personnes de toutes sortes sortes, des riches patriciens aux humbles artisans, parfois même jusqu'aux esclaves affranchis." Et d'énumérer les consorterie de Toscane, les alberghi de Gênes (les SPINOLA par exemple) qui pouvaient compter jusqu'à 300 mâles, les Geschlecht d'Allemagne. On sait que sous l'Ancien Régime, la plupart des solidarités sociales étaient des blocs d'immeubles, "rassemblant en un étroit voisinage, parfois en un seul palais, d'un étage à l'autre, des hommes et des familles de divers degrés dans l'échelle des fortunes et des notoriétés. Patrons et protégés cela nous choque, mais cela était ordinaire."
J'avais été frappé de voir que dans la cité des papes, en Avignon, les beaux immeubles de pierre blanche présentent des fenêtres très ornées et très grandes au premier étage, un peu moins ornées et un peu plus petites au second, et de moins en moins grandes et ornées au fur et à mesure que l'on monte dans les étages. J'en ai l'explication dans ce texte. Comme ces bâtiments n'ont qu'une grande porte, je suppose que leurs habitants ne pouvaient pas faire autrement que de se croiser dans l'entrée quand ils rentraient ou sortaient.
Poursuivons notre enquête et voyons comment, à Paris, par exemple, les quartiers se sont individualisés en quartiers dits "populaires" et en quartiers dits "bourgeois". Philippe ARIES, que j'ai eu l'honneur de rencontrer chez mes parents lorsque j'étais jeune homme, note que cette séparation date pour l'essentiel de la Révolution. Sous l'Ancien Régime, riches et pauvres vivaient dans les mêmes immeubles, les aristocrates au premier étage, dit étage noble, les bourgeois au second, et les ouvriers aux étages supérieurs. Jean DUMONT dans son remarquable ouvrage "La Révolution française ou les prodiges du sacrilège", commente ces travaux et note : "Les distances sociales que faisent apparaître les différences de vêtements, le port ou non de l'épée, les marques de respect, les titres, étaient d'autant plus nettes, qu'elles compensaient sans l'annuler, la familiarité de l'habitat commun". Et c'est "par honte implicite de l'argent trop vite ou trop mal gagné, [que le] nouveau riche républicain fuira le contact de l'ouvrier. Il fera ses nouveaux quartiers pour lui seul et ses pareils : à Paris, les quartiers de la rive droite de la Seine, s'avançant en direction de l'Ouest, de la Chaussée d'Antin au Roule".
En somme, avec ce "concept" fumeux de mixité sociale, qui présuppose la division de la société en classes, les éléphants, etc. réinventent une roue que leur idéologie s'est acharnée à détruire. Ont-ils l'intelligence assez fine pour comprendre la différence en un ordre et une classe sociale, initialement pure invention, aujourd'hui hélas, réalité - au moins dans les têtes ? Un ordre correspond à un état de vie (on dit du reste le Tiers Etat), c'est à dire à une fonction sociale. Dans les sociétés aryennes, il y en avait trois les prêtres, les guerriers, et tous les autres.
La conclusion va à mon cher Gustave THIBON. "Il est historiquement acquis, dit-il dans ses "Diagnostics", que les crises révolutionnaires (lesquelles devraient, en soi, provoquer dans la Cité une réaction salutaire, point de départ d'une nouvelle harmonie) finissent généralement très mal et cèdent la place en mourant à un régime plus impur que le régime qu'elles ont tué. Péguy parlaient déjà des 'révolutions plus mortes que des trônes' ".
Tant que je respirerai, je ne cesserai de lutter contre le mensonge d'état qu'est la dissimulation voulue, planifiée et honteuse de l'histoire sanglante de la Révolution Française. Ce n'est pas être conservateur ou réactionnaire. C'est être un amoureux des faits et de la vérité.