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vendredi 26 août 2016

26 août 2016. Nouvelles de la Résistance. Il est temps de rompre le pacte avec le diable.

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Ce n’est pas l’ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c’est la lâcheté !
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1. LA CITATION DU JOUR.
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"Le diable considéra alors que l’Homme moderne avait mordu suffisamment bien à son hameçon et choisit ce moment pour annoncer qu’un pacte existait et qu’il fallait commencer à payer pour ses largesses passées. Avant la fin de ce XVIIIe siècle, et surtout à de nombreuses reprises depuis, il continua à présenter son ardoise. Il ne voulut cependant pas apparaître en personne, mais préféra inspirer quelques sombres prophètes, auxquels il donna pour mission de révéler aux hommes le montant qu’ils auraient à régler. Si tu veux garder la liberté, dirent ces prophètes à leur contemporain, tu auras à t’acquitter d’un triple prix, en te séparant d’abord de ton Dieu, ensuite de ton prochain et finalement de toi-même.

Plus de Dieu : tu n’auras aucune raison de croire qu’il existe un être au-dessus de toi, une entité dont la valeur serait supérieure à celle de ta propre vie ; tu n’auras plus ni d’idéaux ni de valeurs : tu seras un « matérialiste ». Plus de prochain : les autre hommes, à ton côté et non plus au-dessus de toi, continueront d’exister, bien entendu, mais ils ne compteront plus pour toi. Ton cercle se rétrécira : d’abord à tes connaissances, ensuite à ta famille immédiate, pour se limiter enfin à toi-même ; tu seras un « individualiste ». Tu essaieras alors de t’accrocher à ton moi, mais celui-ci sera à son tour menacé de dislocation. Tu seras traversé par des courants sur lesquels tu n’auras aucune prise ; tu croiras décider, choisir et vouloir librement, alors qu’en vérité ces forces souterraines le feront à ta place, de sorte que tu perdras les avantages qui t’avaient semblé justifier tous ces sacrifices. Ce moi ne sera plus qu’une collection hétéroclite de pulsions, une dispersion à l’infini ; tu seras un être aliéné et inauthentique, ne méritant plus d’être appelé « sujet »."
In
Tzvetan TODOROV.
Le Jardin imparfait. La pensée humaniste en France. (Collection dirigée par Jean-Paul ENTHOVEN ; Biblio essais ; Le Livre de Poche N°4297.)
[Le Livre de Poche], Grasset, Paris, 2006, p. 10
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2. COMMENTAIRES.
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Vous remarquerez que depuis quelques jours, la tonalité de mes billets porte sur le statut de l’être humain. Pour être juste avec TODOROV, il convient de dire que ces propos ici présentés sont introductifs et qu’il s’efforce de démontrer que ce constat n'est que partiellement justifié dans le reste de son ouvrage. Néanmoins, il convient, au point où nous en sommes, de nous poser les questions que soulève TODOROV.
Avec la laïcité furieuse de nos gouvernants actuels, avec l’œuvre de déconstruction historique de la patrie, entreprise par l’éducation nationale, avec le rejet de la reconnaissance des origines chrétiennes de l’Europe (Merci MM. CHIRAC et JOSPIN), nous avons en effet acté la séparation d’avec Dieu. D’autres, ailleurs, en Orient notamment, payent de leur sang la fidélité à ce Dieu que nous avons apostasié avec allégresse. Nous récoltons les fruits de notre reniement avec la multiplication des actes commis, paraît-il, par des « déséquilibrés » au cri d’Allahou akbar.
Avec la multiplication des allocations de toutes sortes, l’état nous a déchargés du soin de notre prochain. Pourquoi ressentirions-nous l’urgence de nous rendre prochain de l’autre, puisque l’État prétend le faire à notre place.
Avec la floraison des publications de penseurs fumeux ou célèbres, concernant la mort du sujet, nous avons renoncé à l’exercice de nos libertés, c’est-à-dire à la réflexion, à la pensée, et aux droits imprescriptibles de notre conscience. Qu’est-ce qu’en effet la liberté de conscience si ce n’est le droit du sujet. Plus de sujet, plus de liberté de conscience ; nous nous exilons de nous-mêmes et l’homme est en train de crever au profit de la machine qui bientôt le remplacera.
À cet égard, les prochaines élections présidentielles seront déterminantes. Il en va de l’avenir de notre patrie, de l’Europe (la vraie, pas celle de monsieur JUNCKER), et probablement de la part d’humanité qui nous habite et qui a fait la grandeur de la France.
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3. INFORMATIONS DIVERSES.
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Traumatisme de mères porteuses indiennes ; négation de l’humanité, négation du prochain, négation de Dieu : du site généthique.

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Eux ne renient pas leur Dieu. Du site Aleteia :




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Et m… à l’Europe à la JUNCKER ! (Du site Citizen Go)

Je vous invite à signer la pétition.



Le rapport de la députée néerlandaise, Sophia in 't VELD, du groupe ALDE (Libéraux Démocrates), propose de mettre en place un outil de notation politique pour chaque état-membre de l’Union Européenne. L’objectif ? Sanctionner les peuples et les pays qui ne se conformeraient pas aux valeurs "démocratiques" imposées par Bruxelles.
Empêchez-ça, signez cette pétition


Pour de nombreux responsables politiques européens, ces "valeurs démocratiques" sont, en particulier, "l'égalité" et la "non-discrimination". Ces deux notions sont à la base de toutes les revendications transsexuelles, bisexuelles, lesbiennes et gay concernant le "mariage" homosexué, l'adoption par les homosexuels, la PMA et la GPA.

Empêchez-ça, signez cette pétition


Ce rapport, s'il est mis en application, permettrait de considérer qu'un pays n'acceptant pas les prétendues "avancées sociétales" ne respectent pas les "droits fondamentaux" des citoyens (application de l'article 21 de la Charte des droits fondamentaux qui dit en particulier qu'il ne peut y avoir de discrimination sur l'orientation sexuelle, par exemple). Autrement dit, il ne respecterait pas les « Droits de l’Homme »…
C’est une manière inédite, en Europe, d’empêcher tout retour sur ces lois délirantes.
Ainsi, le Parlement Européen, la Commission et le Conseil s'arrogeraient le droit [droit qu’ils n’ont pas] de modifier les objectifs et la nature même de l’Union Européenne telle que définie dans les Traités, sans que les citoyens européens n’aient été consultés
C’est illégal, c’est anti-démocratique et c’est dangereux pour nos libertés.
Cette pétition est portée par "Europe for Family", association initiée par "La Manif pour Tous", mais également présente en Allemagne, en Pologne et dans d'autres pays européens.  
Merci pour votre aide,
Stéphane Duté et toute l’équipe de CitizenGO






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samedi 20 août 2016

20 août 2016. Nouvelles de la Résistance. A propos de la Fraternité, l'opposé de l'égalité, ou le prochain contre le ressentiment.

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Ce n’est pas l’ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c’est la lâcheté !
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1. LA CITATION DU JOUR.
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"[...]. Nous sommes si habitués à voir les mots égalité et fraternité accouplés, que nous ne nous demandons même pas s’il y a compatibilité entre les idées que ces mot désignent. Mais la réflexion permet justement de reconnaître que ces idées correspondent, pour parler comme RILKE, à des directions du cœur absolument opposées. L’égalité traduit une sorte d’affirmation spontanée qui est celle de la prétention et du ressentiment : je suis ton égal, je ne vaux pas moins que toi. En d’autres termes, l’égalité est centrée sur la conscience revendicatrice de soi. La fraternité au contraire est centrée sur l’autre : tu es mon frère. Ici tout se passe comme si la conscience se projetait vers l’autre, vers le prochain. […]. Dire à l’autre : tu es mon égal, c’est en réalité se placer en dehors des conditions effectives d’appréhension concrète qui sont les nôtres. À moins que cela ne veuille dire : tu as les mêmes droits, formule purement juridique et pragmatique dont le contenu métaphysique est à peu près inélucidable."
In
Gabriel Marcel.
Les hommes contre l’humain.
La Colombe, Éditions du Vieux Colombier, Paris, 1951, p. 154-155.
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2. COMMENTAIRES.
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À plusieurs reprises, dans mes billets, j’ai souligné le caractère abstrait des deux premier mots de la devise de la soi-disant République : Liberté, Égalité, et le caractère concret du troisième, celui de Fraternité. Il se trouve que la fraternité, telle qu’en parle si bien Gabriel MARCEL, est la soixantième roue du carrosse de la pensée politique contemporaine en général, et socialiste en particulier. La notion de fraternité, chez les socialistes, a tendance à s’appliquer à ceux qui partagent leurs croyances au sein des loges maçonniques et qu’ils appellent justement de frères ; elle ne semble pas s’étendre à ceux des Français qui ne partagent pas les idéaux desdites loges. Celles-ci n’ont pas de mots assez durs pour désigner, par exemple, les adhérents de La Manif Pour Tous, sous les noms de fachos, d’intégristes, de rétrogrades. Il me semblerait plus juste de comprendre les raisons profondes qui jettent des centaines de milliers de Français sur le pavé de la capitale.
L’égalité formelle, juridique et pragmatique établie sur les bases d’un droit purement positif, lui-même fondé sur des options anthropologiques hasardeuses, repose effectivement sur l’exploitation du ressentiment nietzschéen : pourquoi lui et pas moi ? Elle alimente la violence parce qu’elle accroît l’indifférenciation, et par conséquent le désir mimétique (si bien analysé par le très regretté René GIRARD). La fraternité a une tout autre couleur, et Gabriel MARCEL le souligne bien.
Voilà pourquoi (voir mon billet d’hier) en déniant aux plus petits l’accès au plus haut des savoirs, madame VALLAUD-BELKACEM a blessé la fraternité, et n’a pas fait croître d’un pouce l’égalité formelle et pragmatique, comme je l’ai dit hier : elle l'a au contraire aggravée, en aggravant le ressentiment.
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3. INFORMATIONS DIVERSES.
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Il n'a pas eu de bol, mais nous non plus ! (Du site du Boulevard Voltaire.)

"Depuis hier, plusieurs magazines et journaux nous livrent quelques morceaux choisis du livre Conversations privées avec le Président. Pas moins de 32 entretiens ont été nécessaires aux auteurs (deux journalistes, l’un d’Europe 1, l’autre de France 2) pour recueillir les confidences du Président. Un rythme effréné mais François Hollande a toujours adoré le contact des journalistes. On imagine qu’il a dû se délecter. Eux aussi, sans doute.
Certains extraits nous laissent tout de même pantois, notamment celui concernant la fameuse inversion de la courbe du chômage : « Je n’ai pas eu de bol », a carrément avoué – et pas sous la torture, on l’imagine bien – le Président. Nous non plus, d’ailleurs, nous n’avons pas eu de bol ! Cette phrase magique aurait, du reste, pu faire un magnifique sous-titre à ce livre. Quel sens de la formule, en tout cas. Imaginez de Gaulle après le Petit-Clamart, recevant le journaliste Michel Droit ou son ministre-écrivain André Malraux et se confiant sans détour, ni alexandrin : « P…, j’ai eu du c… ! » Cela aurait eu de la gueule, non ? Vous me direz qu’il s’agit de conversations privées avec le Président. Alors, si c’est privé, ce n’est pas avec le Président."

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À lire, de toute urgence, cet article passionnant, publié sur le site du Figaro : une interview de Brice COUTURIER.









samedi 31 octobre 2009

La justice du Royaume et le surcroît

Roparzh commente mon dernier billet par un verset de l'Evangile : "Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît". Le propos est laconique ; il est pourtant d'une justesse absolue.
Pour ne pas tomber dans l'utopie ou l'illusion qu'il est facile d'instaurer la Cité de Dieu sur la Terre (ou l'ersatz d'une Cité humaine déifiée), mais pour ne pas perdre de vue que c'est bien l'impératif absolu de tous les disciples de Jésus que d'indiquer l'unique voie possible du bonheur terrestre (eh oui !), il faut s'efforcer de trouver une solution qui respecte la liberté de tout être humain - celle de croire et de suivre ; celle de ne pas croire et de ne pas suivre. C'est bien là la difficulté.
Nous avons dans la Parole de précieuses indications, celle-ci par exemple : "Petits enfants, n'aimons ni de mots ni de langue, mais en actes véritablement. A cela nous saurons que nous sommes de la Vérité" (1Jn 3 18) et l'injonction est précédée (verset 17) de ce jugement: "Si quelqu'un, jouissant des richesses du monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ?"
Peut-on être plus clair ?
Et ceci encore : "D'où viennent les guerres, d'où viennent les batailles parmi vous ? N'est-ce pas précisément de vos passions, qui combattent dans vos membres ? Vous convoitez et ne possédez pas ? Alors vous tuez. Vous êtes jaloux et ne pouvez obtenir ? Alors vous bataillez et vous faites la guerre. Vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas. Vous demandez et ne recevez pas parce que vous demandez mal, afin de dépenser pour vos passions." (Jc 4, 1-3)
Le disciple est dépourvu de toute volonté de pouvoir. Son Maître lui a donné l'exemple au soir du Jeudi Saint en lavant les pieds de ses amis.
Le disciple n'attend pas que l'initiative du partage lui vienne des autres, et surtout pas du politique, le champ clos des passions.
Le disciple donne avec discrétion, et "sa main gauche ignore ce que fait [= donne] sa main droite".
Le disciple voit un frère en tout être humain.
Tout cela est plus facile à écrire qu'à mettre en pratique, et pourtant, il n'y a aucune autre solution humaine à nos problèmes humains. Et c'est pourquoi Simone WEIL écrit dans ce livre décidément inépuisable (Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale) ceci qui ferme la boucle :
"La bonne volonté éclairée des hommes agissant en tant qu'individus est l'unique principe possible du progrès social ; si les nécessités sociales, une fois clairement perçues, se révélaient comme étant hors de portée de cette bonne volonté, au même titre que celles [les nécessités] qui régissent les astres, chacun n'aurait plus qu'à regarder se dérouler l'histoire comme on regarde se dérouler les saisons, en faisant son possible pour éviter à lui-même et aux êtres aimés le malheur d'être soit un instrument soit une victime de l'oppression sociale."
Lisez et relisez, méditez cette réflexion jaillie de l'âme d'une très grande philosophe, et d'une admirable mystique. Et mesurez combien elle est juste. Comment faire alors, me disait au téléphone hier, une lectrice de Marseille ? Commençons par regarder autour de nous, et voyons comment par un regard, une parole, un partage, il est possible de mettre de la joie et de la paix autour de nous. Partager un paquet de gâteau avec son voisin de métro, ou un bonbon, prêter son journal au voyageur qui dans le train s'ennuie. Regarder, faire attention aux personnes que nous croisons, ne pas les considérer comme des vitres transparentes, leur sourire, admirer le bébé d'une jeune maman, etc., petites choses, petits débuts, grands effets pacificateurs.
Ensuite, et très certainement, ne pas considérer que l'impôt est le seul et unique moyen de redistribution des richesses, et donner, avec discernement (je vous avouerai qu'il est arrivé à tel ou tel que je connais très bien... d'avoir été trompé) mais largement. Il existe de très nombreuses associations caritatives : Caritas-Secours Catholique, Restos du Coeur, Emmaüs, Médecins sans frontières, Association pour l'enfance abandonnée, etc) à qui l'on peut donner les yeux fermées. Il suffit d'avoir un peu d'imagination. Et puis surtout partager une parole, parler, sans crainte. Souvent un sourire ou une petite question à celui qui quête dans la rue est un bien meilleur baume qu'un gros billet, car il réintroduit l'exclu dans la société des hommes.
Enfin, mais j'ai des lecteurs qui peut-être vont rire, demander, mais bien, demander dans la prière, non pour le service de nos passions, mais pour son Règne vienne. Je ne sais si ces quelques pistes satisfairont Suzanna... J'espère que oui.
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PS : "Laconique" vient de ce que les habitants de Sparte en Laconie, recevant des émissaires étrangers venus les menacer s'ils ne consentent pas à se plier à leur exigences, ont fait une réponse restée célèbre à leurs menaces :
"Si nous rentrons dans vos murs, nous ruinerons votre cité, et ses habitants seront réduits en esclavage !
Si..."
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C'est tout pour aujourd'hui.
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lundi 1 juin 2009

Histoire vécue

Elle s'appelait Caroline. Elle est morte alors qu'elle avait à peine trente ans. Elle attendait un bébé.
C'est ce que m'a raconté son mari, Issa, qui quémandait une pièce à l'entrée du métro.
Donc, j'allais chercher ma baguette quotidienne. Le boulanger que je fréquente fait un pain délicieux. On en perçoit déjà l'odeur à dix mètres de la boutique tant il est bien fait, à l'ancienne. Bienheureuse France qui héberge de tels artisans ! Personne au monde ne sait faire un pain aussi bon que chez nous, sans chauvinisme.
A la bouche du métro, un homme, sans doute d'origine nord-africaine, manifestement fait la manche. Il m'apostrophe. Apostropher, du reste, n'est pas vraiment le mot. Car il parle d'une voix plutôt basse et lasse. Il a l'air accablé.
J'avoue que je supporte de plus en plus mal ces dizaines de sollicitations qui sont faites au passant dans la rue, ou au voyageur dans le métro. Je lui réponds que je ne puis donner à tout le monde et que j'ai atteint pour le mois le quota de ce que j'ai décidé de donner. Il me dit qu'il comprend. Je ne sais pas pourquoi, mais je lui réponds tout à trac : "Attendez-moi là, je vais faire de la monnaie". Il attend.
Baguette en main, je reviens et fais ce que me dit ma conscience. Remerciement ! Et en plus un petit mot que je garde pour moi. Je lui réponds que je n'ai rien fait d'extraordinaire - car il n'y a rien d'extraordinaire - et que je m'efforce de suivre ce qu'a dit Jésus. Voici, presque mot pour mot, ce qu'il me répond :
Mais je m'appelle Jésus, Issa ! C'est le prénom que m'ont donné mes parents. Je viens de perdre ma femme, Caroline. Elle attendait un bébé. Elle est morte des suites d'un traitement inadapté à l'hôpital de X... Elle est morte en disant : "Je pense à toi mon bébé ; je vais au paradis ; je serai avec toi." (La douleur est sèche, sans larme, effroyable et poignante.)
Je suis kabyle. J'ai été baptisé par Monseigneur (il utilise en réalité le mot "Maître") LUSTIGER à la cathédrale Notre-Dame.
Issa est momentanément privé de logement, car son appartement est sous scellé. La police enquête sur la mort de sa femme.
Nous faisons un bout de chemin ensemble. Nous parlons. Il m'explique qu'il a créé une petite entreprise. Et il me dit : "Je vais pouvoir prendre un café avec ce que vous m'avez donné". Nous nous quittons sur le mot qu'il m'adresse : "Que Dieu vous garde".
Je n'ai pu m'empêcher de penser à la Parabole du jugement : "Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous l'avez fait". J'avais rencontré Jésus.
Comprenez bien, je vous en supplie, que je ne désire pas me mettre en scène, mais simplement donner un exemple de ce qui peut advenir quand on reconnaît en l'autre son semblable, et qu'on prend la peine de l'écouter. Il y a sans doute des milliers d'Issa que nous croisons sans les voir. Peut-être pourrions-nous y faire un peu plus attention, et sans forcément donner de l'argent, leur faire le don d'une parole fraternelle.