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samedi 31 décembre 2011

Le temps qui passe

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Nous aurons demain changé d'année. Et ce changement, si simple en apparence, renverra au domaine du passé les événements de l'année disparue. En parcourant le livre délicieux de Jean d'ORMESSON intitulé C'est une chose étrange à la fin que le monde, je trouve cette phrase que notre Académicien prête à Michel-Ange. Comment ne pas vous la livrer au moment où le temps va accoucher d'une année dont nous ne savons ce qu'elle va donner en grandissant ?
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"Dieu a donné une soeur au souvenir. Il l'a appelée l'espérance."
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C'est très exactement dans cet état d'esprit que je vous souhaite d'aborder l'année 2012. La défunte nous laisse sur des mouvements intérieurs pénibles ? La nouvelle, pourvu que nous nous y appliquions, peut se révéler féconde, pleine d'imprévus, de rencontres et de découvertes, de salutaires prises de conscience, et nous pousser à mettre en acte et en musique les pieuses intentions de "ceux qui nous veulent du bien", j'ai nommé les hommes politiques. Ils me font penser à ces généraux prétendus italiens qui clameraient sur le champ de manoeuvre à l'intention de leurs troupes : "Armons-nous et partez !". Eh bien partons, et ne nous soucions pas de ces importants. Ils ont impuissants, qui qu'ils soient, à changer quoi que ce soit, parce qu'ils ne voient pas.
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Un petit bonjour à ce jardinier de la Ville de Paris, un émerveillement devant cet enfant porté sur le sein de son père, un arrêt amical avec cette dame seule qui ne vit que pour son petit chien, délaissée qu'elle est par ses proches ou ses voisins, une porte de sortie de métro tenue pour le voyageur qui nous suit, un merci à cet ouvrier africain qui justement nous la tient, une petite pièce à cette femme qui fait la manche, tout cela est minuscule. Maintenant, imaginez que tous les voyageurs du métro en fasse autant, que tous les passants prennent la peine de voir passer leurs semblables et de les tenir pour existants à leurs yeux ? Certes, le foutu pouvoir d'achat n'en serait pas revalorisé pour autant, mais déjà l'air serait plus respirable. Imaginez encore que, pourvu du nécessaire, et de superflu, vous acceptiez de ne pas tomber dans le luxe, et que vous donniez de votre argent somptuaire aux multiples associations caritatives qui s'occupent des pauvres, des SDF, des isolés. Poussez votre imagination, et supposez que - si vous avez le temps bien sûr - vous aidiez à distribuer de la nourriture aux Banques alimentaires, au Resto du coeur, que vous alliez, disons une fois par mois, rendre visite aux malades de l'hôpital le plus proche ? Le monde n'en serait-il pas changé ? Car une chose est d'avoir une idée du bonheur (les politiques en ont plein les cartons de leur permanence), une autre est de faire, d'être concret, de travailler la pâte humaine et de se laisser travailler par elle. Rien ne vous interdit d'aller plus loin dans le partage et de choisir à cette fin le moyen adapté. N'en attendez aucun autre retour que celui d'avoir été tout simplement un être humain.
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Et souvenez-vous de Michel-Ange : "Dieu a donné une soeur au souvenir. Il l'a appelée l'espérance."
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Bonne et heureuse année ! Bon départ pour rentrer dans la réalisation concrète de cette espérance.

lundi 4 octobre 2010

Sur l'argent et les riches

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Si vous avez lu mon billet d'hier, vous aurez bien noté que j'ai précisé ceci : qu'il soit de droite ou de gauche, l'argent est toujours trompeur. C'est ainsi que Jésus l'a qualifié. Malheureusement, les équivalences françaises du mot grec qui qualifie l'argent ne sont pas toujours précises ou fidèles et l'on trouve souvent comme traduction : l'argent d'iniquité. Mais, qu'il y ait ou non un bon usage de l'argent, il reste trompeur. Et Jésus loue l'intendant malhonnête qui -sachant qu'on allait le congédier - se fait des amis en remettant aux débiteurs de son maître une partie des dettes qu'ils ont contractées envers ce dernier, en nous demandant d'être aussi habile dans les choses du ciel que lui l'est dans celles de la terre.
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Il me semble que la clé d'un sain rapport à l'argent est donnée par ces versets du Livre des Proverbes (30, 5-9) : "Seigneur, je ne te demande que deux choses, ne me les refuse pas avant que je meure ! Eloigne de moi le mensonge et la fausseté, ne me donne ni la pauvreté ni la richesse : accorde-moi seulement de quoi subsister. Car dans l'abondance, je pourrais te renier en disant : 'Le seigneur n'existe pas'. Et dans la misère, je pourrais devenir un voleur, et profaner ainsi le nom de mon Dieu."
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L'argent n'a d'autres fonctions que de permettre à l'homme de vivre décemment : se nourrir, se vêtir, se loger, témoigner son amour à son conjoint, élever ses enfants convenablement, s'enrichir l'esprit, accueillir ses proches et ses amis. Il ne sert pas à accumuler des biens immenses dont on ne saurait que faire, dont on ne connait même pas la nature, dont on ne saurait même pas dresser la liste. Car on ne dort que dans un lit, et l'on ne se nourrit que trois fois pas jour, on ne regarde qu'un tableau à la fois, et on ne fait pas conversation avec un coffre-fort.
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L'Ancien et le Nouveau Testament ont des paroles terribles. C'est le prophète AMOS (6, 1a. et 4-7) qui crie aux riches du Royaume d'Israël (le Royaume du Nord) : "Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. Couchés sur des lits d'ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres, [...], il se frottent avec des parfums de luxe, mais ne se tourmentent guère du désastre d'Israël ! C'est pourquoi maintenant, ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n'existera plus." On ne saurait être plus net.
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Et puis il y a cette parabole du mauvais riche et du pauvre LAZARE qui aurait bien voulu manger les miettes qui tombaient de la table de cet homme. Mais on ne lui donnait rien, et seuls les chiens venaient lécher ses plaies. L'un et l'autre meurent. LAZARE repose près d'ABRAHAM, le mauvais riche brûle de soif dans les fournaises de la damnation. Il supplie ABRAHAM et LAZARE qu'ils viennent lui humecter les lèvres avec une goutte, une seule goutte d'eau (cf. Luc, 16, 18-31). Et ABRAHAM de lui répondre : "Mon enfant, rappelle-toi : Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et LAZARE le malheur. Maintenant, il trouve ici la consolation, et toi, c'est ton tour de souffrir. De plus, un grand abîme a été mis ENTRE VOUS [notez le pluriel, je vous prie, et comprenez qu'ils visent tous les mauvais riches] ET NOUS, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous."
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La parabole est pleine d'enseignement : le mauvais riche est condamné non pas parce qu'il est riche, mais parce qu'il a refusé d'abandonner à LAZARE l'usage des miettes qui tombaient de sa table. Ses greniers sont remplis, mais son coeur est sec. Il a refusé de donner des miettes sur la terre, on lui refuse une goutte d'eau dans le ciel.
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Est riche, celui accumule sans autres finalités que d'accumuler et qui fait de l'argent trompeur son idole. En ce sens, Bill GATES qui est multimilliardaire mais distribue 80 % de ses revenus à des fondations charitables diverses n'est pas un mauvais riche. Il lui reste certes de quoi vivre dans le luxe. Mais il ne garde pas tout pour lui et il donne plus que des miettes. Tous les détenteurs des grandes fortunes n'en font pas autant. On pourrait multiplier les exemples de ces riches qui ont redistribué une partie de leurs biens. Les Princes de TOUR et TAXIS à RATISBONNE nourrissent quotidiennement 300 indigents. Des mécènes laissent aux Musées des collections d'objets d'art fabuleuses. Pour ce qui est des Arts asiatiques que je connais un peu, on peut citer les RIBOUD et leur éblouissante collection d'objets indiens légués au Musée GUIMET, Lionel JACOB et sa collection d'objets chinois, GRANDIDIER qui y a laissé 6.000 céramiques et porcelaines chinoises de toute beauté, Emile GUIMET bien sûr, et tant d'autres.
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Pour terminer, voici cette parole de saint Jean-Chrysostome (que j'ai tacitement opposé aux Cacostomes de tous poils dans un récent billet) encore appelé saint Jean-Bouche d'or (exacte traduction du mot grec chrysostome) : "Tout riche est voleur ou fils de voleur". Allons, messieurs du CAC 40, messieurs des banques, grands chevaliers d'industrie, ne voyez-vous pas que votre aveuglement, votre âpreté au gain, votre cupidité, minent sous vos pas le chemin que vous croyiez pavé de sécurité, de certitudes et de bien-être ?
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Je résume. Pour moi, il n'y a ni fric, ni pouvoir d'achat. Il y a l'argent trompeur qu'il s'agit d'utiliser avec discernement. Il n'est ni une finalité, ni une marchandise. Il n'est qu'un moyen. Mais il reste trompeur et il l'est pour les riches qui refusent de partager, et pour les moins riches qui en réclament toujours davantage. Quant aux pauvres, ils n'ont pas de voix pour se faire entendre. Car il n'y a pas de syndicats de pauvres.
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samedi 31 octobre 2009

La justice du Royaume et le surcroît

Roparzh commente mon dernier billet par un verset de l'Evangile : "Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et sa justice, et le reste vous sera donné par surcroît". Le propos est laconique ; il est pourtant d'une justesse absolue.
Pour ne pas tomber dans l'utopie ou l'illusion qu'il est facile d'instaurer la Cité de Dieu sur la Terre (ou l'ersatz d'une Cité humaine déifiée), mais pour ne pas perdre de vue que c'est bien l'impératif absolu de tous les disciples de Jésus que d'indiquer l'unique voie possible du bonheur terrestre (eh oui !), il faut s'efforcer de trouver une solution qui respecte la liberté de tout être humain - celle de croire et de suivre ; celle de ne pas croire et de ne pas suivre. C'est bien là la difficulté.
Nous avons dans la Parole de précieuses indications, celle-ci par exemple : "Petits enfants, n'aimons ni de mots ni de langue, mais en actes véritablement. A cela nous saurons que nous sommes de la Vérité" (1Jn 3 18) et l'injonction est précédée (verset 17) de ce jugement: "Si quelqu'un, jouissant des richesses du monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ?"
Peut-on être plus clair ?
Et ceci encore : "D'où viennent les guerres, d'où viennent les batailles parmi vous ? N'est-ce pas précisément de vos passions, qui combattent dans vos membres ? Vous convoitez et ne possédez pas ? Alors vous tuez. Vous êtes jaloux et ne pouvez obtenir ? Alors vous bataillez et vous faites la guerre. Vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas. Vous demandez et ne recevez pas parce que vous demandez mal, afin de dépenser pour vos passions." (Jc 4, 1-3)
Le disciple est dépourvu de toute volonté de pouvoir. Son Maître lui a donné l'exemple au soir du Jeudi Saint en lavant les pieds de ses amis.
Le disciple n'attend pas que l'initiative du partage lui vienne des autres, et surtout pas du politique, le champ clos des passions.
Le disciple donne avec discrétion, et "sa main gauche ignore ce que fait [= donne] sa main droite".
Le disciple voit un frère en tout être humain.
Tout cela est plus facile à écrire qu'à mettre en pratique, et pourtant, il n'y a aucune autre solution humaine à nos problèmes humains. Et c'est pourquoi Simone WEIL écrit dans ce livre décidément inépuisable (Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale) ceci qui ferme la boucle :
"La bonne volonté éclairée des hommes agissant en tant qu'individus est l'unique principe possible du progrès social ; si les nécessités sociales, une fois clairement perçues, se révélaient comme étant hors de portée de cette bonne volonté, au même titre que celles [les nécessités] qui régissent les astres, chacun n'aurait plus qu'à regarder se dérouler l'histoire comme on regarde se dérouler les saisons, en faisant son possible pour éviter à lui-même et aux êtres aimés le malheur d'être soit un instrument soit une victime de l'oppression sociale."
Lisez et relisez, méditez cette réflexion jaillie de l'âme d'une très grande philosophe, et d'une admirable mystique. Et mesurez combien elle est juste. Comment faire alors, me disait au téléphone hier, une lectrice de Marseille ? Commençons par regarder autour de nous, et voyons comment par un regard, une parole, un partage, il est possible de mettre de la joie et de la paix autour de nous. Partager un paquet de gâteau avec son voisin de métro, ou un bonbon, prêter son journal au voyageur qui dans le train s'ennuie. Regarder, faire attention aux personnes que nous croisons, ne pas les considérer comme des vitres transparentes, leur sourire, admirer le bébé d'une jeune maman, etc., petites choses, petits débuts, grands effets pacificateurs.
Ensuite, et très certainement, ne pas considérer que l'impôt est le seul et unique moyen de redistribution des richesses, et donner, avec discernement (je vous avouerai qu'il est arrivé à tel ou tel que je connais très bien... d'avoir été trompé) mais largement. Il existe de très nombreuses associations caritatives : Caritas-Secours Catholique, Restos du Coeur, Emmaüs, Médecins sans frontières, Association pour l'enfance abandonnée, etc) à qui l'on peut donner les yeux fermées. Il suffit d'avoir un peu d'imagination. Et puis surtout partager une parole, parler, sans crainte. Souvent un sourire ou une petite question à celui qui quête dans la rue est un bien meilleur baume qu'un gros billet, car il réintroduit l'exclu dans la société des hommes.
Enfin, mais j'ai des lecteurs qui peut-être vont rire, demander, mais bien, demander dans la prière, non pour le service de nos passions, mais pour son Règne vienne. Je ne sais si ces quelques pistes satisfairont Suzanna... J'espère que oui.
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PS : "Laconique" vient de ce que les habitants de Sparte en Laconie, recevant des émissaires étrangers venus les menacer s'ils ne consentent pas à se plier à leur exigences, ont fait une réponse restée célèbre à leurs menaces :
"Si nous rentrons dans vos murs, nous ruinerons votre cité, et ses habitants seront réduits en esclavage !
Si..."
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C'est tout pour aujourd'hui.
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jeudi 13 août 2009

Il faut que je commente

L'un de mes fidèles lecteurs fait des remarques trop importantes sur mon dernier billet pour que je ne commente pas ce que j'ai dit de manière elliptique.
1-Ce lecteur est perplexe et il a raison, à la lecture de "Les banquiers... ne semblent pas avoir compris que les temps ont changé". On pourrait entendre ce jugement comme une justification de leurs pratiques anciennes. Il n'en est rien, bien entendu. Tout le monde semblait s'en accommoder, tant que le sang des pauvres n'éclaboussait que discrètement les autels de MAMMON (deux M ; j'ai corrigé) ; mais maintenant, il les inonde en flot ininterrompu et l'on ne peut plus faire l'aveugle. Je suggérais donc (sans l'avoir explicité) que, faute d'un changement des pratiques, il risquait d'y avoir une révolte violente des laissés pour compte, plongés dans le désespoir et la misère, ou un retour à des pratiques autoritaires et à un régime excessivement encadré par la loi.
2-En revanche, je l'invite à relire soigneusement la conclusion de ce billet. Je ne dis pas "Y'a qu'à faut que", mais très exactement le contraire, en appelant à mon secours des penseurs qui démontrent que le seul principe de changement social est le changement des comportements individuels. Ce changement ne peut être obtenu par la loi, en tout cas pas par la loi seule, mais par un retour sur soi-même, et une prise de conscience de la solidarité de destin de tous les êtres humains (qui n'a rien à voir avec la générosité, la fraternité, et encore moins la charité). Ainsi à défaut de mettre Dieu au coeur de la vie sociale, on peut y mettre la raison et montrer que l'harmonie sociale, à un niveau strictement cantonné à l'ordre humain et naturel, exige un équitable partage des biens de la terre.

mardi 29 juillet 2008

Nature et culture

Ainsi, la nature n'aurait rien à nous apprendre que nous ne lui fassions dire par une simple opération de notre pensée ? C'est ce que prétend l'un de mes fils adoptifs, brillant professeur de philosophie, agrégé dans cette discipline à 22 ans et demi. Tout est culture, selon lui, y compris la morale.

Si cette proposition est vraie, l'écologie n'a aucune place dans l'histoire de l'humanité et les défenseurs de cette vision des choses sont des pessimistes qui ne croient pas aux progrès, à la science et à la technique.
Chaque jour, pourtant, nous apprend que l'exploitation sans scrupule de la terre a des répercussions incalculables sur la biodiversité, sur le climat très probablement, sur les équilibres entre les espèces, et sur la vie des hommes (nourriture, eau, chauffage, notamment). Michel TARRIER me fait parvenir ces données tout à fait scientifiques qui font réfléchir. Au rythme actuel de la consommation, me fait-il savoir, les dates prévisibles d'épuisement des ressources naturelles sont les suivantes pour les produits dont voici la liste :
2021 :fin de l'argent
2025 : fin de l'or et du zinc
2028 : fin de l'étain
2030 : fin du plomb
2039 : fin du cuivre
2040 : fin de l'uranium
2048 : fin du nickel
2050 : fin du pétrole
2064 : fin du platine
2072 : fin du gaz naturel
2087 : fin du fer
2120 : fin du cobalt
2139 : fin de l'aluminium
2158 : fin du charbon
Voilà un combat qui doit être mené. Celui du respect des ressources naturelles. Si nous continuons sur ce rythme, qu'allons-nous laisser à nos enfants ? Plutôt que de se moquer la Loi en la bafouant, monsieur MAMERE ferait mieux de prendre la tête d'une vraie croisade de la décroissance, en proposant des solutions à ces problèmes considérables et gros de violence.
Il est clair, en effet, que la seule solution possible est la rentrée dans la décroissance pour les pays hyperdéveloppés (Etat-Unis, Union Européenne) et un meilleur partage des richesses matérielles. Il se peut que ces propos déplaisent à certains de mes lecteurs. Mais je les supplie de bien réfléchir aux conséquences qu'aurait pour l'humanité une consommation exponentielle de biens matériels dont la croissante rareté irriterait les envies et multiplierait les conflits. Il me semble plus utile de porter nos efforts de développement sur les biens intellectuels, artistiques et spirituels, dans nos pays riches. On vendrait sans doute moins de bicarbonate pour favoriser les digestions ; il y aurait moins d'obèses ; mais on serait tellement plus légers de l'âme.
Bref, je crois que la nature nous apprend qu'on ne viole pas impunément ses Lois. Je vais plus loin ; ce qui est vrai des ressources matérielles, l'est aussi des règles de la vie. Je trouve que le silence fait autour des expériences conduites en Australie et en Grande Bretagne sur la production d'oeufs hybrides d'homme et d'animal est d'une extraordinaire gravité. C'est un silence assourdissant qui illustre la folie des hommes, leur mégalomanie, ce que les grecs appelaient l'Hubris. Il me semble que SOPHOCLE a bien montré à quoi elle conduisait, en dépeignant les plaintes de XERXES qui fit battre la mer avec des chaînes après sa défaite contre les Grecs rassemblés (pour une fois), parce qu'elle n'avait pas respecté le pont de bateaux qu'il avait faire construire pour joindre les rives de l'Europe et de l'Asie. Toute proportion gardée, nous sommes dans la même situation que cet infortuné monarque ! Fasse le ciel que nous n'ayons pas à nous venger de l'Atlantique et de la mer immense en raison du réchauffement climatique dont les hommes sont, partiellement peut-être mais substantiellement, responsables.

lundi 12 mai 2008

Aux "élites"

Un week-end ensoleillé, marqué, pour ce qui me concerne par des randonnées pédestres dans les coteaux du Sancerrois, en compagnie d'amis très chers. Tous les marcheurs savent que la marche est un exercice propice à l'échange. Nous discutions donc, B... et moi, de l'état de notre patrie. B... est polytechnicien. Il a occupé de très importantes fonctions dans un groupe français installé dans le monde entier. Homme d'une rare droiture, il a quitté son emploi pour ne pas avoir à couvrir des pratiques qu'il réprouvait en raison de leur immoralité. Et nous parlions de ce que la presse appelle "les élites", pour constater que celles-ci sont devenues folles. Stock-options, indemnités de licenciement pharaoniques, avantages en nature, étalage du luxe dans les toilettes, ou dans les vacances, puissance et domination sans limites ni freins... Bref, une concentration de corruption morale. Tandis qu'à côté, je devrais dire ailleurs, des hommes et des femmes ont aujourd'hui du mal à boucler leur fin de mois, bien qu'ils travaillent dur et assument totalement leurs responsabilités de pères et mères de famille.
Si la France va mal, c'est, selon nous, parce que les "élites", loin de donner l'exemple du dévouement et de la vertu dans la mauvaise passe où elle se trouve, étalent sans vergogne une richesse qui n'a aucune contrepartie dans le service qu'elles rendent au pays. Il est normal que des génies littéraires, artistiques, commerciaux, managériaux, ou des hommes de talents de toutes sortes, vivent mieux que des hommes de moindres envergures, les plus nombreux, en raison des services qu'ils rendent au pays. Mais à ces privilèges liés à des inégalités (quelquefois naturelles, quelquefois non) sont normalement attachées des missions et des responsabilités sociales.
Mon cher Gustave le dit merveilleusement bien : L'inégalité des rangs et des privilèges devient factice et injuste dans la mesure où elles ne répond plus à l'inégalité des missions, des charges et des responsabilités. Un roi qui 'laisse tomber' son peuple en songeant qu'il reste à l'étranger des palaces et des casinos où la vie est douce est un mauvais roi ; un riche qui ne rachète pas sa fortune soit par ses entreprises et ses bienfaits, soit par cette distinction et ce luxe des sentiments que favorise parfois l'oisiveté matérielle, est un mauvais riche.
Les 'élites' ne peuvent justifier leur existence que par l'assomption des risques et les responsabilités inhérentes à leur état, et par une conscience aiguë de leurs responsabilités sociales.
Je rêve d'un mouvement des 'élites' retraitées qui accepteraient volontairement d'amputer leur retraite de 5 % (infime réduction) pour assainir la situation des caisses de retraites, ou d'un mouvement des 'élites' en activité qui déclareraient refuser catégoriquement d'autres rémunération que leur salaire ou leur traitement, justement évalués en fonction des risques et des responsabilités qu'ils prennent dans l'entreprise ou dans la société, d'un mouvement des 'élites' qui refuseraient de jouer le jeu des apparences si bien rapportées dans les journaux people (ah ! les marches de Cannes !), et qui afficheraient publiquement sa solidarité (là, le mot prend tout son sens) avec les hommes et les femmes dont l'avenir dépend d'eux. Je rêve...
Pour ce qui est de la diminution des retraites, je suis déjà, à titre personnel, volontaire. (J'ai fait partie de ces 'élites' de par ma fonction universitaire. Ne voyez donc là aucune espèce d'orgueil, mais un constat de fait. Les professeurs des Universités ont des traitements et des retraites tout à fait convenables.)
Nous serons jugé, n'en doutons pas ; au Jour du Jugement, il nous sera demandé si nous avons aimé. Je voudrais pouvoir dire "Oui, j'ai aimé tous mes frères en humanité".

mercredi 6 février 2008

Sagesse des anciens

Du poète HORACE, cette ode qu'il dédia à son ami DELLIUS

"Souviens-toi, cher DELLIUS, de conserver une âme toujours égale, qui ne s'altère point dans l'adversité, et qui ne s'enivre point d'un fol orgueil dans la prospérité : car tu mourras, soit que tu aies consummé ta vie dans la tristesse, soit qu'aux jours de fête, couché à l'écart sur le gazon, tu aies noyé tes soucis dans un Falerne (NDT : un vin réputé) du fond du caveau. [...]
Il faudra quitter ce parc, formé de tant d'acquisitions réunies, ce palais, cette maison de campagne que le Tibre vient baigner de ses eaux dorées ; il faudra les quitter ; et ces richesses accumulées seront la proie d'un héritier. Que tu soies riche, issu de l'antique INACHUS, ou que, pauvre et du sang le plus vil, tu n'aies sur la terre d'autre abri que les cieux, il n'importe : regarde-toi comme une victime dévouée à l'impitoyable Achéron (NDT : une déité des enfers). Nous courons tous vers le même terme ; le sort des mortels s'agite dans l'urne fatal ; tôt ou tard, il doit en sortir, et nous embarquer pour un exil éternel."
[In
HORACE.
Odes. Livre II, IIIe ode. A Dellius.
Traduction par M. René BINET.
A Paris, chez DETREZ, Neveu et successeur de M. COLAS, Libraire, place Sorbonne (sic), n°4, 1816. (Je possède les deux volumes de cette très belle traduction.)]
Le traducteur, fort justement, met en titre de cette ode "Que l'idée de la mort doit nous attacher à jouir des biens de la vie sans nous y attacher".
HORACE a de la vie une vision assez mélancolique. Il y manque en effet l'espérance qui donne tant de force aux paroles de Jésus. Mais tout de même, il y a bien du vrai dans ce message désabusé. Il me semble qu'il a une grande portée politique et qu'il devrait conduire à la modération tous ceux que brûle le désir de posséder, d'accumuler, de gagner de l'argent, et à la fermeté d'âme jointe à l'exigence de la justice, tous ceux que la pauvreté accable, qui crient famine, cherchent un toit, veulent pouvoir loger leur famille, et gagner dignement leur vie par leur travail. Oui, il me semble que l'antique poète nous invite à rentrer en nous-même pour qu'enfin notre coeur connaisse la vanité de tous ces hochets, d'un côté, et la nécessité de partager nos richesses avec ceux qui n'ont rien de l'autre. Et s'il parvient à plus encore, que je ne dirai pas, alors son passage sur terre n'aura pas été inutile.

vendredi 25 janvier 2008

Trois pensées de Pascal

Dans l'article IX (Pensées morales détachées) de la première partie, la pensée XXXVII (édition de 1803, publiée à Paris chez Antoine Augustin RENOUARD) : "Plaindre les malheureux n'est pas contre la concupiscence ; au contraire, on est bien aise de pouvoir rendre ce témoignage d'humanité et de s'attirer la réputation de tendresse, sans qu'il en coûte rien : ainsi ce n'est pas grand chose".
Et la pensée XLIV : "La science des choses extérieures ne nous consolera pas de l'ignorance de la morale, AU TEMPS DE L'AFFLICTION (majuscules du transcripteur) ; mais la science des moeurs nous consolera toujours de l'ignorance des choses extérieures".
Enfin la pensée LIII : "Ce chien est à moi, disaient ces pauvres enfants ; c'est là ma place au soleil ; voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre".
Leçons à tirer :
Pensée XXVII : plutôt que de s'afficher avec les mal logés de la Rue de Banque, en héberger quelques uns chez soi.
Pensée XLIV : plutôt que de moquer la morale au temps de la technique, de l'abondance et de la consommation, se forger une âme forte pour ne pas sombrer dans la bassesse quand des temps difficiles et très prévisibles viendront.
Pensée LIII : plutôt que de prendre, d'accaparer, d'accumuler, de s'étourdir de l'ivresse du propriétaire, comprendre que la terre est à tous et partager équitablement les biens qu'elle produit.
Plus moderne que PASCAL ? Impossible. Plus génial que lui ? Difficile. Autant témoin de la lumière que lui ? Très souhaitable, car ce siècle a besoin de saints. PASCAL devrait être un maître pour les hommes politiques qui cherchent d'abord le bien de la Cité. On peut les inviter à lire et relire l'un des plus grands génies que notre Patrie ait jamais vu naître.