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mercredi 29 août 2018

Mercredi 29 août. Petite pause historique : un instituteur au milieu du XIXe siècle


Il existe en la bonne d’Avignon une rue et un square Agricol PERDIGUIER. J’ai voulu en savoir un peu plus sur cet homme qui était paysan, écrivain et poète, Compagnon du Devoir et de la Liberté et fut l’ami de Georges SAND. Il fut élu comme député en 1848, après la proclamation de la République,  avec le soutien de BÉRANGER, de LAMARTINE et de Georges SAND, puis réélu. Il était résolument Républicain, laïc et franc-maçon et eut à souffrir de ce choix à la proclamation du second Empire. Il écrivit un livre qui s’appelle Mémoires d’un compagnon (écrit en 1852 ; première édition en 1854-1855), livre duquel est tiré le récit que je vous livre et que j’ai trouvé dans l’ouvrage de Fr. et J. FOURASTIÉ : Les écrivains témoins du peuple.

"Néanmoins nous mîmes tous un peu les pieds dans l’école du village ; les filles envoyées par la mère, les garçons par le père. Le tarif des mois était de 1 franc pour les enfants qui apprenaient seulement lire, de 1,5 F pour ceux qui menaient de front la lecture et l’écriture !... Ma mère, la bonne et vaillante femme, payait les mois de ses filles avec l’argent qu’elle gagnait, tout en faisant son important ménage, à confectionner de petits bonnets d’enfants, travail dans lequel elle excellait ; le père ne payait que pour ses fils…
À l’école, M. MADON était à la fois médecin et instituteur, et il n’y allait pas par quatre chemins ni avec ses malades ni avec ses élèves : il menait rudement les uns et les autres. Il disait aux malades : « ce remède doit vous sauver ou vous tuer ; avalez bien vite et que votre sort s’accomplisse. » Pour ses élèves, il avait des mains dures, des férules, des courroies ou sorte de tire-pieds de cordonnier, des nerfs de bœuf. L’écolier lisait-il mal ? un soufflet ; regardait-il à droite ou à gauche ? un coup de courroie ; faisait-il du bruit ? le nerf de bœuf allait son train. La férule, de son côté, se reposait rarement."

Un récit de même contenu est donné par Nicolas LACHAUX qui fut lui-même instituteur dans le Doubs, et raconte les exploits punitifs d’un jeune et nouvel instituteur de 26 ans à l’école de MAGNY-les-JUSSEY, en 1821.

On imagine difficilement la rudesse des châtiments corporels imposés par certains maîtres à leurs petits élèves. Je me demande ce que diraient les parents actuels si un maître osait fortement gronder et secouer – je ne dis même pas donner une claque –à un enfant indiscipliné. Il aurait droit à un blême, une révocation, la une des journaux et les clameurs des imbéciles. Pour ce qui me concerne, j’avais un instituteur extraordinaire et je me souviens encore de ses leçons. Mais il fallait l’écouter. Il avait un petit marteau de bois – dans mon souvenir son maillet est rouge – et il n’hésitait pas à l’envoyer en direction des bavards ou des inattentifs. Je lui ai du reste rendu hommage, en lui dédicaçant, parmi d’autres, ma thèse.



samedi 8 janvier 2011

Evolution selon Darwin, (2)

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Hier soir, j'essayais d'expliquer le plus clairement possible pourquoi la THÉORIE darwinienne de l'évolution ne me semble pas rendre compte de la réalité, pourquoi aussi, ne pouvant être et pour cause, soumise à l'épreuve de l'expérience scientifique elle n'a pas la valeur d'un fait. Avant d'aller plus loin, il convient de noter un point très important : Annie, la fille de DARWIN, meurt en 1849. Le savant est anéanti par cette disparition et il perd toute foi en un Dieu bienveillant. Il convient de noter ce fait qui - je pense que nul n'en disconviendra - peut orienter la pensée d'un chercheur.

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DARWIN, certes, dira quelque part que le 'Nègre et l'Européen sont très proches', mais il dit aussi : "Lorsque deux races d'hommes se rencontrent, elles agissent exactement comme deux espèces animales, [...], elles se battent, se mangent l'une l'autre, se transmettent des maladies, etc., puis vient le combat plus fatal, c'est-à-dire qui aura l'organisation ou l'instinct (l'intellect chez l'homme) le plus adapté pour gagner le combat".
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Revenons plus généralement à l'atmosphère qui baignait le milieu scientifique tout au long du XIXe S. Il était scientiste, avait établi une stricte barrière entre ce qu'il appelait la 'religion' d'un côté et et la science de l'autre, avait remisé la théologie au placard des inutiles connaissances, et propulsé la philosophie à la place que cette dernière occupait avant l'émergence de l'esprit des Lumières. Pour dire le vrai, cet esprit était résolument antireligieux, et même antichrétien. Il est donc intéressant de chercher ce que les savants de ce siècle pensaient à propos des races humaines.
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L'anthropologue LETOURNEAU, paix à ses cendres, traitaient les aborigènes d'Australie "d'asticots humains", reprenant à son compte une idée lancée en 1832 par un certain Antoine DUGES qui n'hésitait pas à dire que l'état social des 'sauvages' peut être considéré comme la pierre de touche de leur nature physiologique" (c'est moi qui souligne), et il ajoutait "La civilisation fait un tout d'une masse d'individus différents, et elle concourt à augmenter les commodités, les jouissances de chacun d'eux par le partage des capacités et des occupations. Une peuplade de sauvages est, au contraire, réduite à la vie la plus simple et la plus grossière. Dans la première de ces sociétés, nous avons l'image de l'économie animale chez les êtres les plus élevés dans l'échelle, un mammifère par exemple. Quant à la deuxième, c'est la vie du ténia, aussi morcelé que l'animal lui-même, et aussi peu complexe que l'est l'organisation de chacun de ses segments, aussi peu variée que la forme de ses anneaux". On voit comment en utilisant la métaphore de l'animal (mammifère et ténia), on glisse à un jugement d'origine biologique sur l'organisation sociale des communautés humaines. En 1868, DALLY distinguait les sociétés évoluées des sociétés dites sauvages qu'il considérait comme "impropres à toute évolution ultérieure". BROCA, en 1860 parlait du "caractère d'infériorité" des Peaux-Rouges, des Océaniens, des Australiens, qui "n'ont pu supporter le contact de la civilisation" et font partie des peuplades qui ne pouvant s'astreindre au travail "s'éteignent le plus rapidement". Abel HOVELACQUE, athée notoire, parlent des "races non élevées" dans la série évolutive humaine, des races qui conservent des "traits de comportement propres aux degrés inférieurs de l'échelle des êtres". Et DARWIN, au retour de son voyage autour du monde sur le Beagle dira, à propos des indigènes de la Terre de Feu : "Quand on voit ces hommes, c'est à peine si l'on peut croire que ce soient des créatures humaines, des habitants du même monde que le nôtre".
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Ces citations, que j'extrais d'un article de Claude BLANCKAERT, (La science de l'homme entre humanité et inhumanité, Editions Autrement, Série Science et société, Des sciences contre l'homme, Volume I, Paris, 1993) montrent à l'évidence que l'introduction de l'idée d'évolution et son application au monde des hommes aboutit à cette hiérarchisation des races, au colonialisme, postérieurement du reste à l'esclavagisme dont les armateurs nantais avaient réclamé le maintien au Gouvernement Révolutionnaire. Je vous renvoie au discours de Jules FERRY sur le devoir des races supérieures de civiliser les races inférieures ; j'ai fait un billet là-dessus, et je rappelle qu'il fut le Président de la société coloniale, laquelle comptait parmi ses membres une écrasante majorité de radicaux et de députés dits " de gauche". Tout cela peut se vérifier et je vous donnerai les chiffres et les dates plus précises quand j'aurai récupéré dans mon fatras de livres le petit volume qui traite de cette question.
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C'est l'honneur des siècles passés que d'avoir eu une autre idée de l'homme. Quand les Portugais décrivent le Royaume du Congo, ils parlent de son Roi et des Seigneurs qui le servent ; ils ne voient guère de différence d'avec leur référence politique et sociale quotidienne ; MONTAIGNE parle de ce que l'on appelait les "Sauvages" avec une force, une pertinence et une ironie acérée, et souligne l'arrogance qu'il y a de les sous-estimer. Faut-il rappeler la controverse de VALADOLID et le plaidoyer victorieux de BATHOLOMAE de LAS CASES contre les vues ignobles de SEPULVEDA qui déniait aux indigènes des Caraïbes et de l'Amérique du Sud la possession d'une âme ? Je veux dire par là, non pas que la conscience des hommes de ce temps eut plus éclairée, mais qu'ils ne tenaient pas pour un fait acquis ce que trois siècles plus tard on présenterait comme une vérité scientifique ancrée dans la théorie de l'évolution.
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Il y aurait beaucoup à dire encore. Je terminerai par une question : d'où nous vient que ces opinions racistes heurtent notre conscience ? Qui nous dit, comme une vérité absolue et certaine, que les hommes ont une seule et unique nature ? Et pourquoi a-t-il fallu attendre les travaux de l'anthropologie contemporaine pour "consacrer l'humanité du sauvage et sa nature d'animal politique" ?
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J'ai ma réponse personnelle. A vous de trouver la vôtre.

jeudi 13 mars 2008

Les légendes ont la vie dure

Dans l'édition de C'est dans l'air d'hier soir, un petit reportage filmé et un commentaire tendancieux donne de l'aristocratie du XIXe S. une bien curieuse et fausse idée. (D'entrée de jeu, je dirais que j'aime énormément cette émission qui me semble honnête, très informée, équilibrée.) A entendre le commentateur, ce sont exclusivement des familles d'aristocrates qui ont crée le Comité des Forges et qui (sous-entendu), par leur manière de conduire leurs affaires ont exploité les ouvriers. Il faut tout d'abord rappeler que dans les années 1820-1830, début d'une industrie métallurgique évoluée, l'Ancien Régime était encore un passé relativement récent ; il fallait ne remonter le temps que de 40 à 50 ans pour le faire revivre dans les mémoires des anciens. (Le général de GAULLE pour nous aujourd'hui). Il faut ensuite rappeler que l'aristocratie française ne pouvait s'adonner à des métiers industriels ou manufacturiers sans déroger (avec une petite exception pour les nobles du Languedoc). Et à cette époque encore, cette interdiction, que beaucoup appellent aujourd'hui un préjugé, mais que j'appelle une belle coutume, avait cours dans les familles aristocratiques, rescapées de la Révolution. Peut être y avait-il parmi les Maîtres de Forges quelques noms à particules ; quant à savoir si la particule était authentique... c'est une autre affaire. Disons qu'en cette circonstance, la partie tête l'emportait sur la particule.
C'est ainsi que le vicomte Alban de VILLENEUVE-BARGEMONT, dès 1829 dans un rapport qu'il envoie, comme Préfet du Nord au ministre de l'intérieur, définit une doctrine "d'intervention de l'état pour garantir la vie et la dignité des ouvriers". Le même posera le problème ouvrier dans toute son ampleur dans une intervention qu'il fait à la chambre le 22 décembre 1840. C'est lui qui avec le baron de GERANDO et le comte de MONTALEMBERT faut voter la première loi sociale en France, celle qui réglemente le travail des enfants. Le vicomte Armand de MELUN consacre sa vie, quarante ans, à la défense du peuple. Il dira : "L'Etat peut seul atteindre l'ensemble des misères et améliorer d'une façon permanente et générale le sort de ceux qui souffrent". Très à gauche pour son temps, il fait voter sous la Seconde République, en 1850 et 1851 un ensemble de Lois sociales, sur les logements insalubres, sur les caisses de retraite vieillesse, sur les sociétés de secours mutuels, sur le mariage des indigents, sur le délit d'usure, sur l'assistance judiciaire, sur les bains et lavoirs gratuits, sur les contrats d'apprentissage, sur les caisses d'épargne, sur les hospices et les hôpitaux. Ce ne sont pas messieurs FOURIER, SANT-SIMON, ENFANTIN, Victor HUGO (qui l'aurait pu), les promoteurs de ces lois. C'est un aristocrate, profondément catholique ; des chefs de la gauche (ARAGO notamment) lui marquent estime et amitié.
Même phénomène dans les pays germaniques, Autriche, Suisse, et états allemand, avec le baron von KETTELER, le baron von SCHORLEMER (états allemands), le prince de LICHTENSTEIN, le baron von VOGELSANG, le comte von BLOME, le comte von KÜFSTEIN (Autriche), le baron von MYER (Suisse). Si ces hommes n'avaient pas pris la défense des ouvriers dans leurs pays respectifs, ceux-ci eussent été impitoyablement exploités par toute une classe de nouveaux riches enfortunés sortis tout droit de la Révolution et de l'accaparement des Biens dits Nationaux, dans ces trafics en tous genres qui prolifèrent comme des chancres empoisonnés en temps de guerre. Ces nobles étaient profondément catholiques. Après 1870, on verra rentrer dans le cercle de ces généreux engagés pour les pauvres le comte von GALEN (un ancêtre du Lion de Munster, très probablement), le baron von HERTLING, le prince de LÖWENSTEIN. Aujourd'hui encore, la famille des TOURS et TAXIS (THURN und TAXIS) nourrit tous les jours à sa table des dizaines de nécessiteux dans la région de REGENSBURG.
Hélas, il y a eu aussi des aristocrates qui ont fleurté, concubiné, forniqué, avec l'ignominie : ils sont peu nombreux, et je tairai leurs noms par respect pour leur hypothétique descendance.
Je dois ces précisions à Jean DUMONT, dont je recommande de nouveau l'ouvrage inestimable qui tord le cou à l'histoire officielle des MICHELET, et autres chantres d'une France idéelle, idéale, irréelle. Ce livre a pour titre La Révolution Française ou les prodiges du sacrilège. Editions Criterion, Paris, 1984. A vrai dire, si j'en avais les moyens j'en achèterais des milliers que j'offrirais aux journalistes et aux hommes politiques. Je ne les ai pas. Mais ils ont toujours le droit de l'acheter.