samedi 8 septembre 2007

Ariane a retrouvé son fil

J'ai le plaisir de vous annoncer que, renonçant à refuser sa nomination par Nicolas SARKOZY comme Professeur associé au Collège de France (voir mon billet du 16 août), madame Ariane MNOUCHKINE donnera sa leçon inaugurale le jeudi 13 mars à 18 heures au Collège, et ses cours et séminaires, les lundis 17 et 31 mars de 10 heures 30 à 18 heures à la Cartoucherie de Vincennes ainsi qu'au Collège de France, de 14 à 18 heures, le lundi 14 avril. Cett acceptation me réjouit, et je vous prie de me croire. Elle me rappelle ce que dit des Intellectuels BERNANOS dans "La France contre les robots", ouvrage que je n'ai pas fini de vous citer "L'intellectuel est si souvent un imbécile que nous devrions toujours le tenir pour tel, jusqu'à ce qu'il nous at prouvé le contraire. En acceptant l'honneur que lui fait sa patrie, madame MNOUCHKINE a prouvé qu'elle n'était pas une imbécile. Dont acte.

jeudi 6 septembre 2007

Les vésicules biliaires vont bien

Je crains beaucoup que les chirurgiens de l'appareil digestif ne soient bientôt au chômage. Les vésicules biliaires de ces messieurs de l'opposition (externe et... interne) fonctionnent fort bien. Ils ne risquent pas l'ictère par obstruction. Leur bile se déverse dans les médias avec une allégresse échevelée.
Monsieur de VILLEPIN, qui, me semble-t-il, n'a pas laissé un souvenir inoubliable dans l'esprit de nos compatriotes, règlent ses comptes à un Président dont il avait rêver d'occuper la place. Il l'attaque sur tout, sur l'affaire Cleastream (au mépris de toutes les évidences), la politique en Irak, un prétendu alignement sur les Etats-Unis, la politique économique. Il a fait hier une longue apparition télévisée dans l'émission de Michel DENIZOT. C'est l'offensive. Notre homme, au motif qu'il n'y a pas d'opposition, argue qu'il peut à l'intérieur de la majorité dont il se réclame, jouer un rôle de substitution. En vérité, il ne voit pas que sa posture transpire le dépit, la vengeance, et l'aveuglement, et il ne se rend pas davantage compte qu'elle le dessert impitoyablement car elle le rend suspect d'être un petit esprit.
Du côté de la presse écrite, radiophonique ou télévisée, avec un ensemble touchant, on monte présentement de toute pièce une autre offensive : la méthode est connue. Tous, au même moment, utilisent les mêmes mots, attaquent sur le même front (je vous prie de noter que ces assauts vont s'amplifier au fil des jours) : (a) le Président de la République se comporte comme un monarque ; (b) madame Rachida DATI est autoritaire. Sur ce dernier point, nous avons eu droit hier soir à une séquence télévisée édifiante : France 3 a longuement détaillée les démissions de plusieurs membres du cabinet du Garde des Sceaux. Avec une obstination qui relève de l'obsession et du vice, le rédacteur a été cherché, et il a trouvé, les photos d'identité des démissionnaires (de complaisants complices, certes lisses et plaisants), d'illustres inconnus, dont il a fait un magnifique montage, bien symétrique. Madame DATI sait ce qu'elle veut. Elle a du caractère, et "quand on a du caractère, il est toujours mauvais" disait GUIZOT (je crois). Cela seul est insupportable à nos hauts fonctionnaires qui croient être la France à eux tout seuls.
Quant à l'attitude monarchique du Président, elle est vitupérée par "Marianne", par le caricaturiste GORCE (dans les "Indégivrables"), par "Le Monde" (mais plus subtilement), par "Libération", par "Charlie hebdo" et j'en passe. Je ne vois rien qui, dans le comportement de monsieur SARKOZY, nourrisse cette accusation. Il me semble plutôt simple, direct et amical. Et il n'y a pas longtemps qu'il est en fonction. On pourrait attendre pour voir. Mais qu'importe, calomniez, et faites-le le plus tôt possible, il en restera toujours quelque chose. Gouttes d'eau sur le granit, qui finira bien par se déliter. Les écoutes téléphoniques du Président MITTERAND, autrement monarchiques et discrétionnaires, ne semblent pas avoir soulevé de telles critiques.
Tout cela est misérable, et passe à côté de l'essentiel : quel type de société voulons-nous ? quel état voulons-nous ? quelle patrie (si ce mot a encore un sens) voulons-nous ? Le débat n'est même pas ouvert. On ne vendrait plus de journaux. Les étranges lucarnes seraient désertées. Vide de l'esprit et destruction de la vie intérieure, voilà à quoi aboutissent ces dérisoires méthodes.

mercredi 5 septembre 2007

A la mémoire d'Ali

Vous étiez, Ali, une lumière dans ce triste quartier d'Epinay. Des jeunes un peu perdus, des mamans et leurs enfants, des vieillards, affluaient dans votre épicérie, non pour acheter, mais pour parler. Vous écoutiez les uns, donniez des bonbons ou une tasse de café aux autres, faisiez une petite réduction à ceux d'entre eux qui avaient les plus maigres ressources. Vous aimiez les gens, et ils vous le rendaient. Un marginal vous a ôté la vie, un marginal que vous aidiez, à qui vous donniez amitié et subsistance. Jamais la parole de Vincent de Paul à Louis de Marillac ne m'a paru plus juste : "Ma fille, disait-il, souvenez-vous qu'il nous faut beaucoup d'amour pour que les pauvres nous pardonnent le pain qu'on leur donne". Tous sauf un vous ont aimé et aujourd'hui vous pleurent. Fallait-il que votre meurtrier soit un de ceux que vous aidiez le plus ? Comment se peut-il qu'il n'ait pas reçu toute votre gentillesse comme un cadeau inespéré, lui que la vie avait jeté sur les marges comme le fait la marée d'une épave sur la plage ? Vous l'aviez mise à l'abri et au renflouement, l'épave ; la réparation ne devait pas être assez rapide pour cet homme. On ne peut espérer pour lui que le pardon de vos amis et de vos proches, car vous lui eûssiez sans doute pardonné, s'il vous avait laissé le souffle. Ali, nous pensons à vous, et, j'ose le dire, ceux qui croient prient pour vous.

mardi 4 septembre 2007

Une voix prophétique

Après les accords de Munich, il avait quitté la France pour le Brésil où il resta exilé 5 ans, pour ne point avoir à subir sur le sol de sa patrie l'humiliation d'une paix honteusement acquise. Il avait écrit pendant cet de 7 ans "La France contre les robots", ouvrage qui fut publié par le Comité France Libre de Rio de Janeiro avant de l'être à Paris par les éditions Robert Laffont, en 1947. Georges BERNANOS se révèle là virulent, véhément, mélangeant en un étonnant explosif des opinions révolutionnaires à des idées que nos pauvres cervelles modernes qualifieraient de réactionnaires. En fait cet ouvrage est inclassable ; il est bouillonnant de vie, d'anathèmes, de jugements à la justesse étonnante, de prophéties. En voici un extrait bien adapté à notre temps :
"L'homme d'autrefois (Bernanos parle de l'homme de l'Ancien Régime) ne ressemblait pas à celui d'aujourd'hui. Il n'eût jamais fait partie de ce bétail que les démocraties ploutocratiques, marxistes ou racistes, nourrissent pour l'usine et le charnier. Il n'eût jamais appartenu aux troupeaux que nous voyons s'avancer tristement les uns contre les autres, en masses immenses derrière leurs machines, chacun avec ses consignes, son idéologie, ses slogans, décidés à tuer, résignés à mourir, et répétant jusqu'à la fin, avec la même conviction mécanique : "C'est pour mon bien... c'est pour mon bien..." Loin de penser comme nous à faire de l'état son nourricier, son tuteur, son assureur, l'homme d'autrefois n'était pas loin de le considérer comme un adversaire contre lequel n'importe quel moyen est bon, parce qu'il (l'état, note du transcripteur) triche toujours. C'est pourquoi les privilèges ne froissaient nullement son sens de la justice ; il les considérait comme autant d'obstacles contre la tyrannie, et si humble que fût le sien, il le tenait - non sans raison d'ailleurs - pour solidaires des plus grands, des plus illustres. Je sais parfaitement que ce point de vue nous est devenu étranger, parce qu'on nous a perfidement dressés à confondre JUSTICE et EGALITE (c'est le transcripteur qui souligne). Ce préjugé est même poussé si loin que nous supporterions volontiers d'être esclaves, pourvu que personne ne puisse se vanter de l'être moins que nous. Les privilèges nous font peur parce qu'il en est de plus ou moins précieux. Mais l'homme d'autrefois les eût volontiers comparés aux vêtements qui nous préservent du froid..."
Et encore ceci : "L'égalité absolue des citoyens devant la Loi est une idée romaine. A l'égalité absolue des citoyens devant la Loi, doit correspondre, tôt ou tard, l'autorité absolue et sans contrôle de l'Etat sur les citoyens."
C'est exactement ce que je pense, et c'est la raison fondamentale de mon opposition à tout système en isme (capitalisme, marxisme, socialisme, fascisme, etc.) Ils sont par essence totalitaires.

lundi 3 septembre 2007

Sagesse

Autant François HOLLANDE a été idéologique dans son discours de clôture de la rencontre de La Rochelle, autant il a été excellent dans son rôle d'opposant, lors de l'interview donné dimanche à Claire CHAZAL sur TF1. Calme, beaucoup moins agressif qu'à son accoutumé, il a, enfin, dit que le rôle de l'opposition était de faire des contre-propositions, de jouer son rôle d'aiguillon et d'assumer ce que j'appelerai un rôle "prophétique", lequel consiste à annoncer les conséquences inéluctables de mauvais choix et à décoder leur signification (supposée ou réelle). Les militants, les éléphants, les idéologues socialistes, les furieux de son parti le suivront-ils dans ce chemin d'une opposition apaisée et non pas frontale ? Ce n'est pas évident. C'est pourtant la seule chance qu'il reste au PS pour reprendre le pouvoir. On ne le redira jamais assez, la politique ne se fait avec des mots, mais avec des actes. Et trente années d'immobilisme, d'adoration inconditionnelle du modèle français, ont persuadé nos compatriotes qu'il vaut mieux un président actif, qu'un président-dieu ou un président-roi.
C'est tout pour aujourd'hui.

dimanche 2 septembre 2007

On croit rêver

Monsieur HOLLANDE a fait à l'Université d'été du PS, tenue à La Rochelle, un discours enfin marqué d'un peu de réalisme. Aux orties, l'illusion du grand soir (il a utilisé cette expression), un peu de réalisme quant aux propositions économiques, aux 35 heures, etc. Ces propos étaient ceux d'un responsable politique qui a enfin compris l'intérêt de la sociale-démocratie dans le paysage politique français. Comme on pouvait s'y attendre, les militants ont applaudi à tout rompre, se sont levés pour applaudir le premier secrétaire, et... ont entonné "L'Internationale". Voilà qui montre combien l'assistance avait compris le message... On croit rêver devant une telle attitude ; elle relève du grand écart et prouve que les militants socialistes, en France, n'ont strictement rien compris aux évolutions du monde, évolutions dont leur système de pensée est largement responsable. J'ai déjà eu l'occasion de dire combien les Lumières, mère du totalitarisme et de l'idéologie, ont influencé la pensée politique française vers l'illusion qu'il était possible de projeter dans la réalité les schémas mentaux "rationnels", pourvu qu'ils soient logiques, cohérents et clairs. Une telle vision aboutit nécessairement à la lutte des systèmes de pensée les uns contre les autres, et exclut qu'il soit possible, comme dans d'autres pays moins marqués par le rationalisme, de trouver un accord entre partis pour résoudre les problèmes cruciaux de notre patrie. C'est de cela qu'il faudrait convaincre les responsables politiques, en leur reconnaissant bien évidemment le droit d'avoir des opinions divergentes sur toutes sortes de questions. Mais ils peuvent tomber d'accord sur des évidences, par exemple qu'il est impossible de distribuer des richesses qui n'ont pas été produites ou qu'il est normal que chaque citoyen contribue, à la hauteur de ses moyens financiers et de ses ressources humaines, à la bonne marche du pays. Il me semble que ces évidences mettent d'accord et la droite et la gauche.

samedi 1 septembre 2007

Le PS sent le Sapin

Avec une rare inélégance, plusieurs éléphants socialistes règlent leurs compte à madame ROYAL après son échec aux élections présidentielles. Claude ALLEGRE n'a jamais caché son opposition avant et pendant celles-ci à la candidate rebutée par le suffrage universel. On lui pardonne de le voir, après la défaite, persister dans son opinion par la publication d'un ouvrage au vitriol. Il y souligne les erreurs stratégiques et les faiblesses qu'il prête à l'ex-star de son parti, ou plutôt de son ancien parti, puisqu'il vient d'en démisionner. Mais que dire de Marie-Noëlle LIENEMANN ou du sénateur Jean-Luc MELANCHON ? Pourquoi brûlent-ils aujourd'hui celle qu'hier ils ont adorée ? Il me semble que ces luttes à coûteaux tirés relèvent plus de la stratégie de prise de pouvoir de leur courant au sein du parti socialiste que d'une analyse de la réalité. J'attends toujours des propositions sur les retraites, le système de santé, la modification de la calamiteuse loi sur les 35 heures, sur l'aide à la production, à l'innovation, sur la question non moins délicate de l'immigration clandestine, etc. A bon droit, la majorité peut dire : "D'autres feraient sans doute mieux que nous, mais nous faisons".
Monsieur SAPIN, d'habitude mieux inspiré - il n'est pas la plus inintéressante des personnalités socialistes - déclare du discours du Président de la République à l'Université d'été du MEDEF : "C'est un très beau discours de campagne électorale, un très mauvais discours de responsable politique". J'ai entendu ce discours, et j'ai vu et entendu la réaction de nombreux entrepreneurs. J'ai lu la déclaration de monsieur SAPIN : elle en dit long sur le jugement que les hommes politiques portent sur une campagne électorale : accumulation de paroles verbales, promesses intenables, logomachie sans consistance ? Voilà ce qu'ils en pensent, et voilà les intentions qu'ils prêtent à monsieur SARKOZY. Avec un tel état d'esprit, on comprend que madame ROYAL n'ait pas cru au SMIC à 1500 euros qu'elle dit avoir été contrainte de mettre dans son programme, en sachant que cette mesure, dans l'état actuel du monde et de notre économie, était inapplicable.
Il n'y avait pas de propositions concrètes dans ce discours, clament les médias avec une unanimité suspecte. Si le Président SARKOZY avait proposé de régler tout seul, sans le secours du dialogue social et des partenaires sociaux, la délicate question des salaires, des 35 heures, etc., que n'aurait-on pas dit ? Et comment les champions du monde du volontarisme politique peuvent-ils critiquer un homme qui veut fortement, et a tenu une partie importante des promesses faites ?
Justement, venons-en aux promesses. Les députés socialistes ont déféré la loi sur le bouclier fiscal et autres mesures au Conseil Constitutionnel. Ce dernier, comme la constitution le lui permet, et seulement quand il est consulté, s'est alors autosaisi de l'article 5 de la loi qui étendait aux emprunteurs d'avant le 6 mai le bénéfice de la déduction fiscale de ces intérêts, au motif qu'il y avait une "rupture de l'égalité de traitement". Les emprunteurs d'avant le 6 mai auraient été déjà propriétaires de leur logement ! Drôle de constat qui admet que les banques n'ont aucun droit sur les biens acquis avec leur concours, alors qu'ils sont hypothéqués et que la défaillance dans le remboursement des échéances ouvrent aux prêteurs le droit de procéder à une vente forcée du logement ou de la maison de l'emprunteur défaillant. La vérité en cette matière est dite par Henri HUDE, dans son ouvrage Ethique et politique (j'en a déjà parlé). Les banques qui prêtent sont en réalité les vraies propriétaires des biens de leurs clients et ne font que leur revendre en "leasing" et fort cher ce qu'elles ont acheté pour lui. Il faut bien comprendre la déception des électeurs socialistes qui doivent à l'intempestive inititiative de leur parti de ne pouvoir bénéficier d'une mesure de simple justice. Au fait, les avez-vous entendu barir les éléphants, après que le Conseil Constitutionnel a censuré cet article ? Pourtant ils ne lui avaient pas demandé de l'examiner, et si la loi ne lui avait pas été déférée, il n'aurait pas pu le faire. L'arroseur est arrosé. Le PS sent le Sapin. C'est à la fois tant mieux, et triste, car nous avons besoin d'un contre-pouvoir crédible et probe.