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dimanche 30 décembre 2018

Dimanche 30 décembre 2018. Nouvelles du pari bénédictin : Gilets jaunes et nouvelles manières de vivre


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Au lieu d’un château fort dressé au milieu des terres, pensons plutôt à l’armée des étoiles jetée dans le ciel.
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Une analyse sans concession des méfaits du libéralisme-libertaire par Jean-Claude MICHEA et Marc HUNYADI
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"On imagine sans peine la quantité de phénomènes sociaux que cette approche purement « citoyenne » de la lutte politique se trouve, du coup, philosophiquement contrainte d’abandonner ou de laisser dans l’ombre : « l’individualisme croissant, le culte de la performance, l’économisme ambiant, la marchandisation de tous les biens, la judiciarisation des rapports humains, la darwinisation des rapports sociaux, la perte de solidarité entre les générations, la technicisation de l’homme et de son environnement, la standardisation des biens culturels, la normalisation des comportements, l’uniformisation des modes de vie, la religion du chiffre dans tous les domaines de l’action humaine, la domestication des individus par le monde du travail : tous phénomènes généraux qui ont une emprise très directe sur nos contextes de vie les plus immédiats et qui, en conséquence, nous façonnent jour après jour, comme l’eau érode le lit de la rivière. » (Marc HUNYADI). Une analyse aussi radicale risque naturellement de désarçonner tous les lecteurs issus de la « génération MITTERRAND » (celle dont les clips publicitaires de McDonalds et de Benetton savent, de nos jours, si bien capter l’imaginaire politique et culturel). Elle s’inscrit pourtant de façon on ne peut plus claire dans le cadre de cette pensée dialectique qui était celle, au XIXe siècle, de la majorité des critiques socialistes et anarchistes du nouveau monde capitaliste naissant. Avant, bien sûr, que Karl MARX ne soit contraint de céder la place à Benoît HAMON, Rosa LUXEMBURG à Najat VALLAUD-BELKACEM et Mikhaïl BAKOUNINE à Emmanuel MACRON."
Cité par Jean-Claude MICHÉA.
In
Le loup dans la bergerie.
Climats. Un département des Éditions Flammarion, Paris 2018. (Page 135.)
MICHÉA cite Marc HUNYADI et son ouvrage La Tyrannie des modes de vie. Le bord de l’eau, Paris, 2015.
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Comment le parieur bénédictin peut-il réagir ?
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Marc HUNYADI fait une analyse excellente des tares de notre société post-moderne, tout entière tournée vers la consommation. La question qui se pose au parieur bénédictin est d’une brûlante et terrible actualité. Il me semble, et je vais essayer de le montrer, que le mouvement des Gilets jaunes est une manière inédite, et très française de barrer la route à ces dangereuses chimères du libéralisme-libertaire.
Ce que les élites auto-proclamées ne supportent pas, et que j’admire, moi, profondément, c’est la naissance d’une nouvelle manière de considérer les autres. En se rendant proches les uns des autres, sur les ronds-points et dans les manifestations, les Gilets jaunes réinventent les liens sociaux et tordent le cou à l’individualisme croissant dont les puissances d’argent ont besoin pour vendre leur camelote. C’est aussi le mélange des générations que les politicards essayent de séparer en distinguant les « travailleurs », les « retraités », les « jeunes » ou les chômeurs. Or, sur les ronds-points, il y avait des jeunes, des gens âgés, des retraités, des salariés, des artisans, des commerçants, tout ce peuple que méprisent les diplômés de l’ENA ou de polytechnique. Ainsi se trouve restauré le lien intergénérationnel : c’est un miracle de l’intuition française. Je trouve très symptomatique de constater que 60 % des radars destinés à piéger les automobilistes qui dépasseraient les 80 km/h aient été saccagés. Certes, je n’approuve pas ces dégradations. Mais la technique n’attend pas, et l’on remplacera, comme je l’ai lu, les radars par des voitures banalisées dont les grands tentacules continueront de pomper l’argent des contrevenants. Technique partout ! Internet pour les déclarations de revenus, par exemple, et tant pis pour ceux qui n’y ont pas accès ou sont désarmés devant la complication invraisemblable des formulaires ! Marchandisation ? Avez-vous entendu les plaintes (enfin celles que les médias ont bien voulu nous faire connaître) sur la perte de chiffre d’affaire entraînée par l’action des Gilets jaunes, comme si toute la vie humaine se résumait au commerce et à l’échange des marchandises et non aux conditions effectives de la vie des hommes. On n’en finirait pas de commenter par des exemples concrets les tares dénoncées par HUNYADI et dont les médias ne parlent jamais.
Le parieur bénédictin n’est pas de ceux qui vont REVENDRE un  cadeau qu’on lui a fait à Noël et qui ne lui convient pas. Il reconnaît la valeur symbolique de ce cadeau et le serre précieusement contre son cœur en pensant à celui ou celle qui le lui a donné. Le parieur bénédictin ne se fournit pas en fruits exotiques arrachés à la terre d’Afrique, d’Amérique ou d’Asie ; il achète les fruits du maraîcher voisin, ses pommes de terre et ses tomates, quand c’est la saison. Il vit sobrement. Et s’il a du mal à se passer de café ou de chocolat, il privilégie les productions équitables de ces précieuses denrées. Il préfère la marche à pied à la voiture pour faire ses courses. Il sourit à ceux qu’il croise dans les petits magasins de quartier, leur dit bonjour et s’intéresse à eux, à leur famille, à leurs projets. Bref, il crée de petites communautés humaines, à taille humaine, à soucis humains. Il se moque du CAC 40 et des affreux soucis des dirigeants des grands groupes qui, accablés par tant d'infortunes, ne savent les alléger qu’en augmentant leur traitement.
C’est ce que ne peuvent ou ne veulent pas comprendre les élites politiques pour lesquelles il n’y a qu’un terme à l’alternative : c’est à prendre et il n’y a rien à laisser.

Je vous mets ci-dessous un lien et une carte qui vous montrent où gisent les principales sources de pollution dans le monde (un navire ordinaire brûle 300 tonnes de fioul par jour). Vous comprendrez pourquoi la taxe sur les carburants est une aimable manière de taxer les moins riches en mettant au compte de l'écologie l'incapacité des pouvoirs publics à faire des économies.

Jetez un coup d’œil sur le trafic maritime en temps réel en consultant le lien ; il paraît que ce sont les automobiles qui polluent le plus !

http://www.pilotage-maritime.nc/ais.php


Avions dans le ciel, au-dessus de l'Europe, le 8 décembre 2018, heure non précisée.
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vendredi 18 août 2017

18 août 2017. Nouvelles de la Dissidence. Lien social ou déconophone ?

Nous commençons un cycle consacré à Gustave THIBON. Chacun sait qu’il accueillit chez lui Simone WEIL pour la protéger des menaces nazie, et qu’il fut son exécuteur testamentaire.
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Ce n’est pas l’ignorance qui nous empêche de 

devenir vrai, c’est la lâcheté !
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1. LA CITATION DU JOUR.
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"Le lieu de dégradation de l’esprit, ce n’est pas l’animalité, c’est la matière intelligible. Le monde actuel offre le spectacle d’une concrétisation tragique de la matière intelligible. Ce n’est pas la bête, c’est la machine qui nous menace… L’instinct est déterminé, réglé, encadré par les limites du rythme cosmique ; l’instinct est ordre, vie, harmonie ; au contraire, l’esprit captivé par la matière tombe dans l’indétermination, l’indéfini, l’extension amorphe. Plus de cadres organiques, plus de limites vitales, de spécificité. L’homme voué à la conquête de cette matière fantomatique n’est plus orienté ni limité dans ses désirs. Et du même coup toute personnalité, toute originalité, toute qualité en lui s’abolit : il devient le jouet inerte de toutes les influe ces ; ses réactions sont celles d’un automate insatiable." (C. II, 23.5.1934.)
In
Gustave THIBON.
Parodies et mirages ou la décadence d’un monde chrétien. Notes inédites (1935 – 1978). Introduction de Françoise CHAUVIN.
Éditions du Rocher, Monaco, 2011. (Page 19.)
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2. COMMENTAIRES.
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Il est tout de même curieux que des grands penseurs comme BERNANOS, Simone WEIL ou Gustave THIBON pensent de la machine exactement la même chose. Certes, ils ne le disent pas de la même manière. Cependant la même passion brûlante, la même fermeté traversent leur analyse : la machine va remplacer l’homme, le rendre inutile, l’asservir et le rendre semblable à elle. Notons que cette réflexion de THIBON date de 1934. Que dirait-il aujourd'hui ?
Oui, il est exact que c’est la machine qui est en train de déshumaniser l’homme. Si vous êtes parisien, amusez-vous à compter le nombre de passagers qui, dans le métro, enfermés dans leur bulle, casque audio vissé sur le crâne s’isolent du monde qui les entourenr et ne vivent plus que pour eux. Comptez aussi ceux qui tripatouillent leur portable. Vous arriverez à un pourcentage impressionnant et ceci quel que soit l’heure de la journée.
Vous noterez que THIBON insiste sur la nécessité de limiter ses désirs pour simplement vivre en homme. Autrement dit, il nous invite à considérer que l’homme comme le progrès a des limites.
Voyez-vous, pour donner une touche optimiste à ce billet, et faire mentir mon ami Dominique qui trouve que je suis négatif, je constate qu’un nombre croissant de jeunes gens et jeunes filles prennent conscience d’une nécessaire sobriété, de la tempérance et de la vie spirituelle. Je connais des jeunes mariés qui, la semaine qui a précédé leur mariage, ont fait, chacun pour son compte, dans le silence d’une abbaye, une retraite préparatoire à la vie conjugale. J’en connais d’autres qui en feront autant.
Espoir, courage, marche à pieds plutôt qu’en voiture, simplissime téléphone portable plutôt que ces instruments de torture qui s’appelle i-phone ou smartphone et auxquels il me plaît de donner le surnom de déconophone. Je préfère la parole !
Tout n’est pas perdu, bien au contraire. C’est à notre génération perdue, celle de 68, qu’il convient de faire une véritable métanoïa avant le Grand Passage.
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3. REVUE DE PRESSE.
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Témoignages bouleversants, à lire ABSOLUMENT.


(Ce lien est à destination de ma très chère amie Françoise ; elle se reconnaître !).
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Vidéos de conférences sur l’avortement.

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Les raisons d’un divorce.

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Viméo ? Vous avez dit Viméo ? Site à proscrire !

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Science et naissance du racisme : des études intéressantes.

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Voilà qui n’intéresse pas les médias ! Ce sont des chrétiens.

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Donald n’est pas le jeune canard qu’on dit !

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Une initiative de Karim OUCHICK contre une immigration 

subie, incontrôlée et non discernée !


lundi 16 janvier 2012

Des cloîtres pour les hommes libres...

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Toujours dans Pascal BRUCKNER, cette citation de Paul VALERY en ouverture du chapitre IX de son ouvrage Misère de la prospérité.
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"Il faudra bientôt construire des cloîtres rigoureusement isolés où ni les feuilles ni les ondes n'entreront... On y méprisera la vitesse, le nombre, les effets de masse, de surprise, de contraste de nouveauté et de crédulité. C'est là qu'à certains jours, on ira, à travers les grilles, considérer quelques spécimens d'homme libres."
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Il y a sans doute du vrai dans ce que dit notre bon Paul. Et c'est à se demander si la course à l'argent, à l'argent comme signe monétaire bien entendu,  n'est pas le péché capital de notre monde. "Combien ça coûte ? Chez Dupont, c'est pas cher !" nous crient les murs du Métro, les encarts publicitaires et la séquences télévisée. Nous n'avons que ce que nous méritons : un dessèchement des relations humaines, la mort de l'autre à nos yeux. Ce sont les petits et les pauvres, les anawim qui empruntent le bon chemin. Juste ici, une petite anecdote. Je rends visite tous les mercredis à une très vieille dame, qui ne peut plus se déplacer. Je vais tout simplement lui porter la communion. Rien de bien glorieux dans l'acte, catéchèse irremplaçable à son contact. Il y a 15 jours, en effet, alors qu'elle est vraiment très pauvre, elle m'a donné un billet de 20 euros pour que je distribue cette somme (à fragmenter, bien sûr) à des Sans Domiciles Fixes. Je l'ai fait (pas encore entièrement), en spécifiant chaque fois que ce don vient de Thérèse et qu'il est fait au nom de Jésus. Je garde pour moi les réactions émerveillés de ceux qui ont bénéficié des dons de Thérèse. Voyez-vous, ça une autre allure que les bonus de monsieur MESSIER, les jetons de présence de monsieur SCHWEITZER et les traitements mirobolants d'incapables élites (elles ne le sont pas toutes, bien sûr ! Gardons-nous bien de généraliser). Mais celles dont on parle suscitent bien des interrogations.
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Au lieu de nous empoisonner avec les quantités, les sous, les flux, les taux, les pourcentages, les hommes politiques ne pourraient-ils pas donner l'exemple et vanter la qualité ? Qu'est-ce qui les en empêche ? Certes, ils ne sont pas tous des saints Louis, mais enfin ils pourraient peut-être faire un petit tour du côté de VINCENNES pour y chercher l'inspiration, non ?

dimanche 8 janvier 2012

Anathèmes...

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Que voulez-vous, je n'y peux rien. J'ai déniché pour deux euros un petit livre fort instructif de Pascal BRUCKNER intitulé Misères de la prospérité. La religion marchande et ses ennemis. Pour une occasion, c'est une occasion. Je n'ai eu que le temps de le feuilleter. A croire que la providence des bloggeurs était avec moi, et qu'elle est venu au secours d'une muse qui parfois s'endort ; voici ce que je lis à la page 45 de cet ouvrage, sous le titre LES IMPASSES DE L'ANATHEME :
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"De là que renaisse de façon débridée à la gauche de la gauche comme dans la droite extrême la rage critique. C'est un alcool d'autant plus fort qu'il ne débouche sur rien de concret, s'épuise souvent dans la hargne, dans un tête-à-tête stérile avec l'objet de son aversion. Car pour l'instant du moins l'antimondialisation est un discours qu'on oppose de façon conjuratoire à la méchanceté des choses : les propositions concrètes restent balbutiantes, sinon l'appel à manifester, chaque fois que les grands de ce monde se réunissent quelque part sur la planète. Comme si de la religion on avait banni la dimension de l'espérance pour ne garder que celle de la malédiction : on piétine cet univers profane que rien ne peut profaner, on se veut les comptables moroses de l'enfer contemporain. [...]. On s'adonne jusqu'à la nausée au bonheur de pouvoir dire du mal de cette société afin d'en exorciser toute l'amertume, on ressort l'artillerie lourde antifasciste toujours utile quand on est à court d'arguments. Nous voici repartis, pour reprendre un terme sartrien, dans la déconnade totale."
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Et à la page 49, ce petit chef-d'oeuvre d'observation :
"Elle est étrange à vrai dire, cette attirance pour la figure du rebelle qui hante plus spécialement artistes, journalistes, intellectuels, écrivains politiques. Il faut y voir bien sûr une des valeurs refuges du narcissisme contemporain à une époque où le consensus nivelle les individus  (BRUCKNER fait allusion au politiquement correct) et les camps, et les rend tous semblables..." (Ils ont un métabolisme à assurer, ces pauvres gens, et ils prennent l'argent là où il se trouve...)
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Et encore ceci, page 177 :
"Tisser le lien social avec le seul argent (le pouvoir d'achat, hein monsieur HOLLANDE et de tant d'autres, y incluse la majorité actuelle), l'imposer en tiers dans tous les rapports, c'est bâtir sur du sable. La vrai lien se forge sur le long terme, s'enrichit de tous les aléas de l'existence, constitue une création collective qui nous dépasse. L'argent est un grand facilitateur mais cette facilité se paie à son tour en rétrécissement, en indigence..."
Et il poursuit :
"Autrement dit, quand la logique monétaire devient coercitive à son tour et cannibalise le vivant, il faut, par équilibre, raviver les logiques non marchandes, même si elles furent jadis contraignantes : prôner un conservatisme intelligent qui sache faire à l'individualisme et à l'égalitarisme leur JUSTE PLACE tout en corrigeant leur excès. Parce que le monde n'est pas né avec moi et ne s'éteindra pas à ma mort, une certaine conversation avec le passé constitue une sauvegarde indispensable face aux dérives de la modernité, une chance d'échapper aux tyrannies de l'immédiat. Critiquer le capitalisme ne suffit pas puisque c'est une autre façon de l'alimenter. Il s'agit plutôt de borner les territoires où l'argent ne saurait imposer sa loi sans dommages graves, et avant tout l'école."
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Sur ce dernier point, je suis d'accord, mais sans doute BRUCKNER ne souscrirait pas à ma solution. Oui, il faut soustraire aux marchands de savoir la possibilité d'offrir un enseignement de qualité aux seules familles capables de payer un écolage élevé. Il suffit pour cela que la puissance publique attribue à toutes ces familles une allocation d'enseignement pour chacun de leurs enfants et donne aux parents la liberté de les inscrire dans des établissements, agréés par l'Etat certes, dont les méthodes, l'esprit et les résultats correspondent à leur désir. Ce n'est pas à coup de cartes scolaires et d'abandon des sanctions contre les fauteurs de troubles scolaires que l'on y parviendra. Voilà un moyen de trouver un juste équilibre entre individualisme et égalitarisme.
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Je ne partage pas, loin de là, toutes les analyses de BRUCKNER qu'une lecture superficielle du livre m'a mises sous les yeux, mais il y a une conclusion qui me plaît. J'y reviendrai, tout en notant qu'elle relève plus de la conjuration verbale que du réalisme.
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J'ai fini.

lundi 5 avril 2010

Réponse à un ami lecteur

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Un lecteur assidu me demande de commenter les propos de Pierre ARDITI, un remarquable comédien et acteur - je le précise - qui ne fait pas mystère de ses sympathies pour le socialisme et qui disait il y a quelques jours, dans l'émission "Vivement dimanche", le seule parole que j'ai trouvée sensée depuis des semaines en matière politique ; je la rapporte de mémoire : "Il y a trente ans, disait-il, on pouvait avec le fruit de son travail, se loger, se chauffer, se nourrir, élever ses enfants. Aujourd'hui, cela n'est plus possible." Pierre ARDITI a raison. Nous devons tous admettre que les revenus du travail doivent permettre à leurs bénéficiaires de vivre décemment. Cela me paraît être la justice élémentaire. Et il n'y a pas à tergiverser sur cette évidence.
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La première des tâches qui s'impose aux politiques et aux services économiques de notre pays, consiste à évaluer, avec l'aide de tous les partenaires sociaux, le montant des sommes nécessaires par adulte et par enfant, pour vivre décemment. Manifestement ce ne peut être le SMIC dont le niveau est insuffisant pour faire vivre une famille, dans le cas où seul l'un des deux parents travaille, ni même deux SMIC. Ce montant devrait être évalué annuellement par l'INSEE, l'un des services statistiques les plus compétents du monde, il faut le souligner.
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La seconde des tâches, consiste, me semble-t-il, à évaluer l'évolution des coûts dans les domaines essentiels de la vie : nourriture, vêtements, chauffage, logement, transport, santé et éducation des enfants ; il faut adjoindre à ces domaines celui des loisirs et de la culture, car l'homme ne vit pas que de pain.
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Il faut ensuite avoir une anthropologie saine : l'homme est un être qui tire sa dignité de sa responsabilité ; l'homme est un être qui aspire à la liberté ; l'homme est un être de relation qui ne peut vivre sans lien social. Responsabilité, liberté et sociabilité doivent être au coeur de toute politique. J'ajoute un point essentiel : il est indispensable en politique de ne jamais dissocier la vertu civique de l'intérêt. Il FAUT donc que le citoyen tire des bénéfices de son civisme.
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Il y a une mesure de salubrité publique qui doit être mise en forme législative de TOUTE URGENCE. Elle concerne la composition des conseils d'administration des grands groupes. Monsieur ZACCHARIAS, ancien PDG de Vinci, accusé d'abus de bien sociaux, a beau jeu de dire à la justice que son conseil a voté les dispositions particulières qui le couvraient d'or, d'argent et de billets. Pardi ! C'est du genre "passe-moi la rhubarbe, je te donnerai le séné". Ils se tiennent tous par la barbichette. Le PDG d'un groupe Y est conseiller d'un autre groupe Z dont le PDG Z est lui-même conseiller du groupe Y. Comment voulez-vous que cela fonctionne ? Ils ne cessent de se renvoyer l'ascenseur. Il ne doit pas être possible d'être membre de plus d'un conseil d'administration. Point. Tant pis pour les énarques, les polytechniciens, les centraliens, bref les prétendues et soi-disant élites qui se gavent sous les yeux ébahis et incrédules de leurs personnels.
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Deuxième mesure d'urgence, limiter par la loi les salaires des PDG des grands groupes, interdire les stocks options, et supprimer la part variable des revenus.
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Troisième mesure qui concerne tous les citoyens : supprimer avec détermination tous les revenus non monétaires : avantages des comités d'entreprise (pour EDF, 1 % du chiffre d'affaire ! Faites le calcul), cartes de réduction pour les transports, réductions de tous ordres pour les employés de l'électricité ou du gaz, ou de toute entreprise privée, gratuité des soins, et conversion de ces avantages en revenus monétaires. Car à force de ne pas savoir le coût d'un médicament, d'un acte chirurgical, d'un voyage en métro, du prix du kilowatt-heure ou du mètre cube de gaz, on finit par perdre tout contact avec la réalité économique. Quand on sait que plus de 30 % du PIB sont voués aux transferts sociaux, on mesure ce que la suppression des revenus non monétaires pourraient apporter de liberté aux citoyens, s'ils étaient transformés en revenus monétaires, en bon argent. Chacun serait libre de dépenser comme il lui convient. Mais il ne lui serait plus possible de faire reposer sur autrui les conséquences de ses choix. Voilà le principe de responsabilité, et de lien social.
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Quatrième mesure de nature à développer la responsabilité, notamment en matière de dépenses de santé. Maintenir, bien sûr, le système d'assurances sociales. Mais le gérer différemment. Il est tout-à-fait possible de créditer les cartes vitales d'une somme moyenne avec lesquelles les assurés sociaux paieraient les actes médicaux, chirurgicaux, les médicaments, etc. Il serait entendu que toute somme non dépensée à la fin de l'année serait reversée à l'assuré social qui aurait aussi le choix de maintenir ce crédit sur sa carte en vue des années à venir. Il est évident que ce système ne permettrait pas de couvrir les gros risques. Il faut donc qu'une partie des cotisations, environ 50 % (à préciser, mais il doit être possible de savoir quel pourcentage doit être attribué à ce secteur), soient donnée au secteur public qui assureraient la gratuité des soins. L'accès aux soins gratuits seraient possibles (a) pour les petits risques, aux cas où l'assuré social aurait épuisé le crédit de sa carte vitale ; (b) pour les gros risques (assez faciles à définir), sans conditions. Pour éviter que la santé publique se dégrade par ce système, l'assuré social devrait fournir à sa caisse un certificat annuel de bilan médical et biologique de santé, (on dirait un "chek-up"). Ainsi serait honoré le principe de responsabilité.
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Cinquième mesure. Il se peut que le reversement monétaire des anciens revenus non monétaires ne permettent pas d'assurer à une famille une vie décente. Il revient à la communauté nationale de compléter ce manque, par des versements soit annuels, soit (préférablement) mensuels complétant à dues proportions ce qu'il est nécessaire à la vie des familles. Une déclaration annuelle des charges avec justificatifs, accompagnant la feuille de déclaration des revenus, suffirait à établir le montant du différentiel à combler.
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De telles mesures empêcheraient un inacceptable contrôle social de la part de l'Etat, des Syndicats, ou des Services sociaux, et éviteraient toutes formes de domination de la part des plus riches sur les plus pauvres. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Il est normal que des différences de compétences et de responsabilités professionnelles soient accompagnées de différences de revenus. Il n'est pas normal que ces différences ne s'appuient que sur la cupidité et l'avidité des puissants, sans tenir compte des services qu'ils rendent réellement à la société et à la patrie. Ainsi serait respecté le principe du lien social. Il consiste tout simplement à ne pas oublier que l'autre existe.
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Qui ne voit que ces mesures de simplification entraîneraient une incroyable diminution des coûts de gestion ? En simplifiant les circuits de traitement des dossiers, en supprimant une foule de structures devenues inutiles, elles libéreraient de tâches improductives des milliers de citoyens qui pourraient alors employer leurs talents et leurs compétences à des travaux plus utiles pour leurs concitoyens. Ils ne risqueraient rien puisqu'ils seraient eux aussi les bénéficiaires des mesures de compensation décrites plus haut.
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Enfin il y a fort à faire dans un domaine sensible : celui du logement. Il est devenu de plus en plus difficile de se loger convenablement à des prix décents. Il y a là une situation inadmissible. Il faut bien voir pourquoi. Il me semble que les garanties exorbitantes demandées par les propriétaires et le coût demandé pour les loyers sont liés à la difficulté qu'il y a d'expulser facilement un mauvais payeur. Cette situation n'est pas saine. Il est donc nécessaire d'entreprendre une vigoureuse action de construction de logements sociaux, non pas concentrés dans des quartiers périphériques, mais dispersés dans la masse du tissu urbain d'une part. Ces logements sociaux seraient vendus en leasing ; en d'autres termes, chaque versement mensuel serait pour le locataire un pas de plus vers la propriété. On voit par là que l'intérêt ne serait pas dissocié de la vertu. D'une autre part, il conviendrait de créer un fonds de garantie des loyers, abondé par les propriétaires, les syndics de copropriété, les locataires, et les promoteurs immobiliers. Une sorte d'assurance-sociale des loyers. Je ne suis pas naïf au point d'imaginer que ce dispositif suffirait à se débarrasser des mauvais payeurs. Mais il permettrait au propriétaire dont le locataire est indélicat d'entreprendre sans difficulté les démarches juridiques nécessaires pour rentrer dans son droit. Peut-être, du reste, faudrait-il que les tribunaux disposent d'une chambre particulière consacrée au traitement des litiges immobiliers. Il est également indispensable que la puissance publique détermine une fourchette acceptable des prix de location au mètre carré, pour les appartements ou maisons dépendants de particuliers. Aucune contrainte, bien sûr. Mais ces fourchettes indicatives donneraient à penser aux propriétaires abusifs. Dans ce domaine, surtout ne pas s'appuyer sur les agences immobilières qui ont intérêt à voir les prix augmenter puisque leurs honoraires en dépendent...
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Bien entendu, je rêve. Mais qui sait...
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mardi 3 février 2009

Rencontres

Petite chose minuscule qu'une rencontre ! Et pourtant, que d'enseignements dans ces brefs échanges.
Je traversais hier un petit jardin public. La neige tombait à gros flocons et quatre jardiniers de la ville de Paris, emmitouflés dans d'épaisses canadiennes, dégageaient avec des pelles le chemin. Ils y mettaient tout leur coeur. Je m'arrête simplement pour les remercier de penser à nous. Un bref dialogue s'engage. Et le chef d'équipe me dit : "Aujourd'hui, on ne se parle plus. Les gens sont plantés devant leur télé, ou leur ordinateur. Ou bien ils ont leur casque vissé sur la tête et leur MP3 en poche. Ils sont seuls." Il y avait de la tristesse dans la voix de cet homme, et une justesse d'analyse et de ton qui m'a touché. Mais nous avions pu nous rencontrer. Et en cet instant, DIOGENE n'avait plus à tourner autour de son tonneau en secouant sa lanterne pour trouver un homme. Nous nous étions vraiment rencontrés.
En ces temps de crise et de morosité, nous avons mieux à faire que de nous dresser les uns contre les autres. Nous pouvons partager, échanger, reconnaître l'autre, et ainsi échapper à l'affreuse solitude qui étreint l'homme sans espoir, centré sur ses problèmes et ses soucis. Premier pas avant des pas plus décisifs qui impliquent certainement de mieux partager les richesses de la terre.

lundi 3 novembre 2008

Pour une vie nouvelle

Je faisais hier matin quelques petites courses dans un magasin de bricolage. L'hôtesse de caisse avec qui je discutais tout en réglant mes achats, me disait que depuis la crise, les clients sont devenus hargneux et exigeants.
Il est intéressant de s'interroger sur le pourquoi de cette attitude. Crainte de l'avenir ? Mais quel type de crainte ? Celle de perdre son emploi ? Celle de ne plus pouvoir consommer à volonté ? Celle de ne pouvoir réaliser ses projets ? Inquiétude aux fondements mal connus et qui traduit simplement le mal être des hommes dans une civilisation qui les ignorent délibérément ? Un peu tout cela à la fois, me semble-t-il.
L'argent ne fait pas le bonheur, dit un adage populaire. Cela est vrai pour ceux qui en ont assez pour vivre et ne trouvent pas le sens de la vie dans la consommation frénétique. Il y a, dans cette constatation, deux données absolument liées. Il ne suffit pas d'avoir de quoi vivre : se loger, se nourrir, fonder une famille, éduquer ses enfants, avoir une vie relationnelle et culturelle riche. (Il y a bien de nos contemporains qui ont plus que cela et qui pourtant ne cessent de courir après l'argent qu'ils amassent à ne pas savoir qu'en faire. Et c'est bien cette avidité-là qui nous a conduit au bord du gouffre.) Il faut encore trouver du sens à sa vie, c'est-à-dire apaiser par des actes cette tension intérieure qui habite tous les hommes et qui est sans doute liée à notre sentiment de finitude confronté à notre désir d'éternité.
Je plaide donc pour une refondation de notre société. Dans plusieurs directions d'ailleurs. Le magasine Marianne titre - et je crois, hélas, qu'il a raison - Les élites n'ont toujours pas compris. Les élites, ceux qui trouvent dans leur travail une reconnaissance sociale, du prestige, un accomplissement de leurs virtualités, doivent - c'est une nécessité sociale absolue - réfréner leur désir de toujours plus. Par conséquent, pas de réclamations d'avantages en nature démentiels (voiture de fonction de luxe, frais de représentation, repas d'affaire). Il leur faut rentrer dans la sobriété vécue. Pas d'exigences salariales inconsidérées. Un regard ouvert et juste sur la situation des salariés qu'ils ont sous leurs ordres. Une acceptation réfléchie de la solidarité par l'impôt (et cela ne les exonèrent pas de l'exigence de fraternité, qui est d'un autre ordre). Bref, il leur faut cesser de se regarder le nombril, de créer de toutes pièces une Association des Adorateurs Mutuels, et de défendre farouchement tous leurs privilèges : il en est certes de justifiés (BERNANOS justifiait brillamment cela) ; il ne doit pas y en avoir d'indus. Regarder du côté des primes des Hauts Fonctionnaires, par exemple... Et un peu moins d'ostentation dans le luxe, pour ceux des riches qui ne peuvent se passer du paraître, en attendant qu'ils changent leur regard sur eux-mêmes, ce qu'ils feront inévitablement quand ils arriveront aux portes de leur propre mort. Qu'ai-je fait de ma vie, diront-ils. Qui viendra essuyer leurs larmes quand ils en verront le vide ?
Ceux de nos concitoyens qui n'ont pas la chance de faire partie des élites et ont des revenus moindres peuvent trouver du sens, comme les riches d'ailleurs, dans le tissage de liens sociaux vécus. Là encore, un petit exemple, qui date de ce matin. A une bouche de métro, un distributeur de journal gratuit, propose aux passants un numéro de son quotidien. Il a un sourire éclatant. Et il n'essuie que des rebuffades de gens maussades, qui font un geste de dénégation. Et ces passants ne font pas partie de l'élite, de ces gens qui peuvent se déplacer en voiture et bénéficier d'un parking sur leur lieu de travail. Ils font partie de ces Français moyens qui travaillent dur pour gagner leur vie. Je plaide ici pour que ce refus d'accepter - il peut être motivé - soit assorti d'un petit mot, d'un petit sourire, d'un bonjour. Restaurer du lien social, voilà l'urgence du moment.
En effet, et je conclus, l'homme se construit (devient un sujet) dans la relation à l'autre. Les spécialistes des sciences humaines (anthropologie, sociologie, psychologie) l'ont amplement démontré. Sans relations (sans liens intersubjectifs), il n'y a pas d'homme ni d'humanité. Hélas, qu'il est triste de voir dans le métro, plus d'un voyageurs sur deux rivé à son portable ou à son MP3, clos dans un univers strictement virtuel absolument indifférent à la gêne que sa conversation ou sa musique fait subir à ses voisins. Les lecteurs de journaux ou de livres, sont moins fixés à leur objet, et ils balbutient de temps à autre un "excusez-moi je descends à la prochaine", ou quelque chose comme cela.
Pour une vie nouvelle, ouvrons les yeux sur l'autre, ayons pour lui un sourire ou une parole aimable. Cela, certes, ne peut résoudre les problèmes de revenus, mais il est plus facile de trouver des solutions à plusieurs que d'essayer de s'en tirer tout seul. Et pour ce faire, il faut rentrer en relation.

mercredi 5 septembre 2007

A la mémoire d'Ali

Vous étiez, Ali, une lumière dans ce triste quartier d'Epinay. Des jeunes un peu perdus, des mamans et leurs enfants, des vieillards, affluaient dans votre épicérie, non pour acheter, mais pour parler. Vous écoutiez les uns, donniez des bonbons ou une tasse de café aux autres, faisiez une petite réduction à ceux d'entre eux qui avaient les plus maigres ressources. Vous aimiez les gens, et ils vous le rendaient. Un marginal vous a ôté la vie, un marginal que vous aidiez, à qui vous donniez amitié et subsistance. Jamais la parole de Vincent de Paul à Louis de Marillac ne m'a paru plus juste : "Ma fille, disait-il, souvenez-vous qu'il nous faut beaucoup d'amour pour que les pauvres nous pardonnent le pain qu'on leur donne". Tous sauf un vous ont aimé et aujourd'hui vous pleurent. Fallait-il que votre meurtrier soit un de ceux que vous aidiez le plus ? Comment se peut-il qu'il n'ait pas reçu toute votre gentillesse comme un cadeau inespéré, lui que la vie avait jeté sur les marges comme le fait la marée d'une épave sur la plage ? Vous l'aviez mise à l'abri et au renflouement, l'épave ; la réparation ne devait pas être assez rapide pour cet homme. On ne peut espérer pour lui que le pardon de vos amis et de vos proches, car vous lui eûssiez sans doute pardonné, s'il vous avait laissé le souffle. Ali, nous pensons à vous, et, j'ose le dire, ceux qui croient prient pour vous.