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Je m'absente pour trois jours. Reprise lundi 14 novembre. Bon week-end
vendredi 11 novembre 2011
jeudi 10 novembre 2011
A propos de la crise
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Je ne le dissimulerai point. L'apparition de monsieur HOLLANDE à la télévision, me donne des boutons. Dès que le Président SARKOZY a dit ou fait quelque chose, il intervient et ses interventions n'ont d'autre but que d'ancrer dans l'esprit des Français que tout ce que fait le Président est criquable et que lui, François HOLLANDE ferait beaucoup mieux ! Mais je n'entends point sur les lèvres la moindre proposition concrète, à l'exception du recrutement de 60 000 enseignants (dans quel ordre veut-il les affecter : primaire, secondaire, supérieur ?), et de l'augmentation des impôts. Pas le moindre phonème relatif au traitement de la crise qui s'annonce. Monsieur HOLLANDE semble ignorer que le peuple français représente moins d'un pourcent de la population mondiale, et que la voix de la France dans le concert des nations est à peine audible. Il croit, oh certes avec sincérité, mais avec une touchante naïveté ! qu'il lui suffit de condamner les systèmes financiers et les marchés, monstres anonymes, monstres froids, pour les faire changer. Mais il y faut une autre force et d'autres atouts que ceux aimablement puisés dans les vieux tiroirs de Tonton, de Jules GUESDE, Léon BLUM, et des autres caciques socialistes. Ils nous ont conduit à la ruine, au seul profit de leurs électeurs et des sociétés de pensée qui ne cessent d'exercer un pouvoir occulte et néfaste sur la conduite de nos politiques. Comment va-t-il s'y prendre pour taxer les échanges financiers ? Comment va-t-il augmenter les impôts et de qui ? Comment va-t-il juguler les dépenses sociales ? Empêcher qu'on dilapide l'argent des Français, qui n'est que le fruit de leur travail, en finançant sans discernement et sans distinction tout étranger qui se présente aux caisses de l'Etat ? Je conçois que cette politique, il la choisisse. Mais alors il doit dire qu'elle a un coût, et le faire accepter loyalement par les Français.
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Plutôt que de désigner les riches comme les ennemis des autres Français, il devrait chercher à s'en faire des alliés (je ne dis pas des amis ; c'est difficile en effet) en promouvant le mécénat, la création de fondations charitables, des déductions d'impôts plus importantes pour les dons faits aux associations agréées. Bref, au lieu de monopoliser la solidarité au profit du PS, par intérêt politique, il devrait au contraire la répandre, la promouvoir, la bénir. Mais il n'a que des imprécations, des condamnations, des insinuations, des invectives... contre les créateurs et les possesseurs de richesses. Il semble que le candidat rebuté par les circonstances, monsieur DSK, n'ait pas eu ces scrupules qui lui auraient fait refuser les "avantages" procurés (conditionnel, j'insiste) par certains industriels du BTP, du côté de LILLE.
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Quand ces messieurs comprendront-ils, à droite comme à gauche, que les Français sont prêts à faire des sacrifices, mais qu'ils ne supportent ni les mensonges, ni la démagogie, ni les contradictions ?
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mercredi 9 novembre 2011
Suite orientale
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Dans les années 1930, un voyageur allemand, Egon Erwin KISCH visitait la Chine. Il était assez proche et même très proches de ceux des Chinois qui croyaient au communisme. Mais son regard était acéré et il était assez bien documenté.
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On apprend dans le livre qui relate son voyage, La Chine secrète (Gallimard, Paris, 1935), qu'il y avait à l'époque 2 499 00 fuseaux chinois, 1 821 000 fuseaux japonais et 178 000 fuseaux anglais dans les filatures installées sur le sol du Céleste Empire. Il consacre un chapitre de son ouvrage aux Enfants à l'usine. Après avoir décrit les conditions qui sont faites aux ouvrières et enfants qui travaillent dans les filature, puis décrit une scène terrible où l'on voit un groom chinois, un gamin, qui veille sur les entrées et sorties des clients dans un bar, s'amuser à taper sur les coolies qui s'arrache le client à transporter dans leur rickshaw, il reprend : "Mais retournons à la filature, chez les condamnés à perpétuité. Ici, la notion de perpétuité est prise dans un sens plus littéral que dans le code pénal : le nouveau-né gît sous le métier à tisser, la petite soeur surveille le métier à filer, la maman travaille au dévidoir, la grand-mère coud les ballots. Et c'est ainsi que s'écoulera ta vie, bébé, selon la loi qui t'échut en partage."
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Les choses n'ont guère changé, au bébé près. Les ouvriers travaillent dans les mêmes conditions ; ils sont houspillés par les mêmes contremaîtres pour le profit de quelques privilégiés, et celui des exportations . Quand ils sont exténués de fatigue, usés par les heures de veille, on les renvoie.
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Permettez-moi, lecteurs attentifs qui avez la bonté de lire ces billets, de vous rapporter une Parabole qui nous vient du TIBET, et qui ressemble étrangement à ce que dit Simone WEIL ; je la dois à un ami alsacien qui vient juste de m'envoyer un diaporama magnifique :
"J'ai regardé au loin ! J'ai vu quelque chose qui bougeait. Je me suis approché. J'ai vu un animal. Je me suis encore approché. J'ai vu un homme. Je me suis encore approché, et j'ai vu que c'était mon frère."
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Souvenez-vous de la Parabole du Bon Samaritain. Jésus ne dit-il pas à propos de l'homme laissé pour mort sur le bord du chemin : "De qui cet homme a-t-il été le prochain ?" Il a été le prochain du schismatique, honni des juifs orthodoxes ; il a été le prochain du Samaritain. Ma fois, je trouve une certaine analogie avec les situations dont nous discutons depuis deux ou trois jours.
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Bonne soirée.
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L'égoïsme, une erreur de perspective
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J'ai trouvé il y a quelques années, dans une brocante de charité, l'édition originale, fort délabrée, des Intuitions préchrétiennes de Simone WEIL. Je suis en train de la restaurer et de la relier. Figurez-vous qu'à la page 73, premier paragraphe, feuillet 5, je trouve ceci qui vient singulièrement éclairer les propos que je tenais hier sur la concurrence déloyale et l'état terrible dans lequel des milliers d'ouvriers sont maintenus en Chine. (J'ajoute que ce texte traduit exactement, très exactement, ma pensée. Un agent, en effet, agit toujours en vue d'un bien. Je ne mets donc pas en doute la volonté des promoteurs de la mondialisation de vouloir un bien, et même un bien pour tous. Ce que je conteste c'est que ce bien soit le bien le meilleur.)
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"Ce qu'on nomme généralement égoïsme n'est pas amour de soi. C'est un effet de perspective. Les gens nomment un mal l'altération d'un certain arrangement des choses qu'ils voient du point où ils sont ; de ce point, les choses un peu lointaines sont invisibles. Le massacre de cent mille Chinois altère à peine l'ordre du monde tel qu'ils le perçoivent, au lieu que si un voisin de travail a eu une légère augmentation de salaire et non pas eux, cet ordre est bouleversé. Ce n'est pas par amour de soi, c'est que les hommes étant des êtres finis n'appliquent la notion d'ordre légitime qu'aux environs immédiats de leur coeur.
"Ils ont le pouvoir de transporter leur coeur en choisissant quelque part un trésor. Il n'est pas si rare de voir un homme absolument dévoué à un autre homme, connu ou non de lui personnellement, à une femme, à un enfant, à un parti, à une nation, à une collectivité quelconque, à n'importe quelle cause. On ne peut pas dire alors qu'il est égoïste. Mais le mécanisme des erreurs de perspective reste le même, et les erreurs restent aussi graves. Un tel dévouement n'est pas plus élevé, est à peine plus élevé que ce qu'on nomme égoïsme.
"Pour échapper aux erreurs de perspective, le seul moyen est de choisir son trésor et de transporter son coeur hors de l'espace, hors du monde, en Dieu."
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Je me demande si nous ne sommes pas tous, les uns et les autres, victimes de ces erreurs de perspective. J'ajoute, pour terminer, que je me mets dans le lot de ceux que dénonce avec une telle lucidité une des plus grandes philosophes françaises du XXe siècle. Il me faut faire encore beaucoup d'efforts sur moi-même pour parvenir à cette fin.
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mardi 8 novembre 2011
Concurrence déloyale
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Dans son commentaire de mon billet sur un "économiste courageux", Pierre-Henri dit que quand nous parlons de concurrence déloyale, nous voyons les choses de notre point de vue. Je ne suis évidemment pas du tout d'accord avec lui. Mais je pars d'une perspective différente.
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On peut, en effet, comme Pierre-Henri ou Aerelon, se placer sur le terrain de l'économie et des échanges de biens et services, sans regarder le moins du monde les conditions dans lesquels ces derniers sont produits. Je voudrais placer ici le résumé d'une analyse que j'ai faite d'un chapitre du livre de Thierry WOLTON, Le grand bluff chinois. Comment Pékin nous vend sa "révolution" capitaliste. Robert Laffont, Paris, 2007 :
Dans le capitalisme le plus sauvage, les exploités s'organisent pour défendre leurs intérêts. Rien de tout cela en Chine. L'absence d'espace de liberté empêche l'expression d'un marché régulateur. La population est étouffée par un encadrement très strict et ne peut contester, et le flic est ici l'unique syndicat autorisé. Les mines de charbon sont emblématiques de cette spécificité chinoise. Le secteur est massivement privatisé depuis une dizaine d'années. N'importe qui peut creuser un trou pour ouvrir une exploitation. Mais la quasi-totalité des mines privatisées a été récupérée par la nomenklatura communiste. La famille, au sens large, n'a pas laissé échapper un business si rentable dans un pays qui manque cruellement d'énergie. Les nouvelles exploitations, elles, restent le patrimoine de l'État-Parti, unique propriétaire du sol. Ainsi, le 14 février 2005, le contrôleur de la sécurité de la mine SUN JIANWAN (LIAONING) constate que les veines d'exploitation présentent une densité anormale de gaz. Le patron passe outre et menace d'une forte amende les ouvriers qui voudraient sortir du puits. Ce jour-là, l'explosion a fait 213 morts. Il y a en Chine dix fois plus de décès de mineurs qu'en INDE, trente fois plus qu'en AFRIQUE DU SUD, cent fois plus qu'aux Etats-Unis par million de tonnes de charbon extraites. Selon le China Labour Bulletin de HONG-KONG, il y a 20.000 morts chaque année dans les mines chinoises, qui n'ont aucun équipement (foreuses, trépans), et laissent leurs ouvriers attaquer les veines à la pioche. Absence totale de sécurité, corruption des inspecteurs, carence des dirigeants décuplent le danger. Partout ailleurs dans le monde, de vrais syndicats, le droit de grève, une justice indépendante ont fait reculer la mort dans les mines. Le PC chinois n'en veut rien savoir. Beaucoup d'accidents sont cachés au public. La zone sinistrée est interdite aux journalistes. Et le syndicat officiel se charge de calmer les esprits, de disperser les familles endeuillées, de prévenir toute velléité de révolte. Un journal du HEBEI a révélé l'existence d'un réseau de professionnels spécialisés dans la dissimulation des explosions minières : enterrements discrets, achat du silence des familles. Les médias se taisent sur ordre des autorités. Mais le mépris de l'État-Parti est encore plus manifeste dans le secteur de la santé. Le pouvoir n'assure là aucun minimum garanti. La maladie est en Chine la pire des catastrophes qui puissent arriver à un paysan chinois. L'accès aux soins lui est financièrement interdit. Toute intervention à l'hôpital nécessite un dépôt de garanti égal à un an de revenus. Il faut tout payer d'avance. Les médicaments sont vendus par les médecins à des prix prohibitifs. Tuberculose, malaria, choléra, dysenterie frappent des centaines de millions de citoyens. Soixante pourcent d'entre eux seraient atteints d'hépatite B, dix millions du SIDA. Dans le HUNAN, on compte des centaines de milliers de paysans qui sont morts contaminés par le VIH, ou frappés d'hépatite, après avoir vendu leur sang pour une poignée de yuans. En réponse à ces vies sacrifiées, LI CHANGCHUN, le responsable du drame, a été promu.IL est chargé de la propagande au Bureau Politique, instante suprême du PC. En termes d'équité, le système de santé chinois arrive au 181e rang mondial, sur les 191 qu'a examiné l'OMS. La nomenklatura, cependant, est bien soignée. Lors de l'épidémie de SRAS, en 2003, les puissants du parti se sont mis à l'abri avec leur famille, en organisant un pont aérien pour s'installer loin du danger sur le littoral, sans se soucier du sort du peuple. Une noria d'Airbus A300 a transporté en un jour, de la capitale aux lieux refuges, 1.700 dignitaires, escortés de forces spéciales, de médecins, et de services d'urgence, alors que la population ignorait tout du danger. Même MAO avec ses médecins aux pieds nus n'a jamais été vraiment préoccupé de santé publique. Il y a en Chine un peu plus de 2 millions de médecins, soit 6 pour 100.000 habitants, comme dans un pays en voie de développement. Dans ce pays-là, il n'y a pas d'avenir pour les plus pauvres. Du reste, signe révélateur, la Chine est le seul pays au monde où les femmes se suicident plus que les hommes, signe de leur infini désespoir face aux violences de tous ordres dont elles sont les victimes. Ainsi, la vie est peut-être une chance pour ceux qui parviennent à s'enrichir, mais c'est une menace pour le plus grand nombre. Dans cette situation de contention totalitaire, la violence est une tentation quotidienne. L'absence de rapports institutionnels entre le pouvoir et la population engendre la révolte, seule voie possible de réaction pour ceux qui souffrent. Des tonnes d'explosifs ont été volées, nombre d'armes sorties des casernes lors de la Révolution Culturelle n'ont jamais été rendues ; la moindre étincelle peut mettre le feu aux poudres dans ce pays où flotte une odeur de poudre. Les informations sur les grèves, émeutes, explosions diverses qui secouent régulièrement le pays, sont soigneusement filtrées. N'en ont connaissance en détail que les responsables du PC. Émeute contre l'implantation d'une usine polluante, manifestation contre la corruption de la police, jacquerie contre la réquisition de terres par un potentat du Parti, 80.000 incidents de ce genre ont été recensés pour la seule année 2005. Tous les ans, des millions de Chinois se rebiffent contre le sort injuste qui leur est réservé, surtout dans les campagnes où sévit l'arbitraire fiscal, le contrôle des naissances, les expropriations, l'enrichissement des cadres du Parti.
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Avec ces conditions lamentables de production, il est facile d'inonder les marchés de produits peu chers (je n'ai parlé que des mines ; même raisonnement pour les aciéries [émeutes dans les aciéries de WUHAN il y a deux ou trois ans, après le licenciement de milliers d'ouvriers dont le salaire n'avait même pas été versé] ou pour les usines de chaussures, d'appareils électo-ménagers. Certes, on peut comprendre que le niveau de vie d'une grande partie du peuple chinois étant très faible (essentiellement la population rurale qui, sans travail sur place, émigre en masse dans les grandes villes, y espérant trouver un travail salarié, et le trouvant en effet, mais à quelles conditions !), il est normal que le prix de revient des objets manufacturés soient moins élevé que chez nous. Il n'empêche que le bon marché excessif est financé avec la sueur des MING GONG ! En achetant ces produits, souvent de médiocre qualité du reste, nous nous rendons complices de cette exploitation, au seul motif qu'ils coûtent moins chers et sont bons pour le pouvoir d'achat de nos concitoyens. Oubliées les délocalisations, évaporés les scrupules des belles âmes de gauche, envolées les tirades lyriques sur la défense des travailleurs. C'est loin la Chine, et nous ne les voyons pas ces pauvres hères, accablés de travail et de sommeil. Plutôt que de se satisfaire de voir leur pays être l'atelier du monde, les responsables chinois devraient tourner leurs efforts vers leur population et l'énorme marché intérieur que constitue les 800 millions de personnes exclues des bienfaits du progrès économique qui explose en effet dans la partie orientale de l'Empire.
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Concurrence déloyale il y a. Et pas pour des raisons purement économiques, mais pour des raisons sociales et morales. Devons-nous nous satisfaire d'une telle situation ?
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Avant d'expliquer à mes lecteurs pourquoi il ne faut pas accepter de concurrence déloyale de la part de pays qualifiés, à tort ou à raison d'émergents, et pour compenser mes récents silences, je voudrais faire part à mes lecteurs d'une réflexion que ma chère Simone WEIL fait dans un ouvrage à tous égards remarquable, qu'elle a intitulé : Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale. Il me semble que tout honnête homme, surtout les responsables politiques, devrai(en)t lire ce livre avant de s'embarquer dans la nef de la chose publique. Après avoir livré à votre méditation ce court extrait et en prévision du prochain billet de ce jour, je ferai un très bref commentaire.
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"Nous acceptons trop facilement le progrès matériel comme un don du ciel, comme une chose qui va de soi ; il faut regarder en face les conditions au prix desquelles il s'accomplit. La vie primitive est quelque chose d'aisément compréhensible ; l'homme est piqué par la faim, ou tout au moins la pensée elle-même lancinante qu'il sera bientôt saisi par la faim, et il part en quête de nourriture ; il frissonne sous l'emprise du froid, ou du moins sous l'emprise de la pensée qu'il aura bientôt froid, et il cherche des choses bonnes à créer ou à conserver la chaleur. Quant à la manière de s'y prendre, elle lui est donnée tout d'abord par le pli, pris dès l'enfance, d'imiter les anciens, et aussi par les habitudes qu'il s'est donné lui-même. [...].
Au contraire, dès qu'on passe à un stade plus avancé de la civilisation, tout devient miraculeux. On voit alors les hommes mettre de côté les choses bonnes à consommer, désirables, et dont cependant ils se privent. On les voit abandonner dans une large mesure la recherche de la nourriture, de la chaleur et du reste, et consacrer le meilleur de leurs forces à des travaux en apparence stériles. A vrai dire, ces travaux, pour la plupart, loin d'être stériles, sont infiniment plus productifs, car ils ont pour effet un aménagement de la nature extérieure dans un sens favorable à la vie humaine ; mais cette efficacité est indirecte, et souvent séparée de l'effort par tant d'intermédiaires que l'esprit peine à les parcourir ; elle est à longue échéance, souvent à si longue échéance que seules les générations futures en profiteraont ; alors qu'au contraire la fatigue exténuante, les douleurs, les dangers liés à ces travaux se font immédiatement et perpétuellement ressentir. Or chacun sait par sa propre expérience combien il est rare qu'une idée abstraite d'une utilité lointaine l'emporte sur les douleurs, les besoins, les désirs présents. Il faut pourtant qu'elle l'emporte dans l'existence sociale, sous peine de retour à la vie primitive."
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Et, après avoir analysé la complexité des travaux humains modernes, la nécessaire division des tâches qui en est la compagne importune et obsédante, la parcellisation des responsabilités, la déshumanisation qui souvent accompagne ce processus lié au progrès technique, Simone WEIL ajoute (ce qui est capital pour comprendre l'erreur anthropologique fondamentale des doctrines socialistes) : "Plusieurs esprits humains ne s'unissent point en un esprit collectif, et les termes d'âme collective, de pensée collective, si couramment employés de nos jours, sont tout à fait vides de sens."
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Pour faire bon ménage avec ce qu'il est convenu d'appeler "le progrès", dont, faute d'en avoir peser les conséquences, on ne mesure pas toujours la nocivité (car le "progrès" est un concept lui aussi vide de sens ; il est en réalité fait de l'accumulation de myriades de petits ou de grands changements dans tous les domaines qui intéressent la vie humaine ; et on confond souvent "progrès" et "nouveauté"), il faut penser, et passer du monde existentiel utilitaire au monde existentiel moral, pour ne pas parler du monde existentiel transcendant, évacué depuis longtemps de la conscience de nos dirigeants et de l'espace public. Nous en sommes loin. Pour l'instant, l'homme contemporain est réduit à l'homo economicus, au consommateur que les promoteurs du marketing font rentrer dans des cases socio-économiques prédéterminés de façon à optimiser les profits de ceux qui ont commandités les études de marché. Il me semble qu'il faut interroger sérieusement la notion de "croissance" et qu'il est urgent de mettre en usage un appareil qu'il y a quelques années j'ai proposé d'appeler le "bonheuromètre". S'il existait et qu'on eût valider scientifiquement les items servant à la mesure du bonheur, je pense que nous aurions des surprises.
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A tout à l'heure.
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dimanche 6 novembre 2011
A propos de Gaël Giraud, réponse à Pierre-Henri
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Il me semble que l'on peut résumer l'argumentaire Gaël GIRAUD en quatre points : (a) les dépenses de l'Etat n'ont pas augmenté et l'Etat ne joue pas vraiment son rôle ; (b) la monnaie unique nous prive du moyen d'ajuster notre politique économique aux particularités, en partie idéologiques certes, mais aussi bien réelles de la France ; (c) la concurrence déloyale de pays dits émergents ruinent notre économie ; (d) les financiers, pudiquement appelés "le système financier" sont devenus fous, aveugles et sourds, c'est-à-dire incapables de remplir la mission qui normalement leur est assignée : aider au développement des peuples et des personnes.
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(a) Les dépenses de l'Etat. Que ces dépenses soient souvent injustifiées est l'évidence et je partage sur ce point l'opinion de Pierre-Henri THOREUX. Mais Gaël GIRAUD nous présente des chiffres qui semblent tirés des statistiques officielles et nous n'avons aucune raison de les mettre en doute. Il y a seulement un hic. Ces statistiques sont présentées en valeur relative, c'est-à-dire en pourcentage de la richesse nationale produite qui est réinjectée dans les dépenses de l'Etat. Il aurait fallu nous donner les dépenses en valeurs absolues et à monnaie constante (en tenant compte de l'inflation). C'est là où le raisonnement de Gaël GIRAUD me semble le plus faible. Cette baisse de pourcentage peut tout simplement signifier que nous avons produit plus de richesses que l'Etat n'a produit de dépenses. Cette augmentation de la richesse qui n'est pas utilisées dans le circuit étatique, si elle était prouvée, pourrait être due à une augmentation de la productivité. Toujours si elle était prouvée, il serait intéressant de savoir comment elle a été distribuée. Malheureusement, il semble bien que ce soit surtout aux actionnaires et fort peu aux salariés. Notons qu'il ne s'agit même pas de parler de la spéculation sur les actions, mais tout simplement de faits économiques relatifs à la production. A force de vouloir s'occuper de tout, du diamètre des pommes à l'allure des prises de courant, l'Etat ne joue son rôle souverain, celui de conduire les citoyens à la fin qui leur est due. Je la résume : permettre à chacun de porter ses capacités et ses talents à la puissance maximum, donner à chacun (et à tous) les moyens d'une vie décente pour lui même, ses proches, sa famille, et lui ouvrir suffisamment l'esprit et le coeur pour le rendre sensible à des réalités autres que celles de la Star Ac, de la Bourse ou du foot (encore que ces activités ne soient pas méprisables ; on peut les qualifier de ludiques, peut-on les dire vraiment humanisantes ?)
(b) Il est tout à fait anormal que les responsables politiques soient privées des moyens de leur politique dans l'actuel système européen. Ou bien nous allons vers un système fédéral, le budget est vraiment européen, le gouvernement est démocratiquement constitué, et nous abandonnons le concept révolutionnaire d'Etat-nation, ou bien nous restons immobiles, au milieu du gué partagé entre le souvenir des splendeurs passées de la patrie et la contrainte imposée par des Traités internationaux que le peuple français ou ses représentants légitimes ont ratifiés. Imposer à la Grèce et de l'extérieur une cure d'austérité sans exemple dans le passé est sans doute insupportable au peuple grec ; laisser à ses dirigeants incompétents l'initiative de revenir à la drachme et de dévaluer de 55 % cette monnaie (niveau de dévalution nécessaire pour tenter de régler la question de la dette) imposerait de très cruels sacrifices au peuple hellène, mais au moins il ne s'en prendrait pas à des boucs émissaires (enfin, partiellement boucs émissaires). Exit l'euro hors du Péloponèse. Il y a un hic là encore, c'est que de nombreux épargnants grecs seraient ruinés, ainsi du reste que les banques créancières (qui, je le rappelle ne travaillent qu'avec l'argent que nous leur confions). Par conséquent, et enfin, ou bien nous récupérons notre entière liberté de manoeuvre nationale, mais nous devons supporter les conséquences désastreuses de la politique politicienne conduite depuis trente ans chez nous et dont tout indique qu'elle va se poursuivre, avec ou sans Europe, ou bien nous allons vers un système politique européen de nature fédérale. Pour ce qui est de l'inflation, je répondrais encore ceci. Dans le cadre d'une monnaie commune et de protections douanières légitimes, il y aurait certes quelques pertes pour les épargnants, mais il y aurait augmentation des traitements des salariés, et sans doute une amélioration de la situation économique.
(c) Quand on lu les livres de WOLTON, ou de CAI CHONGGUO ou de Bruno ASTARIAN (j'en ai parlés ici-mêmes dans divers billets) relatifs à la manière dont l'actuel régime communiste chinois dirige les affaires économique, on se persuade que l'on se rend complice de l'exploitation des pauvres (qui travaillent 12 et 14 heures par jour dans des usines insalubres de CANTON ou SHANGHAI, logent sur place dans des taudis, n'ont aucune couverture sociale, doivent avoir un passeport intérieur (le hukou), sont payés avec un lance-pierre) si l'on accepte d'acheter à des prix dérisoires des biens produits dans de telles conditions. Ah oui ! C'est bon pour le pouvoir d'achat ! C'est bon pour notre nombril ! Mais c'est inique et les grands esprits de gôôôôche (je suis obligé à ce point de reprendre l'ironique vocable) ne me semblent pas pressés de dénoncer le scandale. Ne parlons des petites filles qui travaillent à s'en crever les yeux dans les sous-sols des gourbis pakistanais ou dans des usines des Indes pour le compte de grandes marques sportives. Alors on peut en effet acheter peu cher un ballon de foot-ball ou des chaussures de sport. Une seule solution pour mettre fin à ce qui reste une honte (pour la Chine, je dirai que les Chinois ont repris les habitudes des investisseurs européens, anglais spécialement, des années 30 ; des femmes à peine accouchées étaient rivées à leurs machines, surveillant d'un oeil distrait et épuisé leur bébé et la navette qui filait à un train satanique entre les fils des métiers à tisser). C'est bien là où le commerce rejoint le vice, la cupidité et le jeu immonde des flux de fric.
(d) Qu'un MADOFF, que des GOLDMAN-SACHS, des LEHMAN-BROTHERS puissent mettre en péril l'économie mondiale, en fabriquant des "produits structurés", en spéculant, en vendant de l'air (car ces gens ne font rien d'autres que de transférer de l'argent d'un poste à l'autre), en faisant de la carambouille ou de la cavalerie, est inacceptable. Bien sûr, dans une civilisation développée, et très malheureusement ultra-technique, il faut des capitaux pour investir dans la production. Mais il s'agit-là d'un capitalisme à vocation industrielle, et non financière. On parle de système financier. Mais on se fout du monde. A la tête de ces navires en folie, il y a bien des hommes et des femmes qui décident, qui conçoivent, qui dirigent, non ? A-t-on le droit de leur laisser faire n'importe quoi ? Pour moi c'est non. J'aurais l'occasion demain de revenir sur des solutions qui me paraissent plus humaines.
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Je résume : (a) moins de dépenses de l'Etat ou en tout cas des dépenses mieux ciblées, sans aucun doute ; (b) ou bien fédéralisme politique, ou bien retour au concept d'Etat-nation, pas de demi-mesures dont on voit les limites et les nuisances ; (c) vigoureuses mesures de protection douanière contre les concurrences déloyales ; elles flattent et les statistiques de la croissance et les vices de quelques puissants ; (d) non à l'argent comme marchandise : c'est un moyen, et non un objet. Pas d'actions en bourse, seulement des obligations nominatives et incessibles, une définition plus claire des objectifs assignés aux banques (ce ne peut être un beau bilan, de beaux dividendes, de gros bonus, des traitements mirobolants ; non, non et non. Ce doit être le bien de tous).
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Voilà pourquoi je crois que dans les grandes lignes Gaël GIRAUD dit des choses intéressantes.
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A demain.
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