vendredi 31 juillet 2009

En Chine

Les médias, hormis Le Monde, n'ont pas parlé d'un événement très grave survenu récemment en Chine, le lynchage d'un cadre d'une usine sidérurgique (Tonghua and Steel, dans la Province de JILIN [Chine du Nord]). Le nouveau Directeur venait d'annoncer aux salariés une vague de licenciements, après la fusion de son établissement avec une autre entreprise de production d'acier. Il a été battu à mort, après avoir menacé de se débarrasser de 30.000 ouvriers dans le cadre de cette fusion. Le rachat de l'usine et la fusion ont été annulés. La production d'acier est considérée comme stratégique en Chine ; elle est étroitement contrôlée par l'Etat chinois, c'est à dire le Parti Communiste.
Plusieurs remarques. D'abord la manière dont Le Monde annonce l'événement est assez curieuse, et montre combien l'Occident prend des gants avec le géant asiatique quand il s'agit de parler business ; la présentation de ce lynchage est faite en effet dans un entrefilet de 15 lignes, ayant pour titre Sidérurgie : La vente d'une usine chinoise annulée après la mort d'un cadre. L'entrefilet est publié dans la page Économie. On aurait pu imaginer qu'il fût placé en page Politique, et qu'il portât un autre titre, par exemple : Un cadre lynché par des ouvriers chinois en colère après l'annonce de 30.000 licenciements. Non. Vous n'y êtes pas. Un cadre est mort. On annonce l'annulation de la fusion. Quelle neutralité de ton ! Mais le même journal glosera très longuement sur le suicide d'un employé du Pôle Emploi, surmené par le travail. Différence de traitement : Vérité en deçà des Pyrénées...
Cet événement aurait pu être l'occasion, pour le journal, de faire le point sur les pratiques sociales d'un des derniers États communistes du Monde. Il aurait pu faire état du livre de CAI ZHONGGUO, ou de Thierry WOLTON (je vous en ai déjà parlés), ou encore de celui de Marie HOLZMAN et CHEN YAN (Ecrits édifiants et curieux sur la Chine du XXIe siècle). Il aurait pu inciter les lecteurs à plus de discernement dans leurs pratiques de consommation. Il ne faut pas acheter de produits chinois, selon moi ; ils sont fabriqués dans des conditions sociales épouvantables qui auraient provoqué chez nous une Révolution. Nous n'avons pas à cautionner ces pratiques d'un autre âge. Mais l'argent n'a pas d'odeur.
Il aurait pu aussi pousser à une réflexion plus approfondie sur les conséquences nécessaires de l'industrialisation, si bien analysées par Simone WEIL dans ses Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale.
Le journal Le Monde se pique de penser à gauche et de faire réfléchir ses lecteurs. Il convient de lui rendre hommage pour avoir pris le (très faible) risque de porter à notre connaissance ce lynchage, et de lui demander de poursuivre sa réflexion en portant à notre connaissance les multiples exactions, exploitations, réductions en esclavage d'une main d'oeuvre paysanne, taillable et corvéable à merci. Dans de prochains billets, je vous décrirai quelques unes de ces monstrueuses pratiques que nous feignons de ne pas voir, alors qu'en Chine même, des défenseurs des pauvres risquent leur vie pour les défendre.

jeudi 30 juillet 2009

Condorcet, démocratie et souveraineté du peuple, un mirage

Monsieur AYRAULT, le président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, utilise un bien mauvais argument pour dénoncer le projet de redécoupage des circonscriptions électorales. Il argue, bien à tort, que, sur la base des dernières élections législatives et de ce nouveau découpage, la majorité aurait eu trente députés de plus.
Cet argument me paraît faible. Faire dépendre une majorité d'un découpage territorial me paraît, certes, tout à fait anormal. Mais enfin on ne voit pas comment une majorité maîtresse de cette opération pourrait la réaliser à son détriment. Et s'il suffit de sortir quelques communes ou quelques cantons d'une circonscription pour faire basculer une majorité, alors il fait s'interroger sur la démocratie.
CONDORCET, ce mathématicien qui appelait de ses voeux la venue du règne de la raison et qui s'est suicidé dans sa prison pour échapper à la guillotine, une fois ce règne advenu, a montré qu'il est impossible de dégager une majorité d'opinion qui reflète l'état réel du corps électoral, quand on offre à celui-ci plus de deux choix. Si l'on combine cette conclusion, fondée mathématiquement (Théorème de CONDORCET), à l'anomalie qui fait varier une majorité en fonction de l'étendue d'une circonscription, il résulte que la seule manière d'avoir une opinion vraiment démocratique consisterait à n'avoir qu'une seule circonscription, celle du territoire national, et seulement deux partis. Alors, et alors seulement, on aurait le reflet de l'opinion de la majorité du corps électoral.
Cette condition n'est remplie pour l'instant que par le votre référendaire qui s'exprime par un OUI ou un NON, totalisé à l'échelle du territoire national. A pousser le raisonnement, on simplifierait certainement la vie politique, si l'on obligeait les divers partis à former des coalitions AVANT le vote, et si seulement deux coalitions étaient mises aux suffrages des électeurs, sur un programme précis, détaillant tous les champs de l'action politique. Mais alors, adieu les poisons et les délices des conciliabules de couloir, des combinaisons d'appareils, des partis loufoques ou utopiques. Ces messieurs seraient bien obligés de se mettre d'accord avant de nous demander notre avis.

mercredi 29 juillet 2009

Je me souviens des jours anciens (bis)

L'un de mes fidèles lecteurs me fait gentiment le reproche d'exprimer des sentiments stéréotypés dans le billet que j'ai écrit hier et qui s'intitule "Je me souviens des jours anciens". Je lui ai répondu plus personnellement, et vous pourrez consulter ma réponse. Néanmoins, il soulève des questions de fond qui méritent réflexion.
En premier lieu, je voudrais souligner que je me suis borné à raconter des faits dont la resouvenance colore ma conscience de sentiments délicieux et vifs. Il n'y a donc aucune nostalgie dans ce billet, sinon - et je l'ai dit à mon lecteur - j'aurais ajouté, à "Je me souviens des jours anciens", comme VERLAINE (je crois) le fit dans son poème "et je pleure".
Il est ensuite évident que l'enfant a tendance à donner à ses expériences et ses découvertes, bien anodines pour un adulte, une importance personnelle considérable. J'admets donc avec mon lecteur que glaner ou sonner l'angélus ne sont pas des activités propres à bouleverser l'histoire du monde.
Mais je le maintiens, ce monde dont j'ai fait l'évocation est mort, et j'en éprouve finalement des regrets (mais pas de nostalgie). Je vais expliquer ici pourquoi, en commençant par un petit constat que fait Gustave THIBON :
"Nos ancêtres avaient moins de morale que nous, ils avaient plus de moeurs ; nous avons plus de morale et moins de moeurs. Il n'est pas utile d'ailleurs de remonter au Moyen Âge pour établir cette comparaison. Les paysans d'il y a cent ans étaient dans l'ensemble plus durs, plus retors, plus mesquins et plus processifs qu'aujourd'hui ; ils étaient moins ouverts à la morale et à l'amour qui en est la base. Leurs petits-fils ont le coeur plus sensible et l'esprit plus large ; les disputes, les procès, les tromperies sont plus rares au village. Mais ces vieux paysans possédaient, malgré l'étroitesse presque immorale de leur âme, un profond capital de traditions religieuses et familiales et de sagesse instinctive : leurs enfants ont dilapidé ce capital. Ils faisaient corps, personnellement et héréditairement, avec la terre qu'ils cultivaient et jouaient ainsi un rôle organique dans la cité : leurs enfants, détachés du sol natal, n'aspirent qu'à devenir des fonctionnaires anonymes et parasites. Ils étaient parfois brutaux avec leurs enfants, mais ils en avaient : leurs fils entourent les leurs de plus de tendresse et de plus de soins, mais ils n'en ont presque plus. Pis encore - et cela permet de mesurer l'ampleur monstrueuse du divorce entre la sensibilité morale et les moeurs profondes - c'est précisément dans ce pays de France où les hommes sont devenus si doux, si humains et, en particulier, si tendres pour leurs enfants et si incapables de les voir souffrir, qu'on compte au bas mot 500.000 avortements par année, c'est-à-dire 500.000 enfants assassinés."
Et plus loins THIBON poursuit :
"Parce qu'elle n'est pas incarnée dans de saines moeurs, cette moralité reste affectée d'impuissance. Faite d'intellectualisme abstrait et d'émotivité superficielle (n'est-ce pas ROUSSEAU qui avait voulu jeter les bases d'une morale sensitive ?), elle ne va pas au-delà de la sensation immédiate ou de l'idéal inaccessible. [...] Le grand bienfait des moeurs saines, c'est de rendre faciles et naturelles des choses très difficiles pour la moralité pure de l'individu isolé. Or la décadence des moeurs a isolé, atomisé les individus." (In Diagnostics. Essai de physiologie sociale).
Avec le recul du temps, et la réflexion qui vient avec l'âge, je réalise que si je regrette quelque peu la mort de ce monde ancien, ce monde où l'on avait des moeurs, c'est qu'il était un véritable socle sur lequel la personne pouvait s'appuyer pour grandir en humanité, et qu'il lui offrait de devenir véritablement un être humain, un sujet social, et non point un simple individu, perdu dans la masse, coupé de toute relation.
Je vais donner une illustration de cette affreuse solitude qui est en train de gagner toutes les sociétés développées : je rentrais chez moi, hier soir, par le métro. Le wagon était plein. J'ai compté dans la foule qui m'entourait (et je ne voyais pas tout le monde), dix passagers qui avaient des oreillettes et des écouteurs, et qui, perdus dans leur musique, aveugles et sourds aux autres, semblaient avoir sombré dans l'autisme.
Je voudrais donner encore une autre illustration de l'oppression sociale qui se développe inéluctablement avec le progrès technique : j'emmenais il y a huit jours ma petite-fille au McDo. Des jeunes en sueur, couraient en tous sens derrière le comptoir où s'accumulaient comme des moutons des dizaines de personnes en attente d'une pitance bon marché. Murmures ou silence des clients, pas de bruit de conversation. Où l'on voit que la rationalisation de la production (au McDo, la viande, la salade, les ingrédients sont pesés au gramme près !) et la diminution de ses coûts s'accompagnent d'une aliénation invraisemblable des personnes, les unes piétinant dans l'énervement, les autres s'activant, se heurtant aux collègues, hagards, épuisés. Où est le véritable bénéfice social d'une telle innovation ? Franchement, il était plus sain d'apporter son sandwich, voire sa "gamelle", sur son lieu de travail que de fréquenter ces "restaurants" où la pauvre humanité est mise à l'engrais.
Je ne sais si j'ai répondu à mon lecteur. Mais ça m'a fait du bien de dire ce que j'ai sur le coeur.

mardi 28 juillet 2009

Je me souviens des jours anciens

Comme le poète, je me souviens des jours anciens et des premières vacances que je pris quand j'étais enfant.

C'était en juillet 1946. Nous sortions de la guerre, et les facilités que nous offre la vie contemporaine n'étaient pas encore nées. Mes parents louèrent une petite maison à Saint-Paul-aux-Bois dans l'Aisne, juste à côté du presbytère, alors occupé par un de mes grands-oncles, curé de ce charmant village. C'est là que je fis pour la première fois connaissance avec la brûlure des orties. Mon grand-oncle disposait pour sa paroisse d'une salle, passablement délabrée - elle était en bois -, qui sentait le grésil et l'eau de Javel. Nous allions avec mes soeurs jouer dans cette salle qui nous paraissait plus belle qu'un château de légende. Allez savoir pourquoi, en fin d'une belle après-midi, chaude, ensoleillée et qui sentait la prune, je me mis en tête de sortir de cette salle non point par la porte, mais par l'une des fenêtres entrouvertes depuis des siècles car depuis des siècles le bois en avait joué et elle ne s'adaptait plus au chambranle. Fort opportunément, la salle n'avait pas d'étage ; moins opportunément, la fenêtre donnait sur des orties. J'escaladais hardiment l'huisserie, je dérapais et je tombais au beau milieu de ces affreuses herbes. Je garde encore, vivace en ma mémoire, le souvenir de ces brûlures, je vois les plaques surélevées que les piquants de ces herbes malfaisantes avaient laissé sur ma peau de petit enfant. Et je me souviens des frictions de vinaigre que maman y fit pour atténuer la douleur.
Vint le mois d'août. Le quinze était une grande fête pour le village. On avait décoré l'église de guirlandes de fleurs en papier, et quelques agriculteurs avaient prêté des grands chariots attelés pour que l'on fît des chars retraçant la vie de la Vierge Marie. L'un d'eux transportaient des petits enfants déguisés en ange, et ma plus jeune soeur faisait partie de cette céleste milice. Ô souvenirs combien délicieux de ces jours où la campagne n'était bercé que par les cloches de l'angélus tri-quotidien, le hennissement des chevaux de trait ou le meuglement de paisibles vaches qui tiraient des charretées de foin.
L'année suivante, nous passâmes nos vacances à Largny-sur-Automne, toujours dans l'Aisne. Maman attendait son cinquième enfant, et dans l'insouciance de mes sept ans, hormis l'annonce que mon père m'avait faite de la future naissance, je n'avais pas remarqué que les formes de maman s'étaient arrondies. Elle était fort fatiguée. Aussi nous avait-on mis pour un mois chez des parents éloignés. Ils tenaient une sorte de dépôt d'épicerie, qui sentait le foin et la vache, et dont les rayons étaient maigrement garnis de quelques produits de première nécessité. Mon père, qui était pharmacien, avait apporté avec lui, parmi d'autres cadeaux, un énorme paquet de boules de gomme mentholées. Elle furent soigneusement placées dans un grand bocal de verre, et - je n'invente rien - revendues comme des aubaines aux gamins du village, pour le prix de 50 centimes de l'époque (environ un millième d'euro de nos jours) chaque boule de gomme. C'était de braves gens que ces parents-là, et en général, les petites mains où ils déposaient ces trésors sucrés en avaient largement plus que demandé. Nous passions des heures chez le maréchal-ferrant. Les fers des chevaux luisaient d'un rouge profond, le soufflet faisait ronfler la forge, et l'atelier sentait une délicieuse odeur de corne brûlée. Le maréchal-ferrant était aussi le sacristain. C'est lui qui sonnait l'angélus. Il fallait voir les petits garçons du village s'accrocher à la corde qui mettait la grosse cloche en branle. Ils s'enlevaient avec elle, emportés par le mouvement du battant que ne contrôlait plus le sonneur. Nous allions aussi glaner dans les champs. Les moissonneurs faisaient des gerbes, et ils les amoncelaient en meule, avant que la batteuse ne vienne sur place pour séparer le grain. Alors, avec mes soeurs, nous allions ramasser les quelques tiges encore garnies d'épis, épargnées par les moissonneurs. Nous les froissions et nous mangions avec délice ces grains qui sentaient la vie, le soleil et la joie de vivre. Ô doux moments de mon enfance ! Ô moments délicieux où je découvrais les merveilles de la nature, le dur labeur des hommes, le prix du travail, le poids du jour et l'inlassable patience des paysans.
Voilà à quoi, en ces jours lourds, accablés d'une chaleur poisseuse, empestés de vapeurs d'essence, je pense ; expérience unique d'un monde qui est mort, où j'eus encore la chance de voir, au moment des semailles, alors que nous allions chez mon grand-père, le geste auguste du semeur puisant le grain dans un grand sac qu'il portait en bandoulière, et le jetant avec noblesse au sillon tout frais.
Je me souviens des jours anciens.

jeudi 23 juillet 2009

Que ne ferait-on pas pour se faire remarquer ?

Sacha BARON COHEN se promène quasiment tout nu à PARIS, à SYDNEY, à VIENNE, à AMSTERDAM, à l'occasion de la sortie de son film Brunö. Il n'y a dans ces provocations aucun message, si ce n'est celui d'attirer l'attention sur la personne du provocateur. Il ne cherche pas à nous enseigner, mais à frapper notre imagination pour qu'on ne l'oublie pas. Les amoureux de la modernité et de la post-modernité admireront la performance. Elle me laisse de marbre et m'irrite pas sa vacuité. Monsieur BARON COHEN est en quête de chalands. Ne lui donnons pas le plaisir d'en être. On n'est pas obligé de se balader tout nu pour gagner sa pitance.
Je constate que jamais on a tant communiqué qu'aujourd'hui, et que jamais on n'a été plus seul dans la foule, dans la société, dans le vaste monde, appelé par les médias le village planétaire. On envoie des messages dépourvus de sens dans toutes les directions, des sortes de bouteille à la mer, en espérant que quelques quidam les recevront et feront semblant de croire qu'ils ont du sens.
Il ne s'agit pas de penser, d'échanger, de réfléchir, mais de frapper l'imagination. C'est pourquoi, du reste, les petites phrases assassines bourgeonnent au PS ; il devrait disparaître dit l'un, changer de nom dit l'autre ; il est un arbre sec proclame un troisième. Je vais vous étonner sans doute, mais la seule personnalité socialiste qui me semble avoir de la constance et de l'honneur, ainsi que la tête sur les épaules, est Martine AUBRY. Je suis - je l'ai déjà dit à de multiples reprises - en total désaccord avec presque toutes ses analyses, mais elle seule reste digne dans ce vaste naufrage, cette pétaudière pitoyable qu'est le PS à l'heure actuelle. La démocratie a besoin d'une opposition constructive. Mais les barons, baronnets, éléphanteaux du PS, pour exister, ont besoin de ces messages dépourvus de sens. ll faut qu'ils heurtent, déconcertent, rompent avec le fil de l'histoire ou de la tradition. Les barons, baronnets et éléphanteaux ne valent guère mieux que Sacha BARON COHEN.
On n'en finirait pas de citer ces exemples qui soulignent à l'envi la défaite de la pensée, le triomphe du clientélisme, de la pensée unique ; les marchands du temple ont-ils gagné ? Ce n'est pas impossible, et c'est bien triste.

samedi 18 juillet 2009

Je rêve

Il est donc possible, en France, de bloquer un lycée, d'empêcher d'y rentrer ceux qui veulent travailler et suivre les cours, et d'être réinscrit dans le lycée dont on a perturbé gravement le fonctionnement sans prendre l'engagement de ne plus recommencer.
Tristan SADEGHI, en effet, s'était vu refuser la réinscription sans condition au lycée Maurice RAVEL. Le proviseur, Philippe GUITTET, avait subordonné la réinscription de Tristan à un engagement, non pas de renoncer à ses opinions ou à son militantisme, mais à celui de ne plus bloquer le lycée. Tristan SADEGHI entendait ainsi protester contre la réforme de monsieur DARCOS. Mais, fort du soutien du ministre et de la loi, monsieur GUITTET ne voulait pas que de telles actions illégales puissent être de nouveau entreprises. Il a dû avaler ses convictions. Tristan SADEGHI soutenu par le PG, le PC, le NPA, les Verts, le PS, l’Unef, l’UNL, la FIDL et la FSU, ainsi que par les élus PG et PS qui sont intervenus auprès du proviseur et du rectorat, est de nouveau admis dans ce lycée.
Son comité de soutien fait état du "soulagement" du jeune homme et de sa famille. A vrai dire, si être inscrit dans un lycée pour y poursuivre théoriquement des études n'a d'autres finalités pratiques que de s'empêcher de le faire et d'empêcher de même ses camarades, on ne voit pas très bien à quoi ça sert d'être réinscrit.
Quand aux démagogues de gôôôôche, tous plus aveugles les uns que les autres, il ne faut qu'ils s'étonnent si d'aventure, revenant au pouvoir, ils voient se développer dans le pays des blocages durables contre une politique qui paraîtrait insupportable à une minorité de citoyens. Leur victoire est un victoire à la Pyrrhus. Ils sont misérables dans leur démagogie et leur incivisme. Décidément, la démocratie est bien malade en France.

Comment créer un problème là où il n'y en a pas

Un très cher ami de Strasbourg m'envoie plusieurs opinions relatives à la campagne menée par divers médias à propos de la grippe dite "porcine", ou "A", ou plus exactement H1N1. L'une d'elle m'interpelle et me paraît assez juste. L'agitation médiatique, et la crainte entretenue par les journaux et par les autorités sanitaires, a pour but essentiel de justifier l'achat massif de vaccin antigrippal auprès des grands laboratoires pharmaceutiques : Glaxo-Smith-Kline, Pasteur, etc.
Pour comprendre de quoi il retourne, permettez au virologiste que j'ai été pendant plus de trente ans, de vous donner quelques explications. Je les ferai aussi simples que possible. Le virus de la grippe existe sous plusieurs types, appelés A, B et jadis C (aujourd'hui le virus grippal C a été détaché du genre Influenzavirus et présente quelques particularités qui en font un genre viral à part).
Les virus grippaux A sont responsables des pandémies, des épidémies interpandémiques et des épidémies localisées. Ils sont très variables, car le mode de réplication de leur matériel génétique est tel que la copie de celui-ci est assez peu fidèle. On le dit, pour cette raison, soumis à de nombreuses mutations. Le support physique du matériel génétique ou génome est de l'acide ribonucléique (ARN) associé à une protéine dite NP. Il est fragmenté en 8 segments dits subgénomiques. La plupart de ces segments codent un seul gène. L'ensemble de ces segments est enclos dans une membrane empruntée à la membrane cytoplasmique de la cellule hôte, dans laquelle s'est multiplié le virus. Dans cette enveloppe virale sont enchâssées deux protéines : l'une est l'hémagglutinine (H), qui permet au virus de se fixer aux cellules qu'il va infecter ; l'autre est la neuraminidase (N) qui permet au virus de traverser plus facilement la couche muqueuse revêtant l'épithélium pulmonaire, et aux virus fils d'être libérés hors de la cellule hôte. Il existe 12 types de protéines H et 9 de protéines N. Théoriquement, je dis bien théoriquement, chacune des protéines H peut être associée dans l'enveloppe virale à l'une quelconque des protéines N. De sorte que l'on pourrait avoir des virus A/H1N9 ou H2N7 ou autres, circulant dans la nature.
Pour des raisons diverses, et qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer ici, les virus grippaux A qui donnent des pandémies humaines (ou épidémies mondiales) sont des virus grippaux H1N1, H2N2 et H3N2 (dits variants majeurs). Ces variants majeurs mutent et engendrent des variants mineurs, responsables des épidémies interpandémiques. Des études d'archéosérologie, et l'histoire de la grippe, montrent que chez l'homme les pandémies surviennent selon le cycle H1N1, H2N2 puis H3N3. En raison de l'extrême contagiosité du virus, il arrive un moment, où les possibilités de mutation d'un variant majeur étant épuisées, toute la population humaine est protégée (immunité dite de troupeau). La place est prête pour un nouveau variant majeur. Nous venons de clore le cycle du H3N2. Il était donc prévisible que le nouveau variant majeur fût un virus A/H1N1.
Alors pourquoi cette terreur ? Tout simplement parce que la grippe dite "espagnole" de la pandémie de 1918-1919 qui a fait des millions de morts était du sous-type H1N1. Il est vrai que le réservoir de cette souche était le porc. Elle était extrêmement virulente pour l'homme, et frappait surtout les sujets âgés de 20 à 30 ans. Les décès étaient provoqués essentiellement par des surinfections pulmonaires dues à une bactérie appelée Hemophilus influenzae. En effet, la contamination par cette bactérie était si fréquente qu'on lui attribuait à tort le rôle d'agent de la grippe. Son découvreur, le japonais NOGUCHI, est responsable de cette erreur, bien compréhensible.
Ce n'est ni l'origine porcine, ni la combinaison H1N1 qui est responsable de la virulence d'un virus grippal ; c'est une constellation de gènes dont les produits cumulent des propriétés d'adaptation à l'homme, de vitesse de multiplication, de fixation aux cellules hôtes, etc. Par ailleurs, toute pandémie due à un nouveau variant majeur provoque une surmortalité chez les nourrissons, chez les vieillards, chez les immunodéprimés, et chez les sujets présentant une déficience cardiaque ou une atteinte pulmonaire chronique. Ceci est vrai pour le H1N1, le H2N2 et le H3N3. Les décès enregistrés à la suite de l'infection par le variant majeur émergeant H1N1 sont le résultat, hélas prévisible, de la sensibilité particulière de certains sujets au virus grippal.
Il n'y a donc pas lieu de craindre cette pandémie plus que les pandémies dues au virus de la grippe dite "asiatique" ou la grippe dite de "Hong Kong". Les sujets qui doivent se faire vacciner sont les sujets à risque et personne d'autre.
Entretenir la crainte de cette pandémie, lui donner un caractère dévastateur que le virus ne semble pas avoir, n'a, me semble-t-il qu'un seul but, celui de faire se précipiter dans les pharmacies la population affolée, pour qu'elle achète un vaccin qui certes peut la protéger, mais peut aussi présenter quelques risques.
Mais le sacro-saint principe de précaution qui veut que l'on ouvre le parapluie quand il y a quelques nuages me paraît traduire une caractéristique de la mentalité contemporaine : quand quelque chose ne va pas, il faut trouver un responsable ; le responsable, c'est le pouvoir politique ; celui-ci se protège. Je ne sais pas comment on peut vivre sans accepter quelque peu les risques de la vie, comment on peut goûter la vie en ne cherchant que la protection, l'assurance, en ne vivant par conséquent que dans un futur qui n'existe pas encore, et en négligeant d'habiter l'ici et maintenant.