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jeudi 8 septembre 2011

Islam et raison

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Je supplie mes lecteurs de ne pas être effrayés par la longueur de ce billet, et de le lire jusqu'au bout.
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Un nombre croissant de correspondants et de d'amis me fait parvenir des informations concernant les revendications des fidèles musulmans, ou les nouvelles pratiques des marchands à leur égard. Un lecteur alsacien me fait savoir que les supermarchés AUCHAN vendent maintenant des oeufs dûment étiquetés hallal par un représentant de la Mosquée de Paris, produits par la maison MATINES, au motif que la demande va croissant ; un ami très cher, lui aussi alsacien, me communique le dialogue édifiant qu'ont tenu un imam et un chrétien sur la guerre sainte et les "infidèles" non musulmans, l'un de mes proches me fait parvenir les exigences d'une association de musulmans parisiens qui réclamerait (je mets un conditionnel, tant l'information me paraît incroyable) à la mairie de Paris la suppression des croix vertes que les pharmaciens font clignoter artistiquement à la devanture de leurs officines. (Il semblerait qu'une des adjointes de monsieur DELANOE ait répondu qu'elle examinerait avec soin cette demande).
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Le nombre croissant d'informations, réelles ou controuvées, mettant en exergue les excès, eux aussi réels ou supposés, des fidèles musulmans m'amène à me poser une question : cette accumulation est-elle orchestrée par un ou des partis et par des réseaux sociaux (qui ne sont pas tous "d'extrême-droite", mot tout à fait vide de sens, mais aussi meurtrier que "réactionnaire" ou "pédophile") ? Je vais essayer de donner mon point de vue de la manière la plus irénique possible.
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Les imbéciles (au sens de BERNANOS) qui pullulent dans les rédactions des journaux écrits ou parlés, font le pied de grue dans les antichambres des grands éditeurs parisiens, ou sirotent un café à la terrasse du Flore, en glosant doctement sur le racisme et les manières de le combattre, ont tapé à bras raccourcis sur BENOÎT XVI et son discours de RATISBONNE. Ils ne savaient pas, en bons imbéciles, qu'ils sciaient la branche sur quoi ils ont posé leur cul (MONTAIGNE et ses Essais me confirment l'usage légitime de ce mot). La plupart d'entre eux ne se sont même pas donné la peine de lire en entier une des contributions contemporaines les plus importantes sur l'usage de la raison en matière de foi.
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Poursuivons. La Constitution de la République déclare que la France est un état laïc. Stricto sensu, une telle définition implique qu'aucune expression d'une quelconque croyance n'a droit de cité dans l'espace public : dans la rue, pas de soutane, pas de djellaba, pas d'habit de moine ou de moniale, pas de cornettes, pas de kipa, pas de foulards, de tchador, de burqah, de turban sikh, suppression des milliers de statues de saints ou de la vierge qui ornent les façades de tant de maisons ou d'immeubles, destruction des calvaires, changement de nom de la croix rouge, plus de croix en haut des clochers, Saint-Etienne devient Etienne, Saint-Lo devient Lo, les milliers de villages qui commencent par Saint-Martin deviennent Martin, idem pour les stations de Métro qui deviennent Michel, Marcel, Jacques, Germain-des-Prés. On voit le ridicule dans lequel tombe l'application excessive de ce principe. C'est pourtant (au moins pour les catholiques) ce que la Révolution française a fait. Cependant, l'interprétation de ce principe de laïcité a poussé messieurs CHIRAC et JOSPIN à refuser l'évidence : le Traité Constitutionnel repoussé par les Français, n'incluait pas la référence aux origines chrétiennes de l'Europe. Nous voilà dans un beau pétrin. Nous nous privons d'un argument juridique qui nous donnerait le droit très légitime de faire prévaloir les traditions chrétiennes sur les traditions fraîchement importées d'autres religions. Si l'on est logique, il faut en revenir à l'application stricte du principe dans l'espace public et faire ce que j'ai écrit au début de ce paragraphe.
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En vérité, si l'islam pose un problème à notre Patrie, c'est parce qu'elle a renié la foi de ses pères. Il y a de moins en moins de chrétiens en France. Et il se trouve que la foi musulmane ne fait pas de différence entre la foi et la politique qui sont pour elle les deux volets d'une même réalité. Si nous avions évangélisé notre identité collective nous comprendrions ceci :
(a) Les musulmans sincères et pratiquants ont droit à notre respect, comme nous avons droit au leur. En cette matière, il faut exiger l'absolue réciprocité. Il en résulte que tout prédicateur musulman qui attaque les "infidèles", les "chiens", etc. doit être expulsé sur le champ s'il est étranger, ou poursuivi et condamné s'il est français. Réciproquement, toute personne qui attaque de la même manière les musulmans ou MAHOMET doit être condamnée. Les caricatures de MAHOMET sont une mauvaise action, purement gratuite.
(b) Nous accepterions un dialogue fondée en raison. Et c'est pourquoi le discours de BENOIT XVI est si important. L'islam affirme que Dieu n'est pas tenu à la vérité pour les hommes. La raison est donc impuissante à argumenter. Le Coran ne peut être soumis à une étude historico-critique identique à celle que les chrétiens ont faite de la Bible. Le premier pas du dialogue consiste à faire comprendre aux théologiens musulmans que la raison n'est pas impuissante à connaître Dieu.
(c) Dès lors il devient possible de faire admettre aux musulmans un certain nombre de réalités historiques, littéraires et textuelles qui jettent sur l'islam des lueurs nouvelles. Pourquoi MAHOMET n'est-il nommé que 5 fois dans le Coran (2 sous la forme MUHAMMAD, 3 sous la forme AHMAD) ? Pourquoi la date prétendue de la prise de Jérusalem par les Saracènes, telle que l'affirment les musulmans, est-elle certainement fausse ? Pourquoi est-il  assuré que la première kaaba ne fut pas construite à LA MECQUE mais à JERUSALEM ? Pourquoi est-on [pratiquement] assuré que l'islam est une émanation d'une secte chrétienne, celle des judéo-nazaréens (qui ne reconnaissaient que la Torah et un Évangile apocryphe, dit Évangile des Hébreux, les deux seuls livres auxquels, précisément, le Coran semble faire allusion) ? Pourquoi est-il [pratiquement] assuré que l'islam tel que nous le connaissons est une construction politico-religieuse relativement postérieure au proto-islam de JERUSALEM, une construction voulue et organisée par les souverains Omeyyades de DAMAS, qui profitent des opportunités politiques pour transférer à LA MECQUE (jusque-là, une bourgade assez insignifiante) le centre de gravité de la religion islamique, ville politiquement plus proche d'eux ? Comment et pourquoi les arabes sont-ils venus à bout des judéo-nazaréens hiérosolomites ?
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Plutôt que de se moquer des musulmans, il vaudrait mieux les évangéliser, en commençant par connaître le contenu de leur foi, en les respectant et en leur montrant les erreurs historiques manifestes sur lesquelles se fonde une partie de leurs croyances. Je rêve ? On peut toujours rêver.
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mercredi 27 avril 2011

Rationalité, rationalisme et islam

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"Ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu" a dit BENOIT XVI dans sa conférence de RATISBONNE, dont le titre exact était "Souvenirs et réflexions". Pour les philosophes musulmans, il n'en est pas ainsi. La transcendance de Dieu, son altérité rendent à jamais inaccessible la moindre connaissance le concernant. Il est présenté comme un Dieu arbitraire qui n'est tenu ni par la vérité ni par le bien. Le respect que les musulmans ont pour la transcendance de Dieu est admirable. Et il nous interpelle, nous qui nous délectons de Piss Christ et autres ordures prétendues artistiques. Première remarque : prenons garde de ne pas nous attirer un mépris justifié de la part de ces millions de fidèles qui reconnaissent en 'Issa (Jésus) un envoyé de Dieu. Ceci est une première remarque.


Deuxième remarque : il est assez remarquable et intriguant de constater que nombre de pays arabo-musulmans sont à l'heure actuelle secoués de manifestations, répressions, constestations du pouvoir en place. Il y a deux manières d'interpréter ces événements, deux manières qui, du reste, ne sont pas exclusives l'une de l'autre. L'idéal démocratique occidental, les Droits de l'homme, la diffusion des moyens techniques inventés par l'Occident, animent les élites arabes de sentiments contradictoires. Les uns aimeraient que leur patrie puisse bénéficier des libertés publiques et privées en vigueur dans les démocratie occidentales ; d'autres (comme Tarik RAMADAN) y voient des semences de décadence culturelle et religieuse. Nous pouvons avancer sans trop de crainte de nous tromper que la mondialisation des modes de pensée et de consommation est en grande partie responsable d'événements dont nous ne pouvons prévoir l'issue.


Troisième remarque : il est tout de même curieux de voir que des penseurs arabo-musulmans inscrits dans une civilisation qui a aidé l'Occident à redécouvrir les penseurs grecs (PLATON et surtout ARISTOTE) n'aient pas eu dans leur propre pays une influence suffisante pour susciter chez les légistes et les imams interprètes du Coran une réflexion rationnelle. Pour avoir donné une interprétation plus nuancée de cette transmission, Sylvain GOUGENHEIM s'est attirée les foudres de nombre d'imbéciles. La réalité en effet est plus complexe. Bien des philosophes arabo-musulmans ont eu pour maîtres des philosophes arabo-chrétiens. J'ai fait en son temps un petit billet là-dessus. Et je possède dans ma bibliothèque un livre très rare, publié par le père Henri CHARLES, jésuite, en 1936, et intitulé "Le christianisme des arabes nomades sur le Limes et dans le désert syro-mésopotamien aux alentours de l'hégire" (Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes, section des Sciences Religieuses, LIIe volume, Librairie Ernest Leroux, Paris, 1936) qui nous apprend bien des choses, notamment comment MOHAMMED, le général des TAYÂYE "outre les nombreux maux et les meurtres innombrables qu'il causa en MESOPOTAMIE, voulut faire apostasier ceux des TAYÂYE qui étaient restés chrétiens. Il fit venir le chefs des TAGLIBITES, qui s'appelait MOAD et il le pressait de se faire musulman et d'apostasier. Comme celui-ci ne cédait aucunement à ses flatteries [...], il le fit tuer et défendit de l'ensevelir. Le saint gisait depuis plusieurs jours sur le fumier, sans se corrompre et sans être dévoré par les animaux : alors EUSTHATIUS de DARA demanda son corps, l'emmena et bâtit un monastère au-dessus de son tombeau" (Chronique de Michel le Syrien). Le père CHARLES indique, avec Michel le Syrien, que plusieurs TAYÂYE subirent le martyr. La scène ici relatée a eu lieu en l'an 792 de notre ère. Ainsi, 150 ans après la mort de MUHAMMAD-MAHOMET, la volonté de convertir par la force des peuples arabes christianisés était devenue pratique courante. Il convient de signaler qu'il y avait alors dans ces régions des milliers de prêtres et de moines et des centaines d'évêchés.


Quatrième remarque : plutôt que de condamner en bloc les musulmans et de dénigrer l'islam, il est préférable d'abord de le connaître et de poser deux questions essentielles : (a) d'où le Coran tient-il son attachement à ABRAHAM (et la TORAH), à la personne de JESUS et à celle de MARIE ? (b) Pourquoi, à la différence des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, le Coran est-il parfaitement anhistorique dans sa présentation, alors qu'il a de toute évidence une histoire ?


Cinquième et dernière remarque. Prenons bien garde de ne pas confondre rationalité et rationalisme. C'est condamner toute possibilité d'un dialogue vrai avec les penseurs musulmans. Il en est de fort brillants. On m'accordera qu'il n'a pas fallu attendre VOLTAIRE pour défendre les droits de la raison, et l'on m'accordera aussi que la raison ne saurait être confondue avec le rationalisme, préjugé philosophique qui exclut de son champ d'investigation tout ce qui n'est pas du domaine sensible, expérimentable, et mesurable. On a vu où menait cette impasse ; elle revient à rejeter dans les ténèbres d'une prétendue ignorance et d'une infériorité définitive tout manière de penser qui ne tombe pas sous la coupe de ces exigences : par exemple les phénomènes mystiques. Voilà qui est inacceptable pour un penseur oriental. Les efforts des Sciences humaines pour rejoindre cette scientificité apparaissent bien dérisoires, et c'est pourquoi quelques imbéciles à tête dure les appellent les Sciences molles. Voilà un jugement bien prétentieux. Il me semble qu'il suffirait de constater qu'il existe bien des phénomènes qui échappent à ce rasoir de la pensée systématique, pour mieux comprendre l'homme. N'est-ce pas là l'objet des Sciences humaines ?


C'est tout pour aujourd'hui.




mardi 26 avril 2011

La guillotine de Ratisbonne

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D'où vient-elle, cette guillotine ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il qu'on la découvre au détour d'une rue ombreuse dans la vieille ville de RATISBONNE, la capitale des Princes de THURN und TAXIS (de LA TOUR de TASSIS ou de TOUR et TAXI en français). Nul doute que les imbéciles (au sens de BERNANOS) qui pullulent dans les rédactions des médias bien pensants n'eussent songé à l'employer pour couper la tête à ce BENOIT XVI s'ils avaient eu connaissance de son existence ; pensez-donc, il aurait critiqué les musulmans dans le fameux discours du 12 septembre 2006 qui couler tant de salive et d'encre. Je suppose que bien peu de commentateurs ont pris soin de lire de bout en bout ce texte, un texte très important appelé à nourrir non seulement le dialogue islamo-chrétien et en tout cas à nous faire comprendre les raisons philosophiques qui le rendent si délicat, mais encore tous les dialogues à venir entre hommes de bonne volonté chercheurs de lumière.


Or ce texte, que je viens de relire, est un chef d'oeuvre de pensée pour qui n'a pas de prévention et reçoit la parole de l'autre avec bonne foi et sans préjugé. Selon moi, il établit les fondements moraux de tous les dialogues.


De quoi s'agit-il ? D'établir le rapport étroit qui existe entre foi et raison. A cette fin, BENOIT XVI part d'un texte grec édité par le Pr KHOURY, de l'Université de MUNSTER. Il s'agit d'une série de dialogues ou controverses entre l'Empereur lettré MANUEL II PALEOLOGUE et un savant persan, tenus en 1391, dans le camp d'hiver d'ANKARA. Ces détails ont leur importance. BENOIT XVI parle d'un savant ; ce savant est persan ; le dialogue est libre, le savant n'est pas prisonnier de l'Empereur.


BENOIT XVI indique que les dispositions relatives à la guerre sainte, inscrites dans le Coran sont relativement tardives, contrairement à la prescription plus ancienne de la sourate 2, v. 256 :"Pas de contrainte en matière de fois", et il ajoute que l'Empereur s'adresse alors à son interlocuteur d'une manière "étrangement abrupte" : "Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d'inhumain, par exemple le fait qu'il a prescrit que la foi qu'il prêchait, il fallait la répandre par le glaive."


Il vaut la peine de souligner que BENOIT XVI souligne le côté abrupt de la remarque impériale. En aucun cas, il ne la reprend à son compte.


Les imbéciles ou les menteurs en sont restés là pour prétendre que BENOIT XVI condamne l'islam et sa violence réelle ou supposée. Ils oublient la suite que voici : "L'Empereur intervient pour justifier pourquoi il est absurde de répandre la foi par la contrainte. Celle-ci est en contradiction avec la nature de Dieu et la nature de l'âme. 'Dieu ne prend pas plaisir au sang et ne pas agir RAISONNABLEMENT est contraire à la nature de Dieu. La foi est un fruit de l'âme, non du corps. Donc si l'on veut amener quelqu'un à la foi, on doit user de la faculté de bien parler et de PENSER CORRECTEMENT, non de la contrainte et de la menace. Pour convaincre une âme raisonnable, on n'a besoin ni de son bras, ni d'un fouet pour frapper, ni d'aucun autre moyen avec lequel menacer quelqu'un de mort', va dire l'Empereur. Et BENOIT XVI résume de manière magistrale le coeur de l'argumentation impériale : "Ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu." MANUEL est grec, nourri de philosophie grecque.


Or c'est là tout le noeud du problème. Un philosophe musulman IBN HASM, cité par le pape, soutient "que Dieu n'est pas tenu par sa propre parole, et que rien ne l'oblige à nous révéler la vérité : s'Il le voulait, l'homme devrait être idolâtre."


Et BENOIT XVI va développer alors une argumentation très serrée sur la raison. Après avoir cité IBN HASM, il ajoute "Ici s'effectue une bifurcation dans la compréhension de Dieu et dans la réalisation de la religion, qui nous interpellent directement aujourd'hui : Est-ce seulement grec, de penser qu'agir contre la raison est en contradiction avec la nature de Dieu ou est-ce une vérité de toujours et en soi ? Je pense qu'en cet endroit devient visible l'accord profond entre ce qui est grec, au meilleur sens du terme, et la foi en Dieu fondée sur la Bible."


Voilà résumée, bien mal, la première partie de cette conférence exceptionnelle. Après, BENOIT XVI décrira les trois étapes de déshellenisation de la pensée occidentale, et ce que Marcel DE CORTE décrira dans son ouvrage "L'intelligence en péril de mort" comme la mort programmée de la philosophie spéculative.


La probité intellectuelle oblige à reconnaître que l'Eglise d'Occident a eu souvent recours à la contrainte pour convertir les païens ou d'autres religionnaires. Que ce soit Charlemagne et les Saxons ou les Rois Catholiques et les juifs d'Espagne ou Louis XIV et les protestants ! Voilà qui est déplorable et insupportable à toutes consciences droites. JEAN-PAUL II a exprimé la douleur et le repentir de l'Eglise pour ces horreurs. Il ne nous est pas interdit de continuer à les déplorer et de combattre tous les fanatismes, d'où qu'ils viennent.


Je reviendrai sur le dialogue islamo-chrétien dont l'enjeu est considérable pour l'avenir du monde.

jeudi 24 mars 2011

La passion de comprendre

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Monsieur PORTELLI, toujours lui, a énoncé les valeurs qui selon lui devaient être défendues absolument. Il vous souvient qu'ils les appelaient "nos" valeurs sans préciser qui en étaient les possesseurs ou promoteurs. L'une d'elle, et je l'avais indiqué dans le billet consacré au magistrat, m'a paru essentielle : la passion de comprendre. Et puisqu'il insinue, sans le dire, que c'est l'islam qui est visé par ceux qu'il exècre, j'ai voulu en savoir plus sur cette religion.
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Déjà j'avais lu le livre de Hans KÜNG, Van ESS, STIETENCRON et BECHERT intitulé Le Christianisme et les religion du monde : islam, hindouisme, bouddhisme (Editions du Seuil, Paris, 1986), mais il y a bien longtemps ; et ce livre est aujourd'hui enfoui dans l'un des nombreux cartons où dorment les ouvrages que je n'ai pu loger chez moi faute de place. Il a été écrit dans une période un peu particulière de l'après-concile, en un moment où la douce euphorie qui planait sur les relations islamo-chrétiennes allait en s'atténuant. Il est passionnant, mais sa méthode est tout sauf historico-critique. Les auteurs s'efforcent de dégager dans les doctrines des trois religions qu'ils étudient, les points positifs, les pierres d'attente pour une rencontre unifiante en Jésus-Christ de tous les fidèles sincères des trois religions. La méthode est comparatiste et ne porte pas spécifiquement sur l'islam. Il en ressort qu'il y a dans des religions, des éléments effectivement dignes d'intérêt et de respect de la part des chrétiens en raison de leur haute valeur spirituelle.
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Mais j'ai voulu en savoir plus, et surtout avoir un point de vue contemporain sur le sujet. Il faut croire que la Providence me couvre de sa bienveillance. J'ai trouvé un livre - en tout point remarquable et que je recommande à ceux que dévore la passion de comprendre -, intitulé Comprendre l'islam, risque ou défi ? (Editions des Béatitudes, sans mention de lieu, 2010). L'auteur en est le Père Pierre-Marie SOUBEYRAND. Ce prêtre est membre de la Communauté des Béatitudes. Il est père blanc et a exercé son ministère dans le Maghreb, au Proche-Orient et en Afrique de l'Ouest, pendant 40 ans. Il a d'abord passé deux années à l'Institut Pontifical d'Etudes Arabes et Islamiques de Rome. Il s'agit là d'un des Instituts les plus pointus en ces matières ; il s'y développe des recherches internationalement connues. Bien entendu, le Père SOUBEYRAND parle couramment l'arabe. Il a sur Hans KÜNG et ses collaborateurs le double avantage de parler la langue dans laquelle le Coran est écrit, et d'avoir vécu pendant 40 ans avec des musulmans. Je doute qu'il en aille de même pour monsieur PORTELLI.
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Le but du Père SOUBEYRAND est d'établir les fondements d'un dialogue vrai avec les savants musulmans, versés dans le Coran et la théologie de l'islam. Il n'est nullement polémique, bien au contraire. Il fait dans ses premiers chapitres (j'en suis là, et donc ma contribution est partielle), un travail qu'aucun érudit musulman ou presque n'a jamais fait, celui d'établir ou de rétablir la vérité historique sur les premiers moments de l'islam. Et par ailleurs, il s'appuie sur les documents conciliaires, et notamment sur la Déclaration Nostra Aetate relative aux religions non chrétiennes. En somme, une démarche scientifique : un savant arabophone, un chrétien bienveillant s'efforce de jeter sur l'islam un regard de vérité et d'amour, susceptible de faire naître un climat propice à un vrai dialogue.
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Voici ce que dit le Père SOUBEYRAND dans son avant-propos :
"Pour l'heure [l'après-concile immédiat veut dire le Père], le dialogue était ce voile pudique jeté sur toute différence. Il semblait devoir à la fois sauvegarder un mystère encore caché, sous peine de perdre raison et retenue, et à la fois maintenir une apparente cohérence des aspirations religieuses convoquées dans un même combat pour le maintien de la vertu de religion dans un monde sécularisé. Le dialogue, dans bien des cas, devenait un alibi pour réconcilier l'inconciliable, supporter l'insupportable, et surtout donner l'illusion d'une humanité réconciliée, en donnant raison à l'Uma d'Allah."
Après avoir évoqué la manipulation politico-médiadique organisée par KADHAFI à TRIPOLI en 1976 (rencontre islamo-chrétienne, dont le Vatican a été obligé dénoncer le communiqué final, après avoir envoyé là-bas le Cardinal PIGNEDOLI), ainsi que d'autres tentatives tout aussi illusoires, le Père SOUBEYRAND évoque la tendance relativiste, droit-de-l'hommiste, fade, sans ambition évangélisatrice, de ces années-là ("Le monde musulman était une fatalité, dit-il, que nous devions accepter comme tel, en étant réduits à l'impuissance, tout en essayant de garder des liens d'amitiés et une convivialité 'au coeur des masses'. [...] Le rêve sera de courte durée.").
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Enfin, dans l'Introduction à son ouvrage, l'auteur commence ainsi : "Pour l'Islam [majuscule, car signifiant une civilisation et une politique ; c'est votre serviteur qui souligne. On utilise une minuscule quand on parle de la religion], les dimensions politiques et religieuses restent intimement liées, ce qui, pour la pensée judéo-chrétienne et occidentale, prête à confusion et complique les relations. L'Islam fait régulièrement la une des médias, l'attention des politiques d'intégration, des enjeux juridiques, de compréhension et de dialogue social et religieux. Personnes n'ignore ces difficultés, mais peu de personnes parviennent à envisager des solutions, tant, aujourd'hui, le phénomène semble dépasser, non seulement l'individu dans sa vie quotidienne, mais les structures sociales politiques, voire étatiques et continentales."
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Voilà un point de vue qui me semble constatif, dépourvu de tout jugement de valeur, un point de vue respectueux de ce que l'autre dit de lui-même. C'est tout de même plus précis, mieux situé (le Père dit bien d'où il parle, prêtre, chrétien, occidental), plus près du réel que les assènements de monsieur PORTELLI. C'est un point de vue qui ne cache pas les difficultés d'un dialogue authentique. Je reviendrai dans un prochain billet sur l'apport inestimable du Père SOUBEYRAND en matière d'histoire proto-islamique, domaine que les imams et théologiens musulmans n'ont jamais su, voulu, ou pu envisager (sauf quelques rares chercheurs égyptiens, pour autant que je m'en souvienne). Il suffit de retenir que monsieur PORTELLI, sous couvert de respecter la différence, ne fait que l'abolir, en niant ces réalités.
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On me pardonnera la longueur et la sécheresse de ce billet. Mais il est important d'être en vérité en cette matière, puisque, paraît-il, un débat doit s'ouvrir sur ce sujet en France.

dimanche 12 septembre 2010

Au temps qui court

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Le révérend JONES a conçu un projet homicide. Il voulait brûler des Corans le 11 septembre de cette année, jour anniversaire des attentats contre les tours jumelles du World Trade Center, au motif que le Coran est pour lui un livre satanique. Que de telles idées puissent germer dans la tête d'un homme qui se dit disciple de Jésus, qui plus est ecclésiastique, est inconcevable. Il a fort heureusement renoncé à sa folie. Nous devons du respect à ces millions de musulmans qui prient, pratiquent l'aumône et l'hospitalité, jeûnent, et qui n'ont rien à voir avec les islamistes, réplique symétrique optique (c'est-à-dire dans un miroir) de ceux qui soutiennent le fanatisme du révérend JONES. Oui ce projet était homicide, assassin, inspiré par le Malin.
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Nous pouvons regretter que nombre de musulmans, comme nombre de chrétiens du reste, ne s'attachent pas à pénétrer le sens profond de leurs livres saints respectifs, en négligeant de leur appliquer les méthodes modernes de la critique historique ou littéraire, de l'archéologie, de la papyrologie, des sciences humaines, que sais-je encore. Mais il y a des scientifiques musulmans, notamment des chercheurs égyptiens, qui se sont attelés à cette tâche avec une rare intelligence et une probité intellectuelle sans faille, et qui rattrapent le temps perdu. Chez les chrétiens, ce travail a commencé il y a longtemps et il a porté de beaux fruits dans le coeur de ceux qui ont pris le temps de s'y intéresser.
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Mais le plus effarant pour moi a été de lire les résultats d'un sondage, dépourvu il est vrai de toute valeur scientifique, paru sur le site d'accueil MSN-hotmail. On constate que seulement 51 % des personnes qui ont répondu trouvent le projet du révérend JONES inacceptable, et que plus de 40 % l'approuvent. Voilà bien un signe des temps, de ce temps qui court et pourrait nous conduire à l'abîme si nous n'y prenons garde. Oui, un signe qui interpelle.
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Au moment où paraît le film de Xavier BEAUVOIS Des hommes et des Dieux, comment ne pas citer ici ce que le prieur de TIBHIRINE, Christian de CHERGE, dit dans son admirable livre L'invincible espérance ? "La foi de l'autre est ici un don de Dieu, mystérieux bien sûr. Il impose le respect. Il ne prendra tout son sens qu'au sommet de cette échelle qui nous retourne ensemble vers le Donateur unique. Et ce don fait à l'autre m'est aussi destiné pour me stimuler dans le sens que j'ai à professer."
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lundi 6 septembre 2010

Des hommes et des dieux...

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Dans quelques jours, il nous sera possible de voir le film de Xavier BEAUVOIS, Des hommes et des dieux. A cette occasion, le magazine Panorama publie une interview de Lambert WILSON, conduite par Bertrand REVILLON (Livraison de Septembre 2010, N° 468). Si vous en, avez la possibilité, lisez cet entretien. Lambert WILSON décrit la manière dont il a peu à peu perçu la vie monastique - en faisant une retraite à l'abbaye de TAMIE avec les autres acteurs choisis pour tenir les places (je n'ose pas dire les rôles) des moines du monastère de TIBHIRINE, enlevés par des islamistes, et décapités dans des conditions qui resteront à jamais mystérieuses, pour ne pas dire ténébreuses ; comment aussi il a habité le personnage de Christian de CHERGE, le prieur de l'abbaye.

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Ses réponses sont pleines de pudeur. Lambert WILSON préfère le silence de la campagne et la paix des monastères à l'agitation médiatique de PARIS. Il précise qu'il a été baptisé par l'abbé PIERRE, dont il avait joué le rôle dans Hiver 54. Mais là n'est pas le point principal. A la question [La foi] l'avez-vous, Lambert répond : "Il faut se méfier du piège des mots. Oui, je crois que j'ai la foi, à condition que ce mot ne signifie pas 'posséder une certitude' mais être sur un chemin, un itinéraire inévitablement chaotique, empli de tâtonnements. Je répugne à prononcer le nom de Dieu. Je crois que nos lèvres sont infiniment trop petites pour prononcer le nom de Dieu. Lorsque je parle de lui, je dis 'Il', car il est l'indicible..."

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J'approuve ces paroles. Et du reste, dans les billets où j'ai eu l'occasion de parler de la foi chrétienne, je n'ai jamais utilisé le mot de Dieu, ni même celui de Christ, mais celui de Jésus, pour cette raison-là que je n'aurais pas sur dire aussi clairement.

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Christian de CHERGE a été marqué par un terrible événement. Il fait la guerre d'Algérie, mais à sa manière, noue une profonde amitié avec Mohamed, le garde champêtre dû village dont il doit assurer la protection. Mohamed est un croyant, un priant ; les deux amis échangent sur la prière en se promenant. Un jour des nationalistes algériens veulent faire un sort à l'officier. Mohamed s'interpose et sauve la vie de son ami. Trois jours plus tard, on le retrouvera égorgé, près de son puits. Le prieur est marqué pour le restant de ses jours par la mort tragique de Mohamed : "Dans le sang de cet ami, dira-t-il, j'ai su que mon appel à suivre le Christ devrait trouver à se vivre, tôt ou tard, dans le pays même où m'avait été donné ce gage de l'amour le plus grand".

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Le père de CHERGE a été un ardent propagateur et un animateur infatigable du dialogue entre le christianisme et l'islam. Il a donné sa vie pour faire vivre ce dialogue, car le sort des hommes de paix, c'est d'être la cible de fous furieux qui croient défendre celui qu'ils appellent "Dieu", mais qui en réalité se mettent à sa place. Tel n'est pas l'avis des musulmans croyants dont beaucoup sont des mystiques de très haute spiritualité. C'est pourquoi toute assimilation de croyants musulmans à des islamistes est une généralisation homicide ; c'est pourquoi il convient de défendre ceux d'entre eux qui ne confondent pas la foi et l'action politique et de combattre impitoyablement ceux qui le feraient?

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