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mercredi 25 novembre 2009

Non !

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J'aurais pu donner à ce billet un titre drôle, cruel, et qui aurait fait mouche, en disqualifiant un peu la personne à qui je désire dire non ! Je veux parler de monsieur Pierre BERGE qui déclare que le Téléthon vient parasiter la générosité des français, et accuse l'Association Française contre les Myopathies (AFM) d'investir les sommes recueillies dans l'achat de bâtiments. Désireux de mettre en pratique la décision d'infléchir mes remarques dans un sens plus argumenté et plus objectif, je n'ai pas cédé à la tentation de la facilité.
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Pour répondre à monsieur BERGE, je vais me prévaloir de deux réalités : la première a trait à l'AFM. Son actuel directeur scientifique, le Dr Serge BRAUN, est un de mes élèves. Il a réalisé son travail de thèse dans le laboratoire dont j'étais le responsable ; puis y est revenu pour un second séjour post-doctoral, après en avoir passé un premier à l'Université de Californie, à LOS ANGELES, dans le laboratoire du Pr Valérie ASKANAS. Notre laboratoire a bénéficié pendant des années de subventions de l'AFM destinées à soutenir nos recherches sur l'amyotrophie spinale progressive, et - je l'ai déjà dit - nous avons pu faire des travaux qui ont marqué un tournant dans la compréhension de la pathogénie de cette maladie. Grâce à l'AFM, la France est devenue l'une des toutes premières nations du monde en matière de recherche sur les maladies génétiques et de décryptage du génome humain. Le Généthon d'Evry, centre de séquençage de l'ADN, a été un modèle du genre, copié dans le monde entier. Le soutien au Centre d'Etude du Polymorphisme Humain a été également décisif pour placer notre pays au tout premier plan dans ce domaine. L'AFM ne se borne pas à subventionner des recherches sur les maladies musculaires ou neuro-musculaires. Elle subventionne aussi de très nombreuses recherches sur d'autres maladies orphelines (maladies qui ne frappent que quelques dizaines de personnes par an). Il faut bien comprendre qu'il est impossible à la recherche publique de subventionner des travaux sur des maladies qui ne sont pas un problème de santé publique (comme le cancer, le SIDA, la maladie d'Alzheimer, ou les maladies cardiovasculaires). Il est donc logique de faire appel à la générosité privée.
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Monsieur BERGE se dit atteint d'une myopathie. Je dis bien "une", et non pas "de". Il n'est pas atteint de myopathie de Duchenne de Boulogne, car il ne serait plus ce monde ; il l'aurait quitté en atteignant l'âge de 20-25 ans. Il existe des dizaines de "myopathies" de topographie, d'intensité et de gravité variables. Je ne rentre pas dans les détails, inutiles pour mon propos. Mais je souligne qu'il y a un risque de confusion entre cette très grave myopathie, celle que connaissent la majorité des gens, et les très nombreuses autres formes d'atteinte musculaire.
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La deuxième réalité est mon engagement à l'Association Tibériade, qui accueille des séropositifs. La vérité m'oblige à dire que nos accueillis approuvent la sortie de monsieur Pierre BERGE, lui-même séropositif et président du SIDACTION dont Line RENAUD est vice-présidente. La vérité m'oblige à dire aussi que j'avais sollicité madame Line RENAUD pour qu'elle vienne rendre visite à Tibériade, et que je n'ai jamais eu de réponse. Elle n'a sans doute jamais eu mon message, car je le lui avais envoyé par le biais de son Association.
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Les réactions de nos accueillis sont purement émotionnelles. On peut les comprendre. Quoique l'on fasse et dise, nos amis s'identifient à leur "maladie" (je mets des guillemets, car la séropositivité n'est pas une maladie, mais un état immunitaire particulier), et ils réclament une attention de tous les instants, une bienveillance inépuisable. Ils sont en grande détresse. Et c'est le regard que porte notre société qui en est responsable en grande partie. La raison de ce regard oblique est facile à comprendre : hormis les accidents transfusionnels (aujourd'hui rarissimes), le principal mode de transmission du virus de l'immunodéficience humaine est bien connu : addiction à la drogue utilisée par voie parentérale ; pratiques homosexuelles (encore que la transmission hétérosexuelle augmente en fréquence, en raison du vagabondage sexuel, et que la tranmission post-natale de la mère à l'enfant, en Afrique soit un très réel problème). Une chose est de ne pas condamner les personnes ; une autre est de considérer ces pratiques comme normales, tant sur le plan personnel que sur le plan social. Le fait est cependant que le SIDA est devenu une question de santé publique, du fait de ces comportements personnels à risque. Il y a là une grande différence d'avec une maladie génétique dont le porteur n'est en rien responsable de son état.
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Monsieur BERGE croit, ou feint de croire que le Téléthon siphonne l'argent privé et détourne la générosité des particuliers, au détriment de la recherche sur le SIDA. C'est faux. L'ANRS subventionne par millions d'euros des recherches fondamentales et appliquées (vaccin) sur le SIDA, et la France est un des tout premiers pays du monde dans ce domaine. Monsieur BERGE reproche au Téléthon de susciter la pitié des donateurs potentiels en leur montrant des enfants en fauteuil roulant. Voyez-vous, j'en ai vus et beaucoup, qui sont venus visiter notre laboratoire. Et j'en avais le coeur serré. Il n'est pas normal de mourir à 12 ans, à 16 ans ou à 20 ans... On ne meurt plus du SIDA, ou plus exactement des infections opportunistes liées à la séropositivité. Et rien ne prouve que l'argent soustrait au Téléthon irait dans les poches du SIDACTION. Je crois même pouvoir affirmer qu'il n'irait certainement pas pour les raisons que j'ai dites et que je résume. On n'est pas responsable d'une maladie génétique qui n'intéresse pas les pouvoirs publics ; on a une responsabilité certaine dans sa contamination par le virus de l'immunodéficience humaine. Et ceci explique cela. Je regrette de devoir dire ici non, monsieur BERGE, vous n'avez pas raison.

vendredi 29 mai 2009

Des chiffres et des lettres

Voici l'avis de monsieur Edward C. GREEN, Directeur du Projet de Recherche sur la prévention du SIDA à l'Université de HARVARD :
"Le pape a raison. Ou pour répondre plus précisément : les meilleures données dont nous disposons confirment les propos du pape. Il existe une relation systématique, mise en évidence par nos meilleures enquêtes, y compris celles menées par les Demographic Health Surveys, financées par les Etats-Unis, entre l'accès facilité aux préservatifs et leur usage plus fréquent et les taux d'infection par le virus du SIDA plus élevés, et non plus faibles. Cela pourrait être dû en partie au phénomène bien connu sous le nom de "compensation du risque", ce qui veut dire que lorsque l'on a recours à une "technologie" de réduction du risque comme le préservatif, l'on perd souvent le bénéfice lié à la réduction du risque par une "compensation" qui consiste à prendre davantage de risques qu'on ne le ferait en absence de technologie de réduction du risque." (National Review Online)
HARVARD est une des meilleures, sinon la meilleure Université(s) du monde. Le Professeur GREEN ne parle pas à la légère ; il risquerait d'y perdre et sa réputation et ses fonctions universitaires. Il ne m'apparaît pas qu'il soit un papiste convaincu ; il serait plutôt un wasp (white anglo-saxo protestant).
Je vous rappelle que dans plusieurs billets, j'ai dit et redit, moins bien sans aucun doute, mais j'ai dit exactement la même chose.
Il ne s'agit pas là d'opinions, mais de faits scientifiquement avérés.
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Du Cardinal SARR, Président de la Conférence Episcopale Régionale de l'Afrique de l'Ouest, à propos de la réaction des médias français aux propos de Benoît XVI sur le préservatif :
Nous déplorons et dénonçons le crime, venant du fond des âges, où l'on traitait nos frères et soeurs en marchandises et en biens meubles (Le Code Noir, art. 44), et qui aujourd'hui consiste à s'acharner à penser pour nous, à parler pour nous, à faire à notre place sans doute parce qu'on ne nous croit pas en mesure de le faire par nous-mêmes.
Je vous rappelle que, dans un billet, je vous avais fait part de la réaction d'indignation d'une journaliste camerounaise laïque aux critiques de la presse française sur les propos de Benoît XVI.
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Prévalence du virus du SIDA (chiffre de l'ONUSIDA).
En Afrique australe (année 2001) :
Zambie : 21,5 %.
Swaziland : 33,4 %
Lesotho : 31 %
Zimbabwe : 33,7 %
Bostwana : 38,8 %
En Afrique où les chrétiens sont nombreux et leurs propos pris en compte par les pouvoirs publics, qui les relaient dans leurs décisions politiques, chiffres comparatifs 2003 - 2008 :
Burkina-Faso : diminution de 6,5 % à 1,8 %
Bénin : de 3,6 % à 1,8 %
Burundi : de 8,3 % à 3,3 % (pays où les politiques se sont impliqués très considérablement)
Cameroun : de 11,8 % à 5,4 %
Guinée : de 2,8 % à 1,5 %
En Afrique Occidentale Française à majorité musulmane, où la fidélité de la femme est une valeur de grande portée sociale, maintien à des taux très bas :
Mali : 1,7 %
Niger 1,1
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En 2006, il y avait dans les CECOS (Centres d'Etudes et de Conservation du Sperme) :
157.523 embryons congelés, concernant 49.618 couples.
93.116 faisaient l'objet d'un "projet parental" ; il y avait eu 7.350 accouchements et près de 86.000 embryons détruits avant ou après implantation.
83.407 embryons étaient abandonnés :
37.435 l'avaient été délibérément par les parents dont
9.317 proposés à la recherche ;
10.239 donnés à d'autres couples stériles ;
17.877 détruits.
et
45.972 conservés dans les CECOS pour une période indéterminée.
Je vous rappelle que des embryons conservés à -196°C dans l'azote liquide peuvent être gardés viables pendant des siècles. Il faut 4.000 ans de conservation pour qu'un tiers environ des cellules ainsi conservées aient vu leur génôme irréversiblement lésé par les rayons cosmiques, les seuls qui à cette température peuvent avoir un effet délétère sur l'ADN. Sur ce point, l'ayant enseigné pendant des années à mes étudiants, je suis absolument formel. Il est donc possible que des êtres humains puissent voir le jour des siècles après avoir été conçus par leurs parents.

lundi 20 avril 2009

Petites nouvelles d'Asie et d'Afrique

Pendant que les médias continuent de se gausser des propos de Benoît XVI, en les déformant, en les caricaturant, en exultant devant les ravages qu'ils sont censés avoir produits dans l'opinion catholique mondiale (confondue avec l'opinion hexagonale), des hommes et des femmes sont à l'oeuvre dans le monde entier pour aider, soutenir, soigner ceux qui souffrent, notamment du SIDA.
J'apprends ainsi qu'au Népal, on fête la mémoire du Père Thomas GAFNEY sj, assassiné dans des conditions troubles en 1997. Ce jésuite, d'origine américaine, avait pris la nationalité népalaise. C'est le père du travail social au Népal. Dès les années 1960, il s'occupait des enfants de la rue à KATMANDOU et avait construit un centre d'accueil pour venir en aide aux handicapés, aux victimes de l'alcool et de la drogue, puis aux malades du SIDA et aux enfants orphelins de parents victimes de cette maladie. Il y a au Népal une soixantaine de jésuites, une centaine de religieuses et 7000 catholiques. Cette Eglise locale est engagée dans l'enseignement des castes inférieures (le pays est hindouiste à 80 % et bouddhiste à 11 %). Elle compte 30 établissements éducatifs, et plus de 40 programmes sociaux.
Au Burkina Faso, l'Eglise locale a créé l'ASVS (Association Solidarité Vie et Santé). C'est une petite ONG, animée par une infirmière burkinabé, qui prend en charge une soixantaine de personnes atteintes du SIDA. Des bénévoles visitent chaque mois les malades. On leur assure des soins quotidiens au local de la permanence ainsi que la distribution de médicaments et de vivres. Le Père Jacques FEDRY sj, est conseiller de cette association catholique.
Je tiens ces informations de la très bonne revue La Lettre du Service Jésuite International (N°13, avril-juin 2009) qui fourmille de nouvelles sur les actions que conduisent dans le silence, le labeur et la prière des milliers de chrétiens, au service des malades. Ceux-là, on ne les a pas interrogés. Et monsieur DRUCKER peut se répandre, régulièrement, en compagnie de ses invités de Vivement Dimanche (tout n'est pas inintéressant dans cette émission), en sarcasmes sur Benoît XVI. Ces messieurs et ces dames discutent en rigolant de questions qu'ils ne connaissent pas et gagnent leur vie à rire de tout, y compris des choix (que personne ne leur impose de partager) pour lesquels des hommes et des femmes ont donné joyeusement leur vie. Flottant à la surface du réel, effleurant les drames qu'ils feignent de vouloir prévenir par un vain ministère du discours creux, ils arriveront, comme tout le monde, au seuil du grand passage et peut-être se rendront-ils compte alors du mal qu'ils ont fait, de la douleur qu'ils ont infligée à nombre de leurs semblables en brocardant leur espérance, leur foi et leur charité.
Voici l'adresse où l'on peut s'abonner à cette revue :
La Lettre du Service Jésuite International,
42 rue de Grenelle,
75343 PARIS Cedex 07.

jeudi 2 avril 2009

Un message évangélique

Dom Marc AILLET, évêque de BAYONNE a publié une réflexion sur le lynchage médiatique dont Benoît XVI a fait l'objet. Cette réflexion, j'en conviens, s'adresse aux chrétiens. Mais elle me paraît intéressante car elle permet de situer la manière dont un disciple de Jésus, s'il est vraiment disciple, peut vivre les enseignements de son maître. J'ajoute que je n'entends pas faire de prosélytisme, mais donner un éclairage sur les réactions des chrétiens. Nous en avons eues beaucoup de la part des non chrétiens ou des agnostiques, ou des athées. Il est donc intellectuellement recevable de donner la parole à des croyants.
"Un message de Mgr Aillet à la lumière des écritures ; une manière de relire le "lynchage médiatique dont l’Eglise et le Saint-Père ont fait l’objet ces dernières semaines".

« Le jugement le voici : la lumière est venue dans le monde, mais les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jn 3, 19). Écoute, Israël, combien la Parole de Dieu est actuelle : « Vivante en effet est la Parole de Dieu, efficace et plus incisive qu’aucun glaive à deux tranchants … elle peut juger les sentiments et les pensées du cœur » (He 4, 12).La lumière est venue dans le monde, « et le monde ne l’a pas reconnu » (Jn 1, 10), et il l’a prise en haine (cf Jn 15, 18) ; « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1, 11), et même, « ils le poussèrent hors de la ville et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline … pour l’en précipiter. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin » (Lc 4, 29-30).
Le lynchage médiatique dont l’Église et le Saint-Père ont fait l’objet ces dernières semaines sont comme une illustration de ces paroles toujours actuelles : « Le serviteur n’est pas plus grand que son maître. S’ils m’ont persécuté, vous aussi, ils vous persécuteront » (Jn 15, 20). Les juges ont besoin aujourd’hui comme hier de « faux témoins », comme ceux qui se levèrent devant le Sanhédrin pour condamner Jésus, en déformant ses propos (cf Mc 14, 57-58). Si Jésus, le communiquant par excellence, n’a pas échappé à la mauvaise foi des hommes, pourquoi nous étonner que l’Église soit traitée ainsi ? Loin de se soumettre aux lois de la communication humaine que l’on prétend lui imposer, l’Église ne peut se soustraire à sa mission prophétique. N’appelons pas « bourde » ou « gaffe », ce qui n’est rien d’autre qu’un témoignage rendu à la Vérité.
Ainsi en est-il des propos, remplis de vérité et de compassion, du Saint-Père sur les moyens de combattre le Sida. Les journalistes, dont certains appartiennent à la presse dite catholique, se sont emparés une fois de plus d’une petite phrase ; des politiques, souvent esclaves de l’opinion, ont renchéri, sans aucun discernement, et dénoncé les « propos irrecevables » du Saint-Père et le « discours irresponsable de l’Église ».
Fils et filles de l’Église, nous pouvons garder la tête haute, car les propos du Pape ont été confirmés par les évêques d’Afrique et par les chefs d’État de ces pays où le Sida fait des ravages, dénonçant le « racisme latent » de ces occidentaux qui voudraient leur imposer leurs schémas mortifères, au nom de la sacro-sainte licence sexuelle ou bien du matérialisme mercantile dont on voit bien à qui il profite. Un discours qui ne résiste pas à l’évidence des faits : selon les statistiques de l’OMS, les pays d’Afrique où le taux de distribution des préservatifs est le plus fort, la progression du SIDA est la plus élevée ; là où les catholiques sont plus nombreux et où l’on prône en priorité l’abstinence et la fidélité - y compris dans les programmes gouvernementaux- , et le préservatif en dernier recours, le SIDA est en très nette baisse, comme au Burundi ou en Angola. Devant la partialité, voire la falsification de certains médias, les catholiques doivent aller à la source de l’information et communiquer autour d’eux par tous les moyens, à commencer par l’Internet.
Mais, en dernière analyse, il faut accepter de souffrir pour le nom du Christ et ne pas s’étonner de ces campagnes de dénigrement : « Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait » (Jn 15, 19). « Mais gardez courage, nous dit Jésus, j’ai vaincu le monde » (Jn 16, 33).
+ Marc Aillet,évêque de Bayonne, Lescar et Oloron."
Voyez-vous, cette réflexion me paraît très profonde et très juste. Et la question n'est pas de savoir si les chrétiens jouent aux martyrs. La question est de savoir s'ils ont des martyrs ou non. La réponse est oui, et il y en a tous les jours.

vendredi 27 mars 2009

Un témoignage

Le matraquage médiatique continue. Point de gloses, donc, ni de commentaires ici. Mais des faits. Voici le témoignage de Dominique MORIN, porteur du VIH.

"Avez-vous jugé scandaleux les propos récents de Benoît XVI ?

Ce que je trouve scandaleux, ce sont ces choeurs de vierges effarouchées. Qu’a dit Benoît XVI ? L’homme ne peut se résigner à vivre des comportements sexuels à risque (vagabondage sexuel ou homosexualité), ni la société fonder une prévention du sida sur l’échec. Il a rappelé que l’homme est doté d’une raison, d’une liberté, et qu’il est capable de poser des actes. La réponse à donner au sida est dans ses moyens de propagation. Le seul moyen sûr d’endiguer le risque est d’éviter les comportements à risque. C’est du simple bon sens, mais ce n’est pas le mieux partagé à l’heure actuelle ! Alors je dis merci au Pape d’avoir brisé un tabou.
Benoît VXI ne nous transmet pas une théorie qu’il vient d’inventer. Il ne fait que rappeler ce que prône l’Eglise, basée sur la Révélation. Dans l’Ancien Testament déjà est écrit "je te montrerai le chemin de la vie et de la mort. Tu choisiras la vie". Comme Dieu, l’Eglise croit en nous. Elle croit l’homme capable de poser des choix. Ces choix font sortir d’une logique fataliste qui fait de l’homme l’esclave de ses pulsions.

N’est-ce pas rendre service aux jeunes que de leur recommander le port d’un préservatif ?

Je témoigne dans les écoles depuis quinze ans. Aujourd’hui, les jeunes pensent qu’une sexualité pulsionnelle, instinctive, est leur seul horizon. Or, derrière leur demande "Dis-moi comment avoir une partie de jambes en l’air tranquille" se cache une aspiration profonde, le désir d’aimer sans savoir comment s’y prendre. Dire qu’un jeune est obligé d’avoir des relations sexuelles pour se découvrir et apprendre à aimer correspond à la logique freudienne, qui est fausse. Pour des catholiques, faire de Freud un docteur de l’Eglise en dit long sur leur vision de l’homme !
Il existe une autre voie que celle de la pornographie, la masturbation, les relations instables. Oublier de leur dire cette vérité revient à leur mentir. Celui qui leur dit d’utiliser un préservatif se lave les mains et s’offre une bonne conscience à peu de frais. Le jeune se retrouve face aux limites du moyen et de relations sans confiance. Le préservatif est un leurre et une escroquerie !

Vous êtes vous même porteur du HIV. Quel a été votre parcours ?

Dans les années 80, je vivais dans la délinquance, la drogue, le sexe, et la violence politique. En 1986, j’ai commencé à me convertir. Je n’en pouvais plus de toute cette violence. Par la pratique religieuse, j’ai découvert une joie que je ne connaissais pas. J’ai décidé de me confesser, persuadé de me faire jeter ! Or j’ai rencontré la miséricorde de Dieu, à travers le sourire bienveillant du prêtre et son absolution. Puis j’ai découvert en 1993 que j’étais infecté du sida, en phase 4. J’étais fichu.

Vous parlez de politique de prévention, comme le Saint-Père. Ce discours peut-il tenir face à un séropositif ?

Il existe bien sûr des cas d’exception, mais une morale ne se détermine pas en fonction d’un échec ni d’un mal. Jamais l’Eglise n’a dit d’aller s’infecter sans préservatif. Certaines pulsions sont parfois si fortes, notamment chez les homosexuels, que la personne n’est pas toujours capable, malgré ses efforts, d’y résister. Dans ce cas-là, bien sûr, le prêtre invite à ne pas en plus propager la mort.

Comment avez-vous tenu ce pari de la chasteté ?

Je n’ai pas eu de relations sexuelles depuis 29 ans et c’est pour moi le seul moyen complètement sûr de ne pas transmettre le virus. Je ne suis pas meilleur que les autres malades. Ma conversion m’a fait changer de perspective sur moi, mon corps, ma relation aux autres. La prière et les sacrements m’ont donné les grâces nécessaires pour déraciner en moi des habitudes et combattre ma faiblesse. J’ai appris à me "domestiquer". J’ai aussi découvert des relations chastes avec des filles. L’abstinence sexuelle est parfois difficile, mais le plaisir dont cela me prive ne me manque pas tellement, au regard de la vie apaisée que je connais aujourd’hui.

Vous êtes-vous senti condamné par l’Eglise ?

Jamais je ne me suis senti rejeté par l’Eglise, au contraire. Elle m’a ouvert ses portes, elle m’a accueilli comme j’étais, là où j’en étais. Je me suis senti aimé. Car l’Eglise distingue la personne de ses actes. Avant ma conversion, je me sentais condamné par les propos de l’Eglise, parce que je croyais faire corps avec mes actes. Je croyais que lorsque l’Eglise condamnait tel acte, elle condamnait l’homme. Or, "la vengeance de Dieu, c’est de pardonner", comme disait Pagnol. Dieu ne sait qu’aimer. Il couvre d’un amour de prédilection les malades du sida.

Beaucoup accusent l’Eglise aujourd’hui...

C’est oublier que l’Eglise fut la première à se soucier des sidéens. Dès les années 80, aux Etats-Unis, le Cardinal O’Connor a ouvert un service spécial pour les accueillir, alors qu’on ignorait encore les risques de contamination. Mère Teresa est venue créer le premier centre "The gift of love" à New-York, dédié aux malades du sida. Il en existe plusieurs aujourd’hui, à travers le monde.
L’Eglise veut le bonheur de l’homme. Le Pape tient son rôle de père, de pédagogue, lorsqu’il rappelle que l’homme est destiné à aimer en vérité, et non dans le mensonge, dans la peur et le risque de la mort. Il nous montre un chemin exigeant, sans chercher à plaire ni à séduire. Le sida se propage par le multi partenariat. Le seul moyen de l’endiguer est de revenir à la racine de l’amour. Chacun aspire à l’amour vrai, fondé sur la confiance. Voilà le véritable enfer : non pas être puni des conséquences de son péché, mais avoir peur d’aimer."
Quel beau témoignage. Merci à toi Dominique. Tu confirmes ce que me disent mes très chers accueillis séropositifs de l'Association Tibériade.

jeudi 26 mars 2009

Réponse à Olibrius

Un lecteur, qui se donne lui-même le pseudonyme d'Olibrius, un lecteur que je suppose très occasionnel, fait le commentaire qui suit sur mon billet intitulé "Une bonne fois pour toute". (Comme je doute qu'on aille lire les commentaires, je préfère en effet vous le livrer tout cru).
"N'êtes vous pas aussi un peu manipulateur quand vous affichez des certitudes qui ne laissent pas libres vos interlocuteurs ???"
Je ne peux pas laisser passer un tel commentaire sans réagir. Je l'ai déjà fait privément en répondant à mon lecteur. Mais il s'agit d'une affaire trop grave pour qu'on puisse laisser passer ces remarques sans réagir.
1-Je ne doute pas un seul instant de la bonne foi de mon lecteur. Il est persuadé (et non point convaincu) que je manipule. Est-ce vraiment manipuler que de s'opposer à l'opinion dominante ? Faut-il que je lui rappelle PASCAL ? "Plusieurs choses vraies sont contredites. Plusieurs choses fausses sont assenties. Ni la contradiction, ni l'incontradiction ne sont marque de vérité."
2- Il ne critique pas le fond. Il accuse, sous forme interrogative, j'en conviens, mais il accuse, et c'est ma personne qu'il vise et non le message. Il ne me donne aucun fait ou argument susceptibles d'aller à l'encontre de mes remarques.
3-Je rappelle que j'ai enseigné la virologie pendant 35 ans, et que je suis bénévole à l'Association Tibériade qui accueille des personnes séropositives. J'en recueille les confidences. Et j'ai le coeur serré quand je vois des jeunes de 25 ans qui viennent frapper à notre porte. Je ne peux donc pas encourager, pour ceux de nos frères en humanité qui ne peuvent résister à leurs pulsions, des pratiques sexuelles à risque. En d'autres termes, je ne puis condamner l'usage du préservatif dans des situations de compulsion sexuelle. Que ce soit bien clair. Mais je sais aussi qu'un tel usage ne supprime pas le risque.
4-Je n'expose pas des certitudes philosophiques ou idéologiques. Je vous rapporte l'analyse que fait WILKINSON des travaux sur la protection qu'est censé apporter le préservatif contre la transmission du SIDA. Cette protection n'est pas totale. Ce n'est pas une opinion, ni une idée, c'est un fait.
5-La moindre des honnêteté intellectuelle est de reconnaître la chose, et de faire savoir que le préservatif n'est pas la protection absolue qu'on veut bien dire.
6- En réalité, ce qu'Olibrius me reproche, c'est d'aller contre la représentation symbolique qu'il a de la liberté sexuelle. Je l'invite à lire le billet que je prépare et qui sera publié dans quelques jours, sur ce qu'est la liberté, telle que l'a analysé Simone WEIL (et d'autres).

Exercice d'observation

Un ami m'envoie copie de l'article paru lors de la visite de Benoît XVI au CAMEROUN. Il se passe de commentaires et il montre combien nous sommes loin du sentiment des Africains qui ont gardé cette bienveillance dont nous manquons tellement. Il me semble important de vous le livrer tel quel, cet article. Libre à chacun d'en penser ce qu'il veut. Mais je peux demander à mes lecteurs de lire avec attention cette opinion, et d'observer attentivement l'âme africaine qui transparaît dans cet article.

"Les médias africains déplorent l’attitude des médias occidentaux pendant la visite du pape en Afrique.

ROME, Mardi 24 mars 2009 (ZENIT.org) - « Le Cameroun vient de boucler avec une réussite insolente la troisième visite papale de son histoire », lit-on dans le Cameroon Tribune, après les quatre jours de visite de Benoît XVI sur le sol camerounais, qui déplore en même temps la polémique engagée par les médias occidentaux contre le pape durant cette visite.
« Le Cameroun et l'Afrique ont vécu quatre jours si intenses et si magiques, qu'ils peinent encore à en jauger l'insondable portée », souligne Marie-Claire Nnana dans son article, convaincue que cette visite du pape en Afrique est « une visite à succès, et un événement majeur qui marquera l'Eglise et tout le continent ».
« En posant l'acte d'amour que constitue sa visite, en nous assurant de l'amour de Dieu, nous les damnés de la terre, le pape nous comble d'espérance », souligne la journaliste.
Mais « on ne décrira jamais assez le rapt inélégant et la parfaite imposture des médias européens et en particulier français sur cette visite », souligne-t-elle. « C'était le temps de l'Afrique. L'Afrique n'aspirait qu'à la communion spirituelle et à la fête. Nos confrères se sont évertués à ne mettre en lumière que les aspects les plus anecdotiques de cette visite, les chiens écrasés, l'écume des jours », ajoute-t-elle.
« Pas un mot sur le synode des évêques africains à venir, ni sur le document préparé à cet égard par le pape », commente-t-elle. « Ils ont parasité les ondes avec une polémique qu'ils ont créée de toute pièce. Car en sortant de son contexte la déclaration du pape sur le préservatif, ils en ont dénaturé la substance ».
Autre exemple de sabotage stratégique reproché aux médias occidentaux : avoir cherché, en Angola, à « éclipser le message apostolique en montant en épingle une déclaration sur l'avortement thérapeutique ».
« En résumant huit jours de visite en deux petites phrases, de préférence celles susceptibles de remuer une opinion publique formatée, il y a un risque de caricaturer et de fausser le message », souligne-t-elle. Et le comble pour la journaliste c'est lorsque « ces médias déclarent parler au nom des Africains ».
« Non, merci, chers confrères, vous parlez pour vous-mêmes, et pour votre public. Les Africains sont assez grands pour déchiffrer et critiquer, au besoin, les messages du pape, afin d'en tirer la substantifique moelle. ».
De plus, estime-t-elle, « les débats autour du SIDA et de l'avortement sont trop importants pour les biaiser de cette manière, en les réduisant à une polémique médiatique ».
« Si nous décrions cet opportunisme chez nos confrères, ce n'est pas que ces questions indiffèrent les Africains que nous sommes, précise la journaliste du Cameroon Tribune, simplement, il nous semble peu fécond de vouloir infléchir les prises de positions papales, parce qu'elles découlent des principes moraux et de valeurs dictés par les évangiles dont il est le gardien ».
« Le pape, que les médias décrivent comme austère et peu charismatique, nous a paru au contraire sensible à nos démonstrations bruyantes et sincères », poursuit-elle. « Il les a reçues dans le tempérament qui est le sien : tout en retenue, le geste peu emphatique, le regard ardent ».
En conclusion la journaliste pense que « Benoît XVI en aura bien besoin » de l'affection des fidèles Africains pour continuer sereinement sa mission, dans une Europe, dit-elle, « dont il est le fils biologique, mais non pas spirituel puisque cette Europe nie désormais la dimension spirituelle du monde ».
Isabelle Cousturié

mercredi 25 mars 2009

Une bonne fois pour toute

Un de mes très proche se dit irrité par mes propos qui tendraient à défendre Benoît XVI. Après mûre réflexion, je publie ici la réponse que le lui ai faite ce matin.
Cher X...
Je ne défends personne. Je défends simplement la vérité, en apportant (a) des faits ; (b) un raisonnement. La seule chose qui scientifiquement peut être dite est la suivante : à nombre d'actes sexuels IDENTIQUES, les rapports avec préservatifs offrent moins de risques de transmission du VIH que les rapports sans préservatifs. Ce taux de protection ne peut être évalué avec précision ; on peut donner une approximation qui est (probablement) de l'ordre de 70 %-90 % de réduction des risques. Voilà ce qu'il était juste de dire, et non pas d'agonir d'injures un homme qui est intellectuellement très au-dessus de la moyenne. En donnant l'illusion que le préservatif est l'arme absolue, on incite les mâles à se lâcher ; il est probable, par conséquent, qu'ils se livrent à un plus grand nombre de rapports sexuels, avec un plus grand nombre de partenaires, et que par conséquent, le risque de transmission du VIH s'en trouve accru. Je sais bien que ce n'est pas politiquement correct, que monsieur FREUD est passé par là, et que chacun revendique d'avoir une sexualité libérée. L'humanité a acquis cette liberté. On voit le résultat.
On ne peut réduire l'homme à ses pulsions comme l'esprit du monde tend à le faire.
Il y a un deuxième aspect, qui est celui de la "communication", terme dont se gargarisent les médias. Communiquer pour caresser le monde dans le sens du poil, c'est tout simplement accepter de mentir et DE MANIPULER l'opinion. Critiquer un mode de communication, c'est critiquer l'écume de la réalité, c'est se couper de toute relation avec l'autre, car communiquer ce n'est pas être relié, c'est délivrer un message sans se soucier de sa réception. Benoît XVI ne PEUT PAS avoir ignoré que ses exhortations seraient mal reçues, bien qu'elles aient été délivrées dans un contexte que j'ai essayé de situer. Elles ont été ridiculisées, critiquées, déformées, par des hommes et des femmes qui se moquent comme d'une guigne de l'Église, et qui n'ont qu'une idée en tête, celle de VOLTAIRE : écraser l'infâme. Aucun intérêt. Chacun est libre de ses choix. Mais que chacun ne tende pas à faire retomber sur les autres les conséquences de ses comportements. Voilà ce qu'est la vraie liberté : assumer les conséquences de ses choix. Quant à ces journalistes qui vilipendent, jugent, ricanent, je les invite à passer - comme je le fais - une journée entière de la semaine avec des séropositifs, et de discuter - comme je le fais - avec eux. Je ne tire aucune gloire de ce service. Mais un certain nombre d'enseignements. Ils pourraient leur être profitables.
Voyez-vous, ô très improbables lecteurs, j'ai décidé, dans cette dernière partie de ma vie, de ne plus composer avec le mensonge et l'approximation. Je ne dis pas que je détiens la vérité (ça se saurait !). J'expose des faits avérés, et un raisonnement ; il me semble que c'est le propre de l'activité du penser que de procéder ainsi. Et je suis tout à fait ouvert à la discussion ; je suis même disposé à changer d'avis si l'on me prouve que je suis dans l'erreur.
Tout à l'heure, je vous reparlerai du livre de Simone WEIL. Et, à votre grand étonnement, vous verrez qu'à la suite de l'analyse qu'elle fait du marxisme, et dont elle approuve les conclusions, je vous dirai que je partage ce point de vue. Et avec elle, on verra que le grand tort de MARX, c'est de n'avoir pas été au bout de son raisonnement ; il aurait vu que si son analyse économique était juste, ses conclusions politiques étaient erronées. Affaire à suivre.

dimanche 22 mars 2009

Rapport de l'OMS sur l'efficacité du préservatif dans la prévention du SIDA


Il est impossible tant du point de vue logistique qu'éthique de mener des essais comparatifs randomisés pour déterminer l'efficacité de l'utilisation du préservatif en termes de réduction du risque de transmission du VIH. Nous devons donc nous baser sur des études observationnelles qui, par nature, présentent un risque de biais. Des études de ce type ont montré que l'utilisation systématique de préservatifs permettait une réduction de 80 % de l'incidence du VIH.



Commentaire de la BSG par Wilkinson D
1. RÉSUMÉ DES PREUVES
Documents en rapport:: Analyse documentaire Cochrane :: Aspects pratiques de la BSG
À propos de l'auteur:: Wilkinson D
Cette analyse Cochrane est une excellente tentative pour estimer l'efficacité des préservatifs dans la réduction de la transmission hétérosexuelle du VIH. Alors que de nombreuses études se sont penchées sur cette question, bon nombre d’entre elles étaient de petite taille et les analyses documentaires réalisées à ce jour étaient associées à un certain nombre de problèmes d’ordre méthodologique.
Les auteurs de l'analyse Cochrane ont identifié et sélectionné 14 études portant sur des couples sérodiscordants (à savoir des couples au sein desquels l'un des partenaires est séropositif au VIH et l'autre non). Au total, 587 personnes ayant indiqué « toujours » utiliser des préservatifs lors des rapports sexuels et 276 personnes ayant indiqué ne « jamais » utiliser de préservatif ont été incluses dans ces études.
L'incidence de l'infection au VIH chez celles ayant indiqué toujours utiliser des préservatifs était de 1,14 pour 100 années-personnes [intervalle de confiance 95 : 0,56-2,04] alors qu'elle s'élevait à 5,75 pour 100 années-personnes [IC95 : 3,16-9,66] chez celles qui n'en utilisaient jamais. Cela correspondait à une réduction de l’ordre de 80 % de l’incidence de l’infection en cas d’utilisation du préservatif.
Il convient toutefois de souligner deux limitations importantes : (a) la méta-analyse a été réalisée en utilisant des données tirées d’études observationnelles ; et (b) les auteurs n’ont pas indiqué d’intervalle de confiance pour leur effet bénéfique estimé à 80 %.
Cette analyse a été bien menée. Comme les auteurs le soulignent à juste titre, il est impossible tant du point de vue logistique qu’éthique de mener des essais comparatifs randomisés pour déterminer l’efficacité de l’utilisation du préservatif en termes de réduction du risque de transmission du VIH. C’est pourquoi nous devons nous fier aux études observationnelles. Les études incluses dans cette analyse comparent habituellement les taux d’infection par le VIH dans les groupes de personnes indiquant toujours ou ne jamais utiliser de préservatifs. Les études observationnelles comportent par essence un risque de biais dans la mesure où les personnes font des choix pour une certaine raison, et si le choix porte sur l’utilisation de préservatifs et n’est pas lié à d’autres facteurs de risque pour le VIH, alors l’estimation de l’effet que nous obtenons sera inexacte.
Ainsi, dans cette étude, malgré les efforts soutenus des auteurs, nous ne pouvons pas être certains que les préservatifs réduisent réellement l'incidence du VIH de 80 %.
Par exemple, il se pourrait que les personnes utilisant toujours des préservatifs aient également des rapports sexuels sans risque et un nombre plus faible de partenaires, ce qui réduit leur risque d’infection par le VIH indépendamment de l’utilisation de préservatifs. Il se pourrait également que certaines personnes indiquant toujours utiliser des préservatifs ne le fassent en fait pas mais affirment aux chercheurs qu’ils le font pour « donner une bonne image ». Des remarques similaires pourraient être soulevées pour les personnes indiquant ne jamais utiliser de préservatif. Les données indiquées par les personnes étudiées elles-mêmes présentent toujours le risque de ne pas être fiables et, dans ce cas, il n’y a aucun autre moyen de confirmer les résultats.
Si l'on considère les valeurs extrêmes des intervalles de confiance à 95 % signalés dans deux cohortes en matière de taux d'incidence du VIH, on trouve que l'utilisation du préservatif pourrait être associée à une réduction de l'incidence du VIH comprise entre 94 % et 35 %. Cette grande variation en termes de valeurs s’explique par le faible nombre de personnes (863) et d’infections par le VIH (51) compris dans ces études. L’utilisation simultanée d’autres mesures pourrait également contribuer à cette variation. En conséquence, l’estimation de l’incidence du VIH dans les deux groupes est plutôt imprécise (entre 0,56 et 2,04 pour 100 années-personnes chez les utilisateurs et entre 3,16 et 9,66 pour 100 années-personnes chez les non utilisateurs).
Ce manque de précision n'est pas dû aux auteurs ni à leur analyse. Il s’agit d’une caractéristique inhérente aux études disponibles. En conséquence, il n’est pas vraiment approprié d’estimer l’efficacité du préservatif à 80 %. Même si 80 % est la meilleure estimation simple d'efficacité, il convient cependant de dire que la mesure réelle de l'effet pourrait aussi bien n'être que de 35 % ou s'élever à 94 %, comme l'indiquent les auteurs dans l'analyse.
2. PERTINENCE DANS LES MILIEUX DÉFAVORISÉS
2.1. Étendue du problème
Cette analyse est très pertinente pour les milieux défavorisés. Les taux très élevés d’infections à VIH et d’infections sexuellement transmissibles (IST) qui contribuent à la transmission du VIH ont été bien documentés dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne (où les taux de VIH avoisinent les 30 % dans certaines régions), d’Asie et des autres pays en voie de développement. L’utilisation faible et inconstante des préservatifs dans la majorité des zones touchées constitue un autre problème en relation avec cette situation.
2.2. Faisabilité de l'intervention
L'utilisation correcte, constante et à grande échelle de préservatifs masculins constitue probablement la stratégie de prévention du VIH la plus réalisable disponible à l'heure actuelle. Par rapport à d’autres stratégies en matière de santé, qui nécessitent médecins, infirmiers, professionnels de santé, cliniques, réfrigérateurs, aiguilles, etc., l'utilisation des préservatifs peut être encouragée et ceux-ci distribués et utilisés de façon efficace et sans danger. Il reste pourtant des barrières –y compris culturelles et sociales –mais on ne peut nier la disponibilité immédiate d'une intervention fournissant une protection appréciable.
2.3. Applicabilité des résultats de la Cochrane Review
Le coût des préservatifs est faible et différents projets et programmes sociaux de commercialisation ont montré que la distribution à grande échelle était réalisable. Il ne fait aucun doute que cette intervention sera confrontée à diverses difficultés dans des lieux différents, mais l’expérience et l’intérêt au niveau local parviendront à les surmonter.
2.4. Mise en œuvre de l'intervention
La distribution de préservatifs a déjà lieu de différentes manières dans la plupart des pays en voie de développement au moyen d'un grand éventail de réseaux allant des secteurs de santé officiels aux efforts de commercialisation sociale, en passant par le secteur privé. Il convient à présent de redoubler d’efforts.
2.5. RECHERCHE
Les futures recherches devraient peut-être être axées sur la meilleure façon d'améliorer la distribution et l'acceptation des préservatifs dans autant de lieux différents que possible, plutôt que sur les connaissances supplémentaires concernant l'efficacité réelle des préservatifs.


Mes commentaires :

L'enquête de l'OMS commentée par WILKINSON fait état des biais importants que comportent une méta-analyse observationnelle portant sur l'efficacité du préservatif dans la protection du SIDA, et indique qu'il est impossible de tirer des conclusions absolument fondées scientifiquement sur ce point. La seule chose dont on semble pouvoir être assuré est qu'il réduit les risques, le taux de protection allant de 35 à 90 % selon les analyses. Il est donc certes recommandable, pour les personnes qui n'ont pas les capacités personnelles de gérer leur sexualité dans des conditions jadis considérées comme socialement normales, d'utiliser ce dispositif, en les prévenant cependant du risque encouru en cas de rapports sexuels démultipliés avec des partenaires multiples. Voilà ce qu'il me semble intellectuellement honnête de conclure au vu de ces travaux. Et si la parole de Benoît XVI n'a pas été replacée dans ce contexte par les médias, il faut incriminer soit leur ignorance, soit leur volonté de nuire, soit encore leur incapacité à approfondir le sujet en raison du peu de temps et de place dont disposent les journalistes pour leur papier.

jeudi 19 mars 2009

Sida, Benoît XVI et préservatif

Une de mes anciennes étudiantes me transmet le texte ci-dessous qui replace les remarques de Benoît XVI sur le préservatif dans leur contexte. Dans mon billet, je parlais d'exercices d'audition. En voilà encore un que je propose à mes lecteurs, mais il n'est de pire sourd que celui qui ne vaut pas entendre, et je doute que les belles consciences protestataires, condamnantes, tranchantes, ne fassent l'effort d'attention et d'analyse nécessaires. Voici donc le texte de l'agence ZENIT.org.
ROME, Mercredi 18 mars 2009 (ZENIT.org) - Le pape Benoît XVI a demandé les soins gratuits pour les malades du sida dès son arrivée à l'aéroport de Yaoundé au Cameroun, mardi après midi. Un appel qui a reçu très peu d'écho. Il appelle les Africains à la responsabilité dans la lutte contre le sida. Les médias ont passé sous silence ce passage de sa conférence de presse dans l'avion de Rome à Yaoundé.
Mais ce que la presse a retenu, ce sont des propos prêtés au pape. Nous publions ci-dessous le texte intégral de la déclaration.
Le pape fait également allusion à l'engagement de l'Eglise auprès des malades : quelque 25 % des structures qui les accueillent sont catholiques. Il cite l'engagement de la communauté de Sant'Egidio - une allusion au projet « DREAM », sigle anglais pour « « Amélioration des ressources en médicaments pour lutter contre le Sida et la malnutrition » par exemple au Malawi - et des religieux de Saint-Camille de Lellis, ou des religieuses (les Missionnaires de la Charité par exemple).
Voici la question du journaliste et la réponse de Benoît XVI, dans son contexte.
Question - Votre Sainteté, parmi les nombreux maux qui affligent l'Afrique, il y a également en particulier celui de la diffusion du sida. La position de l'Eglise catholique sur la façon de lutter contre celui-ci est souvent considérée comme n'étant pas réaliste et efficace. Affronterez-vous ce thème au cours du voyage ?
Benoît XVI - Je dirais le contraire : je pense que la réalité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est précisément l'Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses différentes réalités. Je pense à la Communauté de Sant'Egidio qui accomplit tant, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, aux Camilliens, à toutes les religieuses qui sont à la disposition des malades... Je dirais qu'on ne peut pas surmonter ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. Si on n'y met pas l'âme, si on n'aide pas les Africains, on ne peut pas résoudre ce fléau par la distribution de préservatifs : au contraire, le risque est d'augmenter le problème. La solution ne peut se trouver que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui apporte avec soi une nouvelle manière de se comporter l'un avec l'autre, et le deuxième, une véritable amitié également et surtout pour les personnes qui souffrent, la disponibilité, même au prix de sacrifices, de renoncements personnels, à être proches de ceux qui souffrent. Tels sont les facteurs qui aident et qui conduisent à des progrès visibles. Je dirais donc cette double force de renouveler l'homme intérieurement, de donner une force spirituelle et humaine pour un juste comportement à l'égard de son propre corps et de celui de l'autre, et cette capacité de souffrir avec ceux qui souffrent, de rester présents dans les situations d'épreuve. Il me semble que c'est la juste réponse, et c'est ce que fait l'Eglise, offrant ainsi une contribution très grande et importante. Nous remercions tous ceux qui le font.