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mercredi 1 avril 2009

Enfin on y vient

Dans le numéro 1563 du journal gratuit METRO, en date du 31 mars, Olivier FERRAND, Président de Terra Nova publie un éditorial très intéressant intitulé : Une question de morale collective. Je dirai tout à l'heure pourquoi je suis en désacord total avec le titre, et l'adjectif collectif. Mais dirai aussi pourquoi j'approuve complètement le contenu de cet article. Voilà des mois que je vous bassine avec la morale, entendue au sens d'un art de vivre, et d'une réponse donnée par la conscience éclairée à la question Que dois-je faire ? Force m'est de constater que le mot de morale, utilisé hélas timidement, et d'une manière souvent ambiguë, revient à la mode, et que son contenu sera désormais au centre de toute réflexion politique.
Voici d'abord ce que dit Olivier FERRAND : Comment renouer avec une société plus juste ? Il faut sans doute réglementer ou fiscaliser. L'administration OBAMA vient de faire les deux. Mais la cause des dérives n'est pas la réglementation. Elle n'a pas changé. On pouvait se verser des sommes faramineuses il y a quinze ans, mais on ne le faisait pas. Ce qui a changé c'est la morale collective. L'éthique du capitalisme industriel était une éthique du travail. L'éthique du capitalisme financier, qui a miné toute l'économie, est une philosophie de l'argent roi, de l'immédiateté, de la jouissance.
Sur le fond, je suis bien entendu tout à fait d'accord. Mais je refuse le glissement de la morale à l'éthique. Je sais bien que je vais à contre-courant ; tout le monde n'a que le mot éthique à la bouche. C'est plus riche, et ça évite d'avoir à se poser la question du Que dois-je faire. (L'éthique est, je le répète, un ensemble de comportements normés, définis et acceptés par la société. On peut parfaitement décider qu'il est éthique de pratiquer ce que l'on appelle pudiquement l'aide à la fin de vie. Il n'en restera pas moins vrai que c'est immoral, en ce sens que si j'interroge ma conscience, elle me dit qu'attenter à la vie d'autrui, fût-il consentant, est un interdit absolu. Je conviens tout à fait que devant la douleur d'un être qui souffre, on peut être tenté d'éliminer ses souffrances en abrégeant sa vie ; il suffit de diminuer les souffrances, me dit ma conscience, même s'il peut en résulter indirectement un raccourcissement de la vie, ce qui n'est pas la même chose. Monsieur FERRAND se range implicitement à cette explication comportementale, puisqu'il parle de l'éthique du capitalisme financier). En d'autres termes, la morale est une question de conscience personnelle, et ce n'est pas la morale collective qui a changé, car la collectivité n'a pas de morale, mais des moeurs ; ce qui a changé c'est la morale de nombre de dirigeants d'entreprise, et notre acceptation collective de cette immoralité. Voilà pourquoi, me semble-t-il, il est nécessaire d'en revenir aux enseignements fondamentaux de la morale naturelle, résumés par le Décalogue, certes, mais de la même manière par bien d'autres sagesses ; il est nécessaire de faire des lois qui ne contreviennent pas à cette morale naturelle, sinon, "les bornes étant franchies, il n'y aurait plus de limites", et il ne faut point transiger avec l'immoralité. Utopie ? Rêve irréalisable ? Je ne crois pas. Car nous voyons bien que l'immoralité conduit au désastre et que la morale est faite pour le bien et la survie de l'humanité.

lundi 11 février 2008

Morale et politique : un renfort de poids

Désespérant de pouvoir trouver un sujet intéressant pour le billet de ce jour, j'ai parcouru au hasard le troisième tome d'un ouvrage dont je vous donnerai tout à l'heure la référence. Il est au XVIIIe siècle -avec toutefois moins de génie - ce que les Intuitions préchrétiennes de notre grande Simone WEIL sont au XXe. (L'auteur commente les pensées de Pline. Par pensées, il faut entendre la totalité de l'oeuvre, dont l'auteur analyse la philosophie qui l'inspire). Voici ce que je lis dans la Préface de ce que l'auteur appelle Traité des sources de la Morale qui constitue la dernière partie de l'ouvrage (je respecte scrupuleusement l'orthographe) :
"La morale a du raport (sic) non seulement à la Politique, mais aussi à la Religion parce qu'elle est absolument nécessaire au but de l'une & de l'autre ; & par cette raison, il n'y a point de science dont l'étude soit plus importante. En effet, il n'est pas possible de nous bien conduire ni dans la Société civile que nous avons avec les autres hommes, ni dans la société que nous pouvons avoir avec Dieu par la Religion, si nous n'avons pas une connaissance suffisante de nos devoirs.
Sur ce principe, les Législateurs n'ont pas laissé les hommes dans toute leur liberté, mais ils les ont assujettis à un grand nombre de Loix (sic), selon qu'ils l'ont jugé à-propos (sic) pour le biens des Sociétés qu'ils formaient. Dieu lui-même, le premier, & le souverain Législateur, en a usé d'une manière semblable. [...]
A parler proprement, les instructions que la Parole de Dieu nous donne sur ce sujet, (virgule sic) sont suffisantes pour notre salut. Cependant, comme ces Loix ne sont pas fondées uniquement sur le Commandement (singulier sic) de Dieu, mais qu'elles ont leurs sources dans la Nature, il serait fort utile de découvrir ces sources, car on se soumet plus facilement à la Loi, quand on en connaît la raison. [...]
Il faut faire attention à la Nature de Dieu & à la Nature de l'homme, mais il ne faut y considérer que ce que les hommes sont capables de connaître. Si par cette voye (sic), on peut établir des principes [moraux] faciles, certains, & féconds, qui par un enchaînement aisé & nécessaire, nous fassent trouver les raisons & les fondements de tous nos devoirs dans la Nature de Dieu et la Nature de l'homme, ou ces principes seront la vérité même, ou ils s'en approcheront beaucoup & et pourront aider à la découvrir."
On admirera sans réserve la beauté de cette langue, la sagesse de l'auteur qui nuance à chaque instant son propos ("une connaissance suffisante", "Ces Loix ne sont pas fondées uniquement sur le Commandement de Dieu", des principes "qui s'approchent" de la vérité), et qui par un sain recours à la raison a bien intégré les progrès utiles que la philosophie avaient accumulés depuis PASCAL, DESCARTES et les Philosophes des Lumières. On aimera le pluriel dans "les sociétés qu'ils formaient", car la Société est une notion abstraite et dépourvue de toute réalité ; les sociétés sont les groupes humains, les corps intermédiaires.
Je trouve dans ce texte l'expression exacte de ce que je crois être vrai : une anthropologie juste, qui considère l'homme comme un sujet religieux, la Nature conçue comme une source d'enseignements utiles à la vie politique et religieuse, une morale qui se fonde sur la celle-ci et sur la Parole de Dieu, laquelle ne peut être en contradiction avec elle. La Nature humaine sur laquelle il ne faut pas faire d'erreur d'analyse. Bref, une position équilibrée, et très moderne finalement.
C'est bien parce que la Nature réagit aux influences humaines que le mouvement écologiste est né ; c'est en raison du rejet par l'Occident de la religion dans l'unique sphère privée que naissent des mouvements soi-disant religieux, comme l'Islamisme ou le nationalisme hindouiste, ou les élucubrations sectaires, millénaristes, et new age, qui négligent la sagesse des anciens, y compris celle des philosophes païens, qu'ils soient grecs, latins, indiens, iraniens, arabes ou chinois, ou en font un magma syncrétique inconsommable.
L'homme-individu créateur de sa propre vérité, la tentation de tel ou tel individu d'imposer par la force sa propre conception de la vérité, la politique affranchie des devoirs moraux, le viol permanent de la Nature dont on veut négliger les enseignements (je connais des philosophes, certains très bons qui me touchent de près, qui rient quand je parle des enseignements de la Nature), voilà où nous conduisent ces fourvoiements magistraux de la pensée. Décidément, je ne regrette pas d'avoir ouvert ce livre.
In
Mr FORMEY.
Le philosophe payen (sic) ou Pensées de Pline. Avec un Commentaire littéraire & Moral (majuscule sic).
Tome troisième. Traité des sources de la Morale. Préface. (page 309 ; cette Préface n'est cependant pas paginée).
A Leide, de L'Imp. d'Elie Luzac, Fils, 1759.

vendredi 25 janvier 2008

Trois pensées de Pascal

Dans l'article IX (Pensées morales détachées) de la première partie, la pensée XXXVII (édition de 1803, publiée à Paris chez Antoine Augustin RENOUARD) : "Plaindre les malheureux n'est pas contre la concupiscence ; au contraire, on est bien aise de pouvoir rendre ce témoignage d'humanité et de s'attirer la réputation de tendresse, sans qu'il en coûte rien : ainsi ce n'est pas grand chose".
Et la pensée XLIV : "La science des choses extérieures ne nous consolera pas de l'ignorance de la morale, AU TEMPS DE L'AFFLICTION (majuscules du transcripteur) ; mais la science des moeurs nous consolera toujours de l'ignorance des choses extérieures".
Enfin la pensée LIII : "Ce chien est à moi, disaient ces pauvres enfants ; c'est là ma place au soleil ; voilà le commencement et l'image de l'usurpation de toute la terre".
Leçons à tirer :
Pensée XXVII : plutôt que de s'afficher avec les mal logés de la Rue de Banque, en héberger quelques uns chez soi.
Pensée XLIV : plutôt que de moquer la morale au temps de la technique, de l'abondance et de la consommation, se forger une âme forte pour ne pas sombrer dans la bassesse quand des temps difficiles et très prévisibles viendront.
Pensée LIII : plutôt que de prendre, d'accaparer, d'accumuler, de s'étourdir de l'ivresse du propriétaire, comprendre que la terre est à tous et partager équitablement les biens qu'elle produit.
Plus moderne que PASCAL ? Impossible. Plus génial que lui ? Difficile. Autant témoin de la lumière que lui ? Très souhaitable, car ce siècle a besoin de saints. PASCAL devrait être un maître pour les hommes politiques qui cherchent d'abord le bien de la Cité. On peut les inviter à lire et relire l'un des plus grands génies que notre Patrie ait jamais vu naître.