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mercredi 11 mars 2015

11 mars 2015. Nouvelles de la Résistance : Dieu est mort et la violence est là

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L'ignorance nous empêcherait de devenir vrai ?
Allons donc, ce n'est pas l'ignorance qui nous en empêche, c'est la lâcheté !

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1. Les citations du jour.
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(a) "C'est au XIXe siècle que l'Histoire remplace Dieu dans la toute puissance sur le destin des hommes mais c'est au XXe siècle que se font voir les folies politiques nées de cette substitution."
In
François FURET.
Le passé d'une illusion. Essai sur l'idée communiste au XXe siècle.
Robert Laffont/Calmann-Lévy, Paris, 1995.

(b) "Le réel n’est pas rationnel mais religieux, c’est ce que nous disent les Évangiles : il réside au cœur des contradictions de l’histoire, dans les interactions que les hommes tissent entre eux, dans leurs relations toujours menacées par la réciprocité. [...].
In
René GIRARD.
Achever Clausewitz. Entretiens avec Benoît Chantre.

Carnets nord, Paris, 2007.

(c) "Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consolerions-nous, nous, meurtriers entre les meurtriers ! Ce que le monde a possédé de plus sacré et de plus puissant jusqu’à ce jour a saigné sous notre couteau — qui nous nettoiera de ce sang ?".
NIETZSCHE, cité par René GIRARD dans Achever CLAUSEWITZ.
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2. Commentaires.
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Ces trois citations font toutes référence à l'évacuation de Dieu hors de l'espace public. Compte tenu des orientations philosophiques et idéologiques de nos gouvernants, mais aussi de nombreux membres de l'opposition qui se prétend républicaine (je pense à monsieur LAGARDE, le grand manitou de l'UDI, très proche des francs-maçons semble-t-il), on peut s'interroger sur la pertinence de cette opinion.
François FURET observe très justement que Dieu a été chassé de l'Histoire au XIXe siècle ou plus exactement que l'Histoire a chassé Dieu de son horizon pour prendre sa place, en se parant de tous ses attributs : l'infaillibilité, l'évolution orientée, la toute puissance, le messianisme, le bonheur parfait de l'humanité en ligne de mire, un bonheur qui se confond avec l'horizon (ligne imaginaire qui s'éloigne en même temps qu'on tente de s'en approcher). Un imbécile, dont j'ai oublié le nom, clamait au moment de l'examen de la loi de séparation (en 1905) "qu'il fallait achever l'oeuvre de déchristianisation de la Révolution" (j'ai fait un billet là-dessus il y a un certain temps) ; il était persuadé que le bonheur de l'humanité était à ce prix. Neuf ans plus tard, la gauche radicale, anti-cléricale, laïcarde lançait notre patrie dans l'aventure la plus sanglante qu'elle ait jamais tentée ; cette affreuse guerre de 1914 dont nous ne nous sommes jamais remis a été le prototype de la guerre totale, l'événement inaugural de la barbarie qui s'est épanouie ultérieurement en fleurs monstrueuses, avec son perfectionnement des techniques guerrières. HITLER et STALINE sont nés de cette guerre folle.
NIETZSCHE avait-il prévu les horreurs qui couronneraient l'assassinat de Dieu ? Personne ne nous nettoiera du sang des millions de soldats français, allemands, autrichiens, turcs, italiens, anglais, américains, serbes, russes, bulgares ou belges morts pour rien. Nous voyons aujourd'hui le caractère parfaitement absurde de cette fureur. Et mon coeur s'est serré de douleur, en voyant l'autre soir, à la télévision, un reportage sur les villages français abandonnés et en entendant le commentaire qui accompagnait la description de l'un d'eux : "aucun des hommes du village n'était revenu de la guerre de 14 !", ce qui explique son abandon. Ne parlons pas de la terreur communiste stalinienne, de l'abomination nazie, de la Révolution culturelle maoïste, des atrocités commises par les khmers rouges (avec la bénédiction de nombreux "intellectuels" occidentaux). Il faudrait y inclure aussi le califat islamique et le cortège de cadavres qui accompagnent sa progression ou sa retraite ; il s'agit là d'un cas apparemment paradoxal puisque ces fous prétendent agir au nom de Dieu. Un examen attentif du discours de ses chefs montre que le mobile de cette entreprise sanglante est purement de pouvoir, de domination sur le monde et sur l'humanité. C'est là une des contradictions que relèvent René GIRARD.
La prise en compte du réel exige qu'on reconnaisse son caractère religieux et non pas rationnel. Mais de cela, les idéologues n'en veulent rien savoir. Ils parlent de l'Humanité (ce n'est pas pour rien que le journal communiste porte ce nom), de l'Homme (avec un grand H et au singulier). Ce sont là des abstractions qui n'existent que dans leur cerveau. D'où les grandes envolées lyriques sur la République, d'où les attaques de monsieur VALLS contre monsieur ONFRAY (sur lesquelles nous reviendrons), d'où les circulaires de madame Najat VALLAUD-BELKACEM aux recteurs. Mais le réel qu'ils tentent de saisir avec des mots abstraits s'écoulent entre leurs mains comme du sable ou de l'eau.
Les idéologues vont petit à petit mourir de leur belle mort. Et je pense à tous les idéologues, de droite comme de gauche ou du milieu. Car, comme l'a souvent dit Hannah ARENDT, la politique implique la prise en compte de la pluralité des hommes comme des opinions, et non point le carcan du politiquement correct auquel il nous est enjoint d'adhérer sous peine d'exclusion de l'espace public.
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3. Informations diverses.
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Icône des martyrs coptes décapités en LIBYE.

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Des Gavroches, ce montage :

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A NANTES, des Sentinelles/Veilleurs debout contre l'euthanasie.

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Ce soir Veillée à 19 h 30, Place du Palais Bourbon, avec les Veilleurs de PARIS.

lundi 5 décembre 2011

Un poème qui donne à réfléchir

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Dans le livre dont j'ai récemment parlé, GustaveTHIBON cite le poète Armand ROBIN. Ce texte m'a profondément frappé. J'aime à penser qu'il vous touchera comme il m'a touché. Il donne à réfléchir.

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On supprimera la foi au nom de la lumière, puis on supprimera la lumière...
On supprimera l'âme au nom de la raison, puis on supprimera la raison...
On supprimera la charité au nom de la justice, puis on supprimera la justice...
On supprimera l'esprit de vérité au nom de l'esprit critique, puis on supprimera l'esprit critique...
Au nom de rien, on supprimera l'homme. Il n'y aura plus de nom. Nous y sommes.
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Et THIBON conclut le commentaire qu'il fait de ce poème, par ce constat que fait THOMAS d'AQUIN : "Les choses tirées du néant tendent d'elles-mêmes à retourner au néant". C'est, dit-il, une conséquence du refus de Dieu.
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Dans le second billet que je me propose de délivrer aujourd'hui même, je parlerai des critiques argumentées que des penseurs d'horizons divers font du rationalisme des soi-disant (je ne dis pas prétendues) Lumières. Vous verrez qu'elles affectent la forme d'un éteignoir.
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A tout à l'heure.
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mercredi 26 novembre 2008

Une question de fond

Je vous disais dans le dernier billet que je parlerais du livre sensationnel de Marcel GAUCHET, Le désenchantement du monde. Je n'ai pas la prétention de le résumer en cinq lignes. La pensée en est tellement dense, riche, subtile, qu'il faut ruminer chaque page, s'en laisser imprégner.
Quand même, je voudrais indiquer que, selon Marcel GAUCHET, la naissance de l'Etat (qu'il ne cherche pas à expliquer comme le ferait un René GIRARD) a introduit l'autre et l'altérité dans le monde visible, au coeur de la société. La hiérarchie, puis la domination, puis l'expansion conquérante ou désir conquête ont transformé le rapport de dépossession initial entre l'univers des vivants et son fondement posé comme extérieur à lui, en un rapport de dépossession autre, qui passe par la différenciation sociale. Expulsant ainsi le sacré originel, fondamentalement conservateur et reproducteur de l'identique, la création de l'Etat a rendu possible la transformation du monde, la création des religions (ça c'est moi qui l'ajoute ; c'est la conclusion logique, voir ci-après) mais aussi l'instauration de rapports sociaux qui permet à certains - les chefs, les rois, les empereurs, les présidents - de se poser comme dépositaires de la norme sacrée, et s'arroger le monopole du principe d'ordre collectif (cette expression est de l'auteur). Il n'en allait pas ainsi dans les sociétés primitives d'avant l'Etat. Nul ne pouvait se prévaloir d'un quelconque pouvoir ; il était tout donné d'en haut, de l'extérieur. L'égalité des membres du grouoe était absolue en face du fondateur. Le développement du système étatique à abouti à "la mort de Dieu", en tant qu'extérieur au monde des vivants-visibles, et la prise en compte exclusive du fait humain-social constituant.
Il m'apparaît intéressant de rappeler ici que Simone WEIL, dans La pesanteur et la grâce a fustigé le gros animal social. Avait-elle la préscience ou l'intuition des ravages que le système allait faire chez les hommes ? Et n'est-ce pas cette raison qui l'a poussé à épouser pendant près d'un an la condition ouvrière, groupe humain privé de tout pouvoir normatif sur la société ? Et n'est-ce pas encore cette intuition obscure qui en a fait une très grande mystique ?
Je trouve aussi qu'il y a une très grande complémentarité de la thèse de Marcel GAUCHET avec celle de rené GIRARD. Leur complémentarité permet du reste, selon moi, de trouver une issue au dilemne de nos civilisations occidentales contemporaines. En schématisant, on peut dire que René GIRARD dit de Jésus-Christ qu'il est venu détruire toutes les religions. En ce sens, le christianisme a contribué à démythifier la société. Il est venu remplacer les religions par une parole qui ne vient pas détruire le fait social, bien au contraire, mais, séparant le domaine de César de celui de Dieu, réaffirme le droit de tout être humain à placer l'obéissance à Dieu au-dessus de l'obéissance aux hommes, souligne la nécessité de tenir son prochain pour un égal de soi-même, et vient déposséder par conséquent le politique de son pouvoir d'établir une norme sacré. Le disciple est dans le monde ; il n'est pas du monde.
Voilà le résultat de mes premières réflexions.
Je termine en vous citant les premières lignes du livre de Marcel GAUCHET :
Existe-t-il quelque chose comme une fonction religieuse, subdivision de la fonction symbolique, organisant à côté de la parole et de l'outil, notre rapport à la réalité, et constituant le détour par l'invisible en pivot de l'action humaine. Y-t-il un lien consubstantiel entre dimension religieuse et fait social, l'altérité sacrale fournissant au groupe le moyen de se fonder, ou bien exprimant et instituant à la fois la supériorité d'essence de l'être collectif vis-à-vis des composantes individuelles ?