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vendredi 30 décembre 2011

Le journalisme vu par Balzac

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De très chers amis parisiens avec qui je bavardais hier au téléphone de choses et d'autres, et notamment des journaux, m'ont aimablement transmis ces quelques aphorismes d'Honoré de BALZAC. Il savait sans doute de quoi il parlait, notre romancier, puisque lui-même, me disaient mes amis, s'est frotté au journalisme. Voilà donc quelques perles. Je les commenterai par un exemple.
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"Les journaux sont les chemins de fer du mensonge".

"Je n' aime pas le journalisme; je dirai même que je l'exècre; c'est une force aveugle, sourde, méchante, insoumise, sans moralité, sans tradition, sans but; elle est comme les bouchers; elle tue la nuit, pour manger le matin avec ce qu'elle a tué. Mais enfin inclinons-nous,  c'est une force; c'est la force du siècle. Cette force mène à tout, conduit à tous les points de la circonférence ; c'est la seule aujourd' hui qui ait la puissance considérable de renverser, et par conséquent la puissance de remplacer ce qu'elle met par terre."
"Le journalisme sera la folie du monde moderne, les journaux tueront les idées, les systèmes, les hommes. Le mal sera fait sans que personne en soit coupable... Les crimes collectifs n'engagent personne."
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Je vais vous donner un exemple tout récent des méfaits du journalisme. Le journal gratuit quotidien Direct matin  est de loin le moins mauvais des gratuits qui inondent les bouches de métro, les gares et les endroits stratégiques fréquentés par la foule. Celui-là, donc, je le lis assez régulièrement. Dans sa livraison du vendredi 23 décembre 2011, n° 1001, il titre : "Le réveillon coûtera plus cher cette année". Ma foi, compte tenu de la situation que nous traversons, la nouvelle n'a pas de quoi surprendre, et le lecteur pressé restera sur l'impression que plus ça va, moins ça va. Le titre renvoie à la page 13 pour un article détaillé sur le sujet. Là, tout change. Le titre devient :"La note du repas de Noël augmente légèrement. La mer fait grimper les prix". Le contenu de l'article ne pointe que les augmentations les plus fortes. De sorte que si le titre (nouveau) de l'article parle d'une note qui augmente "légèrement", on n'en demeure pas moins sur l'impression que tout est hors de prix. Mais nul n'est obligé de manger des huîtres dont le prix a augmenté de 15 % en raison d'une épidémie virale qui frappe le naissain, ou de la coquille Saint-Jacques dont l'offre s'est raréfiée en raison des conditions difficiles qui ont frappé la pêche (tempête Joachim) et qui, de 6,20 euros le kilo l'an dernier, a passé à 7,80, ou du chapon (bête énorme et qui n'est dégustable que par de très grandes tablées) qui a augmenté de 5 % en raison de l'augmentation des prix du grain utilisé pour son élevage. Il reste la pintade, le poulet fermier, l'oie ou le canard, non ? Et il ne semble pas que les produits de la mer surgelés - souvent de très bonnes qualités si l'on choisi bien sa marque - saint-Jacques incluses aient augmenté dans des proportions considérables. Force est donc de constater que, faute de recul et d'information, le consommateur reste sur l'impression que tout augmente ce qui est inexact.
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Marcel DE CORTE dont j'ai souvent cité le livre remarquable qu'il a publié en 1969, L'intelligence en péril de mort, dans le chapitre III, intitulé L'information déformante dit ceci : "Notre fin de siècle surpasse en imposture et en duperie tout ce que les époques antérieures ont pu inventer. La technique de l'in-formation est parvenue à un point de perfection tel qu'elle permet d'agir sur l'homme de manière à ce qu'il substitue un monde imaginaire au monde réel, pour ruiner le monde réel d'abord et, avec un art que nous n'hésitons pas à nommer diabolique, pour faire ensuite du monde imaginaire le seul véritable monde réel."
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C'est pourquoi monsieur HOLLANDE a tant de partisans parmi les journalistes...
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mardi 18 janvier 2011

Le temps des vautours

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Ils avaient 25 ans. Ils ont perdu la vie après que des fous, commandités par des barbares, les eurent kidnappés. L'un d'eux allait se marier avec une jeune fille d'origine nigérienne ; l'autre était venu partager avec son ami d'enfance la joie de ses noces. On les a porté en terre, hier, au cours d'une cérémonie poignante. Leurs parents n'ont pas souhaité prendre la parole ; ils ont voulu que la messe de leurs obsèques restent intime.
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Nous pensons à leurs parents, à la jeune fiancée, avec émotion. Nous partageons leur douleur. Et s'ils nous arrivent d'éprouver de l'indignation à quoi se mêle un désir coléreux de vengeance, nous nous trouvons réconfortés par le courage avec lequel les proches de ces jeunes gens font face à l'épreuve. Nous comprenons l'émotion de leurs amis.
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Pourquoi faut-il qu'un "journal" comme Vingt Minutes, publie un "article" (?) titré : L'hommage avant la polémique ? en insistant lourdement sur l'ombre qui, d'après le folliculaire anonyme qui l'a rédigé, entourerait les circonstances de la mort de nos deux compatriotes ? On peut comprendre que les amis de Vincent et d'Antoine, submergés par l'émotion, écrasés par l'horreur de l'événement, demandent dans une lettre ouverte la démission d'Alain JUPPE. On comprend mal que des médias (Vingt Minutes, Le Monde, France Info, site MSN hotmail, etc.) entretiennent la suspicion et donnent à entendre que les forces spéciales françaises sont responsables de la mort de nos jeunes. Qu'en savent-ils ? Ils y étaient ? Est-ce tout ce qu'ils ont à dire aux soldats qui ont risqué leur vie pour sauver nos deux otages ? Avez-vous entendu la moindre condamnation énergique prononcée par ces censeurs contre les ravisseurs qui sont les premiers et seuls responsables de cette tragédie ? Avez-vous constaté le lancement d'une campagne d'opinion dont nos journaux sont si friands, une campagne qui exigerait de notre gouvernement des mesures fortes, sans doute militaires, pour réduire à néant ces bandes d'illuminés ? Je les trouve ignobles, ces plumitifs qui, le cul sur leur chaise, se permettent de distiller ce qu'ils appellent des "informations".
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Le temps du silence, le temps du recueillement, le temps de la compassion ! Un temps long, très long. Pas le temps des vautours. De la pudeur ! De la pudeur s'il vous plait.

mardi 17 mars 2009

Exercices de lecture

Un journal gratuit, Métro, pour le nommer, nous apprend qu'Amad LY, figure de "grand frère" de Seine-Saint-Denis, lauréat de Prix de l'éthique 2008, est mis en examen pour enlèvement, séquestration, tentative d'assassinat et violences aggravées. Deux de ses frères ont été eux aussi mis en examen. L'entrefilet ne précise pas si c'est pour les mêmes motifs.
Il y a plusieurs manières de lire cette information.
Manière idéologique.
Première lecture idéologique :
Le politiquement correct a encore frappé, et l'on a récompensé monsieur Amad LY au motif que son nom avait une consonance étrangère, sans doute maghrébine, sans s'être renseigné d'abord sur ses activités. Pauvre France. On a récompensé tout simplement un forban.
Deuxième lecture idéologique :
Si Amad LY s'était appelé DUPONT, les journaux n'auraient pas parlé de cette affaire. On ghettoïse encore plus les jeunes issus de l'immigration. C'est un scandale, c'est la chasse au faciès.
Manière critique, factuelle et objective.
Le journal ne nous donne pas les attendus du jury qui a récompensé monsieur Amad LY. Il devait avoir de bonnes raisons de le faire. Par ailleurs, le même journal ne nous dit pas quelles charges réelles pèsent sur ce jeune homme. Il n'est pas encore mis en cause, seulement mis en examen. Attendons de voir la suite. Bornons-nous à nous étonner d'une telle distance entre un Prix de l'éthique et une mise en examen. Il y a là quelque chose qui dérange.
Appliquons la méthode à l'information suivante. Le pape Benoît XVI réhabilité un évêque négationiste.
Manière idéologique.
Première lecture idéologique.
Il était temps de remettre de l'ordre dans la maison et de réintégrer des hommes qui veulent le bien de l'Eglise. Vatican II nous a tout fichu par terre avec ses réformes modernistes, son oubli de la tradition immémoriale. Eux ont réussi à en garder quelque chose.
Deuxième lecture idéologique.
Voilà bien un pape réactionnaire. Non seulement il ne comprend rien à la société moderne, mais il approuve des positions intenables historiquement et moralement. Il a été dans les jeunesses hitlériennes. Il n'a rien oublié.
Manière critique, factuelle et objective.
Il ne s'agit pas d'une réhabilitation, mais d'une levée d'excommunication. Jamais Benoît XVI n'a exprimé la moindre complaisance pour le nazisme, et la communauté juive lui a d'ailleurs donné acte de son amitié pour le judaïsme, après la levée de l'excommunication. Devant l'émotion soulevée par sa décision, Benoît XVI a publié une lettre à ses "Collègues" dans l'épiscopat, dans laquelle il précise qu'à l'avenir il serait plus attentif aux informations diffusées par Internet, et qu'il ne connaissait pas les opinions de Mgr WILLIAMSON avant de lever les excommunications qui intéressent, outre Mgr WILLIAMSON, trois autres évêques.
On peut supposer que la Curie romaine, toutefois, possède des informations précises, que cette information lui était parvenue, mais qu'elle n'a pas cru bon d'en avertir le pape. On peut aussi supposer qu'un homme de l'envergure intellectuelle de Benoît XVI a de très bonnes raisons théologiques et pastorales d'avoir pris cette décision de levée d'excommunication, premier pas, mais premier seulement, d'un retour à la pleine communion.
Aucune des informations susceptibles d'atténuer les effets de cette décision, en lui donnant l'éclairage exact, n'a été reprise entièrement par la presse, (à l'exception de La Croix), et notamment la Lettre aux évêques. On peut aussi s'interroger sur les raisons qui ont poussé la presse à tronquer l'information. Ce sont là des questions, pas des insinuations, ni des accusations. Il est probable que le sensationnel intéresse plus les lecteurs que la mise en perspective.
Voilà comment, me semble-t-il, il eût été objectif, factuel et critique de lire les deux informations que je viens de commenter. Mais tout va tellement vite, qu'on ne prend pas le temps de réfléchir. Et voilà comment on manipule, et voilà comment on décérèbre.

samedi 28 juin 2008

Informations positives, informations négatives

Deux sénateurs roumains, l'un du parti au pouvoir (le Parti National-Libéral), l'autre du Parti de La Grande Roumanie, ont fait voter, à l'unanimité, par leurs collègues, un projet qui prévoit que les programmes d'actualités des télévisions et radios devraient, dans la même contenir des informations positives et négatives.
Bien entendu, levée de bouclier de la part des journalistes qui ne partagent pas l'objectif visé par les sénateurs d'améliorer le climat général et d'offrir au public la chance d'avoir des perceptions équilibrées de la vie quotidienne, psychiquement et émotionnellement.
Une actualité est une actualité, elle n'est ni positive ni négative, elle reflète tout simplement la réalité dit avec une apparente justesse, le président du CNA (Conseil National de l'Audiovisuel), Rasvan Popescu. Cette remarque serait effectivement juste si les médias avaient la possibilité de connaître la totalité de l'actualité, y compris dans les plus petits faits, ceux qui ne font pas de bruit et sont cependant positifs et remarquables. Absolutiser l'actualité, comme le fait monsieur POPESCU, en feignant de croire ou en croyant qu'on peut y accéder dans sa totalité, est au mieux une erreur, ou une idolâtrie, au pire un poison, un mensonge et une manipulation en vue d'accéder à la puissance sur les esprits. Je veux bien croire à la sincérité de monsieur POPESCU, mais je mets en doute son sens critique. A vrai dire, pas plus que je ne crois à la neutralité des médias (qui choisissent les sujets, les ordonnent selon une progression intentionnelle, les commentent [je donnerais un exemple tout à l'heure], et leur donnent une couleur, positive ou négative justement), je ne crois à la possibilité de ventiler les nouvelles en catégorie positive ou négative. Je peux simplement espérer plus d'objectivité dans leur présentation, et de plus solides références aux valeurs, ou aux vertus sur lesquelles notre système politique est construit. Bref, un recours à plus de pensée et de réflexion, et un refus du recours au réflexe conditionné de l'idéologie.
Ainsi, le SMIC vient d'être augmenté de 2,5 %. Présentation des médias : "Le SMIC est augmenté de 2,5 % ; c'est moins que l'inflation". Cette présentation est intentionnellement négative, et diffusée sous cette forme en vue de nuire. Il était plus juste de titrer : "Le SMIC est augmenté de 2,5 % ; les bénéficiaires notent que c'est moins que l'inflation, et juge cette augmentation insuffisante", et plus juste d'indiquer, dans le commentaire, que cette augmentation n'est pas négligeable en cette période de difficultés économiques, surtout si l'on y ajoute tous les coups de pouce qui ont été donnés ici et là aux ménages les plus modestes (prime de rentrée scolaire, prime à la cuve, prime pour l'emploi, etc.), et viennent abonder leurs ressources. Vous le voyez, la méthode des médias est simple : ils isolent un fait de son contexte, comme s'il avait une existence propre (ce qui est bien évidemment stupide), et ne cherchent pas (pour la plupart) à les mettre en relation avec d'autres faits.
En somme, selon le caractère optimiste ou pessimiste du journaliste, selon ses opinions politiques, philosophiques ou religieuses, il présentera, avec la meilleure bonne foi du monde, une série de faits qu'il aura sélectionnés parmi ceux dont il aura eu connaissance, et il nous donnera pour vérité définitive ce qui n'est qu'une présentation personnelle d'une toute petite partie de l'histoire quotidienne du monde.
Toutefois, je partage l'avis des deux sénateurs (et j'en veux pour preuve l'euphorie des Français après la victoire de notre équipe au Mondial de football), l'humeur des gens, et leur vie même, sont très fortement influencées par la tonalité et la couleur que les grands médias donnent à leurs informations. Il faut cependant se garder de tout ce qui ressemblerait à de propagande ou de la manipulation.
J'en profite pour dénoncer ici avec violence et révolte, une publicité de la Mairie de Paris, payée avec l'argent des contribuables. Une affiche : on y voit sous ses meilleurs airs, en couleur, l'hôtel de ville, et sous la photo, un commentaire : "Paris protège l'amour" ; à la place du soleil, un préservatif aux reflets dorés. Paris protège ainsi les relations sexuelles à risque, lesquelles n'excluent pas l'amour certes, mais ne les incluent pas forcément non plus, et j'aurais même tendance à dire s'en passent fort bien. Voilà comment avec des mots on tourneboule la cervelle de nos concitoyens, on assène des équivalences (amour égale relations sexuelles quand on veut, si l'on veut, où l'on veut) qui n'ont aucun appui sur le réel ou le vécu des êtres de chair. Lamentable ! Triste ! Honteux ! Dangereux. Bien dans l'esprit du temps, bien dans l'esprit parisien.
Remarque du soir. Je viens de passer devant l'une de ces publicités de la Mairie. Je n'avais pas vu que l'Association ou le Groupe qui soutient cette initiative s'appelle "Paris-Plaisir/Paris-capotes". Mon commentaire est donc amplement justifié : c'est le plaisir que l'on protège, et certainement pas l'amour. Pouah !