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lundi 8 juin 2020

Lundi 8 juin 2020. Chronique de l'hydroxychloroquine. Acte 6... Il faut creuser, messieurs, mesdames les journalistes !



Petites notules dérangeantes sur l'essai E-RECOVERY...
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Messieurs et mesdames les journalistes scientifiques du Monde et du Figaro, relayés par la Presse Quotidienne Régionale, détenue par les mêmes mains, n’avez-vous pas honte ?
Mais vous devriez vous couvrir de cendres, vous vêtir de sac de toile, et faire pénitence. Vous annoncez, que dis-je ? vous assénez des vérités en vous fondant sur les conclusions d’une étude randomisée en double aveugle, (en tout cas déclarée telle) selon un de ses responsables, le Pr Martin LANDRAY, qui n’est nullement infectiologue, mais spécialiste du traitement informatique des Big data (ou données massives) et des essais cliniques (en matière de maladie cardiaques chroniques, de maladies chroniques du rein, et d’hypercholestérolémie). Vous ne connaissez pas les raisons de cette étude puisque vous n’avez pas eu accès à l’introduction d’un article qui devrait paraître (ce qui n'est pas encore fait), ni aux méthodes utilisées, ni aux critères d'inclusion dans l'étude, ni aux éléments cliniques, biologiques, virologiques, radiologiques, électrocardiologiques, pharmacologiques (posologie, distribution dans l’organisme), et pas davantage aux résultats et à leur analyse statistique. Vous avez ignoré ou feint d’ignorer que l’auteur principal de l’essai n’a utilisé que de l’hydroxychloroquine, et non pas l’association hydroxychloroquine + azithromycine. Si les investigateurs avaient eu un minimum de rigueur scientifique, ils auraient distribué l’étude de cette question de l'hydroxychloroquine en trois bras : hydroxychoroquine seule, azithromycine seule, et hydroxychloroquine + azithromycine. Il aurait alors été facile de voir si l’association des deux médicaments exerce un effet synergique ou si l’azithromycine seule est active. Mais ce n’était de cela qu’il s’agissait. Il s’agissait de démontrer QUE ÇA NE MARCHE PAS le traitement de RAOULT, et pour cause puisque ce n’est pas ce traitement qui a a été soumis à l’essai.
Si vous vous rendez sur le site dont voici le lien
https://www.trialsitenews.com/university-of-oxford-ramps-up-pragmatic-recovery-trial-testing-vaccine-candidate-developed-for-covid-19/?fbclid=IwAR3YPw5VznKs9P0RHBqveQvcAzQaa6KikrREHwn19mME7tY03qvCTvfgauA, vous avez un petit choc. Trialsitenews est un site international, hébergé dans l’état d’Utah, à SALT LAKE CITY. Il  enregistre tous les essais cliniques de médicaments dont les promoteurs veulent bien lui signaler l’existence, dont l’essai du Pr LANDRAY (adjoint à l’investigateur principal, Deputy Chief Investigator) et de son collègue, le Pr Peter HORBY qui est désigné comme l’investigateur principal (Chief Investigator for the Trial). Il est curieux que ce ne soit pas lui qui ait laissé fuité les conclusions - très hâtives – de cette étude, mais celui que l’on doit donc considérer comme le porte-parole officiel de cette dernière, Martin LANDRAY. Jusque ici, me direz-vous, rien de bien grave, sans doute des légèretés intentionnelles. Mais il faut lire le titre sous lequel a été enregistré l’essai par le site Trialsitenews : University of Oxford Ramps up Pragmatic RECOVERY Trial Testing Vaccine Candidate Developed for COVID-19. Alors vous vous frottez un peu les yeux.  Le titre signifie, approximativement, "L’Université d’Oxford accélère l’essai pragmatique RECOVERY en vue de tester un vaccin candidat développé pour la COVID-19".  (J'avoue que le titre est très tarabiscoté et que ma traduction est très approximative.) Vous vous attendez donc à voir un commentaire sur de possibles essais à venir avec ce candidat. Que nenni, il s’agit d’abord de prouver qu’aucun des traitements proposés ne marche, pour laisser la voie libre à la promotion d’un vaccin : les auteurs étudient donc l’effet du Lopinavir/Ritonavir, dont il est prouvé qu’il est inefficace par diverses études notamment chinoises, la Dexaméthasone (on se demande bien pourquoi, d’ailleurs, car ce stéroïde ne peut avoir d’effet que comme anti-inflammatoire, en phase cytokinique, aucunement comme antiviral et il est connu pour avoir des effets désastreux sur les pneumonies varicelleuses de l'adulte), l’Hydroxychloroquine (seule), et l’interféron-β 1a, utilisé en aérosol. Les auteurs de l’essai semblent avoir oublié le très sérieux travail de KLIMKE et al. qui ont utilisé avec succès un aérosol d’hydroxychloroquine seule. Voir ci-dessous la référence.

KLIMKE A, HEFNER G, WILL B, VOSS U.
Med Hypotheses. 2020 Apr 27;142:109783. doi: 10.1016/j.mehy.2020.109783.
L’article est en accès libre. On se demande pourquoi il n’est pas plus cité.

Cette voie d’administration est très facile à mettre en œuvre.

En somme, le but de l’étude E-RECOVERY consiste à déblayer le terrain pour permettre la commercialisation d’un vaccin.

Poursuivons notre analyse pour voir un peu plus loin. En général, il faut chercher d’où vient l’argent qui a servi à financer une étude manifestement fort coûteuse. Voici donc la liste des organisations qui ont financé ce travail.

Welcomme (c’est sans doute une erreur ; il faut lire Wellcome, je suppose)

Bon sang mais c’est bien sûr, aurait dit le commissaire BOURREL dans les Cinq dernières minutes. Bill Gates veut vacciner l’humanité entière. (Cf. l’article du Monde https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/05/bill-gates-nous-ne-sommes-pas-aussi-prepares-que-nous-aurions-pu-l-etre_6041830_3244.html). Il ne fait aucun doute qu’il a les meilleures intentions de toute la terre, mais c’est tout même une manifestation d’hubris. Et c’est pourquoi il lui était nécessaire de démontrer l’inutilité des traitements en cours  pour faire prévaloir son idée. Je ne veux pas tomber dans le complotisme idiot. Bill Gates a donné beaucoup de sa fortune pour des causes humanitaires. Mais tout de même, l’essai de LANDRAY et HORBY n’a pas inclus le Remdesivir, qui se présente, ou du moins est présenté comme l’arme fatale contre le SARS-Cov-2 d’où l’essai européen EDISCOVERY qui a lamentablement capoté mais l'avait inclus dans un bras spécifique . Nous assistons là à une énorme passe d’arme entre Gilead et Bill Gates. Remdesivir contre vaccin.

En fait cette étude, plus solide en apparence que celle du Lancet, souffre des mêmes biais, à l’exception de la fraude dans la collecte des résultats et de biais supplémentaires, qui sont des omissions (Hydroxychloroquine + Azithromycine ; Remdesivir) ; nous devons aussi nous interroger sur les options philosophiques du Pr LANDRAY qui, le 13 février de cette année publiait avec trois autres auteurs un article parlant de la magie de la randomisation et du mythe de la preuve par le réel. Je ne connais que le titre de cet article, et je ne puis me fonder que sur lui, car je n’ai pas vu de résumé, et je n’ai eu encore accès au texte lui-même. Je reste donc prudent.
En voici cependant les références :

Rory COLLINS, Louis BOWMAN, Martin LANDRAY and Richard PETO.
The magic of randomization versus the myth of real-world evidence.
New England Journal of Medicine, 382, 674-678, 2020.

Je suis amené à penser que pour le Pr LANDRAY, tout est donné a priori dans l’entendement, et rien dans l’expérience : c’est du kantisme pur. Et en matière de recherche scientifique, cela s’appelle un préjugé. Les observations ? Aucun intérêt ! La tradimédecine ? Du charlatanisme ! Et pourtant, on sait que 75 % au moins des usages thérapeutiques traditionnels sont validés par l’expérience scientifique. C’est du reste un domaine dans lequel j’ai une (petite) expérience personnelle, notamment pour ce qui concerne les usages traditionnels des plantes en Asie orientale.

Voyez-vous, messieurs les journalistes, vous cherchez le sensationnel. Pour des raisons qui m’échappent, vous dézinguez notre marseillais, un compatriote, sans avoir été aux sources de ses publications (ce que j’ai fait). Vous n’avez strictement aucune compétence pour juger de la qualité d’une recherche scientifique, sauf à imaginer que vous avez fait de longues études de médecine, de pharmacie ou de science, avant de vous lancer dans le grand bain glauque des médias.

C’est pourquoi, après avoir parlé des essais encourageants obtenus avec le Tocilizumab, utilisé pour traiter les patients en phase d’orage cytokinique, c’est-à-dire gravement malades, vous avez ensuite parlé au Figaro, d’une autre molécule, curieusement utilisée elle aussi, comme l’hydroxychloroquine, pour traiter le lupus et l’arthrite rhumatoïde, et qui serait administrée aux patients les plus gravement atteints, l’Anakinra (qui vaut tout de même 247,20 euros les sept ampoules). Autrement dit, attendons que les plus atteints atteignent cette phase critique pour leur administrer des médicaments coûteux, aux effets « encourageants » (sic). Exit le Tocilizumab, intret l’Anakinra…

Jamais, vous ne semblez vous être posé la question de fond : comment faire pour éviter qu’un patient infecté n’évolue vers une forme grave de Covid-19 ? Jamais, vous n’avez été lire la littérature relative à l’incidence de Covid-19 qui s’est trouvée être inversement proportionnelle à l’incidence de la malaria, en des zones où la Nivaquine est d’usage courant. Vous me direz que les populations de ces régions sont jeunes et que les jeunes sont plus résistants et donc moins sensibles, blabla, etc. Mais nous avons eu en France des jeunes de 20 ans qui sont morts de la maladie et qui n'étaient pas à risque. Et cette explication ne tient guère la route, quand on sait qu'en Afrique, la malnutrition, la dénutrition, les parasitoses et la pauvreté sont certainement des facteurs de risque.

Bref, tout cela me paraît être du journalisme, mais en aucun  cas une information digne de foi. Je préfère lire les articles originaux des auteurs que vos commentaires approximatifs. Je ne sais quels buts poursuivent les journaux dans lesquels vous écrivez ; ce dont je sûr, c’est que ce n’est pas la vérité.

lundi 11 mai 2020

Lundi 11 mai 2020. Lettre ouverte du Pr Cabane au Président du Conseil de l'ordre des médecins.

Lettre du Pr Jean Cabane ancien chef de service de Médecine Interne de l’Hopital St Antoine



Lettre ouverte au président de l'Ordre des médecins : à faire circuler !! merci...



"Monsieur le Docteur  BOUET



Conseil National de l’Ordre des Médecins



Monsieur le Président,



Dans cette période troublée de la pandémie de coronavirus, nous arrivons à un point critique intolérable où il me paraît urgent et évident que la voix des médecins, représentés par leur Ordre, doit se faire entendre pour rétablir les bons caps. Je vous fais donc ici mes propositions, car nous entendons des choses très préoccupantes, de nature  à compliquer beaucoup le déconfinement, et  à altérer la confiance que les malades et le grand public mettent en nous.



Il y a eu, et tout le monde le regrette, beaucoup de mensonges sur les masques. Si nous regardons les pays où l’épidémie a été le mieux contenue (Taiwan, Hong Kong, Corée), ce sont ceux où 100 % de la population met un masque, pas chirurgical mais « maison », dès qu’un virus est annoncé. A Hong Kong, aux portes de la Chine, 7 millions d’habitants tassés sur 25 km2, seulement 4 morts...sans confinement autre que le masquage et la fermeture des écoles. Personne ne parle de « distanciation » parce que ce n’est ni nécessaire ni faisable. L’étude des femmes enceintes de New York a montré que les cas asymptomatiques de covid19 étaient 7 fois plus fréquents que les symptomatiques, donc restreindre les masques à tel ou tel est sans fondement, il faut que tout le monde soit masqué.



Cette position de masquage généralisé répond non seulement à la crainte de la 2° vague, mais elle valorise et responsabilise tous les Français, dont jusqu’ici je déplore plutôt l’infantilisation. Elle recentre l’action collective sur le seul mode de contamination du virus, la voie respiratoire. Même si certains veulent faire peur en montrant que le virus reste viable quelques heures sur une surface inerte, il n’a jamais été démontré qu’on pouvait se contaminer au SRAS-cov-2 par contact : il est donc tout à fait aberrant de promulguer des « gestes barrière » de lavage obsessionnel, de désinfection, d’application de gel hydroalcoolique, de précautions de bloc opératoire ; de même que de chercher à reprendre une activité des entreprises, des commerces, des transports, des spectacles, des écoles, lycées, etc., avec les préconisations de distanciation que nous entendons actuellement dans les média. La seule barrière efficace est le simple masquage qui répond aux questions de sécurité, et si les masques maison bien faits sont mis, cela limitera la consommation et la pollution énormes liées aux masques jetables.



Je suis très inquiet d’entendre la mise en place de « brigades » chargées de pister les contacts de patients covid19+, et d’une application sur smartphone dans le même but. Ceci relève du travail et de la responsabilité du médecin et uniquement du médecin. Je suis choqué qu’on puisse faire une pareille entorse au secret médical et qu’on puisse envisager que les libertés auxquelles nous sommes si attachés soient ainsi bafouées. Il en va de même de notre liberté de prescription, qu’il ne devrait pas être possible d’altérer, sous peine de voir la confiance de nos malades sérieusement écornée. Dans la même ordre d’idées, je n’accepte pas l’usurpation du rôle du pharmacien par l’État qui s’est arrogé le droit d’empêcher un pharmacien de dispenser une molécule courante (hydroxychloroquine) .



Monsieur le Président, vous êtes sur un siège qui permet une prise de parole qui portera car elle sera empreinte d’une volonté légitime de recadrer les missions essentielles de notre profession, dans l’intérêt général. Demandez des mesures de bon sens et efficaces : **des masques pour tous tant que le virus circule, pas de pistage ni de flicage mais un travail d’épidémiologie effectué par des médecins, liberté de prescription et monopole médical sauvegardés, pas de distanciation compliquée, infaisable, inutile . Et profitons-en pour redémarrer la santé sur un mode plus sain, libre et sans influence, tant en ville qu’à l’hôpital.**



Merci d’avance, Monsieur le Président, de lire et de réfléchir vite à cette lettre ouverte



Bien confraternellement



Professeur Jean Cabane."


Chers amis et lecteurs, cette lettre est admirable de netteté et d'audace. Nous devons écouter ce que dit ce spécialiste de médecine interne. Les décisions des pouvoirs publics sont incohérentes et incompréhensibles. Comme je l'ai déjà dit, les virus enveloppés, j'en ai manipulés un certain nombre, pendant ma thèse et lorsque j'étais responsable d'un laboratoire de recherche à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg ; ils sont très fragiles. Il n'a jamais été démontré imparablement que le virus responsable de la Covid-19 puisse rester infectieux et contaminer un sujet sensible par voie indirecte. La seule publication que j'ai vue sur le sujet est une publication chinoise, très intéressante du reste, mais concluant sur une possible transmission indirecte sans le prouver.
Des masques, encore des masques et toujours des masques. Inutiles il y a deux mois, aux dires de Mme NDIAYE, ils sont aujourd'hui obligatoires dans les transports publics, mais pas dans la rue, ce qui est une aberration. Dans les transports publics, un humoriste a bien résumé la situation : Le masque et la prune...




dimanche 10 mai 2020

Dimanche 10 mai 2020. Raison garder : mortalité de la grippe et de la Covid-19

Raison garder. Je sais, c’est long, mais il me semble utile de vous informer en allant aux sources (Santé Publique, et divers sites officiels sur Internet, Journaux scientifiques auxquels chacun peu accéder, moyennant un peu d'habitude).

A. Mortalité de la grippe

Je voudrais répondre ici à quelques opinions alarmistes en deux temps : (a) en rappelant les statistiques officielles de la mortalité due aux virus de la grippe, qu’elle soit saisonnière (épidémie inter-pandémique) ou pandémique et (b) expliquer en tentant un décryptage personnel (pour reprendre un terme à la mode chez les journalistes) des événements récents qui donnent un tour tout à fait nouveau à l’épidémie de la Covid-19.

Grippes saisonnières.

Epidémie de grippe saisonnière 2018-2019
L’épidémie de grippe 2018-2019 a été de courte durée. Elle a été marquée par la co-circulation des deux virus de type A. L'ampleur de l'épidémie a été modérée en médecine ambulatoire, mais cette épidémie a eu un impact important en milieu hospitalier ainsi que sur la mortalité, dans un contexte de couverture vaccinale insuffisante chez les sujets à risque.
Au cours des 8 semaines d’épidémie, l’excès de mortalité attribuable à la grippe a été estimé à environ 12 000 décès tous âges confondus. Ces décès concernent principalement les personnes de 85 ans et plus, et dans une moindre mesure les 65-84 ans. La couverture vaccinale de la population à risque en France métropolitaine était faible avec moins d’une personne à risque vaccinée sur deux (51 % chez les personnes de 65 ans et plus selon Santé publique France).
Bilan - Santé publique France.

Epidémie de grippe saisonnière 2017-2018
L’épidémie de grippe 2017-2018 a été précoce et a duré 4 mois. Elle a été marquée par la circulation en deux vagues successives des virus A(H1N1)pdm09 et B/Yamagata.
Bien que d’une ampleur modérée en médecine ambulatoire, cette épidémie a eu un fort impact en milieu hospitalier ainsi que sur la mortalité, dans un contexte de couverture vaccinale insuffisante chez les sujets à risque. Au cours des 16 semaines d’épidémie, l’excès de mortalité attribuable à la grippe a été estimé à environ 13 000 décès tous âges confondus. Ces décès concernent pour 93% d’entre eux des personnes de 65 ans et plus.
La couverture vaccinale de la population à risque en France métropolitaine était faible avec moins d’une personne à risque vaccinée sur deux (49,7% chez les personnes de 65 ans et plus selon Santé publique France)


Grippe de HONG-KONG (1968).
La grippe de Hong Kong serait apparue en Chine centrale en février 1968 avant, comme son nom l'indique, de frapper particulièrement Hong Kong en juillet 1968  où elle touche un demi-million d'habitants soit 15 % de la population hongkongaise, selon un rapport de l'Organisation mondiale de la Santé. A noter qu'à l'époque, Hong Kong était une colonie britannique, aujourd'hui, c'est une région administrative de la Chine située au sud-est de Canton. Ensuite, "elle atteint Singapour début août, puis toujours en août, la Malaisie, la République du Vietnam, les Philippines et Taiwan (Chine). En septembre, l'infection gagne Madras, Bombay, la Thaïlande et quelques régions d'Australie; elle atteint aussi l'Iran, probablement par l'intermédiaire des Congrès internationaux de Médecine Tropicale et du Paludisme", liste l'OMS. Importée par des Marines revenant du Vietnam et à cause de la multiplication très rapide des transports aériens, elle se propage ensuite vers les Etats-Unis où elle décime 50 000 personnes en seulement trois mois. Puis, elle est présente en Europe jusqu'à l'hiver 1969. En France, l'épidémie arrive en deux vagues :
 La première à la fin de l'hiver 1968-1969 : le virus fait des victimes mais ne semble pas se montrer particulièrement meurtrier.
La deuxième, entre décembre 1969 et janvier 1970 : l'épidémie est cette fois bien plus sévère et cause près de 40 000 décès, dont 17 000 directement imputables à la grippe. 

Grippe asiatique (1957).
Selon des spécialistes, c’est au début de 1957, peut-être même à la fin de 1956, qu’apparait en Chine le virus responsable de ce que l’on appellera la grippe asiatique. Il proviendrait d’une mutation d’un virus des canards sauvages recombiné avec une souche humaine du virus de la grippe. Après la Chine, la grippe frappe ailleurs en Asie (Japon, Hong Kong, Taïwan, etc.) avant d’atteindre l’Amérique et l’Europe, vraisemblablement au début de l’été. Certaines personnes ne sont touchées que par les symptômes (fièvre, toux, courbatures, etc.), alors que d’autres sont affectées durablement. Les antibiotiques ne pouvant rien pour enrayer cette pandémie de niveau 2, on recommande aux gens le repos, l’absorption de liquide et, surtout chez les jeunes, de se tenir loin des rassemblements. Un vaccin est mis au point à l’été 1957. Il n’est cependant disponible qu’en petites quantités. Les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes sont particulièrement vulnérables face à cette « grippe asiatique » qui peut entraîner de graves complications pulmonaires. Après un ralentissement à l’été, elle connait une nouvelle vague à l’automne 1957. Le nombre de victimes ira en s’accentuant avant que le vaccin ne contribue à ralentir, puis à endiguer complètement la grippe en 1958. Le bilan varie énormément selon les estimations, soit de 1 à 4 millions de morts à travers le monde, dont quelque 70 000 aux États-Unis et 100 000 en France. Il est loin de celui de la grippe espagnole, qui aurait fait des dizaines de millions de morts en 1918-1919. La grippe asiatique est néanmoins considérée comme la première pandémie grippale depuis la Seconde Guerre mondiale. La souche évoluera par la suite, frappant de nouveau, cette fois sous le nom de grippe de Hong Kong, en 1968-1969.

B. Thrombose et mortalité de la Covid-19.

Si vous avez suivi le journal télévisé de TF1 ou d’une autre chaîne, je ne sais plus laquelle, vous avez pu entendre un urgentiste parler d’une modification des traitements administrés aux patients en réanimation. Après avoir pris conscience de l’inutilité de l’intubation pour les raisons que l’on va voir, ils injectent à leurs patients des anticoagulants, en surveillant bien entendu la coagulation de manière stricte. En effet, il apparaît maintenant que la crise dite cytokinique s’accompagne de thrombose veineuse (coagulation intravasculaire disséminée) , de sorte que, les veines qui amènent le sang aux poumons sont bouchées et que les échanges gazeux ne peuvent plus se faire, quand bien même il resterait du tissu pulmonaire fonctionnel. L’intubation semble augmenter les lésions mécaniques infligées aux poumons et aggraver l’état du patient. Voici trois références d’articles qui expliquent ce phénomène et éclairent la physiopathologie de la maladie.

Connors JM, Levy JH.
Blood. 2020 Apr 27:blood.2020006000. doi: 10.1182/blood.2020006000.

Bikdeli B, Madhavan MV, Jimenez D, Chuich T, Dreyfus I, Driggin E, Nigoghossian C, Ageno W, Madjid M, Guo Y, Tang LV, Hu Y, Giri J, Cushman M, Quéré I, Dimakakos EP, Gibson CM, Lippi G, Favaloro EJ, Fareed J, Caprini JA, Tafur AJ, Burton JR, Francese DP, Wang EY, Falanga A, McLintock C, Hunt BJ, Spyropoulos AC, Barnes GD, Eikelboom JW, Weinberg I, Schulman S, Carrier M, Piazza G, Beckman JA, Steg PG, Stone GW, Rosenkranz S, Goldhaber SZ, Parikh SA, Monreal M, Krumholz HM, Konstantinides SV, Weitz JI, Lip GYH.J Am Coll Cardiol. 2020 Apr 15:S0735-1097(20)35008-7. doi: 10.1016/j.jacc.2020.04.031.

Wang J, Hajizadeh N, Moore EE, McIntyre RC, Moore PK, Veress LA, Yaffe MB, Moore HB, Barrett CD.J Thromb Haemost. 2020 Apr 8. doi: 10.1111/jth.14828.

Par ailleurs, si vous avez suivi l’annonce par monsieur SALOMON du nombre de morts journalières imputables au SRAS-Cov-2, vous avez pu noter qu’il a chuté hier de manière spectaculaire, passant en 24 h d’environ 300 à un peu plus de 80.
Il me semble, mais là je m’avancerai avec beaucoup de prudence, que l’on peut attribuer cette diminution spectaculaire des décès à deux phénomènes conjugués : la modification très bénéfique du traitement des patients admis en réanimation, d’une part, et la fin de l’épidémie qui selon le Pr RAOULT devrait s’éteindre vers le 11 mai, de l’autre. L’avenir et les chiffres de ce jour vérifieront cette opinion.

Enfin, vous noterez aussi que le petit foyer infectieux, appelé de manière pédante un « cluster », apparu en Dordogne, a été selon le Directeur de l’ARS de la Nouvelle Aquitaine, circonscrit de la manière qui convient (et qui était déjà énoncée par le Pr RAOULT) : identification des sujets contaminés par la technique de la PCR, isolement des patients infectés (9 sur un peu plus de 100 sujets soumis à l’analyse biologique). La même technique semble avoir été utilisée pour un tout petit foyer apparu dans la Vienne, mais là, je n’ai pas de données.


jeudi 7 mai 2020

Jeudi 07 mai 2020. Coronavirus, immunité ; quelques délires de l'environnement présidentiel en supplément.

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CHRONIQUE TRES SOMMAIRE DU CORORONAVIRUS SARS-Cov-2

Qui sont les fous furieux ?



Admirable Vincent LINDON. Il faut l’écouter jusqu’au bout, vous entendez ? Jusqu’au bout.



Sur les Agences régionales de Santé.


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CHRONIQUE DE L'ESPOIR ET DE LA VERITE.

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À propos de l’immunité.

Je vous avais promis de donner le résultat d’une étude chinoise publiée dans les Proceedinsgs of the National Academy of sciences of the United-States, 117, 9490-9496, 2020 (en date du 28 avril)

Effectiveness of convalescent plasma therapy in severe COVID-19 patients
Kai Duana,b,1, Bende Liuc,1, Cesheng Lid,1, Huajun Zhange,1, Ting Yuf,1, Jieming Qug,h,i,1, Min Zhoug,h,i,1,
Li Chenj,1, Shengli Mengb, Yong Hud, Cheng Penge, Mingchao Yuank, Jinyan Huangl, Zejun Wangb, Jianhong Yud, Xiaoxiao Gaoe, Dan Wangk, Xiaoqi Yum, Li Lib, Jiayou Zhangb, Xiao Wud, Bei Lie, Yanping Xug,h,i, Wei Chenb, Yan Pengd, Yeqin Hub, Lianzhen Lind, Xuefei Liug,h,i, Shihe Huangb, Zhijun Zhoud, Lianghao Zhangb, Yue Wangd,
Zhi Zhangb, Kun Dengd, Zhiwu Xiab, Qin Gongd, Wei Zhangd, Xiaobei Zhengd, Ying Liud, Huichuan Yanga,
Dongbo Zhoua, Ding Yua, Jifeng Houn, Zhengli Shie, Saijuan Chenl, Zhu Chenl,2, Xinxin Zhangm,2,
and Xiaoming Yanga,b,2 

Je ne vous donne ici que le résumé de l’article :

"Currently, there are no approved specific antiviral agents for novel coronavirus disease 2019 (COVID-19). In this study, 10 severe pa- tients confirmed by real-time viral RNA test were enrolled prospec- tively. One dose of 200 mL of convalescent plasma (CP) derived from recently recovered donors with the neutralizing antibody titers above 1:640 was transfused to the patients as an addition to maximal supportive care and antiviral agents. The primary end- point was the safety of CP transfusion. The second endpoints were the improvement of clinical symptoms and laboratory parameters within 3 d after CP transfusion. The median time from onset of illness to CP transfusion was 16.5 d. After CP transfusion, the level of neutralizing antibody increased rapidly up to 1:640 in five cases, while that of the other four cases maintained at a high level (1:640). The clinical symptoms were significantly improved along with increase of oxyhemoglobin saturation within 3 d. Several parameters tended to improve as compared to pretransfusion, in- cluding increased lymphocyte counts (0.65 × 109/L vs. 0.76 × 109/L) and decreased C-reactive protein (55.98 mg/L vs. 18.13 mg/L). Radiological examinations showed varying degrees of absorption of lung lesions within 7 d. The viral load was undetectable after transfusion in seven patients who had previous viremia. No severe adverse effects were observed. This study showed CP therapy was well tolerated and could potentially improve the clinical outcomes through neutralizing viremia in severe COVID-19 cases. The optimal dose and time point, as well as the clinical benefit of CP ther-apy, needs further investigation in larger well-controlled trials."

Cet article paru dans un des meilleurs journaux scientifiques du monde, nous en apprend beaucoup sur la maladie. D’abord, et c’est une chose qui, pour moi en tout cas, n’était pas connue ou plutôt établie, la maladie s’accompagne d’une phase virémique, c’est-à-dire d’un moment de la maladie pendant lequel le virus passe dans le sang et peut donc atteindre dans l’organisme toutes les cellules qui expriment son récepteur, le fameux ACE2. Il est donc évident que plus un traitement antiviral, du type de celui préconisé par le Pr RAOULT, est appliqué tôt et plus on évite les complications qui peuvent survenir par l’infection de divers organes. Vous notez aussi la prudence à propos des traitements. Ils ne parlent pas de traitement inefficaces (car la méthode RAOULT est très largement utilisée en Chine), ils se bornent à dire qu’il n’y a pas de « traitement spécifique approuvé », ce qui n’est pas la même chose.
Ensuite, l’activité neutralisante des plasmas est évaluée par la méthode dite de réduction du nombre de plages de nécrose cellulaire formées par le virus, sous couche nutritive agarosée. Les cellules sont des cellules de rein de singe en lignée, Véro E6. J’ai pratiqué des centaines de fois cette méthode pour titrer l’interféron de poulet lors de ma thèse, en utilisant des fibroblastes d'embryon de poulet ; elle est délicate, mais très reproductible. Bien entendu, les plasmas sont ABO compatibles. Les auteurs utilisent aussi une technique dite ELISA pour titrer les anticorps dirigés contre le domaine de liaison des spicules de surface au récepteur ACE2 qui sont, dans un plasma, ceux des anticorps neutralisants qui apparaissent, avec d'autres anticorps dirigés contre d'autres protéines du virus (celles de la capside, notamment).
Toutes les manipulations du virus sont effectuées dans le fameux laboratoire P4 de WUHAN.
Il est donc clair que la maladie est immunisante et que les épreuves sérologiques sont essentielles pour détecter l’état immun. Néanmoins, il est nécessaire d’utiliser des plasmas de patients guéris, habitant la zone où la maladie s’est déclarée, si l’on désire les utiliser à des fins thérapeutiques. En effet, il est assez vraisemblable que, comme beaucoup de virus à RNA, le SARS-Cov-2 développe des mutations qui le font échapper partiellement à l’immunité locale et permettent son extension.
Je suis en mesure de vous dire, de source sûre, que l’Institut Pasteur fait appel à des sujets guéris pour qu’ils donnent leur sang, afin de faire des essais cliniques de même nature que les essais entrepris par cette équipe.

J’avoue que je suis absolument stupéfié du silence dans lequel les pouvoirs publics et les médias sont plongés et nous plongent. Et je m’étonne aussi de celui des virologues français qui sont excellents. De quoi ont-ils peur ? Qu’on leur coupe les crédits parce qu’ils ne vont pas dans le sens du vent ? Allons, un peu de courage. La défense de la vérité et de la vie vaut bien quelques sacrifices.