mercredi 14 octobre 2009

Que sont devenus les députés régicides de la Convention ?

Si vous avez du temps et le goût des textes anciens ou antiques, lisez l'ouvrage de PLUTARQUE Sur les délais de la justice divine dans la punition des coupables (traduction de Joseph de MAISTRE), publié bien longtemps avant par AMYOT sous le titre Pourquoy (sic) la justice divine diffère quelquefois la punition des maléfices.

J'utilise ici la version de Joseph de MAISTRE. Au chapitre XIII, PLUTARQUE note :

"Considérons maintenant si quelques nations grecques n'ont pas adopté avec beaucoup de raison la loi égyptienne qui ordonne que 'si une femme enceinte est condamnée à mort, on suspende le supplice jusqu'à sa délivrance' ; maintenant, au lieu d'une femme qui a conçu matériellement, imaginons un coupable qui porte dans le fond de son âme une bonne action, une grande pensée, un conseil salutaire, une invention utile : ne préfèrera-t-on pas, d'une commune voix, la clémence qui laisse mûrir et naître ces fruits de l'intelligence, à la justice précipitée qui les aurait fait avorter ? Jusqu'ici la comparaison est exacte : elle devient fausse ensuite, mais c'est au profit de la vérité ; car cet enfant que la mère condamnée doit mettre au monde, ne peut lui-même sauver sa mère dont le sort est décidé ; au lieu que cette bonne action que Dieu voit dans l'avenir, sera pour le coupable un mérite qui aura la force d'adoucir le supplice, peut-être même de le prévenir. Comment donc la suprême bonté pourrait-elle annuller (sic) ce mérite en le prévenant par une punition précipitée ?"

Le hasard a voulu que je trouve récemment un livre sur le "Châtiment des Révolutionnaires". Vous trouverez ci-dessous, classés par ordre des départements d'origine le sort des députés régicides de la Convention ; quelquefois, les noms sont suivis d'une autre mention comme "bannissement" ou "réclusion". Dans ce cas ces députés n'ont pas voté en faveur de la mort de Louis XVI. Si je vous donne cette liste, c'est pour montrer comment une Révolution, la française en particulier, dévore ses enfants. Dans un premier mouvement, on ne peut s'empêcher de penser que ces fanatiques ont reçu le juste châtiment de leur iniquité. Mais en vérité, on ne peut que pleurer tant de sang versé au nom de la démocratie et de la liberté. Je la donne pour que vous ayez une documentation irréfutable et factuelle, et non pas une vague idée de ce fut la terreur qui régnait aussi sur la Convention. Il est assez étonnant qu'aucune réflexion n'ait été faite et enseigné à nos collégiens et lycéens sur cet aspect universel de toutes les révolutions.

Sort de quelques députés ayant voté la mort de Louis XVI et de quelques autres ayant voté le bannissement ou la réclusion. La liste ne semble pas exhaustive. Elle est donnée par ordre alphabétique des départements desquels provenaient ces élus. Vous constaterez que 31 départements ont vu leur représentant condamné à mort. Les plus gros contingents de victimes étaient les élus de la Gironde, de Paris, des Bouches-du-Rhône, puis l'Eure-et-Loir et le Puy-de-Dôme.

Saint-Just (Aisne). — Guillotiné le 28 juillet 1794.
Condorcet (Aisne). — S'est empoisonné dans la prison du
Bourg-la-Reine, près Paris.
Rabaud Saint-Etienne (Aube). — Guillotiné le 15 décembre 1793.
Jean Duprat (Bouches-du-Rhône). — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Rebecquy (Bouches-du-Rhône). — S'est noyé à Marseille en 1793.
Barbaroux (Bouches-du-Rhône). — Guillotiné à Bordeaux le 7 messidor an II.
Gasparin (Bouches-du-Rhône). — Ce martyr de la liberté est mort d'indigestion à Toulon.
Rovère (Bouches-du-Rhône). — Mort à Cayenne en 1798.
Deperret (Bouches-du-Rhône) : la réclusion. — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Fauchet (Calvados) : la détention. — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Cussy(Calvados). — Guillotiné le 15 novembre 1793.
Bazire (Côte d'Or). — Guillotiné le 15 avril 1794.
Hugyes (Creuse). — Guillotiné le 6 octobre 1796.
Buzot (Eure). — Trouvé dans un champ, dévoré par des oiseaux de proie (suicide, mort à saint-Magne [Gironde] en 1794).
Duroy (Eure). — Condamné à mort par une commission militaire le 16 juin 1795. Il s'est poignardé après la lecture de son jugement ; n'étant pas mort de ses blessures il a été exécuté le même jour.
Lacroix (Eure-et-Loir) — Guillotiné le 5 avril 1794.
Brissot (Eure-et-Loir) — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Pétion (Eure-et-Loir) — Trouvé dans un champ, dévoré par des oiseaux de proie (suicide, mort à Saint-Émilion en 1794).
Rabaut-Pommier (Gard). — Guillotiné le 16 décembre 1793.
Desazy (Haute-Garonne). — Guillotiné le 5 avril 1793.
Vergniaud (Gironde). — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Guadet (Gironde). — Guillotiné le 23 juin 1794.
Gensonné (Gironde). — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Grangeneuve (Gironde) : La réclusion — Guillotiné le 20 décembre 1793.
Ducos (Gironde). — Guillotiné le 30 octobre 1793.
Boyer-Fonfrède (Gironde). — Guillotiné le 31A octobre 1793.
Lacaze (Gironde) : La réclusion. — Guillotiné le 30 octobre 1793.
Duval (Hérault). — S'est tué.
Fabre (Hérault). Tué le 12 janvier 1794.
Chabot (Loir-et-Cher). — Guillotiné le 5 avril 1794.
Coustard (Loire-Inférieure) : La réclusion. — Guillotiné le 7 novembre 1793.
Delaunay (Maine-et-Loire). — Exécuté en l'an II.
Charles Charlier (Maine-et-Loire). — S'est suicidé en 1797.
Sallès (Meurthe) : La détention. — Guillotiné à Bordeaux le 19 juin 1794.
Lehardy (Morbihan) : La détention. — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Gillet (Morbihan) : La détention. — Tué par Le Cat.
Anacharsis Clootz (Oise). — Guillotiné le 24 mars 1794.
Dufriche-Valazé (Orne). — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Robespierre (Paris). — Guillotiné le 28 juillet 1794.
Danton (Paris). — Guillotiné le 5 avril 1794.
Collot d'Herbois (Paris) — Déporté en Guyane. Mort là-bas dans des affreuses angoisses, torturé par le remord. Pour aller plus vite dans sa besogne de tueur à Lyon, il utilisait des canons de marine contre les condamnés.
Manuel (Paris) : La détention. — Guillotiné le 14 novembre 1793.
Camille Desmoulins (Paris). — Guillotiné le 5 avril 1794 (en même temps que Danton).
Billaud-Varennes (Paris). — Déporté en Guyane. Refuse l'amnistie de Bonaparte (!). Passe en Haïti au retour des Bourbons. Meurt à Port-au-Prince (!) en 1819.
Marat (Paris). — Tué par Charlotte Corday le 14 juillet (eh oui !) 1793.
Fabre d'Églantine (Paris). — Guillotiné le 5 avril 1794 (l'inventeur du calendrier républicain était un concussionnaire notoire).
Osselin (Paris). — Guillotiné le 27 juin 1794.
Robespierre le jeune (Paris). — Guillotiné le 28 juillet 1794.
Louis-Philippe dit Égalité, duc d'Orléans (Paris). — Guillotiné le 7 novembre 1793.
Duquesnoy (Pas-de-Calais) — S'est suicidé par le poignard.
Lebas (Pas-de-Calais) — S'est suicidé.
Couthon (Puy-de-Dôme). — Guillotiné le 28 juillet 1794.
Romme (Puy-de-Dôme). — Condamné à mort par la Convention thermidorienne, se suicide en 1795.
Soubrany (Puy-de-Dôme). — Guillotine en 1795, après une tentative de suicide pour échapper à l'exécution voulue par la Convention thermidorienne.
Féraud (Hautes-Pyrénées). — Assassiné dans la Convention le 20 mars 1793.
Biroteau (Pyrénées-Orientales). — Guillotiné à Bordeaux le 14 octobre 1793.
Cusset (Rhône-et-Loire). — Fusillé le 10 octobre 1796.
Javogue fils (Rhône et-Loire) . — Fusillé le 9 octobre 1796.
Phélipeaux (Sarthe). — Guillotiné le 5 avril 1794.
Gorsas (Oise). — Guillotiné le 5 avril 1794.
Héraut de Séchelles (Seine-et-Oise). — Guillotiné le 5 avril 1794.
Teillier (Seine-et-Marne). — S'est tué le 17 septembre 1795.
Duchastel (Deux-Sèvres) : Le bannissement — Guillotiné le 30 octobre 1793.
Sillery (Somme) : La détention — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Lasource (Tarn). — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Lesterpt-Beauvais (Haute-Vienne). — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Maure aîné (Yonne). — S'est tué.
Lepelletier Saint-Fargeau (Yonne). — Tué le 20 janvier 1793 au Palais Royal.
Boileau (Yonne). — Guillotiné le 31 octobre 1793.
Bourbotte (Yonne). — Guillotiné le 15 juin 1795.

mardi 13 octobre 2009

Un bilan des victimes par un journaliste du temps

Un certain PRUDHOMME s'est intéressé au bilan des morts de la Révolution. Il était le contemporain des événements dramatiques qui ont accompagné cette folie. J'ai du mal à interpréter ses statistiques, et il se pourrait donc qu'il y eût des erreurs dans mes transcriptions. Mais enfin, il note qu'à PARIS (en tout cas le contexte de sa contribution semble l'indiquer), on compte comme victimes :
1.278 aristocrates de sexe masculin ;
750 aristocrates de sexe féminin ;
1.467 femmes de laboureurs et d'artisans ;
350 religieuses ;
1.135 prêtres ;
13.633 hommes non nobles, "de divers états" ;
3.400 femmes mortes dans diverses circonstances, mais indirectement ;
348 femmes mortes enceintes ou en couches ;
32.000 personnes tuées à NANTES par le sinistre CARRIER ;
31.000 personnes tuées à LYON par le sinistre COLLOT d'HERBOIS.
PRUDHOMME donne le chiffre de 2.200 enfants et 1.500 femmes tués en Vendée. Mais bizarrement, il dit que le nombre des morts y est de 900.000. C'est un chiffre excessif et faux. Il est compris entre 120.000 et 180.000 personnes.
On pourrait citer les victimes du défroqué Jean-Georges SCHNEIDER qui a sévi en Alsace, avant d'être condamné à mort le 1er avril 1794, celles d'ARRAS torturées par LEBON, condamné à mort et exécuté le 6 octobre 1795 (LEBON, bien avant les nazis, faisait venir des musiciens près de l'échafaud pendant les exécutions !) ; celles d'AVIGNON envoyées au supplice par l'infect JOURDAN, condamné à mort et exécuté le 17 mai 1794, etc., etc. Ces années ont vu couler des fleuves de sang, s'ériger d'immenses fortunes sur les malheurs des suppliciés, fleurir le blasphème et les obscénités dans les églises, les temples et les synagogues (en Alsace notamment) ; elles ont couronné le triomphe d'une minorité populacière, ivre d'envie, dépourvue de tous scrupules. Et tout ça pour les grands principes dont, avec une inconscience rare, nous nous gargarisons. Les enfants, les collégiens, les lycéens ne gardent de la révolution que la Déclaration des Droits de l'Homme (qui n'est que la déclaration des droits des individus), proclamée le 26 août 1789, comme si tout s'était arrêté sur ce progrès indéniable, mais encore assez court dans son anthropologie, et tout imprégné de Jean-Jacques.
Nous vivons depuis deux siècles sur un mensonge dont rien ne semble pouvoir nous guérir, et ceci explique cela. Il ne s'agit pas de refaire l'histoire ; il s'agit de la regarder en face, comme les allemands ont sur regarder avec courage le nazisme et ses effroyables crimes. Il ne s'agit pas davantage de renier la démocratie. Mais de grâce, que ce soit une vraie démocratie, et que les citoyens puissent décider vraiment de ce qui engage leur vie quotidienne et leur avenir, et non point un quarteron d'énarque et d'hommes politiques absolument coupé du réel.

Larmes de crocodile

Je recommande vivement à mes lecteurs le livre de Jean SEVILLIA, intitulé Le terrorisme intellectuel. En son chapitre intitulé Liberté, Égalité, Sexualité, il nous apprend bien des choses intéressantes sur les champions et les promoteurs de la licence sexuelle qu'ont été, notamment, les médias de gauche, comme Libération ou le Nouvel Observateur et toute une partie du monde du show-business. Cette lecture leur montrera combien est hypocrite le déchaînement de certains éléphanticules, comme de certains "libéraux" de droite, contre monsieur Frédéric MITTERRAND.
Voici, par exemple, un extrait d'un article du Nouvel Observateur en date du 8 juillet 1999. L'article fait partie d'un dossier consacré au Paris branché. Je vous cite ce monument de la littérature gaucho-bobo : "Un bar, une piste de danse, parfois un restaurant, et des alcôves ouvertes à tous et chacun, où les gens font l'amour à deux, à quatre, ou à plus..." Tout y est : ellipse savante, énumération des possibilités, et, suprême ordure, des points de suspension, pour la clore momentanément. On se dirait au zoo de Vincennes, à l'époque des amours des singes.
Arrêtez-moi si je me trompe. Entendites-vous sonner les trompettes de la réprobation du côté de la gauche ? Vîtes-vous des défilés de protestation contre cette promotion du vice ? Monsieur HAMON - mais il devait encore être dans les langes, il y a dix ans - qu'aurait-il dit s'il avait été porte-parole du PS à l'époque ?
Bien entendu, je n'entends pas ici défendre ni condamner monsieur Frédéric MITTERRAND. Il s'agit d'une affaire de conscience. Je maintiens que la dignité de la fonction ministérielle devrait l'inciter à prendre un peu de repos, mais cela relève de sa seule appréciation, et les protestations de monsieur HAMON, les attaques virulentes de Ségolène ROYAL contre le choix qu'a fait le Président de la République (car c'est le centre de sa réaction) de son ministre de la Culture, et qui reviennent à lui imputer la responsabilité des errements de ce dernier, ne changent rien à l'affaire.
Permettez-moi de citer un passage de ce chapitre fort bien écrit du livre de Jean SEVILLIA :
"Certains osent rappeler qu'en matière de sexualité, la démolition des barrières morales, des conventions culturelles et des conceptions religieuses ne constitue pas un progrès. Que les entraves d'autrefois n'étaient pas arbitraires. Qu'elles correspondaient à un besoin HUMAIN autant que SOCIAL (majuscules de votre serviteur, pour indiquer qu'il ne s'agit ici que de l'ordre "charnel", pour reprendre l'expression de Paul de Tarse ; mais la voie étroite du disciple de Jésus va plus loin : elle vise le bonheur dans la durée et cela ne va pas sans renoncement à toutes sortes d'idolâtrie, dont celle du plaisir immédiat). Que l'homme, esprit et corps, forme un ensemble. Qu'il grandit par l'exercice de la responsabilité. Que l'amour est lié au respect. Que conférer un sens à l'acte de chair est un signe de civilisation. Que la fidélité est une vertu. Que la reconstruction de la famille est une nécessité."
Voyez-vous, quand des médias précautionneux ou des gens du monde de l'éducation ou de la culture (j'avais d'abord écrit "on" au lieu de "médias précautionneux, etc.") protestent contre la pédophilie, il faudrait aussi qu'ils réprouvent la licence sexuelle que tous vantent (ou presque tous) : journaux, cinéma, théâtre, école, télévision, publicité, littérature. Sinon, nous pouvons toujours pleurer sur le sort que réservent aux fillettes et garçonnets thaïlandais nos "touristes" européens ; ces larmes versées, ne sont que des larmes de crocodiles, des larmes politiciennes. Elles n'en sont que plus amères pour ces pauvres victimes.
PS : j'ai été amené à modifier les termes de billet, après les remarques de Fourmi et celles de Roparzh. Il s'agit donc d'une version nouvelle et amendée.

lundi 12 octobre 2009

Que le prêt était une meilleure solution...

Il vous souvient, j'espère, que j'avais été déçu par la réaction de monsieur MIGAUD ; le Président de la Commission des Finances de l'Assemblée disait en effet ceci : "En entrant au capital de BNP-Paribas au moment où l'action valait 27,24 euros et en en sortant au moment où elle vaut 58,20 euros, le gouvernement s'est privé d'une plus-value de 113E % et d'un montant de 5,8 milliards d'euros". J'avais fait remarquer que l'Etat n'était pas entré dans le capital de cette banque, mais qu'il lui avait consenti un prêt avec intérêt, et que, par conséquent, la remarque était dépourvue de toute portée.
Voici ce que je lis, sous la plume d'Eric LAMARQUE, professeur à l'Université de BORDEAUX IV (appellation administrative et ridicule d'une Université qui doit avoir un nom autrement moins arithmétique et qui pourrait être Université Michel de Montaigne) ; il répondait à la question d'un journaliste (L'Etat aurait-il dû faire une plus-value plus importante dans l'opération ? Il s'agissait du remboursement des facilités consenties par l'Etat à la banque BNP-Paribas) :
"Il est facile de dire que l'Etat aurait mieux fait de prendre des participations au capital pour réaliser ses plus-values. Au moment où la décision a été prise, personne n'était capable de prédire où la baisse pourrait s'arrêter. Prendre des participations aurait été un risque énorme."
Je revendique l'antériorité de la remarque, et je vais de ce pas demander mon inscription au Cercle de l'Entreprise, au nom duquel s'exprimait le Professeur LAMARQUE dans le numéro 536, du journal gratuit Direct matin du vendredi 9 octobre. Ce Cercle est un club de réflexion qui regroupe ving-cinq professeurs des Universités. Pour les avoir fréquentés longtemps, je sais que la qualité de professeur des Universités n'est pas un gage d'impartialité, mais tout de même, il y a chez mes chers collègues un niveau de réflexion intéressant. Peut-être qu'ils accepteront un biocrate dans leur groupe d'économocrates ?
Je me permet de glisser cette petite notule dans mes billets quotidiens pour répondre à Olibrius qui eût préféré que l'Etat participât au Capital.

dimanche 11 octobre 2009

Respect du corps de l'autre et tourisme sexuel

Je déteste m'attaquer à la vie privée personnes, celle des artistes comme celle des hommes politiques ou de tout autre citoyen. Néanmoins, quand l'une de ces personnes publie des écrits, des opinions, des récits, elle s'expose et accepte de s'exposer aux critiques des lecteurs et du public. Un lecteur et grand ami me demande de faire un petit billet sur ce sujet.

La polémique qui fait rage, à propos des frasques thaïlandaises de monsieur Frédéric MITTERRAND, me laisse sur des sentiments mitigés. Je me souviens que monsieur BAYROU a été sévèrement sanctionné par la presse et par les électeurs pour avoir rappelé à monsieur COHN-BENDIT qu'il avait fait l'apologie de la pédophilie dans un ouvrage passablement ancien. Personne, et surtout pas à gauche, n'a mené campagne contre Dany pour ces motifs. On ménage toujours celui qui peut vous servir. Je vois donc dans le déchaînement médiatique actuel, très certainement conduit à des fins de basses politiques, une énième tentative de déstabiliser le gouvernement. Et monsieur HAMON est d'une rare hypocrisie quand il s'attaque à celui qui porte le nom d'un Président qu'il vénérait. Mais ceci explique cela.
Tout de même, je trouve bon de vous livrer le passage critiqué et révélateur, à mon avis tout à fait exempt d'ambiguïté ; vous pourrez juger sur pièce, et non pas sur des ragots ou des gloses marginales et subalternes :

« Evidemment, j'ai lu ce qu'on a pu écrire sur le commerce des garçons d'ici et vu quantité de films et de reportages ; malgré ma méfiance à l'égard de la duplicité des médias je sais ce qu'il y a de vrai dans leurs enquêtes à sensation ; l'inconscience ou l'âpreté de la plupart des familles, la misère ambiante, le maquereautage généralisé où crapahutent la pègre et les ripoux, les montagnes de dollars que cela rapporte quand les gosses n'en retirent que des miettes, la drogue qui fait des ravages et les enchaîne, les maladies, les détails sordides de tout ce trafic. Je m'arrange avec une bonne dose de lâcheté ordinaire, je casse le marché pour étouffer mes scrupules, je me fais des romans, je mets du sentiment partout ; je n'arrête pas d'y penser mais cela ne m'empêche pas d'y retourner. Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m'excitent énormément. La lumière est moche, la musique tape sur les nerfs, les shows sont sinistres et on pourrait juger qu'un tel spectacle, abominable d'un point de vue moral, est aussi d'une vulgarité repoussante. Mais il me plaît au-delà du raisonnable. La profusion de garçons très attrayants, et immédiatement disponibles, me met dans un état de désir que je n'ai plus besoin de refréner ou d'occulter. L'argent et le sexe, je suis au cœur de mon système ; celui qui fonctionne enfin car je sais qu'on ne me refusera pas. Je peux évaluer, imaginer, me raconter des histoires en fonction de chaque garçon ; ils sont là pour ça et moi aussi. Je peux enfin choisir. J'ai ce que je n'ai jamais eu, j'ai le choix ; la seule chose que l'on attend de moi, sans me brusquer, sans m'imposer quoi que ce soit, c'est de choisir. Je n'ai pas d'autre compte à régler que d'aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l'autre. »

Je trouve que cet aveu est pathétique, mais je ne puis m'empêcher de penser qu'il n'est pas digne d'un ministre. Il trahit une addiction dont j'ai pu mesurer la violence à Tibériade. Il affaiblit sa crédibilité et le laisse à la merci des maîtres chanteurs. En somme, la dignité de la fonction pourrait inspirer à monsieur MITTERRAND la pensée de prendre un peu de repos et d'abandonner une fonction qui lui allait bien nonobstant ces habitudes. Mais aujourd'hui, l'honneur, la dignité, la maîtrise de soi, le respect de l'autre, le respect du corps de l'autre, le respect du corps des enfants et des adolescents sont des notions très floues et dont s'accommodent nombre de gens en vue, parce que ça les arrange. On voit pourquoi. Ils ont les mêmes habitudes.


Commençons par nettoyer les écuries d'AUGIAS en purgeant Internet de tous ces sites immondes dont la presse nous relate la découverte et l'usage par des pervers polymorphes. Et qu'on ne me dise pas que c'est impossible. Les autorités chinoises savent très bien s'y prendre pour empêcher leurs concitoyens d'accéder à des sites qui sentent le dangereux fagot de la liberté et de la démocratie (la vraie, pas la nôtre).

La conscription, une invention totalitaire

Fourmi, dans l'un de ses commentaires, évoque les suicides de jeunes appelés, au temps du service militaire, et suggère que la suppression de ce dernier est liée à la crainte qu'auraient éprouvé certains militaires de carrière devant l'émergence d'une génération de jeunes, incontrôlable ou asociale.
Il est intéressant de rappeler quelques faits. La conscription est une invention de la Révolution. C'est la raison principale de l'insurrection de la Vendée. Les paysans de ce département ne voulaient pas abandonner leurs champs et leur bétail pour faire une guerre décidée sans leur consentement par les parisiens. Ils estimaient qu'il y avait pour cela des professionnels, essentiellement les jeunes gens de la noblesse, et des volontaires, souvent des soudards du reste, enrôlés par les sergents recruteurs, lors de tournées largement arrosées.
Dans un livre auquel j'ai souvent fait allusion (La France contre les robots), qui est une mine de pensées profondes, d'ironie cinglante vis-à-vis des "imbéciles" dont j'ai donné à plusieurs reprises la définition, BERNANOS écrit ceci :

L'homme de notre civilisation, de la civilisation française – qui fut l'expression la plus vive et la plus nuancée, la plus hellénique, de la civilisation européenne, a disparu pratiquement de la scène de l'Histoire le jour où fut décrétée la conscription. Du moins n'a-t-il plus fait depuis que survivre.
Cette déclaration surprendra beaucoup d'imbéciles. Mais je n'écris pas pour les imbéciles. L'idée de la conscription obligatoire paraît si bien inspirée de l'esprit napoléonien qu'on l'attribue volontiers à l'Empereur. Elle a pourtant été votée par la Convention, mais l'idée des hommes de la Convention sur le droit absolu de l'état était déjà celle de Napoléon […].
L'institution du service militaire obligatoire, idée totalitaire s'il en fut jamais, au point qu'on en pourrait déduire le système tout entier comme des axiomes d'EUCLIDE la géométrie, a marqué un recul immense de la civilisation. Supposons, par exemple, que la Monarchie ait osé jadis, par impossible, décréter la mobilisation générale des Français, elle aurait dû briser d'un seul coup toutes les libertés individuelles, familiales, provinciales, professionnelles, religieuses, porter ce coup terrible à la Patrie, car la Patrie, c'est précisément ces libertés. Cette opposition eut pourtant paru naturelle à nos pères.

Je vous invite à lire la suite, tellement vraie, et drôle. On ne peut accuser BERNANOS d'être un réactionnaire aveuglé par l'idéologie. Il pense, et il déduit que le totalitarisme n'est pas du côté où on le pense d'ordinaire, et surtout pas là où nos idéologues, enseignants, journalistes, politiciens veulent à toute force en trouver l'origine et la stigmatiser. Le totalitarisme est du côté d'un État qui a détruit tous les corps intermédiaires qui existaient entre lui et l'administration, qui laisse le citoyen nu, désarmé et sans défense, devant l'aveugle machine d'État, et, selon le mot de Simone WEIL, dévoré par le "gros animal social". On a détruit les ordres, qui correspondaient à des fonctions sociales, identifiées dans les sociétés indo-européennes depuis la nuit des temps, pour les remplacer par des classes sociales aux intérêts divergents, alors qu'ils étaient jusque là simplement différents. Oh, certes, il y avait bien des choses à réformer, à changer ; les cahiers de doléances montrent à l'évidence que la noblesse était tout à fait consciente de la nécessité de participer par l'impôt à la vie de la Patrie, et c'est sur son initiative que les "Privilèges" qui n'étaient plus que des "Avantages" dépourvus de toute contrepartie, ont été abolis. Car figurez-vous, s'il n'y avait pas eu de chasse à courre, les récoltes eussent été ravagées par les sangliers, les chevreuils et autres cervidés ; s'il n'y avait pas eu des guerriers pour protéger les artisans, paysans, commerçants, il n'y aurait plus eu d'agriculture, de commerce, de production de biens utiles à la vie ordinaire. Les agriculteurs de l'antique Asie Centrale en surent quelque chose qui étaient constamment soumis aux attaques des nomades guerriers. Tout cela s'explique et ne se condamne pas ; bien entendu, le système s'était durci et sclérosé. Mais je ne suis pas certains que le nôtre soit plus souple… ou plus libre.

samedi 10 octobre 2009

René Girard et l'Islam

L'un de mes lecteurs, très attentif et plus que judicieux me dit : Quand vous faites allusion à l'hypothèse de René GIRARD qui dit que depuis Jésus, il n'est plus possible qu'apparaisse une nouvelle religion, comment expliquez-vous la naissance de l'islam, très postérieurement à la crucifixion ? Je vais essayer de lui répondre.
Il y a, me semble-t-il, quatre réponses possibles à cette objection. (a) La première est de dire que René GIRARD se trompe. L'échec de ROBESPIERRE à fonder une nouvelle religion après l'exécution de Louis XVI (échec relevé par Edgar QUINET qui du reste évoque la tentative du conventionnel BAUDOT de remplacer le catholicisme par la religion réformée) indique, au titre du plus récent exemple connu de ce type de tentative, que l'hypothèse girardienne est assez crédible, et que René GIRARD a tout à fait raison. Dans son Voyage d'une parisienne à Lhassa, Alexandra DAVID-NEEL (la nièce du peintre DAVID, curieux homme qui prétendait en ses commencements boire la ciguë avec ROBESPIERRE si celui-ci venait à être attaqué, et finit par être le peintre de NAPOLEON Ier), évoque la curieuse cérémonie de ce Roi émissaire tibétain qui pendant huit jours a tous les droits sur tous les habitants de LHASSA, puis est expulsé de la cité, poursuivi et est en général tué ; elle donne une description absolument saisissante de ce qui a dû se passer quand les hommes tuèrent un innocent pour ramener la paix dans leur communauté ravagée par l'envie, le désir mimétique et les convulsions civiles. Les tibétains contemporains d'Alexandra, bien entendu, avaient perdu la mémoire du meurtre originel de l'innocent sacrifié sur l'autel de la paix. (b) Deuxième réponse : l'islam n'est pas une religion. Inutile de s'engager dans cette impasse. (c) Troisième possibilité, l'islam est une exception. La réponse mérite d'être examinée plus en détail. En effet, l'islam (pour autant que je le sache) n'est pas né à la suite du sacrifice d'un innocent, destiné à ramener la paix dans les communautés de la péninsule arabique en proie aux troubles intestins. Ces troubles ont été concomitants ou postérieurs aux succès de MAHOMET. L'islam n'est pas une religion sacrificielle. On peut même dire que c'est une forme altérée du judaïsme surtout et un peu moins du christianisme ; les musulmans font de la commémoration du sacrifice d'ISAAC par ABRAHAM, l'une de leur plus grande fête (l'Aïd) ; le Coran a sur la Marie des paroles que ne renierait pas un chrétien, et il reconnaît Jésus comme prophète ; quantités de sourates sont des poèmes superbes de tolérance et de bienveillance. Cette nouvelle religion n'est donc nouvelle qu'en partie, et sa nouveauté, me semble-t-il consiste à faire de Dieu, un tout-puissant absolu, absolument unique, et finalement assez éloigné des hommes. (d) Enfin, dans l'optique de la mystique chrétienne, on peut envisager que l'islam est aussi le grand défi religieux porté aux tièdes chrétiens contemporains, et qu'en fin de compte, l'histoire religieuse humaine finira dans la confrontation des rares disciples survivants du Christ aux fidèles du prophète. Il ne faut pas, me semble-t-il toujours, négliger cette dernière perspective. L'Apocalypse parle du combat final, de l'HARMAGEDDON (orthographe non garantie), et le localise dans la plaine de MEGIDDO, sise dans l'actuel ISRAEL.
Voilà ce que je pouvais dire. Que ces explications soient limitées, j'en conviens tout à fait. Elles méritent d'être approfondies, sans aucun doute. Mais elles n'invalident pas l'hypothèse de René GIRARD, qui est même une théorie.