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dimanche 3 mai 2015

03 mai 2015. Nouvelles de la Résistance. Cette vérité : tu es cela...

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Comme je l'ai promis dans mon dernier billet, et après une longue absence, je reprends comme je peux mon babil quotidien, non sans vous rappeler ceci qui est essentiel :

Ce n'est pas l'ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c'est la lâcheté !
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Les citations du jour.
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(a) "Le réel n’est pas rationnel mais religieux, c’est ce que nous disent les Évangiles : il réside au cœur des contradictions de l’histoire, dans les interactions que les hommes tissent entre eux, dans leurs relations toujours menacées par la réciprocité. Cette prise de conscience est plus que jamais requise, aujourd’hui que les institutions ne nous aident plus, que c’est à chacun de se transformer seul. En cela, nous en sommes revenus à la conversion de Paul, à cette parole qui vient soudain le transir : « Pourquoi me persécutes-tu ? » La radicalité paulinienne convient très bien à notre temps. C’est moins le héros qui « monte » vers la sainteté, que le persécuteur qui se retourne et tombe à terre."
In
René GIRARD,
Achever Clausewitz. Entretiens avec Benoît Chantre.
Carnets nord, Paris, 2007.

(b) "Cette vérité : tu es cela ! C'est elle en fin de compte que nous invoquons quand nous faisons appel à la douceur, à la charité, quand nous demandons grâce plutôt que justice : car alors nous ramenons notre auditeur à ce point de vue, d'où tous les êtres apparaissent fondus en un seul." 
In
A. SCHOPENHAUER.
Le fondement de la morale. Traduction française d'Auguste BURDEAU.
Le Livre de Poche, Paris, 1991. (Cité par Jeremy RIFKIN. Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Vers une civilisation de l'empathie. Editions Les liens qui libèrent, sans mention de lieu, 2011.)
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2. Commentaires.
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(a) Si nous avions, dans notre république moribonde, des hommes politiques capables de regarder le réel bien en face, plutôt que de consulter leur cerveau et les fiches idéologiques qui inspirent leurs décisions, nous n'aurions pas une telle exacerbation d'un laïcisme laïcardo-socialo-maçonnique, qui fait exclure d'un collège une jeune fille au motif qu'elle porte une jupe trop longue, (signe religieux manifeste d'une adhésion publique à l'islam d'après le Principal), nous n'aurions pas ces imbéciles décisions d'un Tribunal administratif de RENNES qui, saisi par la Libre (!!!) Pensée du MORBIHAN ordonne le démontage de la statue de Jean-Paul II (sauf à éliminer la croix qui orne cette magnifique statue de bronze de 9 m de haut) érigée à PLOERMEL, et nous n'aurions pas davantage une affirmation identitaire de plus en plus forte qui fait virer au radicalisme un nombre croissant de musulmans, offensés par la négation politique de la dimension sociétale de leur religion. C'est que le réel, ce qui fait que l'homme est ce qu'il est, est le désir d'infinitude et de transcendance  qui habite son coeur. Vous noterez, du reste, que plus on est placé en haut de l'échelle sociale, et plus on a tendance à nier le caractère "réel" de la religion. Ivres du pouvoir qu'ils détiennent pourtant du peuple, nos hommes politiques, nos journalistes vedettes, nos hauts fonctionnaires ont construit un système parfaitement imaginaire, utopique, irréel, qui ignore délibérément les aspirations profondes de leurs concitoyens. Il ne faut pas s'étonner, dès lors, que le Dieu de vérité soit chassé par des idoles qui ont nom argent, sexe, drogue, jeux de toutes sortes, partis politiques, ou, plus anodines mais tout aussi idolâtres les addictions aux sports, aux jeux vidéos, à l'alcool, pauvres substituts au vrai Dieu.

(b) La citation de SCHOPENHAUER vient utilement compléter celle de René GIRARD. C'est bien parce que l'autre est l'autre et que telle est la vérité, que nous pouvons comprendre la règle d'or solennellement annoncée par JESUS. "Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fasse". Je n'ai pas le temps de développer l'argumentation imparable de SCHOPENAUER qui démontre que le fondement de la morale n'est ni la raison, ni le psychisme, mais le processus empathique, et par voie de conséquence (sans que le philosophe l'ait clairement exprimé), nous pouvons comprendre qu'en acceptant librement de mourir ignominieusement sur la croix, l'Innocent, le Saint, le Juste par excellence ait pris sur lui la totalité de la douleur des hommes, de leurs péchés, de leurs limites, de leur nature mortelle.
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3. Informations diverses.
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16 mai, marche pour la famille à ANVERS.


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Souvenons-nous des douceurs policières qui relativisent les violences du service d'ordre du FN vis-à-vis des Femen (merci au Salon beige).



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dimanche 21 août 2011

Aveuglement, idéologie ou incompétence ? Allez savoir

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J'ai entendu hier soir au Journal Télévisé les réactions de monsieur HOLLANDE et de madame JOLY à l'appel de monsieur François FILLON publié dans le Figaro. Le Premier Ministre y  lançait un appel vibrant à l'unité nationale en réclamant de l'opposition une adhésion à l'inscription de la "Règle d'or" (la mal nommée) dans la Constitution. Les réactions de l'opposition sont consternantes. Elles transpirent l'aveuglement, l'idéologie ou l'incompétence, et même l'irresponsabilité. Je vais essayer d'expliquer pourquoi.
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Monsieur HOLLANDE refuse d'endosser une mesure qui, dit-il, ne s'imposerait qu'en 2013. Il feint de croire que son report à un an est fait pour embarrasser les socialistes, assurés d'arriver au pouvoir en 2012 (à mon avis, revêtus de la peau de l'ours). C'est tout simplement malhonnête. Un budget se prépare plus d'un an à l'avance, et la mise en oeuvre de la règle d'or supposerait que l'on réécrive maintenant la totalité du document présenté au Parlement : c'est impossible, bien évidemment. Et comme monsieur HOLLANDE n'en connaît pas encore le contenu, tout en en supposant la teneur, celle de l'austérité, sa remarque est nulle et non avenue. Comme toujours les socialistes, il a regardé dans son cerveau avant de regarder le réel : G. SOULIE de MORANT dans sa Vie de CONFUCIUS, le dit admirablement en commentant l'opinion si fine du sage en matière de politique : "la déraison s'irrite des réalités",
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François HOLLANDE ose dire que le champion du déficit est l'actuel gouvernement, remarque que monsieur FILLON a déclaré, lors de son entrée en fonction, que la France était au bord de la faillite et n'aurait rien fait pour remédier à cet état de catastrophe, mais il n'a voté aucune des propositions de loi présentée par le Gouvernement, tendant à combler le gouffre que lui et ses mis socialistes ont antérieurement creusé par l'adoption de mesures démagogiques (dont les plus emblématiques sont la retraite à 60 ans, et l'adoption des 35 heures). Il est donc nécessaire de lui poser quelques questions :
Oui ou non, y a-t-il un problème du déficit des comptes publics de la France ?
Quelle en est l'origine ? Pourquoi la France est-elle obligée d'emprunter ?
Si déficit abyssal il y a, quelles mesures prendrait-il pour le combler ? Augmentation des impôts ? Diminution des prestations sociales ? Contrôles renforcés de leur distribution ? Diminution des subventions de tous ordres aux associations qui sont leurs relais et leur soutien ? Mesures restrictives sur les pensions de retraite ? Ou autres choses ?
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On connaît le solutions socialistes : satisfaire les exigences de leur clientèle électorale pour parvenir au pouvoir et s'y maintenir, c'est-à-dire recruter des fonctionnaires, accabler d'impôts les classes moyennes et supérieures (artisans, commerçants, professions libérales) faute de pouvoir  faire "payer les riches" dont les fortunes sont depuis longtemps à l'abri à l'étranger, protégées de toute ponction supplémentaire, faire intervenir l'Etat dans toutes les activités humaines afin de contrôler la vie sociale, agir sur les médias, sur le monde de la culture, mobiliser la sympathie des français naturalisés de fraîche date. Il faut que j'aille jusqu'au bout : je ne doute pas un seul instant que nombre de socialistes soient convaincus de la justesse de leur choix. Cette justesse, ils la trouvent dans leur doctrine, et non pas dans une analyse de la réalité. L'explication de cette plaie de l'esprit est simple : elle réside dans la croyance en la dialectique de papa HEGEL : thèse, antithèse, dépassement de la contradiction par la synthèse. Ils sont donc parfaitement assurés que leurs propositions réalisent une synthèse susceptible de dépasser les complications du moment, engendrées par des difficultés que nous ne pouvons contrôler (mondialisation, financiarisation de la vie économique) : ils ne voient en elles que des contradictions et non des éléments fondamentaux dont la prise en considération est indispensable à la conduite d'une action adaptée.
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Je vais encore aller plus loin : le bouclier fiscal était une erreur ; il offensait le sens de l'équité et de l'égalité, chevillé au coeur des Français depuis les Gaulois (j'ai fait un petit billet là-dessus), et sa justification économique (éviter l'évasion des grandes fortunes hors de France) s'est révélée fausse. De plus, il n'est pas anormal que les plus fortunés contribuent davantage à la vie du pays que les moins avantagés. Ce qui ne va pas, dans les réactions socialistes, c'est la haine qu'ils expriment à l'égard des riches, supposés être leurs ennemis politiques. Or la France a besoin de leur concours, et l'on ne prend pas des mouches avec du vinaigre. Allez, qu'ils cessent, ces gens pleins d'aigreur, de jouer la lutte des classes, qu'ils arrêtent de confondre les entreprises et certains patrons du XIXe siècle égarés dans le XXIe, qu'ils comprennent enfin que le problème de la France n'est pas un problème de demande, mais d'offre : nous ne produisons plus assez de richesses pour satisfaire notre désir de consommation, voilà le réel et seul problème de notre patrie, si elle persiste dans sa vision de la vie économique : la croissance à tout prix, le fric à tout prix, le plaisir à tout prix. Certains, dont nombre de jeunes, commencent à se lasser de cette perspective.
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Je ne dirai rien de l'intervention  de madame JOLY. Elle est à la hauteurs des intrigues qu'elle aurait tramées avec ses amis lors de la préparation des élections primaires du parti écologiste. J'en resterai donc là en vous souhaitant un bon dimanche.
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mercredi 18 mai 2011

Plaidoyer pour la morale

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Les imbéciles qui grouillent dans la lumière poisseuse des médias, de la culture ou de la politique rigolent sous cape ou même ouvertement quand on parle de morale. Ils voient dans ce mot un catalogue d'obligations ou d'interdits, un système de barrières qui se dressent entre eux et l'assouvissement de leurs désirs, un truc de curetons ou de clercs qui permet à ceux-ci de faire peser sur les épaules des pauvres hommes des fardeaux qu'eux-mêmes ne portent pas, à seule fin de jouir de leur pouvoir.

Or la morale est un art de vivre, d'abord un art de vivre et seulement un art de vivre. Combien de fois ai-je dit ici que la morale est la réponse à cette question lancinante : "Que dois-je faire pour avoir la vie bonne ?"


Je voudrais donc répondre ici aux très importants commentaires faits par deux lecteurs, TIPPEL et ROUGEMER, à mon billet d'hier consacré à l'affaire DSK et intitulé "Silence". J'ajoute que je n'entends pas m'adresser à eux pour leur faire un quelconque procès d'intention ou leur donner une leçon. Mon but est de montrer que le principe de réciprocité est au fondement de toute action pour celui qui vit dans le milieu existentiel moral.


Au livre VI des Entretiens (Lunyu), section 28 (numérotation d'Anne CHENG), ZIGONG interroge CONFUCIUS sur le ren (vertu d'humanité). Et le Maître a cette réponse : "Pratiquer le ren c'est commencer par soi-même : vouloir établir les autres autant qu'on veut s'établir soi-même, et souhaiter leur réussite autant qu'on souhaite la sienne propre. Puise en toi l'idée de ce que tu peux faire pour les autres - voilà qui te mettra sur la voie du ren".

Les juges et les magistrats new-yorkais, n'ont-ils rien à se reprocher en la matière ?


Au livre XII, section 21, FAN CHI demande à CONFUCIUS : "Que faut-il faire [noter le FAUT] pour fortifier sa vertu : déraciner ses vices et vaincre l'illusion ? Le Maître : excellente question ! S'atteler à la tâche avant que de penser à la réussite, n'est-ce pas fortifier sa vertu ? S'en prendre à ses propres vices et non à ceux des autres, n'est-ce pas le moyen de les déraciner ? Quant à l'illusion, n'en voilà-t-il pas un exemple : dans un accès de colère, se mettre hors de soi jusqu'à menacer la sécurité de ses parents ?"

Les journalistes et les commentateurs se sont-ils attelés à la tâche de la vérité ?


La Commission théologique internationale a produit un document de première importance, intitulé A la recherche d'une éthique universelle. J'aime le mot Recherche. Il indique assez que la chose n'est pas évidente et nécessite un dialogue des cultures et des nations.

Dans la Section 51 de cet ouvrage, il y a un excellent commentaire des constatations faites dans les sections antérieures, sur ce qui constitue des tendances spécifiques à l'homme (le désir de conserver sa vie, le désir de la transmettre, le désir d'entrer en dialogue et relation avec autrui) : "A ces tendances spécifiques à l'homme correspond l'exigence perçue par la raison de réaliser concrètement cette vie de relations et de construire la vie en société sur des bases justes qui correspondent au droit naturel. Cela implique la reconnaissance de l'égale dignité de tout individu de l'espèce humaine, au-delà des différences de races et de culture, et un grand respect pour l'humanité, où qu'elle se trouve, y compris dans le plus petit et le plus méprisé de ses membres. 'Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse'. Nous retouvons ici la règle d'or qui est mise aujourd'hui au principe même d'une morale de la réciprocité. Etc."

Et dans sa section 15, cette même Commission théologique internationale rappelle justement ce que le ren est aux yeux de CONFUCIUS : "Mansuétude (SHU4), n'est-ce pas le maître mot ? Ce que tu ne voudrais pas que l'on te fasse, ne le fais pas aux autres" (Entretiens, Livre XV, section 23). Tout le chapitre qui contient cette section, du reste, est consacré aux convergences que l'on retrouve dans les sagesses orientales (chinoises, islamiques), ou gréco-romaines.

Fidèle à la méthode que je me suis efforcé de suivre, je vais poser quelques questions :

Même si j'étais coupable, aurais-je aimé être photographié les menottes aux mains ?

Même si j'étais coupable, aurais-je aimé que l'on me jette en pâture à l'opinion publique avant même d'être jugé ?

Chaque état a le droit de définir ses procédures judiciaires, c'est l'évidence même. Mais chaque conscience a le devoir de protester toutes les fois que l'humain est sali en l'homme.




vendredi 21 août 2009

Sur la vulnérabilité

Les diverses remarques et commentaires - et je me félicite qu'ils se multiplient - m'amènent à constater que mes interlocuteurs s'acceptent comme vulnérables, tout comme moi, du reste, qui n'aie jamais songé à dissimuler mon nom sous un pseudonyme, (pas plus que les tâtonnements de ma réflexion, quand bien même je pourrais apparaître comme un peu raide ou tranché dans mes opinions), et qui par conséquent accepte de m'exposer aux critiques.
J'ai le bonheur de compter parmi mes filleules, Marie, la fille de mon meilleur ami. Marie est normalienne, agrégée de philosophie (à 23 ans !), et prépare une thèse sur la vulnérabilité. Je vous livre ici le début d'une conférence qu'elle a récemment donnée, avant de commenter quelque peu ce que semble être la vulnérabilité.
"La catégorie de vulnérabilité est au centre de la critique des théories traditionnelles de la justice et de la morale élaborée par Martha Nussbaum et Joan Tronto. Celles-ci déploient une anthropologie de la vulnérabilité qui fait de cette catégorie un trait de toute existence humaine, et se fondent sur cette anthropologie pour réviser nos conceptions de la vie bonne et de la société juste. Je voudrais me pencher sur ces tentatives – et surtout sur celle de Nussbaum – pour expliciter l’intérêt politique d’une réflexion sur la vulnérabilité mais également en indiquer les difficultés épistémologiques.
Pour résumer les choses rapidement, il me semble que cet intérêt politique provient du fait que la catégorie de vulnérabilité peut jouer un rôle à la fois critique et normatif : un rôle critique au sens où elle permet de mettre en question une certaine « idéologie de l’autonomie » et, conjointement, le contexte social et politique qui la produit et lui permet de se maintenir ; un rôle normatif au sens où elle permet d’élaborer une conception différente de la justice et de la coopération sociale, intégrant pleinement les valeurs engagées dans les pratiques de care.
Cela dit, pour remplir effectivement ce double rôle, la notion de vulnérabilité semble demander à être précisée, et c’est là où les problèmes épistémologiques surgissent : à première vue, à la centralité de la catégorie semble en effet correspondre sa sous-détermination, le flou qui entoure ses usages et qui en compromet le caractère opératoire. Je voudrais montrer ici qu’on aurait tort de faire de cette sous-détermination un « manque », ou un « défaut » qui justifierait la disqualification de la notion. Plus précisément, il me semble que la catégorie de vulnérabilité, tout en renvoyant à un trait de l’existence humaine, à une propriété essentielle et donc universelle, ne peut pourtant être saisie qu’indirectement, à travers des manifestations et des pratiques particulières, qui varient d’un contexte socio-historique à un autre, voire même d’un individu à un autre. Autrement dit, la vulnérabilité pure n’apparaîtrait jamais comme telle, mais il serait nécessaire de la postuler pour rendre compte d’un certain nombre de phénomènes moralement et politiquement problématiques dont elle serait la condition de possibilité."
Tout le reste de la conférence est de la même rigueur. Exceptionnel.
Il me semble que l'homme, dès son apparition sur la terre, a eu le sentiment de sa vulnérabilité. J'entends par là, de sa faiblesse, de ses limites, de sa fragilité, de la facilité extrême, qui est celle de tout homme, qu'il a d'être blessé, au propre comme au figuré, par la nature comme par autrui. A mon avis, c'est ce sentiment, initialement confus, de vulnérabilité qui a poussé l'homme à faire société, selon le principe bien cristallisé : "L'union fait la force". Selon moi toujours, la société est nécessaire pour qu'apparaisse la violence mimétique si bien analysée par René GIRARD. Elle est donc postérieure à la prise de conscience de la vulnérabilité. Mais qui dit société, dit possibilité de se comparer à autrui, de désirer ce qu'il désire, d'où les violences, et la mise en route du processus victimaire, dès qu'apparaissent des inégalités, pas n'importe lesquelles, des inégalités qui créent des rapports de force, suscite la soumission contrainte, et parfois conduit à l'esclavage, toutes situations qui peuvent paraître désirables comme elle est bonne pour celui qui en est le bénéficiaire.
C'est sans doute la raison qui a poussé tant de sages, dans toutes les cultures, a énoncer la Règle d'or, la règle cardinale de la vie en commun, dans une société bonne et juste : "Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse", reprise de manière positive par Jésus : "Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fasse". Jésus se place ici dans le registre de la relation, et non de la prestation économique ou sociale. Et il prend comme modèle de relation, celle qu'il entretient avec son Père. On voit par là que Jésus n'est pas un sage comme les autres, car il sanctionne la vérité de ses paroles par des signes (guérisons, exorcismes, résurrection de morts), et sa parole est performative ; elle fait ce qu'elle dit. Bien entendu, je comprends que l'on puisse borner son adhésion à Jésus, à l'adhésion aux seuls textes, sans conclure à leur vérité historique. Mais ce que disent les Évangiles, c'est bien cela, et rien d'autre. Libre à chacun d'en tirer pour lui les conséquences.
Si nous étions convaincus de notre vulnérabilité, au lieu de la dissimuler derrière des masques, nous l'accepterions, et nous pourrions alors faire de la compassion pour autrui et pour la nature, le moteur de nos actions et de nos décisions.
Affaire à suivre

vendredi 24 avril 2009

Que la loi doit reposer sur la morale naturelle

Les animaux consentent à de très nombreux sacrifices pour satisfaire aux exigences de leur nature : se nourrir, se reproduire, protéger leur progéniture le temps qu'il lui est nécessaire pour devenir autonome. Des fauves passeront des heures, immobiles, sous un soleil de plomb, à guetter une proie, des guenons défendront bec et ongle leur petit, les animaux de la savane déploieront des ruses inouïes pour s'abreuver aux maigres mares qui la parsèment tout en échappant à leurs prédateurs.
Il n'en va pas de même pour l'homme. Toute l'histoire de l'humanité peut se résumer aux efforts accumulés par les générations multiples pour diminuer sa peine et ses efforts et augmenter ses plaisirs. Les outils, la vie en société, la spécialisation des fonctions dans les communautés humaines n'avaient d'autres fins que cette volonté d'amélioration, fondement de la culture. Cette tendance, avec le développement prodigieux des techniques, n'a fait que prendre de l'ampleur, au point qu'aujourd'hui toute difficulté à agir, tout frein à l'accomplissement des désirs, tout retard dans l'accaparement des fruits, sont perçus, par ceux qui les vivent, comme une injustice. Chaque individu réagit dans le seul but de diminuer sa peine et d'augmenter ses plaisirs.
De tous temps, pour empêcher que cette tendance humaine à accaparer le fruit et négliger l'effort, ne perturbe la vie sociale, il y a eu des lois dont la fonction est de réguler les comportements humains, et de tempérer le foisonnement des passions individuelles ou collectives. La loi est donc nécessairement contraignante. Mais - et ceci a très bien été étudié et démontré par Michel CROZIER dans un ouvrage très remarquable, L'acteur et le système, - la tendance des êtres humains et des sociétés auxquelles il appartient, est de réagir à la contrainte par un contournement de ses exigences. (Je voudrais ici illustrer ce point par les propos d'un responsable syndical de la police ; il critiquait les mesures prises par les pouvoirs publiques contre les casseurs-manifestants porteurs de cagoule qui, jusque-là, échappaient à la loi en dissimulant leur visage pour ne pas être identifiés ; il énonçait lui-même, à grands renforts de détails, les moyens de contourner cette loi [porter une capuche, un casque de moto intégral, etc.], la jugeait inutile pour le motif qu'elle pouvait être aisément anéantie dans ses effets par l'habileté des casseurs et de leurs avocats). Mais plus la loi est transgressée, et plus on a tendance à la durcir. Comment lutter contre cette atteinte qui, effectivement, pourrait en fin de compte, être jugée comme insupportable ?
Je ne vois personnellement qu'un moyen. On me trouvera naïf, utopique, rêveur. Tant pis. La loi, pour être applicable, ne doit pas blesser la morale naturelle. On peut la résumer par la Règle d'Or formulée négativement : "Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse". Ne le tue pas, car tu ne voudrais pas qu'il te tue, ne le vole pas pour la même raison, ne convoite pas ses biens non plus que sa femme, etc. Il faut donc, très tôt et à l'école, enseigner ce qu'est la morale naturelle, et ne rien édicter par la loi qui aille contre : car l'esprit humain est très prompt à détecter les contradictions et les failles d'un discours.
C'est pourquoi, en vertu de la proscription absolue du meurtre, je demeure résolument opposé à l'avortement (hormis quelques très rares cas où il apparaît comme la solution du moindre mal : viol ou inceste, comme ce fut le cas récemment de la petite brésilienne). On voit bien ici que la loi ne vient pas protéger la vie, mais alléger ou supprimer la peine ou les douleurs d'une grossesse non désirée, tout en augmentant les possibilités de prendre du plaisir, celui du sexe. Elle n'a là aucune considération pour l'avenir de l'espèce, ou la protection du faible. Pour la même raison, je suis absolument opposé à la peine de mort, et je ne vois aucune exception possible à cet interdit fondamental. Supprimer le pire des criminels, c'est lui ôter la possibilité d'une rédemption, c'est le croire incapable d'être sujet d'un salut. On pourrait multiplier, pour chaque interdit de la morale naturelle, des exemples qui montrent combien, de nos jours, la loi, offense cette morale naturelle, la seule à laquelle une conscience droite peut obéir sans avoir l'impression d'y être contrainte.
Mais pour qu'il y ait conscience droit, il faut qu'il y ait conscience éclairée. Cela ne se peut, dans notre société laïque, que par un enseignement très rigoureux, très constant, de la morale naturelle, et une étude approfondie des conséquences personnelles et sociales de ses violations.
Je rêve...

lundi 23 juin 2008

La rencontre de l'autre

L'exacerbation des haines raciales ou religieuses de par le monde ne laisse pas d'interroger sur leurs raisons et les conditions qui permettraient de les atténuer, voire de les faire disparaître. J'y ai longuement réfléchi pendant le week-end, passé à STRASBOURG. Et je me sens dans l'obligation de vous livrer les fruits de ma réflexion.
La première des conditions, me semble-t-il, consiste à considérer l'autre COMME SON SEMBLABLE. D'aller vers lui (de s'en rapprocher physiquement et psychologiquement) sans prévention, sans a priori, et je dirais même, avec sympathie. Le prochain, en effet, est celui DONT ON SE REND PROCHE.
La deuxième condition est de reconnaître, connaître et estimer ses différences. On peut aisément les cerner : différences de couleur de peau ou de cheveux, d'aspect physique, de langue, d'origine géographique, de culture, de codes de communication et de politesse. Elles font que si l'autre est notre semblable, il n'est ni notre double, ni une réplique de ce que nous trouvons être l'idéal de l'être humain.
La troisième est, s'il est possible, de connaître les fondements de cette culture, de ces codes de communication et de politesse. Nous ne pouvons exiger de l'autre qu'il connaisse les nôtres. Mais nous pouvons EXIGER de lui qu'il applique dans ses relations avec nous les codes de politesse et de communication de sa culture d'origine. Je me suis laisser dire qu'il existe douze modes de relation de courtoisie au Japon, lesquels dépendent de la position sociale ou professionnelle, du sexe, ou d'autres facteurs qui échappent quelquefois à nos catégories. Je trouverais anormal que ces codes ne me fûssent pas appliqués par un Japonais. Réciproquement, nous devons appliquer à l'autre les règles de respect et de courtoisie qui sont les nôtres, et qu'il est aisé de lui expliquer.
La quatrième condition est d'admettre que nous vivons sur une grande illusion depuis les Lumières, celle de l'universalité de nos valeurs. Il n'en est rien. Nos valeurs ne sont pas universelles. Peut-être en est-il une qui fut partagée par de nombreuses et brillantes civilisations (je pense à la civilisation égyptienne ou à la civilisation chinoise) et qui était chez nous, jusqu'à un passé récent, comme NATURALISÉE : ne pas faire à autrui ce que l'on ne voudrait pas qu'il nous fasse (des textes égyptiens le disent presqu'en ces termes, et CONFUCIUS le dit expressément). Certes, par un effort de pensée, toute conscience droite peut admettre ce principe, principe que Jésus, dans un discours que l'on appelle la règle d'or, formule d'une manière unique car positive : FAIS A AUTRUI CE QUE TU VOUDRAIS QU'IL TE FASSE. Voilà la grande Révolution, voilà le moteur d'une histoire qui prend du sens. Et c'est au nom de cette règle d'or, et non pas en celui de principes idéologiques déconnectés de tout réel, que nous devons aide, secours, assistance, fraternité à tout être humain dans la détresse. Je ne connais pas d'autres moyens que de faire évoluer le monde vers plus de justice, et de fraternité (qui n'est pas la solidarité).
Voilà pourquoi je pense - et je ne l'ai pas toujours fait - que la Fête de la Musique qui vient de s'achever, et dont la paternité revient à Jack LANG, est une bonne initiative car elle permet de vraies rencontres. Il y des scories, et parmi celles-ci, la honteuse et démagogique initiative de madame BACHELOT qui a fait distribuer au frais du contribuable un million de préservatifs ? Certes ! Mais il y a aussi de très belles découvertes, des moments de communion fraternelle dans des musiques anciennes, exotiques, étranges, étrangères, modernes ; et tout ce qui fait converger l'humanité vers plus d'unité est bon.