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mardi 19 mars 2019

Dimanche 17 mars 2019. Nouvelles du pari bénédictin : philosophie du moi ; philosophie du nous, ou la condamnation d'un système politique


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Au lieu d’un château fort dressé au milieu des terres, pensons plutôt à l’armée des étoiles jetées à travers le ciel.
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LES TROIS ÉCOLES.
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"Les écoles de philosophie moderne, matérialiste ou éclectique [l’auteur désigne ainsi les philosophies relativistes], ont fait la philosophie de l’homme individuel, du moi, qui joue un  si grand rôle dans leurs écrits ; j’ai voulu faire la philosophie de l’homme social, la philosophie du nous, si je peux ainsi parler, et ces deux pronoms, moi et nous, distinguent parfaitement les deux manières différentes de philosopher.
Qu’on y prenne garde, cependant ; jamais ce moi, mille fois répété, ne peut être ni dire nous, et quel est le moi qui puisse dire nous, si ce n’est le moi général, un moi pouvoir, un homme enfin qui représente les autres ; l’homme roi dans une société, l’HOMME DIEU dans l’univers ?"
In
Œuvres de M. de BONALD. Tome XII.
Démonstration philosophique du principe constitutif de la Société. Introduction.
Librairie d’Ad. Le Clère et Cie, Paris, 1830. (Page 64.)
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COMMENTAIRES.
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Il est de bon ton de reléguer les œuvres du vicomte de BONALD au magasin des ringardises. En vérité, c’est un excellent philosophe ; sa langue est limpide et ses idées, fondées sur l’intuition, la tradition, le bon sens, et l’évangile, sont souvent extrêmement justes. Mais on préfère enseigner à nos jeunes têtes la philosophie des déconstructeurs, essentiellement relativiste, ou celle des matérialistes, désespérante et ténébreuse, plutôt que de comparer les trois types de philosophies, et notamment leurs conséquences politiques. BONALD en dégage une qui est essentielle : les philosophies matérialiste et relativiste sont des philosophies de l’individu coupé des relations avec les autres, avec la nature, et avec la transcendance (quelle que soit la forme ou le nom qu’on donne à cette dernière). Il en résulte un système parfaitement individualiste, qui faute d’être ancré dans des valeurs stables, transhistoriques et transpatiales,  obligent les pouvoirs publics à réguler sans cesse par des lois souvent contestables, et toujours contestées, les  comportements des individus, sans considération pour les personnes, sujets sociaux en relation avec autrui. Là git, me semble-t-il les raisons profondes de la crise que traverse notre malheureuse patrie : ses dirigeants confondent plaisir et bonheur, ordre imposé et ordre accepté, autorité de service et pouvoir de contrainte. Et les choses ne vont pas aller en s’arrangeant.
Que le parieur se souvienne de cette parole du Maître : le serviteur n’est pas au-dessus de son Maître, et l’on sait ce qu’il est advenu au Maître, Lui qui était sans péché.

mercredi 8 mai 2013

Les démiurges

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On qualifie d'hématopoïétiques, les organes qui fabriquent le sang. On devrait, par analogie, adorner les mythes des idéologues contemporains, d'anthropopoïétiques (qui fabriquent l'homme). C'est leur ambition folle : créer un homme nouveau, qui ne doive qu'à lui-même d'être ce qu'il est. Madame TAUBIRA a raison de dire que sa loi introduit à un changement de civilisation, tout en prétendant qu'elle n'ôte rien à personne ; et monsieur CHATEL a gravité sur la même orbite folle en ordonnant qu'on enseigne, lui régnant comme ministre de l'Education (!) Nationale, la théorie du gender en science naturelle et non point en philosophie. C'est une faute grave, une erreur impardonnable, et le témoignage d'une rare inculture.
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Au risque de me faire qualifier d'incompréhensible par mes amis Georges et Louis (qui, m'ont-ils dit, se fendent de me lire tous les jours), je vais faire d'abord évoquer Hannah ARENDT, avant de faire un saut dans le temps, un saut vertigineux mais salutaire, et je ferai un rapprochement dont j'espère qu'il viendra éclairer le propos de ce jour. C'est un peu long. Donnez-vous la peine de lire jusqu'au bout.
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Hannah ARENDT, dans la Préface de son livre intitulé Between Past and Future (je le cite indirectement, à partir d'une lecture sur le travail de cette philosophe politique), publié en français sous le titre de La crise de la culture (j'ai lu ce livre) écrit ceci : "Lorsque le fil de la tradition se rompit finalement [noter le passé simple ; ARENDT pointe un moment de l'histoire ; je suppose qu'elle parle de la rupture idéaliste du XVIIIe siècle], la brèche entre le passé et le futur cessa d'être une considération particulière à la seule activité de la pensée et une expérience réservée au petit nombre de ceux qui faisaient de la pensée leur affaire essentielle. Elle devint une réalité tangible et un problème POUR TOUS, ce qui veut dire qu'elle devint un fait qui RELEVAIT DU POLITIQUE" [Majuscules de votre serviteur].
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Voilà qui déjà nous explique pourquoi nos gouvernants ont fait voter la loi sur le mariage pour tous. Il n'y a pas de tradition, il n'y a pas de transmission, il n'y a que l'individu seul en face de lui-même qui a la liberté de se construire comme il veut. Qui ne voit que c'est une imbécillité et une contradiction insurmontable avec ce que ces apprentis sorciers ne cessent de nous seriner ? A savoir que les inégalités sont d'abord sociales (c'est-à-dire qu'elles DÉTERMINENT) et qu'il suffit de changer les conditions extérieures (c'est-à-dire DÉTERMINANTES) pour changer le destin de ceux qui sont soumis à ces conditions défavorisantes ? Que c'est une contradiction inacceptable pour les consciences droites, puisqu'elle revient à donner à d'autres que soi-même, le droit de dire ce que nous pourrions être par nous-mêmes ?
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Et maintenant, faisons ce saut immense dans le passé. Plongeons-nous dans SUMER. Nous sommes, d'après la tablette que je cite, le 28 février 1728 [la date a été recalculée, bien entendu, à partir des données de la tablette] avant J.-C. (HAMOURABI de BABYLONE a pris le pouvoir sur cette région en 1792). Une grand-mère [HABANNATOUM] va voir les juges pour qu'ils reconnaissent enfin la situation de celui qu'elle revendique pour petit-fils. Nous sommes plongé dans l'exigence de filiation. (J'ai trouvé ces traductions du sumérien dans Les métamorphoses de la sagesse au Proche-Orient asiatique. Des Sumériens à Thalès. Par Daniel ARNAUD. Collection Kubaba, l'Harmattan, Paris, 2012).
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"NINOURTA-RA'IM-ZERI, fils d'ENLIL-BANI, alla trouver les officiels et les juges. Il déclara : 'Mon père (...) mourut quand j'étais encore dans le sein de ma mère (...). En rapport avec ma naissance, ma grand-mère paternelle avertit le berger LOUGAYA et le juge SIN-GAMIL. Elle engagea une sage-femme et elle me mit au monde.' Telle fut sa déclaration."
 
Suit une contestation de cette filiation par des adversaires de NINOURTA-RA'IM-ZERI. La tablette continue :
 
"Les officiels et les juges vérifièrent leurs propos. Ils se firent lire la tablette du serment par le dieu, ils interrogèrent leurs témoins et ils discutèrent leur témoignage. Parce que les témoins disaient : 'NINOURTA-RA'IM-ZERI est le fils d'ENLIL-BANI', ils ordonnèrent (...) de faire comparaître des témoins qui connaissaient la filiation de NINOURTA-RA'IM-ZERI et de la prouver par serment, pour que les faits fussent établis pour le tribunal."
 
Après une longue enquête, les juges concluent :
 
"Il [NINOURTA-RA'IM-ZERI] est vraiment le rejeton d'ENLIL-BANI."
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Il est tout de même intéressant de constater que des peuples antiques, cultivés, mais encore vierges de toutes contaminations élucubratives idéologiques, prennent tant de soin à maintenir et à prouver par tous les moyens, la filiation. Dans le cas qui nous occupe, il s'agit d'un orphelin de père, élevé par sa grand-mère paternelle, qui revendique hautement être le fils d'un père défunt, une ascendance contestée par des adversaires (il se pourrait que cette contestation fût liée à des questions d'héritage). Il est évident qu'il ne s'agit pas de position idéologique, mais d'une revendication naturelle de filiation. Des détails, que j'ai passé sous silence, sont clairs et relèvent de la plus élémentaire physiologie de la reproduction. Il y a une sage-femme, un père, une mère ; on parle de la grossesse de la maman, de témoins qui ont vu et déposé leur témoignage sous serment. Tradition, transmission, suture entre le passé et le présent. Voilà ce que madame TAUBIRA et monsieur HOLLANDE veulent briser et qui plonge ses racines dans la nuit des temps. Pour eux, tout est politique. Et puisqu'ils se sont placés sur le terrain politique, quoique le problème relève de l'anthropologie, ils ne doivent pas s'étonner de voir que la réaction à leur folie prenne une allure "pseudo-politique" ; il n'y a malheureusement pas d'autres moyens pour se faire entendre. Rendez-vous le 26 mai. NOUS NE LÂCHERONS RIEN. Car, ne leur en déplaise, notre résistance n'est pas POLITIQUE ; c'est une objection de conscience.
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mardi 6 septembre 2011

Metro bobo

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Ramené par l'un des miens, ce numéro du journal gratuit Metro traînait sur la table basse de notre salon. Je n'ai pas pu résister et j'ai ouvert pour le lire l'exemplaire d'un journal que je considère comme tendancieux et partial. Articles qui reprennent les dépêches d'agence, courrier (très instructif) des lecteurs, minisondages (on apprend, page 10, que 62 % des lecteurs estiment que Jacques CHIRAC doit se rendre à son procès ; si la situation n'était pas aussi tragique, on attribuerait à l'anosognosie dont souffre l'ancien Président de la République le fameux "Je voterai HOLLANDE" ; l'anosognosie n'est-elle pas l'ignorance de son mal par le patient ?), et puis la Tribune libre. Celle du lundi 5 septembre a été commise par Francis METIVIER. Elle s'intitule "La morale de l'histoire".
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Je ne suis pas, comme monsieur METIVIER, auréolé du titre de Professeur de Philosophie, titre qui donne à son propriétaire la réputation du "sachant". Mais enfin il  m'arrive de penser. Et je dois dire que le contenu de cet article me donne à le faire, en me faisant du reste sursauter assez régulièrement d'étonnement ou d'indignation. Monsieur METIVIER s'interroge sur le retour de la morale à l'école, voulu par Luc CHATEL, l'actuel ministre de l'Education Nationale, l'immortel introducteur de la théorie du genre dans le programme des Sciences de la Vie dispensées aux élèves des classes terminales.
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Monsieur METIVIER commence par dénoncer l'emploi du terme "Retour" qu'il associe à "l'honnête homme" (quoique je n'eusse jamais lu cette expression dans les circulaires officielles instaurant cet enseignement). Il ironise : "Ce n'est pas retour vers le futur " mais "avancées vers le passé". Première erreur car ce commentaire est un jugement dépourvu de tout contenu informatif, et revient à faire comprendre au lecteur que tout ce qui serait ancien ou passé serait dépourvu de valeur. Monsieur METIVIER s'inscrit d'emblée dans la lignée des "progressistes" pour qui il n'est de (momentanément) bon que ce qui est nouveau. Absence totale d'esprit critique... Il donne ensuite une définition personnelle de l'honnête homme ce "concept - désuet donc [noter le jugement avant l'énoncé de l'objet du jugement]- désignant au XVIIe siècle un homme possédant assez de savoir pour être socialement agréable". Cette définition est au pire une imposture au mieux une erreur qui traduirait alors une connaissance assez superficielle de ce qu'était un "honnête homme" dans le Grand Siècle. Il continue :  "La question est : possédait-il suffisamment de réflexion pour être sincère ?" Admirable tour de passe-passe qui consiste à faire passer sous la forme d'une question anodine, un jugement de valeur sur les hommes de l'époque se réclamant de cet idéal. Mais il faut lui répondre. Il se peut qu'il y ait eu des hypocrites. Il se peut aussi qu'il y ait eu des hommes sincères. Et je ne pense pas que DESCARTES, PASCAL, MOLIERE, BOILEAU, CORNEILLE, RACINE et tant d'autres gloires aient été dépourvus de sincérité. De plus, comme nulle enquête sociologique, nul sondage, nulle étude scientifique n'ont été faites et ne pourront jamais l'être sur l'honnête homme du XVIIe siècle, on en est réduit, en bon historien, a analyser ce qu'eux-mêmes disaient de cette question. Mais il est vrai que monsieur METIVIER, lui, est un homme parfaitement sincère, à la différence de ces réprouvés.
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"Que voir dans ce programme si ce n'est l'art de travailler les apparences et l'apprentissage de l'hypocrisie sociale ?" Et de rameuter à sa cause notre Blaise PASCAL qui n'en demanderait pas tant s'il était encore de monde. Pour monsieur METIVIER, la morale se résume donc à l'apprentissage de l'hypocrisie sociale ? Et il se dit philosophe ? Il devrait relire KANT. Il poursuit : "Ne confondons pas le cours du professeur et celui du courtisan !" Personnellement, j'aurais garde de ne faire ni l'un ni l'autre. Car la morale n'a rien à voir avec ce que dit notre philosophe. Mais puisqu'il lui faut faire moderne, il tente de rallier à sa cause PINK FLOYD ("PINK FLOYD avait peut-être raison : 'We don't need no education.' ") C'est effarant, proprement effarant. Et ça lui épargne, à lui, l'effort de mettre en pratique ce qu'il enseigne. Je vois du reste dans ce renoncement à l'élévation personnelle la raison essentielle de ses remarques. Mais rien ne l'empêche d'être sincère et de mettre en pratique le respect d'autrui, le civisme, la courtoisie, non pas par hypocrisie sociale, non pour respecter les apparences, mais parce que "moralement c'est juste".
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Là où je suis d'accord avec lui, c'est quand il établi une distinction entre la morale et l'éthique.  Simplement il ne voit pas que la morale est fondée sur la loi naturelle, et l'éthique sur la définition de normes de comportement socialement acceptables (et à moi, il me semble que l'éthique est justement la science de l'hypocrisie sociale : la loi permet ; la loi interdit ; je respecte la loi ; je n'ai rien à me reprocher !)
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Cerise sur le gâteau, monsieur METIVIER estime qu'il est dangereux de faire réfléchir "les enfants sur des notions aussi subjectives que celle du bien et du mal si l'on n'a pas acquis une qualité non pas morale mais éthique : le recul nécessaire à la neutralité du pédagogue". Auparavant, il aura mis en doute la capacité des instituteurs à exercer leur scepticisme de manière fructueuse : "Les instituteurs sont-ils formés à une telle maïeutique ?". Voilà qui va certainement leur faire plaisir. Personnellement, j'ai vu un plus grand nombre d'instituteurs transmettre par l'exemple de leur vie les valeurs morales à leurs petits élèves, que des agrégés ou des professeurs d'Université (je les connais bien). Je doute toutefois qu'il faille hésiter sur l'impératif de respecter toute vie humaine, de ne pas convoiter le bien d'autrui, de ne pas faire de faux témoignages, d'honorer son père et sa mère. Il n'y a pas besoin de maïeutique, d'esprit critique, de grandes études philosophiques pour comprendre la valeur absolu de ces obligations ou de ces interdictions. Encore une fois, comme tant d'autres, Francis METIVIER confond les impératifs apodictiques et les prescriptions casuistiques qui, je le lui accorde, peuvent varier, et heureusement varier, avec le temps.
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Je proposerais volontiers de renommer le journal Metro ; et je suggère un nouveaux titre : Metro des bobos. Car publier de tels propos sans mettre en regard un point de vue contradictoire relève de la propagande, pas de l'information, et traduit la nécessité économique de la rédaction : s'assurer un lectorat régulier, branché, qui lui permettra de faire vivre le journal en vendant des espaces publicitaires à des grossiums du CAC40 ou de la bourse.
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Il me semble que ce texte illustre parfaitement deux conceptions parfaitement opposées de la morale. J'en avais donné les caractéristiques dans un récent billet. Je vous y renvoie. Ce sera (presque) tout pour aujourd'hui, car je reviendrai sur un commentaire de Roparz HEMON sur mon attachement (très relatif, je le lui assure) à la Marseillaise.

samedi 26 février 2011

Un petit aperçu

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Je n'ai pas le temps de développer le propos que j'ai promis de vous tenir sur le philosophe anglais AUSTIN. Un petit voyage m'attend. Mais tout de même, avant de partir et de reprendre demain soir ou lundi matin mes billets, voici l'extrait de la Préface consacrée par Gilles LANE au livre d'AUSTIN, livre qu'il a très heureusement traduit et introduit (Quand dire, c'est faire ; How to do things with words, titre original de ce recueil de conférences données à l'Université de Harvard). Vous allez voir pourquoi, depuis l'ouverture de ce Blog, j'ai dénoncé les idéologies de tous bords et les systèmes, dont nous, Français, sommes si friands, dans lesquels nous brillons, d'une lumière moins vive cependant que ne le font les grands philosophes allemands.
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"AUSTIN reprochait à la philosophie un certain obscurantisme paresseux, des préjugés dus à ce qu'on a pas recherché tous les aspects des faits problématiques, et la tendance à présenter des solutions ou théories qui simplifient outrageusement le réel (sans d'ailleurs contribuer, de façon significative à le faire comprendre). Il fallait donc remédier à cette situation déplorable et "redécouvrir" aujourd'hui la philosophie, telle qu'elle avait été inventée "partiellement" à Athènes".
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C'est parce que nos hommes politiques "philosophent" ou plus exactement croient philosopher, parce qu'ils ne prennent pas le temps de prendre en considération toutes les facettes du réel, qu'ils généralisent, ne s'inquiètent pas de contextualiser leur parole, ne sont pas en quête de tous les faits, qu'ils réduisent la politique à un combat de mots, d'injures, et de violence contenue. Ce n'est pas le faire, sans parler de la vérité (toujours difficilement saisissable), c'est le pouvoir et sa jouissance.
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A demain ou à lundi.

samedi 30 octobre 2010

Réponses à divers commentaires

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Sur les Lumières.
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Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai jamais dit. Je reprends donc ici mon argumentation, à l'intention d'un lecteur dont je lis seulement ce matin le commentaire et qui juge dangereux l'opinion (partagée par un nombre croissant de personnes, je le précise) que j'exprime dans le billet : "Il est temps d'éteindre les Lumières".
(a) Je n'ai jamais dit qu'il n'y avait pas de valeurs universelles. J'ai dit simplement que les Lumières n'étaient pas porteuses de [la totalité de] ces valeurs et que leur niveau d'analyse est identique à celui des Chinois et de CONFUCIUS. J'ai aussi dit que la France s'est servie de ces idéaux prétendus universels pour tenter d'imposer sa prépotence culturelle et politique au monde entier. Et que cette prétention nous a valu d'être trouvés insupportablement arrogants aux yeux des autres peuples.
(b) Le seul message vraiment universel que je connaisse, et qui prouve son universalité par l'adhésion profonde, existentielle, d'hommes et de femmes de toutes races, de toutes cultures, de toutes conditions sociales, est celui de Jésus. J'ajoute que la prétention des Lumières à l'Universel s'appuie sur cette réalité christique, et qu'elles ne l'eussent jamais théorisé si Jésus n'avait dit : "Allez dans le monde entier. De toutes les nations, faites des disciples".
(c) Pour que ce message soit entendu, il faut rentrer dans un mode de relation très particulier avec l'autre : reconnaître en lui le visage de Dieu.
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Sur l'histoire et sur les contestations qu'a faites Rama YADE, à propos de "l'Afrique qui commence à peine à rentrer dans l'histoire".
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(a) J'ignorais que Rama eut fait cette remarque. Mais si elle l'a faite, c'est par méconnaissance de ce que signifie l'histoire, qu'elle assimile à la civilisation ou à la culture. C'est là qu'intervient la fameuse objurgation de CONFUCIUS sur la "rectification des noms". Pour comprendre ce qu'est l'histoire, il suffit simplement de s'interroger sur l'existence de la préhistoire, de se demander pourquoi l'on a cru bon d'isoler cette branche particulière du savoir, de l'histoire proprement dite et de la protohistoire.
(b) On constate alors que l'histoire commence avec l'écriture, à SUMER plus de trois millénaire avant J.-C., en CHINE à sensiblement la même époque, en ÉGYPTE également. Autrement dit, pour qu'il y ait histoire, il faut que des hommes aient relaté des faits qui leur étaient contemporains et qu'ils les aient datés (peu importe le calendrier utilisé). S'ils relatent des faits très anciens, on les soupçonnera d'avoir rédigé des écrits mythiques en les parant des couleurs de l'histoire. Ainsi en Chine, à propos des Empereurs mythiques, CONFUCIUS a-t-il paré YAO, SHUN, les Augustes Souverains, de couleurs historiques parfaitement controuvées. Les peuples qui n'ont pas d'écriture n'ont pas d'histoire. Mais cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas de civilisation, de littérature (orale, transmise ainsi) ou d'art. C'est même le contraire, et c'est si vrai que les préhistoriens parlent de "culture" pour désigner un ensemble particulier de pratiques artistiques, artisanales, funéraires. On parle de la "culture des steppes", ou de la "culture azilienne", de la "culture de Bangpo" ou de "Longshan" [en Chine] ou de la "culture" de tel ou tel peuple.
(c) Sauf erreur ou ignorance de ma part, ce que j'admets tout à fait, peu de peuples africains ont connu l'écriture : les Égyptiens, plus tardivement les Éthiopiens, encore plus tardivement et avec l'arrivée des peuples arabes en Afrique du Nord, les populations du Maghreb. L'invasion de l'Afrique du Nord par les Vandales n'a pas été décrite par des Africains du Nord, mais par un auteur qui s'appelait PROCOPE et était de culture grecque. Assez curieusement, j'ai discuté pas plus tard qu'hier, avec un camerounais, homme distingué et cultivé, qui m'affirmait le plus sérieusement du monde que l'histoire de l'Afrique tropicale avait été écrite par des Africains sur des peaux d'animaux mais que le Portugais avaient falsifié ces documents. J'ai demandé des précisions que j'attends. Après tout, peut-être est-ce vrai. Mais il faut le prouver.
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Autres remarques.
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Une des remarques les plus fécondes que j'ai entendue, hier encore, est la suivante. Yves, un ami, me disait ceci : l'originalité et sans doute la supériorité longtemps maintenue de l'Occident sur le reste du monde tient à l'existence d'une double tradition, puisée à des peuples différents : la tradition philosophique grecque et ses nombreuses écoles (il n'y a pas qu'ARISTOTE et PLATON) et la religion chrétienne venue du judaïsme. Ces deux pensées se sont constamment frottées l'une à l'autre, sans jamais empiéter sur leur domaine respectif. Il en est résulté une stimulation réciproque et continue. Cette idée mériterait d'être creusée. Car abandonner un domaine (celui de la religion, par exemple ; même si je n'aime pas ce mot, dans le cas qui nous intéresse, il est opératoire) revient à marcher sur une jambe. Même remarque si l'on oublie la philosophie. Il faudrait voir comment cette stimulation réciproque s'est faite et en repérer les étapes. Mais cette remarque me paraît lumineusement juste. En somme l'erreur des Lumières seraient d'avoir voulu régenter un domaine qui n'était pas de sa compétence. Réciproquement, l'erreur du clergé, des théologiens, de l'Église-institution aurait été de vouloir régenter la pensée dans un champ qui n'était pas de sa compétence, celui de la société et de la politique.
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L'historiette promise hier vous sera relatée demain.

vendredi 21 août 2009

Sur la vulnérabilité

Les diverses remarques et commentaires - et je me félicite qu'ils se multiplient - m'amènent à constater que mes interlocuteurs s'acceptent comme vulnérables, tout comme moi, du reste, qui n'aie jamais songé à dissimuler mon nom sous un pseudonyme, (pas plus que les tâtonnements de ma réflexion, quand bien même je pourrais apparaître comme un peu raide ou tranché dans mes opinions), et qui par conséquent accepte de m'exposer aux critiques.
J'ai le bonheur de compter parmi mes filleules, Marie, la fille de mon meilleur ami. Marie est normalienne, agrégée de philosophie (à 23 ans !), et prépare une thèse sur la vulnérabilité. Je vous livre ici le début d'une conférence qu'elle a récemment donnée, avant de commenter quelque peu ce que semble être la vulnérabilité.
"La catégorie de vulnérabilité est au centre de la critique des théories traditionnelles de la justice et de la morale élaborée par Martha Nussbaum et Joan Tronto. Celles-ci déploient une anthropologie de la vulnérabilité qui fait de cette catégorie un trait de toute existence humaine, et se fondent sur cette anthropologie pour réviser nos conceptions de la vie bonne et de la société juste. Je voudrais me pencher sur ces tentatives – et surtout sur celle de Nussbaum – pour expliciter l’intérêt politique d’une réflexion sur la vulnérabilité mais également en indiquer les difficultés épistémologiques.
Pour résumer les choses rapidement, il me semble que cet intérêt politique provient du fait que la catégorie de vulnérabilité peut jouer un rôle à la fois critique et normatif : un rôle critique au sens où elle permet de mettre en question une certaine « idéologie de l’autonomie » et, conjointement, le contexte social et politique qui la produit et lui permet de se maintenir ; un rôle normatif au sens où elle permet d’élaborer une conception différente de la justice et de la coopération sociale, intégrant pleinement les valeurs engagées dans les pratiques de care.
Cela dit, pour remplir effectivement ce double rôle, la notion de vulnérabilité semble demander à être précisée, et c’est là où les problèmes épistémologiques surgissent : à première vue, à la centralité de la catégorie semble en effet correspondre sa sous-détermination, le flou qui entoure ses usages et qui en compromet le caractère opératoire. Je voudrais montrer ici qu’on aurait tort de faire de cette sous-détermination un « manque », ou un « défaut » qui justifierait la disqualification de la notion. Plus précisément, il me semble que la catégorie de vulnérabilité, tout en renvoyant à un trait de l’existence humaine, à une propriété essentielle et donc universelle, ne peut pourtant être saisie qu’indirectement, à travers des manifestations et des pratiques particulières, qui varient d’un contexte socio-historique à un autre, voire même d’un individu à un autre. Autrement dit, la vulnérabilité pure n’apparaîtrait jamais comme telle, mais il serait nécessaire de la postuler pour rendre compte d’un certain nombre de phénomènes moralement et politiquement problématiques dont elle serait la condition de possibilité."
Tout le reste de la conférence est de la même rigueur. Exceptionnel.
Il me semble que l'homme, dès son apparition sur la terre, a eu le sentiment de sa vulnérabilité. J'entends par là, de sa faiblesse, de ses limites, de sa fragilité, de la facilité extrême, qui est celle de tout homme, qu'il a d'être blessé, au propre comme au figuré, par la nature comme par autrui. A mon avis, c'est ce sentiment, initialement confus, de vulnérabilité qui a poussé l'homme à faire société, selon le principe bien cristallisé : "L'union fait la force". Selon moi toujours, la société est nécessaire pour qu'apparaisse la violence mimétique si bien analysée par René GIRARD. Elle est donc postérieure à la prise de conscience de la vulnérabilité. Mais qui dit société, dit possibilité de se comparer à autrui, de désirer ce qu'il désire, d'où les violences, et la mise en route du processus victimaire, dès qu'apparaissent des inégalités, pas n'importe lesquelles, des inégalités qui créent des rapports de force, suscite la soumission contrainte, et parfois conduit à l'esclavage, toutes situations qui peuvent paraître désirables comme elle est bonne pour celui qui en est le bénéficiaire.
C'est sans doute la raison qui a poussé tant de sages, dans toutes les cultures, a énoncer la Règle d'or, la règle cardinale de la vie en commun, dans une société bonne et juste : "Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'il te fasse", reprise de manière positive par Jésus : "Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te fasse". Jésus se place ici dans le registre de la relation, et non de la prestation économique ou sociale. Et il prend comme modèle de relation, celle qu'il entretient avec son Père. On voit par là que Jésus n'est pas un sage comme les autres, car il sanctionne la vérité de ses paroles par des signes (guérisons, exorcismes, résurrection de morts), et sa parole est performative ; elle fait ce qu'elle dit. Bien entendu, je comprends que l'on puisse borner son adhésion à Jésus, à l'adhésion aux seuls textes, sans conclure à leur vérité historique. Mais ce que disent les Évangiles, c'est bien cela, et rien d'autre. Libre à chacun d'en tirer pour lui les conséquences.
Si nous étions convaincus de notre vulnérabilité, au lieu de la dissimuler derrière des masques, nous l'accepterions, et nous pourrions alors faire de la compassion pour autrui et pour la nature, le moteur de nos actions et de nos décisions.
Affaire à suivre