Voilà bientôt trois ans que je m'efforce de faire partager à mes lecteurs les fruits de mes réflexions, leur évolution. Il y a un an ou plus, je parlais des règles qui fondent une communication éthique, des règles établies par un très grand philosophe contemporain, Jürgen HABERMAS. Avant d'aller plus loin, et d'expliquer (à Hiver par exemple) que loin d'être partisan, je m'efforce d'être objectif, je vais rappeler pêle-mêle ces règles.
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(a) Faire à son interlocuteur le crédit de la bonne foi.
(b) Donner aux mots le même sens et donc s'accorder au préalable sur leur définition.
(c) Laisser à son interlocuteur le temps nécessaire pour exposer sa pensée.
(d) Dire de quel lieu on parle et se tenir à ce lieu.
(e) Faire le constat commun des points d'accord et de désaccord.
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Hiver, dans un commentaire du billet "Ils ont osé", me fait le procès d'être partisan. Hiver s'adresse à moi ; il y a donc communication. Mais, comme chacun de nous est poussé à le faire, il interprète mes propos, cherche des arrière-pensées à mes remarques. Il ne me fait pas le crédit de la bonne foi. La première règle n'est donc pas entièrement respectée. Mais il va m'objecter ceci : "Vous-même imputez une mauvaise foi incroyable à monsieur BAYROU ou madame AUBRY. Vous ne leur faites pas le crédit de la bonne foi". Nuance, nuance ! Ces personnes ne s'adressent pas à moi. Je ne suis pas leur interlocuteur, mais un spectateur de leurs échanges acerbes avec le Président de la République. Comment pourrais-je à partir de ce que j'ai observé et compris de l'interview de monsieur SARKOZY affirmer qu'ils ont été objectifs. Il n'est pas vrai, par exemple, que le Président n'ait parlé des jeunes ; il a souligné les raisons vraisemblables de leur actuel malaise. Il en a parlé différemment de ce que monsieur BAYROU a exposé dans son programme. L'analyse a été superficielle, c'est exact, mais elle était juste, et c'est cela qu'il fallait dire pour être intellectuellement honnête. En affirmant cela, je respecte la dernière règle celle du constat de bonne foi de nos points d'accord et de désaccord sur cette intervention.
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Je n'ai jamais caché l'endroit d'où je parlais. Il est celui d'un universitaire chrétien. A ce titre, je me reconnais le droit de ne pas taxer de déboussolement ou d'hésitation, les temps de silence et de reprise du Président, mais d'y reconnaître les limites assumées et les faiblesses de tout être humain, madame AUBRY incluse. J'ai donc respecté la quatrième règle, mais, sur ce point, je reconnais que monsieur BAYROU et madame AUBRY l'ont aussi respectée, en se situant clairement comme responsable de leurs mouvements politiques respectifs. Je m'interroge simplement sur le degré de liberté que leur laisse cette qualité. Il me semble limité par les pressions que les ambitions politiques, l'opinion publique, leurs projets largement influencés par les électeurs potentiels exercent sur eux. Elles les incitent à découper dans le réel ce qui semblent abonder dans leur sens et conforter leurs désirs.
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Quant à l'accord sur la définition des mots, il est loin d'être acquis. On les pare souvent de toute une brume de significations symboliques. L'achat et la transformation d'un avion d'occasion pour en remplacer deux, désuets, à court rayon d'action est tout à fait emblématique : c'est une réelle source d'économies pour le Président, une dépense inutile et obscène pour l'opposition. Le désaccord porte sur le sens que l'on donne au mot "économie". Pour l'un c'est dépenser moins, pour l'autre c'est augmenter les impôts des plus riches pour maintenir en l'état la totalité des dépenses publiques, la redistribution y compris. Dans les deux cas c'est parfaitement compréhensible et même acceptable, mais on ne parle pas de la même chose : dialogue de sourds ! sonotones autorisés.
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A demain.