vendredi 30 avril 2010

28 juillet 1885, ou Jules Ferry démasqué

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Il se tint d'étranges propos à la Chambre des députés, le 28 juillet 1885. Jules FERRY devait s'expliquer devant la représentation nationale sur sa politique ouvertement colonialiste, combattue à la fois par la droite (monarchistes) et l'extrême gauche (qui nous paraîtrait bien pâle aujourd'hui) à laquelle appartenaient CLEMENCEAU et Camille PELLETAN ["pas d'ennemis à gauche" disait ce dernier] ; la gauche modérée, les radicaux, les socialistes soutenaient cette politique. Jules FERRY devait donc la défendre à la fois contre les opposants de droite et d'extrême gauche, qui voulaient renforcer les défenses françaises face à l'Allemagne, sur la frontière des Vosges plutôt que de se lancer dans des expéditions coloniales hasardeuses. Camille PELLETTAN avait dénoncé avec virulence la politique d'expansion coloniale menée par FERRY. Voici les passages les plus significatifs de la passe d'armes du 28 juillet 1885 dont les admirateurs de Jules FERRY n'ont pas lieu d'être fiers.
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"Sur ce point, l'honorable M. Camille Pellettan raille beaucoup, avec l'esprit et la finesse qui lui sont propres ; il raille, il condamne, et il dit : Qu'est-ce que c'est que cette civilisation qu'on impose à coups de canons ? Qu'est-ce, sinon une autre forme de la barbarie ? Est-ce que ces populations de race inférieure n'ont pas autant de droit que nous ? Est-ce qu'elles ne sont pas maîtresses chez elles ? Est-ce qu'elles vous appellent ? Vous allez chez elles contre leur gré, vous les violentez, mais vous ne les civilisez pas.
Voilà messieurs, la thèse : je n'hésite pas à dire que ce n'est pas de la politique, cela, ni de l'histoire, c'est de la métaphysique politique... (Ah ! Ah ! à l'extrême gauche)
Voix à gauche : Parfaitement !
M. Jules FERRY : ... et je vous défie - permettez-moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue, monsieur Pelletan, - de soutenir jusqu'au bout votre thèse qui repose sur l'égalité, la liberté, l'indépendance des races inférieures. Vous ne le soutiendrez pas jusqu'au bout, car vous êtes, comme votre honorable collègue et ami M. Georges PERIN, le partisan de l'expansion qui se fait par voie de trafic et de commerce.
M. Camille PELLETAN : Oui !
M. Jules FERRY : Vous nous citez toujours comme exemple, comme type de la politique coloniale que vous aimez et que vous rêvez, l'expédition de M. de Brazza.
Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... (Rumeurs sur plusieurs bancs à l'extrême gauche).
M. Jules MAIGNE : Oh ! Vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l'homme.
M. de GUILLOUTET [un monarchiste] : C'est la justification de l'esclavage et de la traite des nègres !
M. Jules FERRY : Si l'honorable monsieur Maigne a raison, si la déclaration des droits de l'homme a été écrite pour les noirs de l'Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer les échanges, les trafics ? Ils ne vous appellent pas (interruptions à l'extrême gauche et à droite. Très bien ! Très bien ! sur divers bancs à gauche.)
M. Raoul DUVAL : Nous ne voulons pas leur imposer ! C'est vous qui les leur imposez !
M. Jules MAIGNE : Proposer et imposer sont des choses fort différentes !
M. Georges PERIN : Vous ne pouvez pas cependant faire des échanges forcés ! "
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Et voilà le clou, l'apothéose de la pensée de Jules FERRY.
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"M. Jules FERRY : Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... (Marques d'approbation sur les mêmes bancs à gauche - Nouvelles interruptions à l'extrême gauche et à droite)."
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Qui osera dire enfin que ces paroles sont ignobles ? Qu'elles témoignent d'un racisme et d'une arrogance insupportables ? Et qu'elles traduisent l'opinion majoritaire de la Chambre des députés de l'époque. Pour l'honneur de la France, heureusement, il y eut à droite comme à l'extrême gauche des hommes qui ont protesté contre cette vision-là. Elle nous a certes valu le deuxième empire colonial du monde (après celui des Anglais). Elle nous vaut aujourd'hui le ressentiment de ces peuples qui avaient autant à nous apprendre qu'à être enseignés par nous, et elle est à l'origine de la haine ou de l'hostilité que nombre de citoyens des anciennes colonies françaises expriment à l'égard de notre patrie. En outre, elle fut une bombe à retardement, puisque la colonisation arrogante est à l'origine de flux migratoires que nous ne pouvons plus contrôler.
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Il n'empêche que monsieur Jules FERRY a l'insigne honneur d'être l'éponyme de nombre de lycées, d'avenues, boulevards, rues et places. Qu'en pensent les tenants de la laïcité à la française qui doivent tant à Jules FERRY ? Aujourd'hui, monsieur FERRY serait déféré devant les tribunaux.

Requiem pour une placette

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Il y a trente ans, la place Saint-Louis qui donne sur le pont Saint-Thomas, était, le soir, noire de monde. Une aimable anarchie régnait peut-être dans le stationnement des voitures sur le trottoir qui borde l'ILL. Mais on pouvait stationner régulièrement sur la place elle-même. Une foule d'étudiants se pressaient Aux deux Hallebardes et Aux bons crus d'Alsace, deux délicieuses winstubs contiguës. Certes, dans les salles, on n'y voyait pas à trois mètres tant les fumeurs étaient nombreux, et brumeuse l'atmosphère. Mais il y avait de la vie. Un brouhaha vigoureux faisaient un fond sonore vivant et multiforme ; parfois des chants, indubitablement gaulois jaillissaient, à une table, repris en choeur par les dîneurs.
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Imaginez aujourd'hui un endroit minéral, pavé de granit, entouré d'un petit muret qui se veut être une sculpture moderne minimale, un désert humain, pas de circulation, pas de stationnement. Des jeunes couples qui voulaient tenir commerce dans le quartier ont dû fermer boutique. Les deux winstubs sont quasi désertes.
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Les bobos sont passés par là, et les écologistes intégristes. Pas de voitures à STRASBOURG, pas de stationnement, pas de jeunesse le soir dans les rues : les étudiants, on les a repoussé à la périphérie de la ville. C'est dangereux, un étudiant, ça fait du bruit, et il ne faut pas déranger les locataires fortunés qui ont acheté, en connaissance de cause, des appartements rénovés au-dessus des deux restaurants si typiques. Monsieur le maire transforme sa ville en dortoir, en musée, et en touristodrome. Ça me fait mal de voir une ville si belle, que j'aime tant, perdre peu à peu de sa vie, comme un blessé perd de son sang. Hélas, le mal est fait. Plus jamais, cette ville naguère si vivante, ne retrouvera cette pétulance alsacienne, faite de bonhomie, d'humour et de juste distance. Les écologistes sont les ayatollahs d'une nouvelle religion tout aussi sectaire que celle de certains iraniens. Je crains fort qu'ils ne finissent par achever le peu de joie de vivre qui reste à un peuple jadis qualifié "du plus spirituel du monde".
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Allez ! Je chante un requiem pour cette défunte placette.

mardi 27 avril 2010

Absence

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Je suis absent jusqu'à vendredi 30 avril, inclus.
Bonne semaine à mes lecteurs.

lundi 26 avril 2010

Tenir bon

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La manière dont les partis politiques réagissent à l'affaire de cet homme supposé être polygame est typique de l'idéologie qui les ronge.
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Il faut commencer par le commencement. En premier lieu, nous sommes un pays de droit, et il est absolument indispensable de le respecter. Il faut tenir ferme sur ce point, et n'y jamais déroger. En second lieu, et c'est là où les choses se compliquent, notre pays ne reconnaît pas le mariage religieux. Il est donc tout à fait possible à un fidèle musulman (a) de se marier civilement à une française, d'acquérir ainsi notre nationalité, et (b) de contracter à la suite trois mariages religieux, sauf qu'un ministre des cultes qui, en France, marie religieusement un homme et une femme non marié civilement se rend coupable d'un délit et est passible des tribunaux. Qu'à cela ne tienne, il suffit d'aller dans un pays musulman qui, lui, reconnaît le mariage religieux, et le tour est joué.
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Ainsi, l'homme soupçonné de polygamie peut être religieusement (et régulièrement aux yeux de sa foi) polygame, sans l'être juridiquement. Voilà où mène l'exacerbation de la laïcité qui refuse de prendre en compte ce fait. Il me semble, toutefois, très facile de juger de la réalité de la polygamie, en se posant quelques questions : (a) les femmes supposées être mariées à cet homme ont-elles des enfants ? Combien chacune ? Ces enfants sont-ils du même père ? Quel âge ont-ils ? Les mamans de ces enfants sont-elles toutes voilées ? Quel nom porte les enfants ? S'il apparaît que les réponses à ces questions indiquent que l'homme soupçonné de polygamie a engendré régulièrement de ces quatre femmes, et d'elles seules, des enfants à des périodes coïncidentes, alors il y a fort à parier qu'il s'agit d'un cas de polygamie, régulier aux yeux de la religion musulmane, mais difficile à condamner chez nous si les mariages ont été contractés à l'étranger.
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Que faire ? La seule solution, à mon point de vue, consiste à reconnaître que le mariage religieux musulman a valeur de pacte civil de solidarité qu'il ait été ou non contracté en France. Or il est impossible aux yeux de la Loi d'en contracter plusieurs simultanément. La gauche s'époumone, mais ne voit le danger qu'il y a à défendre ces pratiques, qui condamne à brève échéance notre pays à être submergé par des familles pléthoriques, à la charge des contribuables, et qui ne manqueront pas de constituer chez nous des ghettos islamistes irréductibles. La droite réagit sans doute trop vite. Il faut réfléchir. Quant à accuser monsieur SARKOZY d'être responsable d'une prétendue manipulation, c'est tout simplement supposer qu'il avait une ligne directe entre l'agent verbalisateur de la porteuse de niqab (tient, d'un seul coup, on retrouve les bons mots pour désigner les pièces vestimentaires ; là on peut faire la différence entre une burqa et un niqab, bizarre, non ? ; voir mon dernier billet) et son bureau. C'est idiot et ne mérite même pas l'attention que je lui porte.
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La vérité est plus nuancée. (a) Nous devons nous abstenir de toute généralisation ; il y a des fidèles musulmans pieux et sincères ; ils ne doivent pas être victimes d'une injuste suspicion, et ils méritent notre respect. (b) Il y a les extrémistes, qui ne rêvent que de prendre une revanche sur la bataille de Poitiers, sur les croisades et sur la reconquista espagnole. Il ne s'agit pas d'un fantasme sorti tout droit de ma tête. Il s'agit là de propos tenus par des intellectuels et par des fidèles fanatisés.
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On peut se demander, aux réactions des uns et des autres, si le contact des responsables politiques avec la réalité humaine et religieuse a encore un sens pour eux. La plus mauvaise réaction est celle de la gauche et elle paiera ce manque de courage qui consiste à ne pas voir en face les faits ; la moins inadaptée est celle de la droite, mais je la trouve trop idéologique. Il nous faut réfléchir à ce que la laïcité signifie, et revoir tout à fait nos concepts en cette matière, en acceptant qu'il existe des cultures qui ne distinguent pas le domaine religieux du domaine politique ; il nous faut tirer les conséquences de cette situation. Si nos lois ne permettent pas de condamner la polygamie religieuse (je ne parle pas de maîtresses, comme le suggèrent plaisamment tel ou tel média, France Info en tête ; peut-être pour nous, mais pas pour un musulman à qui sa foi interdit l'infidélité), alors il ne faut pas accepter sur notre sol des personnes pratiquant ouvertement une forme extrême de l'islam qui ne peut avoir de place chez nous.
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Et qu'on ne me dise pas qu'il s'agit-là d'un argument juridique irrecevable au motif qu'il n'est fait que de soupçons et de présomptions. Toute la législation fiscale est fondée sur l'idée a priori qu'un contribuable est un fraudeur en puissance, de sorte que la charge de la preuve lui appartient quand il est accusé de fraude. Le droit est ici totalement présomptif. Ce qui est possible dans un domaine somme toute grossier, celui de l'argent trompeur, doit l'être encore plus quand il s'agit de la survie de sa patrie.
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Allez, tenez-bon, monsieur le ministre. Allez jusqu'au bout de l'enquête. Et donnez suite, s'il y a lieu.
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samedi 24 avril 2010

Le florilège des éléphants

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Avez-vous réussi à connaître la position du PS sur la question de la burqa ? Moi, je n'ai pas eu ce bonheur. Voici quelques barrissements des éléphants, éléphanteaux et éléphanticules sur le sujet.
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Monsieur Harlem DESIR : Aucune burqa n'est assez grande pour cacher l'échec économique du gouvernement. Peut-être monsieur DESIR pourrait-il lui prêter celle qui sert à cacher sa bêtise ?
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Monsieur MOSCOVICI : Ça me paraît être une politique de gribouille. Une politique qui vise uniquement à servir certaines clientèles ou satisfaire certains instincts, ça n'est pas la bonne attitude. C'est une réflexion du genre "nous étions au bord du gouffre, nous avons fait un grand pas en avant". En quoi l'interdiction de la burqa serait-elle destinée à servir certaines clientèles, ou satisfaire certains instincts ? Que pensent les militants du PS du port de la burqa ? Approuvent-ils ou non cette mesure ? A entendre de-ci de-là les réflexions de nombreux Français, il m'apparaît que les clientèles viennent d'horizons très divers, et qu'elles sont toutes habitées des très bas instincts que dénonce monsieur MOSCOVICI. Il devrait être plus précis. Quels sont ces instincts ? Peut-il les nommer ? Quelles sont ces clientèles ? Hélas il lui est impossible de donner de vraies réponse à ces questions. Sa prose est belle comme l'antique ; c'est un avant-projet de proposition de brouillon d'un dictionnaire de figures de rhétoriques.
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Monsieur CAMBADELIS ironise. On imagine mal les policiers courir dans les rues pour retirer le voile aux femmes. Il faudrait que cet éminent membre du PS aille prendre des cours aux Trois Baudets s'il veut faire dans l'humour, ou, plus sérieusement, qu'il nous dise s'il estime que le port de la burqa dans l'espace public est souhaitable ou non, et qu'il explique les raisons de sa position. A défaut d'avoir de l'humour, monsieur CAMBADELIS a de la souplesse. Il sait faire la pirouette. Sa place, dans le cirque politique, est celle du contorsionniste.
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David ASSOULINE dénonce le port de la burqa dans ces termes : Il ne faut pas rester inerte et combattre la burqa qui est antinomique aux valeurs de la République. Fort bien. Si le français de monsieur ASSOULINE est approximatif, son opinion ne l'est pas. Voyons la solution. Il s'agit, pour monsieur le sénateur ASSOULINE, de renforcer les moyens existants (je me demande bien lesquels) pour intégrer ou protéger les femmes concernées. La position est nettement plus courageuse. Mais elle ressemble un peu à celle du général d'opérette qui harangue ses troupes en leur criant d'un ton martial : Armons-nous et... partez ! Personne au monde n'est en mesure d'obliger une femme musulmane que son mari oblige à porter la burqa, à se rendre dans ces associations (remarquables, utiles, et discrètes) qui accueillent des femmes d'origine maghrébine ou africaine de confession musulmane, et qui, dans le respect de leur personne et de leur conviction, les amènent à plus d'intégration dans la vie sociale. Monsieur ASSOULINE voudrait-il créer des structures étatiques chargées de cette fonction, ou aider celles qui existent ?
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Manuel VALLS, Aurélie FILIPETTI, appellent à voter la loi ; Gérard COLLOMB à voter contre ; il argumente : Il va falloir dire ce qu'est la burqa au juste, c'est le voile intégral ou bien c'est ["ce sont" m'eût paru une expression plus correcte] les voiles intermédiaires ? Déjà cela va être difficile à apprécier. Il est certain que si telle ou telle religion imposait la nudité dans l'espace public, nous aurions moins de difficultés à résoudre la question vestimentaire. La réponse aux doutes extrêmes de monsieur COLLOMB se trouve dans les dictionnaires arabe-français, qui expliquent très clairement ce qu'est une burqa, et toutes les variantes de ces pièces vestimentaires qui ont pour but de cacher le visage des femmes.
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En vérité, il me semble qu'il n'y a que deux (peut-être trois) positions rationnellement et politiquement acceptables. (a) Pas de loi. Il n'appartient pas au législateur de dire ce qui constitue la dignité vestimentaire de la femme. S'il le fait, il faut aussi qu'il légifère sur les publicités qui étalent des femmes en très simple appareil. En outre, il ne lui revient pas davantage d'interférer, au nom de la séparation des Églises et de l'Etat, dans l'expression d'une croyance ou d'une foi, si elle ne constitue pas un trouble manifeste à l'ordre public. Le port de la burqa ne trouble l'ordre public que s'il paraît insupportable à la majorité de nos concitoyens. (b) Une loi, au nom des valeurs de la République ; en vérité, je n'en vois qu'une, de valeur : la laïcité stricte des comportements dans l'espace public. Mais c'est accepter que l'espace public soit déserté par les questions de philosophie et de morale, d'anthropologie et de culture. Une variante restrictive consisterait à interdire la burqa dans les services publics. Mais alors il faudrait préciser si la mesure vise les agents des services publics, les usagers, ou tous ceux qui les fréquentent.
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Nous avons matière à réflexion dans cet incident qu'ont relaté les médias : un policier verbalise une femme qui conduit une voiture en portant une burqa ou un voile, au motif tout à fait légal que le port de cette pièce rend la conduite malaisée, en restreignant la vision du conducteur. Renseignement pris, elle ne serait qu'une des quatre femmes d'un algérien naturalisé français par le mariage. Père de douze enfants, cet homme vivrait de telle manière que chacune de ses épouses bénéficie de l'allocation de parent isolé. Monsieur HORTEFEU a raison. Il faut déchoir ce monsieur (au demeurant islamiste des plus durs) si le fait est avéré, le renvoyer dans cette Algérie, qu'il n'aurait jamais dû quitter, recenser tous les cas de femmes portant burqa, et voir si les pauvres ne rentrent pas dans ce système épouvantable de polygamie. Si nous continuons à fermer les yeux, à nous les voiler devrais-je dire, c'est qu'il y a des burqa invisibles qui nous empêchent de voir la réalité.
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C'était un exercice de réflexion sur un florilège de pachyderme.

vendredi 23 avril 2010

Parole de scientifique

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Une interview du Pr Jean-Claude CHERMANN vient de me tomber sous les yeux. Comme vous le savez peut-être, il est le codécouvreur, avec Luc MONTAGNIER et Françoise BARRE-SINOUSSI, du virus de l'immunodéficience humaine, le virus du SIDA. Il n'a pas été distingué par le Prix Nobel, contrairement aux deux chercheurs susnommés. Pour le virologiste que j'ai été, cet oubli est incompréhensible. Et je dois dire que m'en étonne.
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Un journaliste interroge donc Jean-Claude CHERMANN. La question est la suivante
"Q : Ce qui frappe, c'est qu'à chaque fois que vous vous aventurez sur une piste de recherche, elle est au mieux ignorée, au pire rejetée par la communauté scientifique, avant d'être validée quelques années plus tard.
R : C'est un peu toute l'histoire de ma vie, d'être en avance. C'est une affaire de regard et d'ouverture. Beaucoup de chercheurs ont tendance à ne pas sortir de leurs dogmes, à regarder dans un sens unique. Moi, ça ne m'intéresse pas de chercher là ou mille équipes travaillent déjà. Donc je pars un peu sur le côté. Je m'autorise des intuitions, des hypothèses et j'essaye de comprendre. Mais je ne suis pas entendu, parce que je ne suis pas à la mode."
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Pour avoir subi (dans un tout autre domaine scientifique) le même traitement que cet éminent collègue, auquel je n'aurais toutefois pas la prétention de me comparer, je puis dire que ce type de comportement de la part de la communauté scientifique à l'égard des esprits libres et indépendants est courant. Jean-Claude CHERMANN, il faut le dire aussi, est en train de suivre une piste très prometteuse en matière de vaccination contre le virus du SIDA. Je ne doute pas un seul instant que sa recherche sera couronnée de succès, tant sa démarche est rationnelle, progressive et originale. Mais les pontes de la science française ne semblent pas l'entendre de cette oreille. Il est donc nécessaire de le faire savoir.
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Je souhaite à ce collègue un plein succès. Je déplore qu'il ait été oublié par le Comité Nobel. Et je lui dis toute mon admiration et ma sympathie.

jeudi 22 avril 2010

A méditer

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Lu dans un petit livre dont je reparlerai cette définition de l'envie. Elle me paraît très juste. Elle nous invite à ne jamais regarder dans l'assiette du voisin non plus que de comparer ce que l'on a à ce que les autres possèdent.

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"C'est un sentiment horrible. L'envie est de tous les péchés le pire puisqu'il ne donne aucun plaisir intrinsèque, au contraire de la luxure, de la gourmandise, de la paresse, et même de l'orgueil. En cela, il est à peine humain. Les hommes pèchent en cherchant leur bien, et ils le trouvent en partie en péchant, mais l'envie vous installe dans le mal pur, désintéressé, sans plaisir, mal angélique qui vous surprend comme une subite possession. C'est pourquoi le devoir de l'éviter figure en dixième et dernière place sur la liste des commandements." (A. BESANCON. Une génération. Julliard, Paris, 1987)

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René Girard a magnifiquement commenté le dixième commandement, et il montre comment il vise à éviter la violence circulaire et le sacrifice de l'innocent. Je vous renvoie à cet immense penseur.

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Ceux qui excitent l'envie sont des fauteurs de violence. Quand monsieur MAUROY, dans les années 1980, a parlé "des gens du château", les opposant (implicitement) aux gens des cités ouvrières, il a commis une mauvaise action, pour cette raison-là. Et il n'a pas fait avancer d'un pouce la justice ; l'homme politique qui a parlé de la "France d'en-bas" n'a pas fait mieux. Etait-ce monsieur RAFFARIN ou monsieur SARKOZY ? Il ne m'en souvient pas. Mais c'était un homme "de droite". En aucun cas ces comparaisons et ces oppositions ne peuvent résoudre la question sociale, et la juste redistribution des richesses.

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Pour la même raison, utiliser le levier de l'envie pour critiquer le bouclier fiscal (il a permis la redistribution d'environ 350 millions d'euros d'euros à 834 foyers fiscaux, ce qui à l'échelle du pays est économiquement dépourvu d'effets lourdement négatifs), qui bénéficie "aux riches", opposés "aux pauvres", est une ineptie. Faire croire que sa suppression donnerait plus "aux plus démunis" est un mensonge grossier. Il faut supprimer le bouclier fiscal pour des raisons symboliques ; il est normal qu'en temps de crise, les mieux pourvus acceptent de faire un effort qui reste minime. Car ce qui est vrai dans un sens (remise d'impôts dépourvue de signification économique) l'est aussi dans l'autre (prélèvement fiscal lui-même dépourvu d'incidence sur la vie des contribuables aisés).

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Tout cela est une question de bon sens et d'équité ; non point d'envie et de rage impuissante.

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A méditer par les responsables du PS et par ceux de l'UMP.