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vendredi 30 mai 2014

30 mai 2014. Nouvelles de la Résistance : les Français n'aimeraient-ils pas la liberté ?

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Faut-il encore le dire ? Ce n'est pas l'ignorance qui nous empêche de devenir vrai. C'est la lâcheté.
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1. Les citations du jour.
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(a) Sur l'abstraction et le mépris de la réalité de nos principes politiques.

"Quand on étudie l'histoire de notre Révolution, on voit qu'elle a été menée précisément dans le même esprit qui a fait écrire tant de livres abstraits sur le gouvernement. Même attrait pour les théories générales, les systèmes complets de législation et l'exacte symétrie dans les lois ; même mépris des faits existants ; même confiance dans la théorie ; même goût de l'original, de l'ingénieux et du nouveau dans les institutions ; même envie de refaire à la fois la constitution tout entière suivant les règles de la logique et d'après un plan unique, au lieu de chercher à l'amender dans ses parties. Effrayant spectacle ! car ce qui est qualité dans l'écrivain est parfois vice dans l'homme d'Etat, et les mêmes choses qui souvent ont fait faire de beaux livres peuvent mener à de grandes révolutions.
[...].
Ce qui est singulier, c'est que nous avons gardé les habitudes que nous avions prises à la littérature en perdant presque complètement notre ancien amour des lettres. Je me suis souvent étonné, dans le cours de ma vie publique, en voyant des gens qui ne lisaient guère les livres du XVIIIe, non plus que ceux d'aucun autre, et qui méprisaient fort les auteurs, retenir si fidèlement quelques uns des principaux défauts qu'avait fait voir, avant leur naissance, l'esprit littéraire."

(b) Sur les conséquences de cet état d'esprit pour nos libertés.

"Quand l'amour des Français pour la liberté politique se réveilla, ils avaient déjà conçu en matière de gouvernement un certain nombre de notions qui, non seulement ne s'accordaient pas facilement avec l'existence d'institutions libres mais y étaient presque contraires.
Ils avaient admis comme idéal d'une société un peuple sans autre aristocratie que celle des fonctionnaires publics, une administrations unique et tout-puissante, directrice de l'Etat, tutrice des particuliers. En voulant être libres, ils n'entendirent point se départir de cette notion première ; ils essayèrent seulement de la concilier avec celle de la liberté."

Alexis de TOCQUEVILLE.
L'ancien régime et la Révolution.
Folio histoire N°5.
Gallimard, Paris, 1967.
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2. Commentaires.
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On peut tout dire de TOCQUEVILLE sauf qu'il était l'ennemi de la démocratie. Il est l'auteur d'une proposition visant à faire élire le Président de la République au suffrage universel ; il s'opposa au coup d'Etat de BONAPARTE, et paya d'une privation momentanée de sa liberté cette opposition. Il écrivit l'ouvrage dont je viens de citer un extrait après avoir abandonné toute vie publique.
Pourquoi cette citation ?
Tout simplement parce qu'elle illustre à merveille les réactions du monde politique et des médias après les élections européennes. L'Europe à la sauce actuelle, est une Europe imaginée, réglée d'une pièce par des dispositions abstraites figurant dans un Traité dont on ne nous a pas demandé s'il nous plaisait ou pas ; c'eût été dangereux après le rejet du Traité constitutionnel lors du référendum organisé à cet effet par Jacques CHIRAC. Puisque l'idée est bonne, périssent les opposants qui ne lui trouvent pas toutes les vertus. TOCQUEVILLE, notez-le, ne dit pas qu'il ne faut rien changer au cours des choses, il dit qu'il faut amender les parties et non point tout refonder à partir de rien, dans l'air, sans substrat historique ou culturel.

La même erreur va sans doute être commise par monsieur VALLS. Saluons toutefois son initiative : diminuer le nombre de régions est certainement salutaire. Mais s'il décide d'en décréter d'en haut les contours, il risque de se heurter à de sérieuses opposition. Déjà les manoeuvres ont commencé : monsieur AUXIETTE, actuel Président de la région Pays-de-Loire a entrepris des négociations avec la région Poitou-Charentes aux fins de fusion. Il y a un hic, dont les "élites" politiques devraient tenir compte. Les bonnets rouges veulent que l'on rattache à la région Bretagne le département de Loire-Atlantique. Je doute que cette amputation soit du goût de monsieur AUXIETTE, mais les bonnets rouges sont formels : c'est ça ou ça va péter !
Le mieux ne serait-il pas de consulter les Français au lieu de décréter d'en haut ce qui est bon pour eux ? Il y a des regroupements qui, a priori, semblent parfaitement envisageables, ainsi de l'Aquitaine et de Midi Pyrénées (au prix, peut-être, de quelques rectifications de contours). Que les deux Normandies fusionnent est évidemment justifié. Auvergne et Limousin, idem. Mais je puis vous dire que l'idée de fusionner l'Alsace et la Lorraine est une mauvaise idées, tant les mentalités, les rivalités, et les cultures de ces deux régions sont différentes. Je prends les paris que, par commodité et pour tenir les délais, aucune consultation, ne serait-ce qu'auprès des Présidents de Conseils généraux et des Maires, ne sera lancée. Tout viendra de PARIS, encore une fois. Car, comme le dit TOCQUEVILLE, les Français disent qu'ils aiment la liberté mais nombre d'entre eux ont organisé leur propre servitude en adhérent aux folles idées incarnées dans les horreurs de la Révolution.
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3. Quelques menues infos.
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Monsieur HOLLANDE rend visite aux Bleus.
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Le chômage explose, le PS part en quenouilles, quelques milliers de jeunes font la une des journaux pour avoir manifesté contre le FN, méprisant ainsi l'opinion d'un quart des votants aux élections européennes. (La Manif Pour Tous n'a pas eu de tels honneurs et un tel traitement de la part des médias.) Monsieur HOLLANDE n'a rien de mieux à faire que d'aller rendre visite aux membres de l'équipe de France sélectionnés pour la coupe du monde de foot-ball.
Aveuglement ? Démagogie ? Envie de prendre l'air quand tout s'écroule autour de lui ("Ah ! qu'il est doux de ne rien faire quand tout s'affaire autour de vous" dit une chanson) ? Gros coup de communication (qui souligne en quelle réelle estime monsieur HOLLANDE tient ses compatriotes : imaginer qu'en prétendant aimer ce sport, en étalant complaisamment un amour de fraîche date pour le ballon rond, il va se réconcilier avec les Français est une offense qui est faite à leur intelligence et à leur bon sens). Grâce au ciel, un récent sondage indique qu'il n'y a plus que 3 % de nos concitoyens à souhaiter que monsieur HOLLANDE soit le prochain candidat du PS aux élections présidentielles. 
Le calcul qu'il a fait va se retourner contre lui : faire monter le PS pour qu'il coiffe l'UMP, lui dans les deux premiers, risque de ne pas se présenter exactement comme cela.
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Une vidéo : HOLLANDE , COPE, la France malade (via le salon beige).
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lundi 10 octobre 2011

Esprit de parti, esprit faux, esprit de système...

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Je comprends fort bien le contentement des responsables du PS. Ils ont obtenu un très grand succès en organisant ces élections primaires. Du côté de la majorité, un seul élu a reconnu ce succès. Monsieur COPE a tenté, lui, de le limiter en constatant, ce qui est juste mais un peu court, que 4 % seulement des Français avaient participé à ce vote. Ce n'est pas ainsi qu'il va rallier des sympathisants à sa cause.
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Mes lecteurs réguliers savent combien que je ne puis pas rentrer dans l'esprit de parti. Pour des raisons que j'ignore, il semble être plus fortement ancré dans le coeur des électeurs socialistes que dans celui des électeurs de la majorité, où il y habite plus le souci des élus que celui des électeurs.
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Alors, pour éclairer ma position, il m'est infiniment délicieux de proposer à votre réflexion ces deux petits passages de la Note sur la suppression générale des partis politiques, ouvrage que l'on doit au génie que fut Simone WEIL :
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"Les partis sont un merveilleux mécanisme, par la vertu duquel, dans toute l'étendue d'un pays, pas un esprit ne donne son attention à l'effort de discerner, dans les affaires publiques, le bien, la justice, la vérité."

et

"Un homme qui adhère à un parti a vraisemblablement aperçu dans l'action et la propagande de ce parti des choses qui lui ont paru justes et bonnes. Mais il n'a jamais étudié la position du parti relativement à tous les problèmes de la vie publique. En entrant dans le parti, il accepte des positions qu'il ignore. Ainsi, il soumet sa pensée à l'autorité du parti. Quand, peu à peu, il connaîtra ces positions, il les admettra sans examen."
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C'est la raison pour laquelle, hier, je faisais allusion à la signature que l'on demandait aux votants des primaires, une signature d'adhésion "aux valeurs de gauche", et suggérais qu'on y réfléchisse à deux fois avant de le faire. Je n'ai aucune illusion. La passion l'emportera sur la raison, et nous rencontrerons les mêmes désillusions si le candidat socialiste est élu Président de la République, jusqu'à ce que les yeux s'ouvrent. Symétriquement, je prédis les mêmes désillusions au cas, pour l'instant improbable, où ce serait le candidat de l'actuelle majorité.

samedi 8 octobre 2011

Qu'est-ce que l'esprit critique ?

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Le mot "critique" vient du grec krinein que le Petit Robert traduit par juger comme décisif alors que j'avais jadis trouvé un autre sens à ce verbe, celui de cribler, tamiser. Le mot crise a la même origine. On peut le traduire par décision  ou par tamisage. Je préfère cette traduction.
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Si je parle d'esprit critique aujourd'hui, c'est pour répondre à divers commentaires de mes billets. Selon moi, l'esprit critique est tout le contraire de l'idéologie. Il pèse chacune des situations, chacun des éléments qui les constituent, pour autant qu'ils soient connaissables ou accessibles, et il reste constamment sur cette incertitude qu'il peut se tromper, en raison même de l'insuffisance de connaissance de ces éléments. Il se garde bien de généraliser, et il regarde le réel, essaye de cerner les faits, avant de regarder dans son cerveau pour projeter son système croyance sur ce qu'il voit ou expérimente. Cele ne l'empêche pas de juger. Mais au moins son jugement est-il pesé sur la balance de l'humilité et des faits. Je conviens que c'est un exercice difficile, qui demande beaucoup d'ascèse personnelle, un contrôle de ses passions et de ses affects, de l'empathie (c'est-à-dire une capacité à rentrer dans les émotions d'autrui) laquelle n'est pas la même chose que la sympathie (littéralement la capacité de souffrir avec) et que je suis encore loin d'avoir atteint cette sérénité de la parole et du regard !
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C'est pourquoi, au risque de déplaire à TIPPEL, je ne puis accepter que l'on traite de voyous, fût-ce en puissance, les 150.000 à 180.000 jeunes qui sortent tous les ans du système scolaire sans diplôme ni qualifications. Les exonérer de toute responsabilité personnelle dans leur situation, comme le font les bonnes âmes du PS est également une erreur que je qualifierai de symétrique. Le réel est complexe. J'ai été payé pour l'explorer ;  je demeure rempli de confusion devant l'écheveau, apparemment indémêlable dans sa réalité ultime, des phénomènes de la vie, aussi bien ceux qui président à la vie des cellules, qu'à celle des personnes ou des groupes humains.
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Voilà pourquoi plus j'avance, plus je crois que la manière dont nous vivons à l'heure actuelle la démocratie dans notre pays est le fruit d'une vaste duperie qui dissimule l'âpreté des luttes de faction et les rivalités des chefs. La démocratie ce n'est pas cela, n'en déplaise au Monde, à Charlie Hebdo, à Marianne  et accessoirement au Figaro. Et je me sens le droit d'approuver Arnaud MONTEBOURG quand je juge qu'il a raison, et de le désapprouver quand il m'apparaît qu'il a tort, et ainsi du reste pour tous les autres responsables politiques.
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C'est tout pour aujourd'hui

vendredi 18 juin 2010

Esprit de système et esprit droit

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Depuis l'ouverture de ce Blog, je n'ai cessé de pourfendre l'esprit de système et de privilégier l'examen des faits au détriment de la tyrannie des idées. Seule cette méthode permet vraiment de penser, c'est-à-dire de porter un jugement en vérité. Je parle ici de la vérité et de la droiture de la personne ; en aucun cas, je ne prétendrais que la méthode donne immanquablement accès à la Vérité, mais il est impossible de l'approcher sans son secours.
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Un homme extraordinaire a donné sa vie pour cette raison-là. Christian de CHERGE, prieur du Monastère de TIBHIRINE a été décapité et six de ses frères avec lui, pour avoir vécu saintement de cette certitude. Son livre, "L'invincible espérance" est d'une densité remarquable. Esprit supérieur, Christian de CHERGE ne divise pas les hommes en deux catégories ceux qui ont les mêmes idées que lui : les bons, et les autres : les méchants. Il sait que le combat est d'abord un combat intérieur, et qu'il réclame d'autres moyens que ceux du monde et de sa ténèbre.
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Des esprits enfiévrés, dépourvus de discernement, englobent dans la même réprobation tous les musulmans. C'est une généralisation qui relève de l'esprit de système. Christian, lui, a une autre vision ; voici comment il parle d'un religieux musulman de ses amis, "le cheikh BOUSLIMANI : militant islamiste, et aussi cheville ouvrière d'une sorte de Caritas musulmane. Sollicité par des extrémistes de donner une fetwa (un jugement) autorisant la violence au nom de l'islam, il a préféré l'arrestation, la torture et finalement la mort. Pour nous tous, il est un témoin, parce qu'il n'a pas voulu pécher contre l'Esprit saint. Nous attestons que son martyre vient de l'Esprit, et nous proclamons que ce savant du droit musulman a partagé la grâce des simples et des tout-petits qui est de rendre témoignage à la vérité."
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L'exemple est démonstratif. Il prouve en abondance que ce n'est pas l'étiquette qui fait l'homme, mais sa capacité à penser et à penser en vérité. Christian de CHERGE proclame que le cheikh BOUSLIMANI est saint et qu'il a été inspiré par l'Esprit Saint. Je partage - comment pourrais-je faire autrement ? - cette opinion. Et comme il serait bon qu'elle soit celle de toute notre société. La violence aveugle reste la violence, et il n'est pas nécessaire d'être chrétien, ou bouddhiste, ou musulman pour déduire qu'elle n'est pas digne de l'homme.
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Ayons une pensée pour tous ces hommes et ces femmes qui ont donné leur vie pour rendre témoignage à la vérité.
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mercredi 8 avril 2009

Précisions supplémentaires

Je ne critique pas madame ROYAL parce qu'elle est socialiste. Je la critique par ce qu'elle dit n'importe quoi, et qu'elle pense qu'il suffit d'être dans le registre de l'émotionnel, fût-il faux, pour emporter la conviction de ses auditeurs, alors qu'elle n'en entraîne que l'adhésion irraisonnée.

Madame ROYAL est le représentant le plus achevé des adeptes de l'esprit de système. Il faut bien qu'elle comprenne que son antidiscours de DAKAR instille dans l'esprit de ses auditeurs les manières de penser des Occidentaux, et que c'est elle qui fait preuve de colonialisme culturel. L'un de mes lecteurs me le fait remarquer très justement ; mon billet "Exercices d'observation" fait état de l'article d'un journaliste camerounais qui pointe merveilleusement bien l'arrogance intellectuelle et culturelle des Français.
Je ne connais pas l'Afrique directement. Ce que j'en pressens me vient des récits d'un ami qui a vécu au BENIN pendant plus de trente ans, et d'un médecin togolais qui vit à LOME. Le premier a écrit un livre absolument extraordinaire, un ensemble de récits, de faits, d'expériences vécues quand il était missionnaire dans la région d'ALLADA. Le second a fait ses études à STRASBOURG. J'ai très longuement écouté l'un et l'autre, et je n'en tire aucune conclusion générale. Mon impression est que le sens très réel que les Africains ont du passé n'est pas le sens que nous attribuons à l'histoire. Et le même lecteur qui remarquait l'intérêt de mon billet "Exercices d'observation", ajoute cette citation que je fais mienne : il s'agit d'un mot d'Olavo de Carvalho : "La déesse Histoire, cette vieille prostituée qui change de clients à chaque nouvelle génération, et qui se vend au plus offrant".
Nous avons vu comment la République traite l'histoire de la Révolution. Madame ROYAL poursuit, en moins brillant, la tradition des MICHELET, AULARD, SOBOUL, MATTHIEZ et consorts : la considération non point des faits, mais de l'interprétation que les uns et les autres en donnent en fonction de leur affinité intellectuelle, politique, philosophique ou religieuse. Or l'établissement des faits, dans la mesure où ceux-ci nous sont accessibles par des textes écrits, ou des monuments, demande beaucoup d'esprit critique, de probité intellectuelle, de détachement de sa propre personne, de recoupements. Rien de tout cela n'apparaît chez madame ROYAL, qui ne lui en déplaise, parle en son nom personnel tout en prétendant qu'elle représente l'opinion de la France et des Français ("je vous le dis en confidence - [devant 500 personnes et de nombreux journalistes...] - ce n'est pas l'avis de la France et des Français").
Les militants ont eu la sagesse de porter madame AUBRY à la tête du Parti Socialiste. Heureusement pour lui. (Je dois dire qu'à l'émission de "Vivement dimanche" où elle était conviée il y a un peu plus d'une semaine, Martine AUBRY m'a paru humaine, sympathique, et sans doute plus nuancée que ne l'exige le nécessaire durcissement de propos destinés à son public.) Madame ROYAL est un fléau public, non pas par sa personne, mais par les idées qu'elle incarne et qu'elle véhicule. Elle est d'une suffisance et d'une arrogance qui devraient effrayer même ses amis (j'aime en tout cas à le supposer).

samedi 10 janvier 2009

Aurais-je fait des émules ?

Aurais-fait des émules ? Mon Blog est-il surveillé par des plumes prestigieuses ? Suis-je espionné ? Je ne sais. Toujours est-il que je lis, sous la plume de Claude IMBERT, dans Le Point du jeudi 8 janvier 2009, un éditorial intitulé Contre l'esprit de système. Avec le talent qu'on lui connaît, notre journaliste souligne tous les dangers de l'esprit de système. Il prend la défense du seul modèle [politique] garant de nos liberté et il ajoute : Ce qui assure, en fait, la survie d'un mode de vie qui se dit simplement préférable, c'est que son système est le moins systémique qui soit. Son immunité - Marx l'avait bien vu - c'est sa plasticité, sa capacité à se réformer. Sous nos yeux, son recours, dans l'urgence, à l'aide des États en administre la preuve. Seuls les antilibéraux à la française y moquent une conversion panique à l'étatisme.
C'est exactement le problème que l'opposition socialiste ne peut résoudre. Elle impute à ses adversaires politiques des réflexes et des modes de pensée analogues aux siens ; les décisions prises par le Gouvernement, se demande-t-elle, sont-elles conformes à l'IDEE que nous nous faisons du libéralisme. Il est clair que non. Mais la bonne question, en la matière, n'est pas de savoir si les décisions sont conformes à l'idéologie que l'on prête à la majorité, la bonne question est de savoir si les décisions prises sont les bonnes pour le pays et vont dans le sens de l'intérêt général. Ainsi il faut lutter ici contre le mensonge qui consiste à dire que l'Etat donne de l'argent aux banques, signe indubitable d'un retour à l'étatisme. L'Etat les leur prête à un taux supérieur à celui du marché, et au bout du compte, y gagnera plusieurs milliards d'euros. Fallait-il laisser les banques aller à la faillite ? Fallait-il conduire à la ruine les milliers de petits déposants en ne donnant pas la garantie de l'Etat (limité à 70.000 euros, pour autant qu'il m'en souvienne) à leurs dépôts, sous prétexte que ces mesures seraient étatiques ? Sans doute l'absence de cette solution aurait-elle eu pour effet d'amener des clients, ruinés par la spéculation des avides, à un PS qui ne sait que critiquer, sans jamais proposer de solutions alternatives crédibles, alors que nous vivons dans un environnement mondialisé et hypercompétitif auquel l'un des leaders historiques de la gauche, le Président MITTERRAND, a donné son plein accord, en acceptant les conclusions de l'Uruguay Round, monsieur BALLADUR étant premier ministre. Heureusement, il y a de tous côtés des hommes réalistes et pragmatiques qui sont plus intéressés par la vérité que par le pouvoir. Ce sont ces hommes-là qu'il nous faut pour le pays. Bien évidemment, aucune âme bien née ne peut se satisfaire de la pauvreté, de la précarité, du racisme, etc. Mais une fois que l'on a dénoncé ces maux avec des mots, que faire concrètement ? Je maintiens (contre l'un de mes fils adoptifs, agrégé de philosophie, qui ne voit que la Loi) qu'il ne peut y avoir de politique valable qui ne soit appuyée sur la morale. Et du reste, il est bien clair que les Lois sont fondées sur une appréciation de ce que l'Etat DOIT faire, ce qui est à son niveau exactement la question morale qui se pose à celui des personnes : QUE DOIS-JE FAIRE ?
C'est tout pour aujourd'hui.

vendredi 15 août 2008

Esprit droit, esprit de système

Voici un exemple de fonctionnement d'un esprit faux, d'un esprit de système confronté à un esprit droit.
Le lundi 21 avril 1902, le Professeur Yves DELAGE expose les résultats de ses travaux sur le Linceul de TURIN à l'Académie des Sciences. C'est un agnostique déclaré, mais un vrai scientifique. Il décrit donc avec objectivité les observations qu'il a faites à partir des photographies prises par Secundo PIA, le 28 mai 1898. Il dit notamment : J'ajoute ceci à ce qui a été dit : pour que l'image se soit produite et qu'elle ne se soit pas effacée ensuite, il est nécessaire que le cadavre soit resté au moins 24 heures dans le drap mortuaire, temps nécessaire pour la formation de l'image, et au maximum quelques jours, après quoi survient la putréfaction qui détruit l'image et le drap mortuaire... en fait, c'est précisément ce que la tradition (plus ou moins apocryphe, je le sais) affirme au sujet de ce qui s'est passé pour le Christ, mort le vendredi et apparu le dimanche.
Il faut savoir que les académiciens ont le privilège de publier leurs communications dans les Comptes-rendus de l'Académie des Sciences. Mais là, c'en est trop pour Marcelin BERTHELOT, un des pères de la chimie organique moderne. Ce grand savant est un athée convaincu, un positiviste avéré, un anticlérical combatif. Il présidait la séance du jour. Il refuse donc le texte écrit que lui remet le Professeur DELAGE comme le veut le règlement de l'Académie ; le texte ne sera jamais publié. Et même plus, on ne trouve dans les archives aucune trace de l'intervention de l'académicien censuré. (Ces renseignements et ceux qui suivent sont donnés par Pierluigi BAIMA BOLLONE : 101 questions sur le Saint Suaire. Éditions saint Augustin, Saint-Maurice [CH], 2001).
Quelle tristesse de voir un grand esprit comme BERTHELOT s'abaisser à une telle manoeuvre. DELAGE parle de Jésus. Notre chimiste n'en veut rien savoir. Il est contre. Rien n'y fait. Et pourtant DELAGE parle d'un objet qui existe, l'examine sans préjugé, dit ce qu'il voit. D'un côté, un esprit droit, de l'autre un homme de système, un esprit tordu et faux. Aujourd'hui, BERTHELOT serait réduit a quia par les innombrables travaux prouvant l'absolue vérité scientifique de ce que DELAGE avait dit, et il ne pourrait, sauf à être déjugé par ses pairs, refuser de publier ce qui relève de la science.
Ces façons de procéder, hélas, sont monnaies courantes dans la science, comme dans les arts. Les puissants qui régissent ces domaines de l'activité humaine s'arrogent le droit de trier les contributions de leurs pairs en fonction de leurs croyances et non de la qualité intrinsèque des travaux qui leur sont soumis. Qu'il faille les examiner et les passer au feu de la critique est une évidence. Et il arrive très fréquemment que des articles soumis soient refusés pour publication. Mais dans les conditions que je viens de décrire pour l'article de DELAGE, c'est parfaitement inadmissible.
En revanche, Nature a publié les travaux de datation du Linceul de Turin coordonnés par le Professeur TITE, dans des conditions indignes de la réputation de cette revue, parce que les résultats allaient dans le sens d'une origine médiévale du linge. La significativité des résultats est inférieure à 5 % (95 % de chances pour que les échantillons examinés ne proviennent pas de la même source ou, à tout le moins, soient inhomogènes) ! Aucun résultat brut n'est donné ! La méthode statistique du traitement des données (méthode de WILSON et WARD) permet d'en lisser les incohérences, et il apparaît qu'une partie des calculs est fausse. L'usage d'une méthode statistique plus appropriée (Méthode de BIENAYME-TCHEBICHEV) aurait rendu compatible toute date comprise entre l'an 0 et 2000. S'il ne s'était pas agi du Linceul, jamais Nature n'aurait publié l'article, je puis vous l'assurer. Mais l'Université d'OXFORD a reçu de mécènes anonymes - ravis de voir leurs vues confortées par un travail réalisé dans des conditions plus que douteuses -, 1 million de livres sterling destinés à créer une chaire pour le Professeur TITE. Aujourd'hui, plus personne n'accorde de crédit à la datation du Linceul par le radiocarbone. Nature n'a publié aucun travail supplémentaire. Il est toujours impossible d'obtenir des laboratoires les mesures de base.
Nous avons là deux exemples de préjugés, de dysfonctionnement du jugement, d'esprits faux. Nous avons là l'illustration de la marche du monde (au sens où l'entend Paul de TARSE). A chacun d'en tirer les conclusions.

samedi 14 juin 2008

L'Europe en crise, vraiment ?

Après le rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais, les journaux écrits et parlés titrent avec un air de catastrophe : L'Europe en crise. Je crois qu'il n'en est rien et qu'il serait plus judicieux de dire : Une certaine idée de l'Europe en crise.
Pour comprendre ce que cela veut dire, il suffit de se rapporter à un passé récent ou relativement récent et de rapporter quelques faits. Les Norvégiens ont refusé, à deux reprises, d'adhérer à l'Europe ; les Irlandais ont refusé de voter la première mouture d'un traité qui instituait l'Union Européenne ; ils ne l'ont accepté qu'en deuxième lecture et après des modifications qui satisfaisaient certaines de leurs exigences ; les Danois n'ont pas intégré le système monétaire de l'Euro, pas plus que les Anglais ; les Français, puis les Néerlandais, ont refusé de voter le Traité Constitutionnel. Ça fait beaucoup de monde. Voilà qui aurait dû alerter les hommes politiques. Quand de nombreuses nations regimbent à rentrer dans un système sorti tout droit du cerveau de fonctionnaires irresponsables, non élus, anonymes (car ce sont eux qui mettent en musique juridique les conclusions des politiques, complètement débordés par le sujet), il faut s'interroger et se demander pourquoi.
Dans le cas des Irlandais, la chose est simple. Cette nation a failli disparaître. Elle a conquis chèrement sa liberté sur les Anglais qui l'avaient colonisée, et qui avaient réduit à la pauvreté et à l'esclavage, avec une brutalité inouïe (on séparait les enfants de leurs parents, par exemple) sa population. On comprend qu'ils se méfient de tout ce qui pourrait attenter à une identité si malmenée par l'histoire. Pour les Français, il en va de même. On ne réduit pas la plus anciennement constituée des nations européennes à un strapontin de Commissaire aux Transports, octroyé du bout des lèvres par un Président qui parle à peine notre langue. On ne joue pas avec l'histoire et avec le sentiment d'appartenance. Je reconnais la grandeur de la nation portugaise, son goût des aventures maritimes, son courage antique. Mais enfin monsieur BARROSO n'aurait pas dû nous offenser ainsi.
Il faut bien comprendre que les peuples n'acceptent pas de se voir régenter par une cohorte de plumitifs bruxellois, qui entendent nous imposer la largeur des pneus, le diamètre des pommes, l'étiquetage de nos produits alimentaires, et leur composition (ah ! l'histoire du chocolat !), et jusqu'à nos moeurs mêmes, et qui sournoisement nous imposent une langue unique, l'anglais, langue admirable certes, mais qui n'est pas la nôtre ni, souvent, celle des rebelles (quand bien même, je dois l'avouer, par métier, j'ai dû la pratiquer, et je l'écris et la lis tout comme le français).
D'où vient cette erreur de perspective ? Hélas je crains qu'elle ne vienne de nos propres philosophes des Lumières, et de leur système de pensée, qui s'est imposé quand la France et sa langue dominaient l'Europe. C'est un juste retour de bâton que d'être puni par où l'on a péché.
Je vous ai dit que le mal avait commencé de prendre racine sous la Régence avec les décisions cyniques et injustes du Régent. Voici un exemple qui vous illustrera ce que je veux dire : DUCLOS, dans ses mémoires secrets dit ceci. L'amour de ma patrie ne me rendra pas partial, ni me fera trahir la vérité ; mais je rendrai service à une province [ndt : la Bretagne] noblement attachée au Roi, et qui réclamait contre la violation de ses privilèges. Les peuples les plus jaloux de leurs droits sont les plus attachés à leurs devoirs ; et le mécontentement des Bretons était fondé dans son origine. Les États [sous-entendu : de Bretagne] voulaient faire rendre compte à MONTARAN, leur trésorier : rien n'était plus juste, et n'intéressait moins l'Etat : le Régent devait, au contraire, approuver une conduite si régulière. Malheureusement pour la Province, MONTARAN avait un frère capitaine aux gardes, gros joueur et fort répandu. Un tel sujet est homme intéressant à PARIS. Il employa le crédit de plusieurs femmes, qui prouvèrent clairement qu'on devait beaucoup d'égards au frère d'un homme si utile à la société ; et les États eurent le démenti de leur entreprise. On embastilla les gentilshommes bretons, on envoya à NANTES une commission pour instruire le procès des accusés. Et le Régent poursuivit sa vie de débauche à PARIS.
Il y a là exactement les mêmes ingrédients que ceux dont nous discutons ici. Remplacez PARIS par BRUXELLES, transposez Trésorier des États à Haut Fonctionnaire, accointances familiales à complicités d'affaires, pressions de ces dames à pression des lobbies, et vous aurez la même structure politique. Pour notre malheur, le Régent était du parti des Philosophes, et les Bretons furent réduits a quia, ce que n'aurait JAMAIS fait un Roi. Le même DUCLOS l'explique et j'y reviendrai dans un prochain billet.
Comme quoi, l'histoire est un éternel recommencement. L'Europe n'est pas en crise. C'est leur idée bruxelloise qui l'est. Le Général avait raison, une fois de plus. Que n'est-il là pour remettre sur la bonne voie le bateau ivre ? Car l'Europe existe, et elle a une vocation historique. Ce qui la construit, c'est une immense diversité, une culture très riche, une histoire mouvementée mais qui fait converger ses peuples vers l'entente et la concorde.
Plutôt que de nous imposer l'anglais, la Commission devrait suggérer que tout locuteur d'une langue latine possédât une langue anglo-saxonne et une autre langue (latine ou slave), que tout locuteur anglo-saxon en fît de même (une autre langue anglo-saxonne, et une langue latine ou slave), que tout locuteur d'une langue slave utilisât une autre langue slave et une langue latine ou anglo-saxonne. Voilà qui permettrait un début d'inter-compréhension, et non point l'unification de la pensée et la rentrée dans une indifférenciation culturelle grosse de violences. (J'y reviendrai avec René GIRARD).

mercredi 11 juin 2008

Les historiens d'hier ; les historiens d'aujourd'hui

Voici comment Henri de VALENCIENNES commence son ouvrage intitulé Continuation de l'Histoire de Ville-hardouin. On comparera, en s'amusant, avec la manière dont un grand historien contemporain considère son travail.
Moi, Henri de Valenciennes, suis d'avis que lorsque quelqu'un s'entremet de bien dire et de raconter, et qu'il a pour cela les talents et qualités nécessaires, doit travailler à rechercher sur toutes les choses la pleine vérité. Aussi veux-je dire et traiter ce dont j'ai été témoin, et que je peux garantir, etc.
Henri de VALENCIENNES ne prétend pas écrire l'Histoire, ni l'interpréter, ni en donner le sens. Il désire raconter ce qu'il a vu. Certes, il lui manque la méthode scientifique, et surtout le recul. Mais du moins fait-il l'effort de rester près des faits, et l'on chercherait avec peine des passages où il exprime son propre sentiment ou un début d'interprétation de ce qu'il a vu.
Voyons maintenant comment Jacques LE GOFF, dans son ouvrage Civilisation de l'Occident médiéval intitule les chapitres successifs de son ouvrage (plan cité, commenté, et heureusement ridiculisé par Jacques HEERS ; cf. mon billet d'hier) : La lutte des classes en milieu rural ; La lutte des classes : société urbaine et société féodale ; La femme dans la lutte des classes (sic !) ; Rivalités à l'intérieur des classes ; L'Église et la Royauté dans la lutte des classes.
Pour faire de l'histoire, monsieur LE GOFF ne s'est point appuyé sur son sens critique, ses connaissances, l'analyse objective des documents de l'époque et DE CE QU'ILS DISENT DE CELLE-CI (ce qui est le B.A. BA de la méthode historique scientifique). Non. Monsieur LE GOFF, armé du Capital de papa MARX, s'est échiné à faire rentrer ceux-ci dans la grille qui explique tout sans rien démontrer : celle de la lutte des classes. C'est une absurdité, à l'évidence, et qui montre comment fonctionne l'idéologie. On a des faits, on les trie, et on les fait rentrer dans son système. Tant pis s'il quelquefois il faut les forcer, les égratigner, les tordre. IL FAUT QU'ILS Y RENTRENT.
On est loin de ce qu'écrit Luc au début de son Évangile et que je vous rapporte pour terminer : Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, tels que nous les ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé soigneusement de tout depuis les origines d'en écrire pour toi l'exposé suivi, illustre Théophile, afin que tu te rendes compte de la solidité des enseignements que tu as reçus.
Luc s'informe. Il n'est pas témoin oculaire (monsieur LE GOFF non plus, mais on ne peut lui en vouloir), il fait un récit suivi (monsieur LE GOFF aussi), il s'informe soigneusement de tout depuis les origines (monsieur LE GOFF puise dans MARX et ses continuateurs les instruments de tri et d'analyse ; son histoire est un conte accomodé à la sauce moderne).
On appréciera la différence.

dimanche 8 juin 2008

Le galet et la racine

Dans un très remarquable livre sur la Chine dont j'ai déjà parlé dans un billet, Simon LEYS écrit ceci qui mérite d'être relevé :
Dans la nausée de SARTRE - bon échantillon de la conscience occidentale, dans sa forme la plus étroite - il y a deux objets dont la vue suscite chez Roquentin un sentiment d'absurdité existentielle tel, qu'il aboutit physiquement à la nausée : un galet poli par les vagues, et une racine noueuse. Il est intéressant de noter que ce sont là précisément deux types d'objets assidûment recherché par les collectionneurs chinois, car mieux parfois que des oeuvres d'art fameuses, ils pouvaient plonger les esthètes en extase.
Il faut avoir l'esprit bien tordu, et une esthétique relevant d'un système préformé, il faut avoir une imagination échevelée mais morbide, pour imaginer le héros de SARTRE. Qui n'a jamais VRAIMENT rêvé, comme les collectionneurs chinois, devant la racine d'un arbre abattu par la tempête ? Qui n'a pas plongé en esprit, à la vue d'un galet, dans ces moments immémoriaux où la terre en gésine donnait naissance aux roches et à l'océan qui les polirait ? Il faut avoir une perversion du goût incroyable pour faire de ROQUENTIN un modèle. Il faut faire violence à ses émotions. Dans cinquante ans, on en sourira, (comme on se posera de sérieuses questions sur le nouveau roman qui relève du même esprit de système). Comme si la beauté ne résultait pas d'un accord subtil et secret entre la nature et l'homme, fruit d'un long commerce, d'une longue patience, et d'une active sympathie ?
On en revient toujours à ce que je disais hier dans mon billet : ce prurit de nouveautés qui reposent sur les nuages des idées, au lieu de s'émouvoir au contact du réel et des sentiments qu'il suscite en nous, pousse l'occident dans une impasse dont il ne sortira que par sa conversion (un retour à ses racines) ou par sa disparition.

lundi 30 avril 2007

Mise au point

"Les violentes attaques verbales portées contre nous sont une atteinte directe à l'honneur de notre presse" : cette phrase tirée d'un éditorial publié de Michel Comboul dans le journal Nice-Matin, vise Ségolène Royal et son entourage. Le président du SNPQR affirme qu'il n'a reçu aucune pression de la part de Nicolas Sarkozy sur le débat Royal-Bayrou qui devait être organisé vendredi matin. M. Comboul, sur Europe 1, a expliqué qu'il était inadmissible que la candidate socialiste dise que son syndicat était "à la solde" du président de l'UMP. "Je ne connais pas son bureau, je n'ai pas son portable. Je n'ai nullement cette proximité qu'elle laisse sous-entendre", a-t-il écrit dans son édito. Puis il accuse la candidate PS d'avoir inventé l'affaire des pressions. "Oui, le syndicat a été délibérément l'instrument d'une campagne orchestrée. Non, Mme Royal, il n'y a pas eu de pressions de Nicolas Sarkozy. En revanche, il y en a eu de très fortes de votre côté, exercées directement par votre équipe et, aussi, par vous-même, à travers vos déclarations", dit-il. Livrant sa propre version de l'épisode, il assure qu'il a renoncé à organiser le débat uniquement pour des raisons techniques liées, selon lui, à des questions de temps de parole. "Une formidable machine à désinformer s'est alors mise en marche. Et les accusations ont fusé : l'autre candidat exerçait des pressions intolérables sur la presse régionale. Nous y cédions", écrit Michel Comboul. Il accuse sans le nommer un des vice-présidents du SNPQR, "membre très éminent de l'équipe de campagne de Ségolène Royal", d'avoir colporté des rumeurs. "Tout cela nous a conduit à adopter une attitude de prudence, de trop grande prudence sans doute. Mais quoi que nous disions ou fassions, nous étions désignés à nos lecteurs et à l'opinion publique, comme une presse aux ordres", déplore-t-il.