Affichage des articles dont le libellé est Maladies de la démocratie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Maladies de la démocratie. Afficher tous les articles

lundi 23 juin 2014

23 juin 2014. Nouvelles de la Résistance : individualisme et démocratie

-
En bon monomaniaque que je suis, je vous le redis, très chers lecteurs :

Ce  n'est pas l'ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c'est la lâcheté.
-
1. La citation du jour.

De TODOROV dans son Jardin imparfait;

"[...]. La tendance à la désocialisation suggère TOCQUEVILLE, risque de se renforcer encore. Ne comptant plus sur une place attribuée par la société et confirmée par plusieurs générations d’ascendants, l’individu commence par se suffire à lui-même et s’habitue à se penser isolément. Après avoir réduit la société à ses seuls proches, il ne pense même plus à eux ; la démocratie « le ramène sans cesse vers lui seul et menace de le renfermer tout entier dans la solitude de son propre cœur ». S’attaquant d’abord à la seule vie publique, l’esprit individualiste finit par corrompre la vie sociale tout entière.
                     "L’autre grande menace qui pèse sur la société démocratique vient de ce que les hommes y pensent obsessionnellement à la satisfaction de leurs intérêts matériels. De ce fait même, ils délaissent les valeurs spirituelles. « Tandis que l’homme se complaît dans cette recherche honnête et légitime du bien-être écrit TOCQUEVILLE, il est à craindre qu’il ne perde enfin l’usage de ses plus sublimes facultés, et qu’en voulant tout améliorer autour de lui, il ne se dégrade enfin lui-même. » Cette crainte est plus qu’une hypothèse : à observer les mœurs américaines, TOCQUEVILLE voit partout le fort amour des richesses, puisque celles-ci occupent maintenant le sommet de la hiérarchie, réservée dans les sociétés aristocratiques aux honneurs. « La démocratie favorise le goût des jouissances matérielles », explique-t-il. « Ce goût, s’il devient excessif, dispose bientôt les hommes à croire que tout n’est que matière ; et le matérialisme, à son tour, achève de les entraîner avec une ardeur insensée vers ces mêmes jouissances. » Le matérialisme est la pente naturelle des hommes en démocratie."
-
2. Commentaires.
-
On se plaint, je me plains, les médias se plaignent, tout le monde se plaint de l'invasion de l'individualisme de l'homme contemporain, et de l'intensité idolâtrique avec laquelle il recherche les biens matériels, la jouissance, le confort. TODOROV, commentant TOCQUEVILLE, explique assez bien pourquoi.
Je vous laisserai sur ce constat, car je dois partir en voyage pour la journée. Mais je vous promets qu'on reviendra là-dessus.
-














vendredi 30 août 2013

Nouvelles de la Résistance : De la démocratie et de ses résultats... premier billet du 30 août 2013

-
Aujourd'hui, je ne ferai que vous citer les réflexions amères de Marcel GAUCHET. Et, pour faire plaisir à Charlotte (qui n'a pas répondu à mon billet d'avant-hier), il ne s'agira pas de la loi TAUBIRA, laquelle n'est que l'épiphénomène d'un mouvement plus profond d'aliénation démocratique du sujet :
-
"Dira-t-on ainsi que dans notre société, la liberté et la possibilité, jamais vues à l'échelle de l'histoire, de lire, de penser, d'écrire, de publier débouchent sur une féconde et diverse autonomie intellectuelle ? Jamais on n'a vu, au contraire, pareil suivisme, pareil conformisme, pareille dévotion envers des oracles de bas étage qui n'ont pas besoin de K.G.B. pour faire répéter les plus grotesques de leurs propos, à prétention par surcroît dénonciatrice et pseudo-subversive.. [...]. Voit-on la liberté de mouvement, de mœurs, d'opinion mener à des conduites indépendantes, personnelles, intérieurement libres en un mot ? La privatisation, on l'a cent fois observé (mais le sujet mérite plus que jamais d'être creusé), marche de pair avec une massification des comportements et des modes de vie. Les droits de l'homme d'un côté, mais point de sujet autonome de l'autre côté pour les exercer : telle paraît être la formule vers laquelle se dirige nos sociétés.
***
"L'émancipation de l'individu-homme et les droits qui la sanctionnent ne sont pas séparables d'une aliénation collective qu'ils tendent à alimenter : constat qu'il faut commencer par sérieusement méditer avant de se précipiter sur la formule magique des droits de l'homme comme la clé enfin trouvée du problème politique. Il est un envers menaçant - qui ne le sait à présent ? - d'une société libérée de toute oppression : la domination totale. Il peut y avoir aussi un revers à la lutte naïve pour l'accroissement de la sphère des droits de l'individu : le renforcement du rôle de l'Etat, l'approfondissement de l'anonymat social, l'aggravation encore du désintérêt pour la chose publique et la banalisation angoissée des conduites. Aliénation : c'est, en son sens précis, le terme générique qui s'impose ici. Car ce dont il s'agit en chacun de ces points, C'EST D'UNE DISJONCTION PRIVATIVE ENTRE LE POINT DE VUE INDIVIDUEL ET LE POINT DE VUE COLLECTIF (majuscules de votre serviteur). On est individuellement libre, mais à l'intérieur d'une société prise en charge par l'Etat ; on se sent soi, on se vit sur le mode de la particularité par devers soi, mais on est n'importe qui du point de vue d'ensemble de l'organisation où l'on s'insère. On est du dehors indépendant en tant qu'atome social, mais on est du dedans incapable, d'une part incapable de penser parmi les autres ; et, d'autre part, incapable de prendre ses distances et d'assumer sa différence par rapport aux autres."
 
In Marcel GAUCHET. La démocratie contre elle-même. Collection Tel, Gallimard, Paris, 2002.
-
Voilà le résultat de la démocratie contemporaine en général, et de la démocratie française actuelle en particulier, une aliénation du sujet dans sa dimension politique. C'est pourquoi, recouvrant l'autonomie chère à nos pères grecs, les Veilleurs dont je suis, redonne au civisme et à la politique leur dimension interpersonnelle, et cela contre les dictateurs prétendument démocratiques aux petits pieds qui entendent nous imposer leurs vues. Venez tous nombreux demain à 17 h 30, Esplanade de la Défense, pour déambuler dans l'espace public, en libres citoyens, pour participer au rassemblement des Veilleurs.
-

lundi 16 janvier 2012

Des cloîtres pour les hommes libres...

-,
Toujours dans Pascal BRUCKNER, cette citation de Paul VALERY en ouverture du chapitre IX de son ouvrage Misère de la prospérité.
-
"Il faudra bientôt construire des cloîtres rigoureusement isolés où ni les feuilles ni les ondes n'entreront... On y méprisera la vitesse, le nombre, les effets de masse, de surprise, de contraste de nouveauté et de crédulité. C'est là qu'à certains jours, on ira, à travers les grilles, considérer quelques spécimens d'homme libres."
-
Il y a sans doute du vrai dans ce que dit notre bon Paul. Et c'est à se demander si la course à l'argent, à l'argent comme signe monétaire bien entendu,  n'est pas le péché capital de notre monde. "Combien ça coûte ? Chez Dupont, c'est pas cher !" nous crient les murs du Métro, les encarts publicitaires et la séquences télévisée. Nous n'avons que ce que nous méritons : un dessèchement des relations humaines, la mort de l'autre à nos yeux. Ce sont les petits et les pauvres, les anawim qui empruntent le bon chemin. Juste ici, une petite anecdote. Je rends visite tous les mercredis à une très vieille dame, qui ne peut plus se déplacer. Je vais tout simplement lui porter la communion. Rien de bien glorieux dans l'acte, catéchèse irremplaçable à son contact. Il y a 15 jours, en effet, alors qu'elle est vraiment très pauvre, elle m'a donné un billet de 20 euros pour que je distribue cette somme (à fragmenter, bien sûr) à des Sans Domiciles Fixes. Je l'ai fait (pas encore entièrement), en spécifiant chaque fois que ce don vient de Thérèse et qu'il est fait au nom de Jésus. Je garde pour moi les réactions émerveillés de ceux qui ont bénéficié des dons de Thérèse. Voyez-vous, ça une autre allure que les bonus de monsieur MESSIER, les jetons de présence de monsieur SCHWEITZER et les traitements mirobolants d'incapables élites (elles ne le sont pas toutes, bien sûr ! Gardons-nous bien de généraliser). Mais celles dont on parle suscitent bien des interrogations.
-
Au lieu de nous empoisonner avec les quantités, les sous, les flux, les taux, les pourcentages, les hommes politiques ne pourraient-ils pas donner l'exemple et vanter la qualité ? Qu'est-ce qui les en empêche ? Certes, ils ne sont pas tous des saints Louis, mais enfin ils pourraient peut-être faire un petit tour du côté de VINCENNES pour y chercher l'inspiration, non ?

vendredi 26 mars 2010

Le pervers médiocre

-
Madame Cynthia FLEURY a publié un livre dont j'ai récemment évoqué le titre et l'existence : je veux parler des Pathologies de la Démocratie. Je ferai dans quelque temps un billet sur l'ensemble du livre. Mais pour aujourd'hui, dans le contexte politique qui est le nôtre, il me paraît intéressant de vous parler de l'une des pathologies de notre démocratie française contemporaine : les perversions médiocres.
-
Je note tout d'abord la prudence de l'auteur. Le chapitre porte un titre abstrait. Mais il n'y a pas de perversions sans pervers, et l'on aurait attendu qu'elle utilisât le terme de pervers médiocre. Elle ne le fait pas, et utilise par prudence, sauf une fois, le terme de "pervers quelconque" quand elle parle de celui qui est atteint de cette maladie civique. Cette précaution étant prise, elle parle de ce pervers en des termes d'une vigueur et d'une pénétration incroyables.
-
"[...] si le "pervers quelconque" transgresse les règlements, cela ne doit pas le mettre en danger mais seulement lui profiter" [Et de citer un texte d'Eugène ENRIQUEZ, publié dans un article intitulé L'idéal-type de l'individu hypermoderne : l'individu pervers ? lui même inclus dans un plus vaste ouvrage collectif, L'individu hypermoderne édité et dirigé par Nicole AUBERT.] "La loi structurante de la société, il peut s'en accommoder ou en faire fi, sans trop se poser de questions. Pour lui, rien n'est sacré sauf sa jouissance immédiate. Il n'est donc pas contre la loi, mais contre les lois particulières qui le brident." Cynthia FLEURY à ce point reprend sa plume. "En ce sens, le pervers médiocre plébiscite la loi tout autant qu'il la vilipende et manifeste la plus grande des complaisances face à cette schizophrénie. Il veut pouvoir tout faire, sans que ce tout lui coûte quoi que ce soit : [citation d'Eugène ENRIQUEZ] 'Il veut devenir riche sans travailler, éliminer les autres en risquant le minimum, avoir des filles faciles ou les torturer et les tuer pour exprimer sa puissance ou son dégoût, se complaire aux drogues dures, car elles lui permettent de ne pas ressentir son impuissance, fuir dans un monde irréel ou encore calmer sa propre angoisse existentielle' [fin de la citation d'ENRIQUEZ]. Le hiatus, poursuit Cynthia FLEURY, entre le désir et le prix à payer de ce désir est si grand que le risque de dérapage est inévitable. Si tout est évalué à l'aune du désir personnel et non à celui des valeurs communes, alors il n'y a plus de garde-fou, tout peu s'emballer et la perversion quelconque conduire à la banalisation du meurtre. [...] Mais si le grand pervers était capable de sublimer - et sublimer, on le sait, est une compétence politique -, le pervers médiocre en est incapable l'anti-sublimation, tel est aussi l'autre nom du matérialisme honnête que nous serons conduits à dénoncer plus loin."
-
Un peu plus haut, Cynthia FLEURY avait indiqué ceci qui politiquement est de la plus haute importance : "Le pervers quelconque n'est jamais prêt à payer quoi que ce soit : tout doit être gratuit. Le culte de la gratuité, telle est d'ailleurs l'une des pathologies de la démocratie moderne, sur laquelle nous reviendrons".
-
Ceci explique qu'un chauffard sous l'emprise de l'alcool puisse faucher et tuer un adolescent de 13 ans qui attend paisiblement son bus, que des supporters en furie tabassent un autre supporter qui ne soutient pas leur club, et lui ôtent la vie, ceci explique que monsieur ZEMMOUR, appuyé dans ses dires par monsieur BILGER (ce qui ne laisse pas de m'étonner), soit traîné dans la boue quand il dit que les trafiquants de drogues sont pour la plupart des arabes et des noirs, mais que l'ignoble monsieur GUILLON soit défendu par Nicolas DEMORAND, un journaliste d'une de nos chaînes publiques, quand il moque les yeux et le menton de monsieur BESSON. Cela explique aussi la revendication idiote de la gratuité des transports par les élus socialistes de la région Île-de-France. Tout ceci est bien l'expression d'un comportement pervers qui tue la démocratie, laquelle exige des citoyens un minimum de tempérance.
-
Je reviendrai donc sur ce livre qui, à mon avis présente des lacunes, mais expose avec une clarté impitoyable les maladies de notre démocratie contemporaine, dont l'idéologie dominante, mercantile, libertine, politiquement correcte, est largement responsable.
-
A plus tard.