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lundi 26 septembre 2022

BILLET DU 23 SEPTEMBRE 2022. DE L'INUTILITE DU STOCKAGE, DE L'UTILITE DU PARTAGE

Voici la  traduction admirable de la stance IX du Daodejing par Jean LEVI.

    "Cesse donc d'accumuler.
    Qui trop affûte émousse.
    Ces salles remplies d'or et de jade
        pourras-tu les garder des voleurs ?
    Cet homme riche et couvert d'honneurs
        s'attirera par sa morgue le malheur.
    S'effacer l'oeuvre accomplie
        est bien dans la manière du ciel."

Ce texte rappelle par certains aspects le texte de l'évangile du riche et du pauvre Lazare, en Luc 16, 19-31, dont je vous donne ici une illustration. Et je vous laisse le soin de lire ce passage terrible dans lequel le riche reste anonyme et le pauvre est nommé, et repose après sa mort dans le sein d'Abraham.


        



En des temps qui s'annoncent difficiles, il paraît bien inutile de stocker de la moutarde, du sucre ou des pâtes. Et il me semble indispensable de savoir partager le peu qui nous restera avec ceux à qui il ne reste rien.


samedi 10 novembre 2012

Une sage parole de Xunzi

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Plus j'avance dans la lecture des sages chinois, et plus je les admire. Voici, tiré du très pessimiste XUNZI (SIUN TSEU) un passage que tous nos hommes politiques, quel que soit le côté du marécage où ils barbotent ou sont en train de s'enfoncer, devraient lire et méditer.
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"D’où proviennent les rites ? La réponse est que les hommes naissent avec des désirs. Ces désirs étant insatisfaits, il ne peut pas ne pas y avoir d’exigences. Ces exigences étant sans retenue, sans mesure, sans partage et sans limites, il ne peut pas ne pas y avoir de conflits. Or les conflits engendrent le désordre et celui-ci, la misère. Les Anciens Rois, par aversion pour un tel désordre, créèrent les Rites et l’équité des devoirs rituels afin de procéder à des répartitions, de satisfaire aux désirs des humains, de répondre à leurs exigences. Faire en sorte que les désirs n’aillent point excéder les choses et que les choses ne viennent point manquer aux désirs, faire régner entre les deux un durable équilibre, c’est cela qui a présidé à la naissance des Rites."

(In Xunzi. Traduction française d’Ivan KAMENAROVIC. Éditions du Cerf, Paris, 1987 ; p 225.);
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Je trouve très remarquable la dernière partie : "Faire en sorte que les désirs n'aillent point excéder les choses et que les choses ne viennent point manquer aux désirs." Tempérance et satisfaction des désirs tempérés ! Tout est dit. On peut toujours promettre la lune, susciter chez nos congénères le désir de la posséder ; la lune viendra à leur manquer, et ils seront frustrés. Toute la question se résume donc à n'évoquer (au sens ou une électrode évoque un courant dans un neurone) que des désirs susceptibles d'être effectivement satisfaits, à éveiller le goût des choses de l'esprit plutôt que celui  des biens matériels et des personnes Et lutter effectivement contre la pauvreté ("procéder à des répartitions" dit le texte) en contrant des exigences "sans retenue, sans mesure, sans partage et sans limite". Sur ce point les élites de l'industrie et de la banque feraient bien de réfléchir avant qu'on ne les obligent par la force à la tempérance financière. S'il y en a parmi eux qui ont lu l'Evangile du jour, ils ont entendu cette parole forte de JÉSUS : nul ne peut servir deux maîtres à la fois, Dieu et l'argent. Quant au reste de nos concitoyens, moins avantagés par la fortune, il est criminel et vain de leur laisser croire qu'ils peuvent doubler, tripler, quadrupler leurs revenus, par la seule vertu d'une décision gouvernementale. Il me semble que dans la situation où nous sommes, tout le monde, moi le premier, je le confesse et je l'ai dit, doit faire des efforts, retrousser ses manches pour produire plus de richesses à distribuer, et donc travailler plus. Nous ne finissons pas de payer les erreurs commises par Martine AUBRY (à l'instigation de DSK, d'ailleurs).
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mercredi 12 septembre 2012

Question à Jean-Luc Mélanchon

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Vous avez, monsieur, jeté votre hargne sur Bernard ARNAULT en mettant en avant l'énormité effective de sa richesse et en suscitant dans l'esprit de votre auditoire l'envie et la condamnation de sa personne en particulier et des riches en général. J'ai quand même une question à vous poser ; une vraie. Je ne désire nullement vous piéger ou piéger qui que ce soit en la mettant sur la table ; la voici : En quoi la richesse et l'existence de monsieur ARNAULT empêche-t-elle, ici et maintenant, l'ensemble de nos concitoyens (et pas seulement les salariés) de "gagner plus" ?
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Je ne me satisferai pas de la réponse marxiste qui consiste à dire que les riches ont exploité les prolétaires. Car il n'y a pas que des salariés dans notre pays (les derniers prolétaires sont bien souvent des immigrés à qui revient, par exemple, de vider nos poubelles) : je pense aux agriculteurs, à tous ceux qui exercent une profession libérale, aux artisans, aux commerçants. Ils sont tout de même nombreux. Et personnellement je ne vois pas en quoi les milliards de monsieur ARNAULT viennent diminuer leurs revenus. Quant aux salariés, s'ils existent c'est qu'il y a des entrepreneurs qui les ont recrutés. Qu'ils viennent, par leur travail augmenter la valeur des biens détenus par leurs employeurs est une évidence, et c'est sans doute dans une meilleure répartition des bénéfices et une appropriation par le personnel d'une part du capital qu'il faut trouver des solutions de justice. (Là, il y a de grosses réticences du côté du patronat qui ne veut pas partager le pouvoir ce qui, dans une certaine mesure, mais une certaine mesure seulement, peut se comprendre). Ce n'est pas en taxant les riches, en accablant les entreprises d'impôts, de charges, de contrôles de toutes sortes. Les termes du problème seraient exactement les mêmes si, au lieu de voir les moyens de production détenus par des mains privées, ceux-ci étaient la propriété de l'Etat. Si c'était vrai, ça se saurait : la faillite de CUBA, les famines de la CORÉE du Nord sont là pour nous le rappeler.
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On rougit d'avoir à rappeler que pour distribuer des richesses, il faut d'abord qu'elles aient été produites, et ceci quel que soit le régime politique sous lequel le citoyen ploie le joug. Imaginez un pays dans lequel il n'y aurait que des activités tertiaires : où trouverions nous nos aliments, nos voitures, nos habits ? Dans les pays étrangers qui eux n'auraient pas eu la bêtise de croire que l'avenir est dans les services. Pour nombre de ces produits (habillement, chaussures, appareils électroménagers, et même voitures) c'est bien ce qui se passe. Monsieur MONTEBOURG a bien du souci à se faire ; et je ne voudrais pas être à sa place.
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lundi 4 octobre 2010

Sur l'argent et les riches

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Si vous avez lu mon billet d'hier, vous aurez bien noté que j'ai précisé ceci : qu'il soit de droite ou de gauche, l'argent est toujours trompeur. C'est ainsi que Jésus l'a qualifié. Malheureusement, les équivalences françaises du mot grec qui qualifie l'argent ne sont pas toujours précises ou fidèles et l'on trouve souvent comme traduction : l'argent d'iniquité. Mais, qu'il y ait ou non un bon usage de l'argent, il reste trompeur. Et Jésus loue l'intendant malhonnête qui -sachant qu'on allait le congédier - se fait des amis en remettant aux débiteurs de son maître une partie des dettes qu'ils ont contractées envers ce dernier, en nous demandant d'être aussi habile dans les choses du ciel que lui l'est dans celles de la terre.
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Il me semble que la clé d'un sain rapport à l'argent est donnée par ces versets du Livre des Proverbes (30, 5-9) : "Seigneur, je ne te demande que deux choses, ne me les refuse pas avant que je meure ! Eloigne de moi le mensonge et la fausseté, ne me donne ni la pauvreté ni la richesse : accorde-moi seulement de quoi subsister. Car dans l'abondance, je pourrais te renier en disant : 'Le seigneur n'existe pas'. Et dans la misère, je pourrais devenir un voleur, et profaner ainsi le nom de mon Dieu."
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L'argent n'a d'autres fonctions que de permettre à l'homme de vivre décemment : se nourrir, se vêtir, se loger, témoigner son amour à son conjoint, élever ses enfants convenablement, s'enrichir l'esprit, accueillir ses proches et ses amis. Il ne sert pas à accumuler des biens immenses dont on ne saurait que faire, dont on ne connait même pas la nature, dont on ne saurait même pas dresser la liste. Car on ne dort que dans un lit, et l'on ne se nourrit que trois fois pas jour, on ne regarde qu'un tableau à la fois, et on ne fait pas conversation avec un coffre-fort.
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L'Ancien et le Nouveau Testament ont des paroles terribles. C'est le prophète AMOS (6, 1a. et 4-7) qui crie aux riches du Royaume d'Israël (le Royaume du Nord) : "Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie. Couchés sur des lits d'ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres, [...], il se frottent avec des parfums de luxe, mais ne se tourmentent guère du désastre d'Israël ! C'est pourquoi maintenant, ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n'existera plus." On ne saurait être plus net.
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Et puis il y a cette parabole du mauvais riche et du pauvre LAZARE qui aurait bien voulu manger les miettes qui tombaient de la table de cet homme. Mais on ne lui donnait rien, et seuls les chiens venaient lécher ses plaies. L'un et l'autre meurent. LAZARE repose près d'ABRAHAM, le mauvais riche brûle de soif dans les fournaises de la damnation. Il supplie ABRAHAM et LAZARE qu'ils viennent lui humecter les lèvres avec une goutte, une seule goutte d'eau (cf. Luc, 16, 18-31). Et ABRAHAM de lui répondre : "Mon enfant, rappelle-toi : Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et LAZARE le malheur. Maintenant, il trouve ici la consolation, et toi, c'est ton tour de souffrir. De plus, un grand abîme a été mis ENTRE VOUS [notez le pluriel, je vous prie, et comprenez qu'ils visent tous les mauvais riches] ET NOUS, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous."
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La parabole est pleine d'enseignement : le mauvais riche est condamné non pas parce qu'il est riche, mais parce qu'il a refusé d'abandonner à LAZARE l'usage des miettes qui tombaient de sa table. Ses greniers sont remplis, mais son coeur est sec. Il a refusé de donner des miettes sur la terre, on lui refuse une goutte d'eau dans le ciel.
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Est riche, celui accumule sans autres finalités que d'accumuler et qui fait de l'argent trompeur son idole. En ce sens, Bill GATES qui est multimilliardaire mais distribue 80 % de ses revenus à des fondations charitables diverses n'est pas un mauvais riche. Il lui reste certes de quoi vivre dans le luxe. Mais il ne garde pas tout pour lui et il donne plus que des miettes. Tous les détenteurs des grandes fortunes n'en font pas autant. On pourrait multiplier les exemples de ces riches qui ont redistribué une partie de leurs biens. Les Princes de TOUR et TAXIS à RATISBONNE nourrissent quotidiennement 300 indigents. Des mécènes laissent aux Musées des collections d'objets d'art fabuleuses. Pour ce qui est des Arts asiatiques que je connais un peu, on peut citer les RIBOUD et leur éblouissante collection d'objets indiens légués au Musée GUIMET, Lionel JACOB et sa collection d'objets chinois, GRANDIDIER qui y a laissé 6.000 céramiques et porcelaines chinoises de toute beauté, Emile GUIMET bien sûr, et tant d'autres.
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Pour terminer, voici cette parole de saint Jean-Chrysostome (que j'ai tacitement opposé aux Cacostomes de tous poils dans un récent billet) encore appelé saint Jean-Bouche d'or (exacte traduction du mot grec chrysostome) : "Tout riche est voleur ou fils de voleur". Allons, messieurs du CAC 40, messieurs des banques, grands chevaliers d'industrie, ne voyez-vous pas que votre aveuglement, votre âpreté au gain, votre cupidité, minent sous vos pas le chemin que vous croyiez pavé de sécurité, de certitudes et de bien-être ?
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Je résume. Pour moi, il n'y a ni fric, ni pouvoir d'achat. Il y a l'argent trompeur qu'il s'agit d'utiliser avec discernement. Il n'est ni une finalité, ni une marchandise. Il n'est qu'un moyen. Mais il reste trompeur et il l'est pour les riches qui refusent de partager, et pour les moins riches qui en réclament toujours davantage. Quant aux pauvres, ils n'ont pas de voix pour se faire entendre. Car il n'y a pas de syndicats de pauvres.
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jeudi 22 mai 2008

Lamentations sur les riches

Aucune considération politique, aucune considération psychologique ne peuvent déterminer l'homme charnel à pratiquer la vertu. Il faut des considérations spirituelles et mystiques pour que la chair de l'homme soit visitée. Comment, en effet, ne pas être bouleversé par ce que dit saint Jacques dans son épître (5, vv 1-6) : Ecoutez-moi, vous, les gens riches ! Pleurez, lamentez-vous, car des malheurs vous attendent. Vos richesses sont pourries, vos vêtements sont mangés des mites, votre or et votre argent sont rouillés. Cette rouille vous accusera, elle dévorera vos chairs comme un feu. Vous avez amassé de l'argent, ALORS QUE NOUS SOMMES DANS LES DERNIERS TEMPS (c'est moi qui met des majuscules). Des travailleurs ont moissonné vos terres et vous ne les avez pas payés ; leur salaire crie vengeance, et les revendications des moissonneurs sont arrivées aux oreilles du Seigneur de l'Univers.
Le contexte l'indique : ce n'est pas richesse en soi qui est condamnée, c'est la richesse obtenue par l'injustice. Ainsi, tout riche doit s'interroger sur l'origine de sa richesse, et ne pas hésiter à pratiquer le partage.
Il est intéressant de noter le commentaire de Jacques : alors que nous sommes dans les derniers temps. Dans un livre tout à fait passionnant, Arnaud-Aaron UPINSKY, mathématicien, philosophe et linguiste, analyse les caractéristiques des temps apocalyptiques, tels qu'elles ont été énoncées par Jésus (Marc, 13, 19 ; Matthieu, 24, 3). Aucun d'entre eux, à lui tout seul, ne suffit à en signer l'avènement. C'est leur survenue simultanée qui en signe l'inauguration. UPINSKY en distingue sept : (a) des signes annonciateurs comme les guerres, soulèvements, tremblements de terre, et par endroits, des pestes et des famines ; (b) l'annonce de l'Evangile à toutes les nations, qui est accomplie, notamment par les voyages des évêques de Rome dans tous les continents ; (c) la multiplication des faux prophètes que sont les scientifiques et leur orgueil démesurée, les idéologues et maîtres du soupçon, comme NIETZSCHE, FREUD et MARX, les gourous de sectes ésotériques ; (d) l'apostasie générale, marquée selon UPINSKY par la progression de l'ABSTRACTION, les statistiques de la fréquentation des églises, la contradiction épistémologique des clercs qui ont abandonné la philosophie réaliste au profit de la philosophie idéaliste ; (e) l'abomination dans les lieux saints, qui se manifeste, par exemple, par le scandale des prêtres pédophiles, ou se trouve dénoncée dans les messages de Fatima et de la Salette ; (f) la diaspora et le retour à Jérusalem, avec la proclamation de Jérusalem comme capitale éternelle de l'état d'Israël, et la fin des nations, manifestée entre autre par la mondialisation, la globalisation de l'économie, et l'émigration massive et clandestine ; (g) le culte du veau d'or, qui s'exprime dans le capitalisme financier, l'appétit de l'argent que tous, du plus petit au plus grand, nous manifestons, le plus scandaleux, étant l'appétit des riches, déjà repus d'argent, ne sachant même plus qu'en faire. Du reste, l'Apocalypse le dit (13, 17) : Personne ne peut plus acheter ou vendre, s'il n'est pas marqué de la marque de la bête, ou de son nom, ou du chiffre de son nom. UPINSKY remarque que la définition d'acheter et de vendre renvoie vraisemblablement à une monnaie. Je suis, personnellement, tenté d'y voir le dollar, monnaie de réserve dont la crise prévisible et certaine - personne n'en parle, mais tous les économistes la craignent - va entraîner une catastrophe économique épouvantable.
En vérité, notre civilisation marchande, matérialiste, est déjà condamnée. Pour développer cette conclusion, je reviendrai sur ce qu'a dit René GIRARD dans un de ses livres : "Quand ces choses apparaîtront".
(UPINSKY n'est pas un fou ou un illuminé. Il a été l'inspirateur, l'organisateur et le directeur du Symposium de ROME consacré au Linceul de Turin en 1993, et il a définitivement cloué le bec au Pr TITE, coordinateur du projet de datation du Linceul au Carbone 14. TITE sera contraint, du reste, à reconnaître qu'il n'a jamais prétendu que le Linceul était un faux. UPINSKY démontre que l'article publié dans la revue Nature, à l'instigation de TITE, aurait dû être refusé en raison du faible seuil de significativité des résultats de datation du Linceul, [5 %, contre 30 à 90 % pour les échantillons témoins, datés de manière certaine].)
Référence.
Arnaud-Aaron UPINSKY.
L'énigme du Linceul. La prophétie de l'an 2000.
Fayard, Paris, 1998.

mercredi 6 février 2008

Sagesse des anciens

Du poète HORACE, cette ode qu'il dédia à son ami DELLIUS

"Souviens-toi, cher DELLIUS, de conserver une âme toujours égale, qui ne s'altère point dans l'adversité, et qui ne s'enivre point d'un fol orgueil dans la prospérité : car tu mourras, soit que tu aies consummé ta vie dans la tristesse, soit qu'aux jours de fête, couché à l'écart sur le gazon, tu aies noyé tes soucis dans un Falerne (NDT : un vin réputé) du fond du caveau. [...]
Il faudra quitter ce parc, formé de tant d'acquisitions réunies, ce palais, cette maison de campagne que le Tibre vient baigner de ses eaux dorées ; il faudra les quitter ; et ces richesses accumulées seront la proie d'un héritier. Que tu soies riche, issu de l'antique INACHUS, ou que, pauvre et du sang le plus vil, tu n'aies sur la terre d'autre abri que les cieux, il n'importe : regarde-toi comme une victime dévouée à l'impitoyable Achéron (NDT : une déité des enfers). Nous courons tous vers le même terme ; le sort des mortels s'agite dans l'urne fatal ; tôt ou tard, il doit en sortir, et nous embarquer pour un exil éternel."
[In
HORACE.
Odes. Livre II, IIIe ode. A Dellius.
Traduction par M. René BINET.
A Paris, chez DETREZ, Neveu et successeur de M. COLAS, Libraire, place Sorbonne (sic), n°4, 1816. (Je possède les deux volumes de cette très belle traduction.)]
Le traducteur, fort justement, met en titre de cette ode "Que l'idée de la mort doit nous attacher à jouir des biens de la vie sans nous y attacher".
HORACE a de la vie une vision assez mélancolique. Il y manque en effet l'espérance qui donne tant de force aux paroles de Jésus. Mais tout de même, il y a bien du vrai dans ce message désabusé. Il me semble qu'il a une grande portée politique et qu'il devrait conduire à la modération tous ceux que brûle le désir de posséder, d'accumuler, de gagner de l'argent, et à la fermeté d'âme jointe à l'exigence de la justice, tous ceux que la pauvreté accable, qui crient famine, cherchent un toit, veulent pouvoir loger leur famille, et gagner dignement leur vie par leur travail. Oui, il me semble que l'antique poète nous invite à rentrer en nous-même pour qu'enfin notre coeur connaisse la vanité de tous ces hochets, d'un côté, et la nécessité de partager nos richesses avec ceux qui n'ont rien de l'autre. Et s'il parvient à plus encore, que je ne dirai pas, alors son passage sur terre n'aura pas été inutile.

samedi 28 avril 2007

Quelques évidences

On peut tourner la question dans tous les sens : la réponse est toujours la même. Il n'est pas possible de répartir des richesses qui n'ont pas été produites. Il y a deux façons d'augmenter la manne à redistribuer : améliorer la productivité ; travailler. Ces deux moyens, du reste, offrent chacun diverses options d'action.
Ainsi de l'augmentation de la productivité. Elle peut être assurée par une personne, par une machine, ou par la rencontre des deux agents. Quand on a supprimé, dans le métro, les poinçonneurs et le chef de train, on a fait supporter par le conducteur les tâches de ces derniers. Trois personnes ont été remplacées par une. On a diminué le nombre de secrétaires-dactylographes lors de l'avènement de l'ordinateur et des logiciels de traitement de texte, et le jour n'est pas loin, ou par le traitement vocal, on supprimera totalement ces postes. Certains robots convenablement programmés peuvent parfaitement remplacer un agent d'entretien. On voit que, selon les cas, ce processus d'amélioration est plus ou moins légitime. Il me paraît l'être, s'il diminue la peine des hommes sans détruire leur emploi. ll l'est nettement moins s'il s'agit d'augmenter des profits en diminuant le nombre d'emplois. Une amélioration de la productivité NE DERAIT PAS DETRUIRE D'EMPLOI. Elle devrait au contraire en créer, par l'invention de nouvelles fonctions dans l'entreprise. Messieurs, mesdames, inventez, innovez, imaginez, à partir d'une vision politique, sociale, économique et anthopologique globale, et non pas financière.
Travailler plus, deuxième voie générale. Voilà qui fait pousser des cris d'orfraie à ceux qui, en général, ont des revenus suffisants et peuvent vivre dans une relative oisiveté, en bénéficiant, du reste, du travail des moins bien nantis (restaurateurs ouverts le dimanche, hôpitaux, services de garde divers, transports en commun, et dans certains secteurs, commerces divers à ouverture dominicale, etc.). Car si personne ne travaille quand ils ont eux des loisirs, ils vont s'ennuyer, non ? Pourtant, que ce soit dans la production de biens ou dans l'offre de services, il n'est nul besoin de sortir de polytechnique pour comprendre que ce "travailler plus" engendre des richesses susceptibles d'être réparties. Il y a aussi le travailler autrement par la création d'entreprises, l'innovation, la prise de risque personnel, et, la diminution du salariat au profit de l'initiative individuelle. : je suis absolument convaincu que nous allons vers cette dernière solution. Elle me semble avoir l'avantage de laisser à chacun la maîtrise de sa vie. La civilisation technique, dans sa logique insensée, est faite pour une société dans laquelle des usines ultramodernes et sans employés, produiraient des biens que personne ne pourrait acheter, faute de ressources et d'emploi.
Dernière réflexion : il n'y a pas une piste unique d'action. Il est facile de dire que l'on va redistribuer. Mais redistribuer quoi ? Les bonnes vieilles recettes idéalo-socialistes ont fait preuve de leurs limites. Elles ont simplement permis de contenir l'explosion sociale par l'acceptation d'une civilisation inhumaine dont ils ont eux-mêmes édifié les fondements. Leur intuition philosophique est très claire. Elle peut se résumer par une sentence de TOCQUEVILLE : "On se passe fort aisément de ce que les autres n'ont pas". Les bonnes vieilles recettes dites "libérales" (on se demande bien pourquoi) peuvent se résumer par une sentence qui m'est personnelle : "Enrichissez-moi". Je préfèrerais un mot d'ordre plus humain : "Enrichissons-nous". Serait ouvert le débat de fond : de quoi avons-nous besoin d'être enrichi ? Mais je ne vois point surgir cette question dans le débat électoral, et pour cause, car elle ouvrirait une boîte de Pandore, celle-qui renferme toute la question du sens de la vie humaine dans sa dimension personnelle ET sociale.