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jeudi 21 mars 2019

Mardi 19 mars 2019. Nouvelles du pari bénédictin. Servir l'homme intégral.


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Au lieu d’un château fort dressé au milieu des terres, pensons plutôt à l’armée des étoiles jetée à travers le ciel.
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LA SERVITUDE DU FONCTIONNAIRE ANALYSÉE PAR MARCEL LEGAUT.
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"Je savais déjà qu'être intellectuel spécialisé représente une lourde hypothèque pour qui veut atteindre la structure de l'homme complet. Je comprenais maintenant qu'être fonctionnaire est une condition fort peu propre à grandir un caractère. La sécurité matérielle du fonctionnaire, semblable à celle du petit ou du gros rentier de jadis, concourt perfidement, insensiblement, dans une société matérialisée, à l'apprentissage de la servitude. Toucher régulièrement un traitement à la fin de chaque mois par une formule de chèque postal, sans qu'il n'y ait nul rapport visible entre le travail fourni et la rémunération, cela supprime l'aiguillon qui garde au labeur, et à toute la vie, leur originaire capacité d'initiative, de vigueur et de ténacité. Bien peu d'hommes, en effet, ne s'endorment pas sous le poids de leurs déterminismes quand l'aiguillon de la nécessité ne vient pas les pousser au-delà d'eux-mêmes."
In
Marcel LÉGAUT.
Travail de la Foi. Quelques approximations spirituelles.
Éditions du Seuil; Paris, 1962. (Page 17.)
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COMMENTAIRES PERSONNELS.
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Le constat de Marcel Légaut est extrêmement nuancé. Il ne cible pas les fonctionnaires en général, en tous lieux et en tous temps, mais les fonctionnaires d’une société matérialiste (matérialisée). Par ailleurs, Marcel Légaut parle de la structure de l’homme entier. Depuis que j’ai ouvert ce Blog, je ne cesse de crier sur tous les toits que l’erreur politique majeure commise depuis la naissance de la république française est une erreur anthropologique. L’homme complet, dont parle Marcel Légaut, est tout à la fois corps, âme et esprit, selon la belle formule de saint Paul dans la première épître aux Thessaloniciens. Et la grande erreur à laquelle je fais allusion est l’erreur matérialiste qui fait que les hommes politiques de tous bords, ne s’intéresse qu’au corps, dont il est évidemment indispensable de satisfaire les exigences (nourriture, vêtement, toit, chauffage, etc.) si l’on veut que les autres instances (âme et esprit) voient les leur honorées. L’homme ne vit pas seulement de pain, dit Jésus à la fin de ses quarante jours de retraite dans le désert, au moment de la grande tentation.
C’est pour ignorer les exigences de l’âme (qui correspond en gros au psychisme, et à la conscience) que le monde politique se trouve aujourd’hui confronté à une crise d’une exceptionnelle gravité. Il existe une subjectivité sociale qui s’exprime à travers les traditions locales ou régionales, les associations, les fêtes, les commémorations diverses (je pense à la fête de la Vouivre par exemple, un célèbre dragon mythique fort prisé chez les antiques Séquaniens, qui a lieu tous les ans en Bourgogne, ou à la cérémonie qui a lieu chaque année en mémoire des morts de la Commune, ou à la fête de la Lumière à Lyon), les contraintes géographiques (transhumance, par exemple). Cette subjectivité et les pratiques sociales qui la sous-tendent, est délibérément ignorée ou détournée par les élites technocratiques pour qui les problèmes ne peuvent trouver de solutions qu’objectives.
Et puis il a l’esprit, le pneuma, le lieu du souffle, le lieu où l’Esprit repose. Bien entendu, il y a belle heurette que nos politiques ont oublié que l’homme est fait pour louer et honorer son Créateur lequel est à la fois transcendant et immanent.
En retournant à la terre, en retissant le lien qui unit le travail à sa rétribution, Marcel Légaut est l’exemple même du parieur bénédictin. Il a cultivé la terre, après avoir été professeur des universités, il a passé ses journées au rude labeur des labours, et ses soirées à la réflexion, la lecture, la méditation. Il a connu la fatigue du corps et le repos, il a nourri son intelligence de lectures, de culture, d’exclamations émerveillées devant la nature, et par-dessus tout, il a médité et prié. Je suis très étonné de voir qu’un chrétien de cette envergure (comme Jean BASTAIRE d’ailleurs) ait été si peu étudié par nos pasteurs. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et je vous encourage à lire les œuvres de ce paysan-poète.



jeudi 26 septembre 2013

Nouvelles de la Résistance : quand les mandarins confisquent la démocratie

Dans l'avant propos à son livre consacré aux fonctionnaires divins de la Chine, Jean LEVI, un très brillant sinologue français dit ceci à propos de l'émergence de la classe des mandarins au milieu de la ruine de la société aristocratique, féodale certes mais chevaleresque, de la Chine antique :
 
"Dans un monde où les mobiles des hommes ont été mis à nu, où la politique a été dépouillée du voile encombrant de la morale, il devient possible de manipuler les hommes et ainsi de reprendre le contrôle du devenir. Il suffit pour cela de créer une machine qui soit aussi spontanée, aussi universelle et inhumaine que l'insaisissable objet qu'elle veut étreindre, parce qu'elle est coulée dans les plus bas instincts de l'homme. Cet appareil, c'est la bureaucratie qui tourne rond et fait marcher droit. Les hommes marchent droit grâce aux lois ; le temps tourne en rond par le discours ; des techniques de surveillance rendent tous les actes prévisibles, tandis que les rites, redécouverts, transforment le cours de l'Histoire en cycle saisonnier. Tels sont les fondements de l'ordre absolu".
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Jean LEVI applique l'analyse à cette classe de lettrés qui peu à peu ont pris le pouvoir en Chine antique, en l'édifiant sur les ruines laissées par l'effondrement des Royaumes Combattants. Ce texte est d'une étonnante modernité, et il exprime très exactement la situation actuelle de notre patrie. L'ordre féodal de l'Ancien Régime, injuste à bien des égards - il est nécessaire de le reconnaître, mais il était réformable en profondeur grâce au concours de ceux qui en étaient pourtant les bénéficiaires [cf. le duc d'AIGUILLON ou le comte de NOAILLES] - s'est effondré dans les violences et les convulsions de la Révolution. Avec le bienveillant concours du tyran BONAPARTE, ridiculement transformé en empereur d'un pays qu'il a d'abord détesté (ses lettres, écrites de Corse en témoignent abondamment), une classe de nouveaux mandarins a confisqué le pouvoir concret (du Préfet aux Directeurs départementaux ou régionaux, des secrétaires généraux de préfectures à ceux de régions, sans compter les innombrables chefs de service des diverses instances chargées de mettre au pas les Français et qui sont si nombreux qu'il est impossible de les énumérer) dans le respect absolu des injonctions de l'Etat qui les recrute et les promeut. Ce pouvoir, il appartenait aux corps intermédiaires, dont TAINE souligne avec nostalgie la disparition et avec elle la dissolution du lien social ; l'historien souligne que depuis l'Empire, nous vivons dans "une caserne philosophique".
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Mais la pire classe de mandarins qui soit, c'est très clairement celle des soi-disant représentants du peuple : les députés et, indirectement, les sénateurs. Combien d'entre eux, avant d'être élus, exerçaient une profession qui ne soit pas celle de fonctionnaire ? Combien d'entre eux peuvent avoir de la réalité une vue qui ne soit pas d'abord celle de l'Etat dont ils ont tiré pitance avant de se lancer dans l'arène de la politique ? Combien savent ce qu'est un bilan, une trésorerie ? Combien savent ce qu'est d'établir un bulletin de salaire, de correspondre avec l'inspection du travail, de traiter avec les URSSAF, de trouver des clients ou un marché ?  je veux dire le savent CONCRETEMENT, EXPERIMENTALEMENT ? Combien ont été CHEFS D'ENTREPRISE ? Tout est dans leur tête, dans leur idéologie, dans leur passion immodérée et irrépressible du pouvoir.
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Je vous ai mis le lien qui vous permettra de voir une petite vidéo tournée à BORDEAUX lors des journées parlementaires du PS. Vous verrez comment ces nouveaux mandarins confisquent à leur profit la police d'état pour ne pas avoir à entendre les protestations du peuple (certes, il n'y avait pas foule de manifestants à BORDEAUX ; il y avait foule de forces de l'ordre). C'est tout à fait édifiant. Nous vivons dans un système bureaucratique qui nous prive des libertés les plus élémentaires, celle de protester, celle de professer publiquement ce à quoi nous croyons (hors du champ religieux bien sûr, mais dans celui de la conception de l'homme et de la société), celle de dire non à des gens qui nous accablent de taxes, mais ont refusé de modifier leurs traitements, leur système de retraite, ou encore de supprimer les avantages indus dont ils bénéficient. Je ne sache point que l'UMP ait protesté contre ce refus de changer quoi que ce soit à ce honteux régime de faveur. Voilà le lien :
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http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=V-sJr-PEzPk
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Nous crevons ce cette soi-disant élite, et tout particulièrement de celle qui constitue la classe des hauts fonctionnaires ; ils trouvent normal de jouer au ping-pong entre leur emploi public et des emplois privés où ils peuvent négocier contre argent sonnant et trébuchant les relations qu'ils avaient quand ils étaient au service de la patrie. Il ne faut pas généraliser. Il y a des hauts fonctionnaires qui ont eu la passion de servir (jadis un Paul DELOUVRIER, aujourd'hui un Xavier MUSCA à qui, avec l'élégance de pingouin qu'on lui connaît, monsieur HOLLANDE a refusé la direction de la Caisse des Dépôts, préférant y mettre un homme à sa botte). Honneur à eux, et honte aux autres qui se gavent d'un  argent immérité qu'ils dérobent au peuple.

mercredi 22 juin 2011

Nous crevons de notre aveuglement

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A lire et relire les Origines de la France contemporaine de TAINE, je comprends pourquoi les imbéciles, qui, du temps du grand historien, avaient pris d'assaut le gouvernement de notre patrie, ont préféré donner à cet idiot d'AULARD la chaire d'Histoire de la Révolution plutôt qu'à lui, un scientifique intègre. Ils ne pouvaient supporter le spectacle de leurs erreurs de perspective et de leurs errements politiques.
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A la fin du Livre cinquième, consacré à l'analyse du "Monde moderne" que nous a légué la Révolution, TAINE constate qu'il y a une antinomie fondamentale entre un régime qui se dit et se prétend démocratique et l'administration quasi totalitaire mise en place par Napoléon BONAPARTE. D'un côté, des "élus" qui cajolent les citoyens pour ménager leur réélection, de l'autre un système centralisé, carré, anonyme, inhumain, préfectoral. Et TAINE, constatant avec mélancolie le fait, dit ceci, qu'il vaut la peine de méditer et qui définit à la perfection les vices de notre République :
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"Sans doute le préfet, expédié de PARIS, demeure toujours le directeur en titre, le gérant actif et responsable de l'hôtel départemental et communal ; mais il est tenu de le gérer en vue des élections prochaines, et de façon à maintenir la majorité parlementaire dans la possession des sièges qu'elle occupe au Parlement. Partant, il doit se concilier les meneurs locaux du suffrage universel, administrer avec leur concours, subir l'ingérence de leurs convoitises et de leurs préventions, prendre chaque jour leur avis, y déférer souvent, même pour le détail, même pour l'application quotidienne d'un fonds déjà voté, pour la nomination d'un garçon de service, pour la nomination de l'apprenti non payé qui pourra un jour remplacer ce garçon" [NdT : un tel système existait à cette époque, en effet]. - "De là le spectacle que nous avons sous les yeux : un hôtel mal tenu où la profusion et l'incurie s'aggravent l'une par l'autre, où les sinécures se multiplient et où la corruption s'introduit ; un personnel de plus en plus nombreux et de moins en moins efficace, tiraillé entre deux autorités différentes, obligé d'avoir ou de simuler le zèle politique et de fausser par sa partialité la loi impartiale, appliqué, par delà son devoir professionnel à des besognes malpropres ; dans ce personnel, deux sortes d'employés, les nouveaux venus, avides, et qui, passe-droit, s'emparent des meilleures places, les anciens, qui n'y prétendent plus, patients, mais qui, à force de pâtir, se rebutent. Dans l'hôtel lui-même, de grandes démolitions et reconstructions, des façades architecturales, en style de monument, pour la montre et la réclame, des bâtisses toutes neuves, décoratives et horriblement onéreuses, des dépenses extravagantes ; par suite des emprunts et des dettes, une note plus grosse à la fin de chaque année pour chacun des occupants ; des prix de faveur et cependant très hauts pour les petites chambres ; des prix démesurés pour les grands et moyens appartements ; au total, des recettes forcées et qui ne suffisent pas aux dépenses, un passif qui déborde l'actif, un budget dont l'équilibre n'est stable que sur le papier, bref une maison qui mécontente son public et s'achemine vers la faillite."
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Quelle lucidité prophétique ! Et quelle puissance d'analyse ! Encore faut-il ajouter un  détail que TAINE ne pouvait connaître et qui vient compliquer le tableau. Il ignorait qu'il allait exister une fonction publique territoriale, mise en place par les collectivités de la même qualité, et dont la taille a quadruplé depuis la création des Régions, lesquelles échappent en partie au pouvoir des Préfets ; elles sont aujourd'hui aux mains de l'opposition ; elles sont un troisième pouvoir auquel il faut prêter grande attention. Il ne s'agit plus pour elles de préserver le pré carré de leurs amis au Parlement. Il s'agit d'occuper le terrain sur place afin de préparer la prise du pouvoir dans une optique parfaitement totalitaire. A ce petit jeu, les éléphants, éléphanteaux et éléphanticules qui dévastent en seigneurs la jungle régionale, sont passés maîtres. Ils nous préparent un bel avenir. Je crains fort que la pluie et le vent ne viennent achever le délabrement de notre hôtel, un hôtel qui fut si beau, un hôtel qui le paraît toujours mais dont les tenanciers ont mis à l'encan le peu de beau mobilier qui le peuplait encore et remplissent de pauvres bougres venus d'outre-horizon des chambres ouvertes à tous les vents.
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Lisez, relisez, méditez TAINE. Il a vu juste presque en tout. Il n'a pas droit à un Boulevard, une place, ou un Lycée, lui. C'est que les imbéciles rechignent à la lumière.
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samedi 21 mai 2011

Je ne sais plus ou donner de la tête

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Je ne sais plus où donner de la tête, tant il y a de choses à discuter, à argumenter, à exposer en ce moment. Tout de même, avant de produire un billet plus consistant, je n'hésite pas à vous faire part de cette pensée que l'on doit au Père La Victoire, Georges CLEMENCEAU :
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"La France est un pays extrêmement fertile. On y plante des fonctionnaires, il y pousse des impôts."
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Loin de moi l'idée idiote que les fonctionnaires sont inutiles ou parasites. (Je l'ai moi-même été, puisque j'étais enseignant ; je ne vais pas brûler ce que j'ai aimé faire.) Dans mon expérience personnelle, je dirai même que les qualités professionnelles et humaines des fonctionnaires en poste se sont admirablement étoffées. Il faut sans doute y voir une conséquence de l'élévation du niveau de formation. La question est de savoir pourquoi leur nombre a si considérablement augmenté, sans que la France en soit mieux administrée. Avis aux amateurs, s'ils ont des explications. Et petit clin d'oeil à ceux qui défendent le "Service public", à coups de grèves sans conséquences pour eux, mais terriblement nuisibles aux citoyens.

lundi 7 février 2011

On a suivi la procédure...

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Il est impossible que les citoyens aient la moindre confiance en la justice. Les réactions des magistrats nantais aux propos du Président de la République indiquent combien ce corps est enfermé dans ses certitudes et l'assurance de l'infaillibilité de ses jugements et de ses façons de faire.
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Résumons :
Laetitia est tuée. Pour l'instant, il n'y a qu'un assassin présumé qui reconnaît la mort accidentelle de la jeune fille ; il l'avait rencontrée peu de temps avant sa mort. Tant que la justice ne s'est pas prononcée, il est interdit de déclarer coupable celui qui n'est qu'inculpé. Cependant on peut faire remarquer qu'il était connu comme violent, qu'il avait déjà été condamné à plusieurs reprises, notamment pour un viol, que des traces du sang de Laetitia ont été retrouvées dans sa voiture et que le corps de la jeune fille, retrouvé au fond d'un étang, porte des marques de strangulation. On note aussi que la petite ami du suspect avait porté plainte contre lui une quinzaine de jours avant le drame pour menaces de mort et rapports sexuels non consentis (ce qui est tout simplement un viol). Ce jeune homme devait être suivi, mais on avait perdu sa trace. Il était du reste inscrit au fichier des personnes recherchées. Policiers et magistrats, dans cette affaire, ont, disent-ils, suivi toutes les procédures et ils n'ont rien à se reprocher. Les uns disent qu'ils ont cherché le jeune homme, les autres disent qu'ils sont débordés. Aucun n'a eu la moindre parole de compassion pour les parents adoptifs et le père biologique de Laetitia. Ils ont tous les mains pures, la conscience claire. Cette mort, ils n'en sont aucunement responsables. Laetitia est morte dans les règles, si l'on peut s'exprimer ainsi. Et c'est très exactement cela qui est insupportable à l'opinion publique.
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Dans cette affaire, ces hommes, très certainement intègres et soucieux de bien faire, ont vu d'abord la règle, la loi, le protocole. Leur incapacité à s'interroger sur leurs pratiques professionnelles est tout simplement abyssale. Et l'implication de nombreux délinquants sexuels dans des récidives ne semblent pas les inquiéter. Mais les fonctionnaires qui enregistraient l'arrivée des trains de déportés ne voyaient pas plus loin que leurs registres. Et s'il n'est pas question de les impliquer dans ces crimes au-delà de leurs actes de fonctionnaires, il reste que l'on peut s'interroger sur leur manière dont ils concevaient leur travail. Il me semble que les magistrats sont dans la même catégorie mentale. Certes, ils ne sont pas responsables de la mort de Laetitia. Ce serait injuste que de les en accabler. Mais il n'apparaît pas qu'ils aient pris conscience de leur implication réelle dans l'enchaînement des faits qui ont conduit à la disparition d'une jeune fille dans la fleur de l'âge.
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Affaire de conscience, toujours.

dimanche 9 mai 2010

Chine éternelle

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Vous connaissez l'extrême intérêt que je porte à la Chine. Voici l'extrait d'un livre écrit dans les années 40, et publié assez longtemps après la mort de leurs auteurs, Henri MASPERO (mort en déportation) et Etienne BALAZS, mort à la fin des années 50, intitulé Histoire et Institutions de la Chine ancienne. J'ai cru tomber à la renverse en lisant ces lignes relatives à l'économie chinoise sous la glorieuse dynastie des TANG :
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"Le développement des échanges rendit inévitable à la longue l'établissement de rapports suivis entre l'économie publique et l'économie privée, rapports qui aboutirent à une certaine interdépendance de l'Etat et du commerce, sinon à une interpénétration de la classe lettrée des mandarins et de la classe aisée des marchands. Cependant les leviers du pouvoir n'ont jamais cessé d'appartenir à l'Etat, et jamais l'absolutisme n'a renoncé à assumer sa fonction autoritaire d'arbitrage et d'harmonisation. Usant de leur position privilégiée, les mandarins, incarnation de l'Etat, ont tout essayé pour tirer avantage de l'initiative privée tout en la bureaucratisant, en étatisant et en monopolisant le commerce. Et si leurs intérêts étaient communs, en cas de conflit ce furent les fonctionnaires qui l'emportèrent sur les marchands. La classe marchande, constamment brimée, se vengea en marquant de son empreinte les services publics : elle est commercialisa et les corrompit, non sans succès. Mais on n'oubliera pas [...] deux faits essentiels : d'abord dans un Etat bureaucratique omnipotent toute activité est imprégnée de fonctionnarisme, teintée d'esprit bureaucratique. Les milieux commerçants ne pouvaient échapper à cette influence et les négociants chinois, dont le plus ardent désir restait de devenir eux-mêmes fonctionnaires afin d'atteindre à une condition sociale parfaitement honorable, n'ont jamais poussé à fond leur tentative d'autonomie et d'émancipation. A vrai dire, et c'est le deuxième point, nous les ignorons presque totalement du fait, déjà significatif en soi, que les sources officielles et presque tous les documents sont l'oeuvre des lettrés-fonctionnaires."
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Pour ce qui est de la Chine actuelle, remplacez mandarins par cadres du Parti, et vous avez un décalque parfait de la situation actuelle de l'économie chinoise qui mélange allègrement économie publique et économie privée, est gangrenée par une corruption qui ronge le pays, et fait pressurer le peuple par les cadres régionaux qui inventent des impôts dont nous n'avons pas l'idée. Il est assez curieux, du reste, que l'un des slogans du pouvoir soir la promotion de la "Société d'harmonie". Quand BALAZS écrivit le chapitre dont provient la citation, les réformes économiques de DENG XIAO PING n'étaient pas encore lancées, et le Parti Communiste Chinois n'avait pas commencé à récupérer le Confucianisme pour servir ses intérêts.
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Poursuivons : remplaçons mandarins par Énarques, et nous avons un autre décalque, peut-être moins fin, de la situation actuelle de notre pays. Le va-et-vient de ces hauts fonctionnaires entre la fonction publique et les fauteuils dorés des grandes sociétés nationales ou multinationales aboutit à un mélange dangereux des genres ; la haute administration ne vise qu'à un contrôle toujours plus rigoureux des activités privées, par la multiplication de la réglementation, laquelle, du fait même de sa nature réglementaire, échappe à tout contrôle politique ; et le rêve de très nombreux jeunes français, fortunés ou non, est bien de décrocher un poste dans la fonction publique. Il serait intéressant d'être une petite souris dans l'antichambre des ministres de l'Economie ou des Finances ; on y verrait du beau monde venu de l'industrie privée, en quête de commandes de l'Etat.
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En somme, la Chine éternelle a fait des émules à l'Ouest. Et je maintiens que les libertés individuelles et communautaires étaient beaucoup plus grandes il y a trois siècles qu'elles ne le sont aujourd'hui. On confond avantages et privilèges, et c'est une confusion fort regrettable. Un privilège est (privata lex) une loi privée qui s'impose à tous les membres d'une communauté donnée, une loi que les communautés concernées se sont elles-mêmes données (le reflet de ces "privilèges", on peut le trouver dans les Conseils de l'Ordre des professions libérales ; curieusement, "libéral" est bien proche de "libre"). Un avantage est un bénéfice accordé de manière arbitraire par un pouvoir à telle ou telle personne ou groupe de personnes, sur le seul fondement du choix du Prince. Il n'est pas toujours indu, mais il peut l'être, et l'est très souvent, et il est toujours octroyé.
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La Chine est un inépuisable sujet de réflexion, d'étonnement et d'admiration pour moi. Il ne se passe pas de semaine sans que je lise un livre qui la concerne, ou bien rende visite au Musée GUIMET qui recèle d'admirables trésors. Il est impossible à un homme d'embrasser totalement l'histoire de ce pays, sa culture, sa littérature. Il se trouve que notre patrie a été le berceau de la sinologie, avec notamment les travaux remarquables d'ABEL-REMUSAT. Nous avons tout lieu d'être fiers de compter par nos compatriotes des savants comme DEMIEVILLE, S. COUVREUR ou Edouard CHAVANNES, ou encore le père Léon WIEGER.
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dimanche 31 janvier 2010

Statistiques

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Les syndicats de fonctionnaires se plaignent de la réduction du nombre de postes. Il convient donc de regarder de près si cette plainte est fondée ou non.
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Les chiffres que je vais vous citer sont donnés par le journal Libération dans son numéro daté du 21 janvier 2010. Ce journal n'est pas suspect de complaisance pour le pouvoir. Par ailleurs il commente ces chiffres parfois avec âpreté, mais avec une certaine objectivité, en séparant les faits des opinions.
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Il faut d'abord rappeler qu'il y a trois ordres de fonctions publiques en France : la fonction publique d'Etat, la fonction publique territoriale, la fonction publique hospitalière. A l'intérieur de ces trois ordres de fonction, les statuts pullulent. Il me souvient, mais je n'ai plus en tête le chiffre exact, ni la source de mes informations, que ces statuts sont au nombre de plus d'un millier.
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Le nombre de fonctionnaires d'Etat est passé de 2.401.791 en 1996 à 2.4484.484 en 2007. Il a baissé de 31.000 postes (environ) depuis 2002. Mais l'augmentation est tout de même de 80.000 postes.
Le nombre de fonctionnaires territoriaux est passé de 1.262.361 à 1.748.378 pendant cette même période soit une augmentation de près de 500.000 postes.
Le nombre de fonctionnaires hospitaliers est passé, lui, de 825.710 à 1.035.073, soit une augmentation de 200.000 postes.
Ainsi, dans un laps de temps de onze ans, la France a vu augmenter de près de 780.00, le nombre d'agents relevant des divers ordres de la fonction publique.
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Il est donc faux de dire que le service public se voit déshabiller par les coupes sombres pratiquées dans les postes ouverts à l'emploi. Il est clair que le transfert de compétences de l'Etat vers les Régions a pu justifier l'augmentation massive du nombre de fonctionnaires territoriaux, mais enfin dans des proportions qui me semblent sans commune mesure avec l'ampleur réelle du transfert. Les coupes portent sur les agents de la fonction publique d'Etat.
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Comme il est impossible, et du reste inutile, de mesurer en termes financiers la production des fonctionnaires, on admet qu'elle est égal à la somme des traitements qui leur sont versés. Ainsi, entre 1996 et 2007, une part importante de l'augmentation du Produit Intérieur Brut est imputable à l'augmentation du nombre de fonctionnaires, c'est à dire des dépenses fixes incompressibles. Cette notion est à prendre en compte quand on analyse l'évolution du PIB de notre pays.
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Par ailleurs, les partenaires sociaux n'ayant jamais pu se mettre d'accord sur un moyen d'évaluation objectif des qualités des agents de l'Etat et de la pertinence des fonctions, les uns ne voyant que la question de la productivité à court terme, les autres que l'offense au statut du fonctionnaire et au pouvoir discrétionnaire des syndicats sur les promotions au choix, il est presque impossible de savoir si la cration ou la suppression de tel poste est justifié ou non.
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Enfin, lors du débat avec monsieur SARKOZY, madame ROYAL a montré une ignorance incroyable : en proposant des mouvements de postes d'un ordre à l'autre, elle semblait ignorer qu'il n'est pas possible de le faire pour des raisons de statuts, de concours, et de budgétisation. Mais il faut admettre qu'un peu d'imagination législative pourrait peut-être remédier à cette situation.
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Le cas des enseignants est tout à fait particulier. La France est le pays européen qui dépense le plus pour les enseignements primaires et secondaires. Elle compte plus de 800.000 enseignants. Comme je l'ai déjà dit, ces enseignants sont souvent d'un dévouement remarquable. Et pourtant, notamment dans les écoles et les collèges, les résultats ne sont pas à la hauteur des efforts engagés. Croire qu'il suffit d'augmenter le nombre de postes pour que le résultat soit automatiquement amélioré est au mieux aimablement utopique, au pire incroyablement cynique et clientéliste. Il faut réfléchir très sérieusement et sans idées préconçues aux raisons qui amènent à cette situation désespérante de trop nombreux échecs scolaires, et après une analyse sérieuse et non idéologique du phénomène, mettre les moyens adaptés au service de cette grande cause. Tant que, du côté syndical, on défilera avec des trompettes et des tambours dans les rues pour réclamer des postes, et que du côté des pouvoirs publics, on raisonnera en termes purement comptables ou statistiques (taux d'encadrement moyen par exemple) pour trouver une issue à cet angoissant problème, on n'avancera guère. Le problème n'est ni politique, ni idéologique, ni quantitatif : c'est un problème de civilisation.
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