Affichage des articles dont le libellé est Responsabilité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Responsabilité. Afficher tous les articles

lundi 28 août 2017

27 août 2017. Nouvelles de la Dissidence. "C'était mieux avant" ou "Demain on rase gratis" ?

-
Nous avons encore un peu de chemin à faire avec notre chère Gustave ! Je publie ce lundi,  le billet de dimanche. Celui d’aujourd’hui lundi viendra cet après-midi
-
Ce n’est pas l’ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c’est la lâcheté !
-
1. LA CITATION DU JOUR.
-
"Deux illusions : celle des progressistes qui attendent pour demain la guérison des maux de l’âme et du corps, et celle des passéistes illuminés qui cherchent la même perfection dans le retour à je ne sais quelle tradition archaïque qui contiendrait les secrets immuables de la santé physique et morale (le monde est plein de ces charlatans qui vendent, les uns de l’avenir, et les autres du passé). Comme si le malheur et le péché n’étaient pas d’hier, de demain et de toujours, comme si la vérité se cachait uniquement dans le tombeau de ce qui n’est plus ou dans le berceau de ce qui n’est pas encore ! En réalité, ce futurisme et ce passéisme se ressemblent en ceci qu’ils sont des refuges et des alibis pour des esprits incapables de choisir et de sculpter leur destin dans le présent. – « Nos enfants trouveront » disent les uns. « Nos aïeux ont trouvé » – répondent les autres. Et la promesse ou le souvenir dispensent de tout effort créateur et de toute responsabilité dans la seule du temps qui morde sur l’éternité : celle d’aujourd’hui." (C. XXVII, 16.4.1958.)
In
Gustave THIBON.
Parodies et mirages ou la décadence d’un monde chrétien. Notes inédites (1935 – 1978). Introduction de Françoise CHAUVIN.
Éditions du Rocher, Monaco, 2011. (Page 51.)
-
2. COMMENTAIRES.
-
Encore une fois, avec cette façon pointue et directe de VOIR la réalité, Gustave, notre bon Gustave nous met en garde contre deux dangers : « C’était mieux avant disent les uns » et les autres « Demain, on rase gratis ».
C’est bien notre incapacité à vivre dans le présent, à prendre le réel à bras le corps, qui fait notre faiblesse.
On peut toujours dire en pensant aux années folles : « C’était le bon temps » ou encore en imaginant un demain qui n’est pas encore : « Vous verrez, tout va s’arranger ». C’est parce qu’ils ignorent les vraies leçons du passé (il y en a) et qu’ils cogitent des programmes pour demain (c’est le progrès), que les hommes politiques, soucieux d’abord de leur réélection font de belles promesses.
A quoi sert-il de donner à la Côte d’Ivoire plus d’un milliard d’euros pour construire le métro d’Abidjan, celui de demain, quand aujourd’hui nos soldats sont obligés de payer leurs équipements de leurs deniers ? Le souci du présent n’exige-t-il pas que l’on se préoccupe d’un problème dont les solutions sont immédiates ? Le souci du présent n’exige-t-il pas que l’on mette de l’ordre dans les banlieues dites sensibles et que l’on sanctionne comme il se doit les délits et les crimes plutôt que d’accuser la société de tous les maux, et de promettre une illusoire égalité, parfaitement abstraite, qui ne se soucie nullement des personnes, et dont les délinquants se moquent complètement.
Le souci du présent, celui de l’emploi, ne trouverait-il pas des solutions immédiates dans la vigoureuse promotion de l’artisanat et la diminution des contraintes de normes qui pèsent sur lui ? Non ! On préfère sortir de l’assiette de l’ISF les actions (liées à un système capitaliste entièrement soumis aux lois du profit, de la production à outrance et de l’outrage permanent fait à la nature) objets de spéculations souvent ignobles, et taxer les immeubles, souvent acquis au prix de grands efforts d’emprunt et d’épargne…
Oui, demain on rase gratis ! Le chômage a augmenté ? Demain ça ira mieux !
Bref, Gustave nous sonne à réfléchir quand il parle d’élan créateur et de responsabilité !
-
3. REVUE DE PRESSE.
-
Je vais sans doute choquer, mais je pense et dis le message du pape sur les migrants est un message fondamentalement évangélique.


Si les chrétiens saisissaient cette opportunité pour évangéliser les migrants, ou à tout le moins leur montrer ce qu’est la charité, l’agapè, peut-être les choses changeraient-elles ? Mais bien entendu, il y faut de la patience, du courage et du discernement, c’est-à-dire aussi de la fermeté.
-
Souvenons-nous de ces prêtres martyrs de la Révolution.

-
L’un de mes ancêtres maternels, qui a contribué à doter le fonds du musée de Nantes doit se retourner dans sa tombe !



samedi 31 janvier 2015

31 janvier 2015. Nouvelles de la Résistance. L'Autre me rend responsable !

-
Une fois de plus, je le redis :

Ce n'est pas l'ignorance qui nous empêche d'être vrai, c'est la lâcheté !

-
1. La citation du jour.
-
Tiré d'un ouvrage d'Emmanuel LEVINAS, et lu à la dernière veillée parisienne, cet extrait que m'a transmis AXEL :

"Être Moi signifie, dès lors, ne pas pouvoir se dérober à la responsabilité. (…). La mise en question est une tension nouvelle dans la Moi. Au lieu d’anéantir le Moi, la mise en question rend solidaire d’Autrui d’une façon incomparable et unique. Non pas solidaire comme la matière est solidaire du bloc dont elle fait partie ou comme un organe de l’organisme où il a sa fonction. Ces solidarités, mécanique et organique, dissoudraient le Moi dans une totalité. Le Moi est solidaire du non-moi comme si tout le sort de l’Autre était entre ses mains. L’unicité du Moi, c’est le fait que personne ne peut répondre à sa place. (…). La mise en question du Moi par l’autre est ipso facto une élection (…)."
-
2. Commentaires.

Je n'ai pas voulu acheter la livraison de CHARLIE HEBDO publiée après le massacre qui nous a laissés stupéfaits. Il se trouve que mon épouse l'a fait. Je n'ai pas voulu davantage lire le contenu de ce numéro pour des raisons que j'ai exposées à plusieurs reprises. L'autre doit être respecté dans l'intimité de sa foi et de sa croyance, et il me semble que ce respect est un élément essentiel de la tolérance dont les belles âmes nous rabattent les oreilles depuis les événements. Je crois que l'islam s'est développé sur la violence initiale et sur des erreurs entretenues volontairement par des chefs de guerre qui ont compris l'intérêt qu'ils avaient à le soutenir pour conforter leur pouvoir. Mais je respecte les musulmans dont la piété et la foi sont souvent admirables et qui ont de Dieu une très haute et très belle idée.
LEVINAS explique qu'être soi consiste à ne pas se dérober à la responsabilité. Ma propre responsabilité me rend solidaire des journalistes assassinés mais ne m'oblige pas à partager leurs opinions. Elle me met en tension avec moi-même et m'oblige à réfléchir aux obligations qu'entraîne pour moi la présence de l'Autre. Je trouve parfaitement stupéfiant que ce numéro dont je n'ai vu que la couverture ose ajouter à son titre de CHARLIE HEBDO, ce commentaire : "Le journal irresponsable". CHARLIE ne connaît pas les autres !
Ce n'est pas le journal qui est irresponsable, ce sont les journalistes survivants qui, poursuivant dans la veine d'une dérision choquante et parfaitement incapable de changer quoi que ce soit à l'ordre du monde, ont entraîné dans les pays musulmans des réactions en chaîne contre la France et spécialement contre les chrétiens dont un certain nombre ont perdu la vie dans des circonstances abominables.
Ainsi ils n'ont pas été eux en agissant comme ils l'ont fait. Ils se sont confondus avec leur nombril. Mais personne ne peut répondre à leur place et je m'étonne que personne ne les ait interrogés.
Pendant ce temps, des imbéciles pensent combattre les certitudes intimes en prônant une laïcité à la Ferdinand BUISSON - c'est-à-dire à la sauce maçonnique - et se refont une virginité politique en orchestrant dans les médias la mise en scène de leur excellence usurpée (cf. la livraison de Direct 8 d'hier, qui célèbre monsieur CAZENEUVE comme l'homme de la situation, l'homme maître de lui-même, comme si l'on élevait à un pompier pyromane un monument en forme de lance à incendie !)
-
3. Informations diverses.
-
Rien de bien intéressant à signaler. Le train-train et les efforts de nos gouvernants pour se refaire une virginité. Je doute fort qu'elle soit durable ! Les avis d'imposition viennent d'arriver ! Ils ne sont pas piqués des gaufrettes !

mardi 5 juillet 2011

C'est toi, ce n'est ni ton père ni ta mère

-
Monsieur de TALLEYRAND-PERIGORD disait avec un humour grinçant : "Un Ministère qu'on soutient est un Ministère qui penche". Il en va de même des hommes politiques. Dans sa dérisoire tentative d'imputer à de mystérieuses et ténébreuses officines parisiennes la mésaventure de DSK, François LONCLE donne l'impression de soutenir la Tour de Pise. France Info, avec cette mauvaise foi qui caractérise la plupart des journalistes de sa rédaction, avait publié du reste sur son site un petit articulet dans lequel il évoquait "un curieux timing" dans la manière dont la direction d'Accor aurait alerté les services de l'Elysée. Curieusement, alors que je cherchais de nouveau ce poulet, il a disparu. Pourquoi ? Comment ? Qui l'a supprimé ? Je ne saurais le dire. Peut-être est-ce que je ne cherche pas bien ? Peut-être suis-je victime d'une illusion ?
-
A tous ces messieurs et dames qui distribuent des bons points ou des bonnets d'âne au gré de leurs amours politiques, j'aimerais rappeler ce que dit un texte bouddhique ancien, le Majjhima Nikaya :
"Cette mauvaise action qui est tienne n’a été faite ni par ta mère, ni par ton père, ni par personne d’autre. Toi seul as fait cette mauvaise action, seul tu en cueilleras le fruit" (Majjhima Nikaya, Tome III, p.181 de la traduction de V. TRECKNER et R. CHALMERS, Londres, 1888-1899 ).
-
Il y a bien longtemps et belle heurette (ou belle lurette, si vous préférez) que nous avons perdu l'habitude d'endosser pleinement la responsabilité de nos actes. C'est que nous ne savons plus ce qu'est une personne. Nous ne voyons dans la foule de nos concitoyens, dans le grouillement des peuples, qu'un ensemble d'atomes humains, qu'un agrégat d'individus, dépossédés de leur "Je", réduits à leur "moi", transformés de sujet en objet. Or il me semble que la grandeur de l'homme réside justement dans l'acceptation des conséquences des actes qu'il a posés. Il n'y a pas de liberté, s'il n'y a pas de responsabilité.
-
Dans l'affaire qui nous occupe ici, celle de DSK, il convient de dissocier les côtés juridiques de la mésaventure des côtés moraux (au sens que j'ai si souvent rappelé, et qui n'a rien à voir avec un catalogue d'obligations ou d'interdits). Il m'apparaît qu'il y a plus de grandeur dans la résistance à ses pulsions que dans la complaisance à leur égard. Monsieur LONCLE peut essayer de faire porter à d'autres que son ami la responsabilité d'un acte questionnable, il n'en reste pas moins vrai qu'il "s'est passé quelque chose" dans cette suite luxueuse du Sofitel (DSK y avait été surclassé ; il ne l'avait pas choisi ; je précise cela par probité), et que ce quelque chose ressemble fort à un acte compulsif. Monsieur LONCLE donne un bien mauvais signal à nos concitoyens en essayant de gommer cet aspect de la personnalité de DSK.

mardi 12 octobre 2010

Deux points de vue sur les lois

-
Il est de bon ton, en notre pays, de critiquer les lois, de les contourner, ou de les ignorer. Aujourd'hui, nombre d'insatisfaits s'apprêtent à battre le pavé de nos bonnes villes, au motif qu'une loi, votée par des représentants librement et démocratiquement élus, ne leur convient pas. J'ai trouvé par hasard, en lisant le très beau livre de Jacques SANCERY sur CONFUCIUS, deux citations qui disent fortement des choses intéressantes à propos des lois. Cris dans le désert que ce billet ? Certes ! Agacement de Potomac qui va me reprocher mes chinoiseries ? Sans doute. Pour apaiser son très prévisible courroux, je commencerai par citer SENEQUE et son traité De la colère (II, 27) : "La vertu, dit-il, est bien imparfaite lorsqu'on ne fait d'autre bien que celui qui est commandé par les lois. La règle de NOS DEVOIRS est beaucoup plus étendue que celle de la justice rigoureuse. Combien de choses qu'exigent la piété, l'humanité, la libéralité, l'équité, LA BONNE FOI, dont les lois ne font aucune mention ?"
-
Je me lance dans ma seconde citation ? Oui, je me lance en tirant des Mémoires historiques (Shiji) du grand historien chinois SIMA QIAN (que vous connaissez peut-être sous le nom de SSEU MA TSIEN) ceci, qui paraît tellement juste et vient souligner que la loi est le moins mauvais moyen de faire vivre ensemble les hommes, peu vertueux par nature : "Les rites [entendez ici la courtoisie, la politesse, les usages sociaux du bien vivre ensemble], c'est ce qui empêche que le mal se produise, tandis que les lois, c'est ce qu'on applique une fois que le mal est commis. L'utilité des lois est facile à percevoir ; mais les hommes saisissent difficilement l'utilité préventive des rites" (Shiji, CXXX ; traduction de Jacques PIMPANEAU).
-
SENEQUE et SIMA QIAN disent la même chose, chacun selon le génie propre de sa langue et de sa culture. Les lois sont là pour régler la vie ensemble. Elles n'épuisent aucunement les obligations et devoirs moraux de tout homme qui préfère habiter sa vie plutôt que la subir. Et plutôt que de défiler en aboyant des slogans (quand ce ne sont pas des injures), les manifestants, s'ils avaient de vrais chefs qui pensent, devraient s'interroger sur les raisons qui ont poussé les pouvoirs publics à prendre des mesures impopulaires, amendables sans doute, prises sans trop de concertations, mais cependant indispensables : fardeau de la dette sociale, trop lourdes charges qui bientôt peseraient sur les épaules des jeunes générations, abus d'avantages injustifiés de la part de certains secteurs, consommation immédiate au détriment de l'épargne qui aurait pu venir abonder chaque pension individuelle, aveuglement sur les devoirs qui incombent à chaque citoyen de contribuer à la vie commune. J'ai déjà dit, et je le maintiens, que si cela était nécessaire - me considérant comme un très grand privilégié - j'accepterais de voir diminuer ma pension pour ne pas affaiblir ma patrie et permettre à de moins bien lotis d'avoir meilleure enseigne pour se loger. Que puis-je dire de plus ?
-
Allons, encore SENEQUE : La colère est une courte folie.

lundi 5 avril 2010

Réponse à un ami lecteur

-
Un lecteur assidu me demande de commenter les propos de Pierre ARDITI, un remarquable comédien et acteur - je le précise - qui ne fait pas mystère de ses sympathies pour le socialisme et qui disait il y a quelques jours, dans l'émission "Vivement dimanche", le seule parole que j'ai trouvée sensée depuis des semaines en matière politique ; je la rapporte de mémoire : "Il y a trente ans, disait-il, on pouvait avec le fruit de son travail, se loger, se chauffer, se nourrir, élever ses enfants. Aujourd'hui, cela n'est plus possible." Pierre ARDITI a raison. Nous devons tous admettre que les revenus du travail doivent permettre à leurs bénéficiaires de vivre décemment. Cela me paraît être la justice élémentaire. Et il n'y a pas à tergiverser sur cette évidence.
-
La première des tâches qui s'impose aux politiques et aux services économiques de notre pays, consiste à évaluer, avec l'aide de tous les partenaires sociaux, le montant des sommes nécessaires par adulte et par enfant, pour vivre décemment. Manifestement ce ne peut être le SMIC dont le niveau est insuffisant pour faire vivre une famille, dans le cas où seul l'un des deux parents travaille, ni même deux SMIC. Ce montant devrait être évalué annuellement par l'INSEE, l'un des services statistiques les plus compétents du monde, il faut le souligner.
-
La seconde des tâches, consiste, me semble-t-il, à évaluer l'évolution des coûts dans les domaines essentiels de la vie : nourriture, vêtements, chauffage, logement, transport, santé et éducation des enfants ; il faut adjoindre à ces domaines celui des loisirs et de la culture, car l'homme ne vit pas que de pain.
-
Il faut ensuite avoir une anthropologie saine : l'homme est un être qui tire sa dignité de sa responsabilité ; l'homme est un être qui aspire à la liberté ; l'homme est un être de relation qui ne peut vivre sans lien social. Responsabilité, liberté et sociabilité doivent être au coeur de toute politique. J'ajoute un point essentiel : il est indispensable en politique de ne jamais dissocier la vertu civique de l'intérêt. Il FAUT donc que le citoyen tire des bénéfices de son civisme.
-
Il y a une mesure de salubrité publique qui doit être mise en forme législative de TOUTE URGENCE. Elle concerne la composition des conseils d'administration des grands groupes. Monsieur ZACCHARIAS, ancien PDG de Vinci, accusé d'abus de bien sociaux, a beau jeu de dire à la justice que son conseil a voté les dispositions particulières qui le couvraient d'or, d'argent et de billets. Pardi ! C'est du genre "passe-moi la rhubarbe, je te donnerai le séné". Ils se tiennent tous par la barbichette. Le PDG d'un groupe Y est conseiller d'un autre groupe Z dont le PDG Z est lui-même conseiller du groupe Y. Comment voulez-vous que cela fonctionne ? Ils ne cessent de se renvoyer l'ascenseur. Il ne doit pas être possible d'être membre de plus d'un conseil d'administration. Point. Tant pis pour les énarques, les polytechniciens, les centraliens, bref les prétendues et soi-disant élites qui se gavent sous les yeux ébahis et incrédules de leurs personnels.
-
Deuxième mesure d'urgence, limiter par la loi les salaires des PDG des grands groupes, interdire les stocks options, et supprimer la part variable des revenus.
-
Troisième mesure qui concerne tous les citoyens : supprimer avec détermination tous les revenus non monétaires : avantages des comités d'entreprise (pour EDF, 1 % du chiffre d'affaire ! Faites le calcul), cartes de réduction pour les transports, réductions de tous ordres pour les employés de l'électricité ou du gaz, ou de toute entreprise privée, gratuité des soins, et conversion de ces avantages en revenus monétaires. Car à force de ne pas savoir le coût d'un médicament, d'un acte chirurgical, d'un voyage en métro, du prix du kilowatt-heure ou du mètre cube de gaz, on finit par perdre tout contact avec la réalité économique. Quand on sait que plus de 30 % du PIB sont voués aux transferts sociaux, on mesure ce que la suppression des revenus non monétaires pourraient apporter de liberté aux citoyens, s'ils étaient transformés en revenus monétaires, en bon argent. Chacun serait libre de dépenser comme il lui convient. Mais il ne lui serait plus possible de faire reposer sur autrui les conséquences de ses choix. Voilà le principe de responsabilité, et de lien social.
-
Quatrième mesure de nature à développer la responsabilité, notamment en matière de dépenses de santé. Maintenir, bien sûr, le système d'assurances sociales. Mais le gérer différemment. Il est tout-à-fait possible de créditer les cartes vitales d'une somme moyenne avec lesquelles les assurés sociaux paieraient les actes médicaux, chirurgicaux, les médicaments, etc. Il serait entendu que toute somme non dépensée à la fin de l'année serait reversée à l'assuré social qui aurait aussi le choix de maintenir ce crédit sur sa carte en vue des années à venir. Il est évident que ce système ne permettrait pas de couvrir les gros risques. Il faut donc qu'une partie des cotisations, environ 50 % (à préciser, mais il doit être possible de savoir quel pourcentage doit être attribué à ce secteur), soient donnée au secteur public qui assureraient la gratuité des soins. L'accès aux soins gratuits seraient possibles (a) pour les petits risques, aux cas où l'assuré social aurait épuisé le crédit de sa carte vitale ; (b) pour les gros risques (assez faciles à définir), sans conditions. Pour éviter que la santé publique se dégrade par ce système, l'assuré social devrait fournir à sa caisse un certificat annuel de bilan médical et biologique de santé, (on dirait un "chek-up"). Ainsi serait honoré le principe de responsabilité.
-
Cinquième mesure. Il se peut que le reversement monétaire des anciens revenus non monétaires ne permettent pas d'assurer à une famille une vie décente. Il revient à la communauté nationale de compléter ce manque, par des versements soit annuels, soit (préférablement) mensuels complétant à dues proportions ce qu'il est nécessaire à la vie des familles. Une déclaration annuelle des charges avec justificatifs, accompagnant la feuille de déclaration des revenus, suffirait à établir le montant du différentiel à combler.
-
De telles mesures empêcheraient un inacceptable contrôle social de la part de l'Etat, des Syndicats, ou des Services sociaux, et éviteraient toutes formes de domination de la part des plus riches sur les plus pauvres. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Il est normal que des différences de compétences et de responsabilités professionnelles soient accompagnées de différences de revenus. Il n'est pas normal que ces différences ne s'appuient que sur la cupidité et l'avidité des puissants, sans tenir compte des services qu'ils rendent réellement à la société et à la patrie. Ainsi serait respecté le principe du lien social. Il consiste tout simplement à ne pas oublier que l'autre existe.
-
Qui ne voit que ces mesures de simplification entraîneraient une incroyable diminution des coûts de gestion ? En simplifiant les circuits de traitement des dossiers, en supprimant une foule de structures devenues inutiles, elles libéreraient de tâches improductives des milliers de citoyens qui pourraient alors employer leurs talents et leurs compétences à des travaux plus utiles pour leurs concitoyens. Ils ne risqueraient rien puisqu'ils seraient eux aussi les bénéficiaires des mesures de compensation décrites plus haut.
-
Enfin il y a fort à faire dans un domaine sensible : celui du logement. Il est devenu de plus en plus difficile de se loger convenablement à des prix décents. Il y a là une situation inadmissible. Il faut bien voir pourquoi. Il me semble que les garanties exorbitantes demandées par les propriétaires et le coût demandé pour les loyers sont liés à la difficulté qu'il y a d'expulser facilement un mauvais payeur. Cette situation n'est pas saine. Il est donc nécessaire d'entreprendre une vigoureuse action de construction de logements sociaux, non pas concentrés dans des quartiers périphériques, mais dispersés dans la masse du tissu urbain d'une part. Ces logements sociaux seraient vendus en leasing ; en d'autres termes, chaque versement mensuel serait pour le locataire un pas de plus vers la propriété. On voit par là que l'intérêt ne serait pas dissocié de la vertu. D'une autre part, il conviendrait de créer un fonds de garantie des loyers, abondé par les propriétaires, les syndics de copropriété, les locataires, et les promoteurs immobiliers. Une sorte d'assurance-sociale des loyers. Je ne suis pas naïf au point d'imaginer que ce dispositif suffirait à se débarrasser des mauvais payeurs. Mais il permettrait au propriétaire dont le locataire est indélicat d'entreprendre sans difficulté les démarches juridiques nécessaires pour rentrer dans son droit. Peut-être, du reste, faudrait-il que les tribunaux disposent d'une chambre particulière consacrée au traitement des litiges immobiliers. Il est également indispensable que la puissance publique détermine une fourchette acceptable des prix de location au mètre carré, pour les appartements ou maisons dépendants de particuliers. Aucune contrainte, bien sûr. Mais ces fourchettes indicatives donneraient à penser aux propriétaires abusifs. Dans ce domaine, surtout ne pas s'appuyer sur les agences immobilières qui ont intérêt à voir les prix augmenter puisque leurs honoraires en dépendent...
-
Bien entendu, je rêve. Mais qui sait...
-

lundi 8 mars 2010

Histoire de la hache

-
Voici un petit apologue chinois qui ne cesse de m'interpeller. Je vous souhaite autant de plaisir à le lire que j'en ai eu à le découvrir.
-
"Un homme ayant perdu sa hache soupçonna le fils de son voisin de la lui avoir dérobée. Plus il y pensa, plus il le crut. A force d'y penser, la démarche, la mine, les paroles, tous les faits et gestes de ce garçon, lui parurent ceux d'un voleur. Or, ayant vidé sa fosse à fumier, il y trouva sa hache. Le lendemain, quand il revit le fils de son voisin, il lui trouva l'air du plus honnête garçon qui fût." (Liezi, III ; traduction du RP L. WIEGER.)
-
Voilà ce me semble un conte qui offre matière à réflexion, et tout spécialement dans le champ politique. Celui qui a tort, qui exploite, qui vole, est toujours l'autre, à qui nous prêtons des sentiments tordus, des manoeuvres honteuses et souterraines, que nous accusons de nous spolier, jusqu'au jour où, retroussant nos manches, et fouillant dans notre vie, nous découvrons que nous avons une petite part de responsabilité dans ce qui nous advient. Bien entendu, l'effort sur nous-même n'efface pas la réalité des conflits surgissant de la divergence des analyses, mais il permet ce réduire celles-ci aux dimensions du réel, et non de l'étendre à l'imaginaire.
-
J'attends avec impatience vos réactions.
-

dimanche 1 mars 2009

Violence routière

L'agence France-Presse nous apprend qu'un chauffeur ivre a ôté la vie à un adolescent de 14 ans et qu'il en a blessé grièvement un autre (fracture du bassin, lésion de la rate). Le conducteur était en état de récidive pour ce qui concerne la conduite en état d'ivresse. Le drame s'est passé dans le région d'Avignon. Bien entendu, le responsable de cet accident est mis en examen pour conduite en état d'ivresse, conduite en état d'ivresse en récidive, homicide involontaire et blessures involontaires.
Je vous avais livré il y a quelques jours cette histoire vraie du petit garçon, qui avait perdu sa petite soeur dans un accident de la route et allait perdre sa maman en coma dépassé et en instance de débranchement du respirateur. Je ne pensais pas que l'actualité illustrerait de manière si tragique les ravages de l'alcool.
Mais sommes-nous donc fous pour mettre ainsi la vie des autres en danger, pour la leur ôter, par notre inconscience et notre égoïsme ? Sommes-nous donc à ce point tyrannisés par nos désirs ?Nous ne pouvons, hélas, que pleurer la mort de ce jeune garçon, avoir pour ses parents une pensée de compassion, et former le souhait que ce conducteur prenne enfin conscience de ses responsabilités. Sinon, il n'aura pas assez de sa vie pour se pardonner un tel accident. Il peut trouver une rédemption en militant pour combattre la violence routière, en s'abstenant de boissons alcoolisées, et en allant demander pardon aux parents. Mais à vue humaine, il est bien difficile de pardonner un tel errement ; il y faut une force d'âme qui n'est pas à la portée de tous.
La vie est précieuse. C'est un don qui est fragile. Chaque jour nous apporte la preuve et de sa beauté et de sa fragilité. Puissions-nous y penser tous les matins en nous levant, et tous les soirs avant de sombrer dans le sommeil.

mardi 29 juillet 2008

Quand le poisson pourrit par la tête...

Le Conseil Supérieur de la Magistrature [CSM] ne recommande aucune sanction contre monsieur LESIGNE, le procureur de BOULOGNE-SUR-MER sous la responsabilité duquel des réquisitions ont été prises contre plus de trente innocents dans l'affaire d'OUTREAU. Ils ont été condamnés à de lourdes peine de prison en première instance, avant d'être reconnus innocents au terme d'une procédure qui a révélé les dysfonctionnements, partis-pris et préjugés de tout un corps de magistrats forts de leur immutabilité. Monsieur Gérald LESIGNE, aux dires du CSM, n'a commis aucune faute. Il est pourtant bien responsable de l'action publique qui a condamné des innocents et conduit l'un des accusés à la mort, mais il a opéré selon les normes et procédures ; il n'a donc rien à se reprocher. C'est du moins l'analyse que fait cette respectable institution qu'est le CSM. Ayant recours au procédé très banal de l'ouverture du parapluie, monsieur LESIGNE a déclaré que sa hiérarchie (laquelle ?) était plus préoccupée du problème des immigrés de SANGATE que de l'affaire d'OUTREAU, qu'au demeurant, il n'y avait pas assez de personnel dans son tribunal. Monsieur LESIGNE - qui reconnaissait cependant des erreurs d'appréciation, c'est bien le moins qu'il puisse concéder - n'a jamais admis, à aucun moment, sa responsabilité dans cet abominable scandale judiciaire. Bref, il a eu la réaction d'un homme qui refusait d'endosser ses erreurs, fussent-elles seulement d'appréciation. La seule attitude digne, selon moi, eût consisté à démissionner, une fois connue l'issue du procès en appel. Le CSM, composés de magistrats dont on connaît l'esprit de corps, n'a finement retenu contre monsieur LESIGNE qu'une seule faute qui aurait pu être sanctionnée : la présentation de l'affaire sous un jour que le contenu de la procédure ne venait pas corroborer. Fort opportunément, cette faute tombe sous le coup de la loi d'amnistie votée après la réélection de Jacques CHIRAC à la Présidence de la République. Ainsi, monsieur LESIGNE échappe à toute sanction. Tout cela est pitoyable. On aura du mal à faire admettre au Peuple, dans ce qu'il a de sain et de vivant, qu'un haut magistrat puisse ne pas assumer les responsabilités sociales qui lui valent d'être considéré comme membre de l'élite, et lui assurent quelques privilèges (légitimes sous réserve de la reconnaissance de responsabilité).
Allez donc raconter cela au patron d'une petite entreprise en bâtiment, sanctionné par l'inspection du travail au motif que les barrières de sécurité qui protègent ses ouvriers d'une mauvaise chute ne sont pas aux normes ! Allez dire cela à un chef d'entreprise qui prend une majoration de 10 % de ses cotisations sociales s'il a seulement 24 heures de retard dans leur paiement !
Pour qu'un pouvoir soit respecté, il doit être respectable et responsable. Monsieur LESIGNE n'a pas eu le civisme et la noblesse du Général CUCHE qui a présenté sa démission après le drame de la fusillade de CARCASSONNE. L'armée me semble être aujourd'hui le dernier refuge de l'honneur et du sens des responsabilités. Monsieur LESIGNE aura tout de même le droit de choisir la juridiction d'appel à laquelle il désire être affecté, le Garde des Sceaux lui ayant fait savoir que ce serait une bonne chose qu'il change de juridiction en raison du traumatisme social créé par ce scandale.
Les élites ne méritent ce statut que si elles en assument la responsabilité. Ce ne fut pas le cas. Le poisson pourrit toujours par la tête.

samedi 26 juillet 2008

Habiter sa vie

Il me semble que l'homme contemporain n'habite plus sa vie. Je vois à cela deux raisons : (a) une sécularisation totale de la société ; (b) une évolution irrépressible de la démocratie qui lui est corrélative.
La société est totalement sécularisée. Le mouvement est amorcé depuis la Renaissance ; il s'est précipité sous les Lumières, et il a atteint aujourd'hui un point de non retour. Le laïcisme à la française, et tous les laïcismes du reste, est tout aussi englobant que les systèmes religieux dont il entend contenir l'empire et empêcher la tyrannie. En prétendant confiner la religion à la sphère privée, oubliant que l'homme est un sujet social, il a réussi à en détruire d'influence dans cette sphère même. Ainsi, l'espace public est non seulement laïcisé, mais aussi les esprits et les communautés, qu'elles soient familiales, associatives, ou territoriales. Le laïcisme a simplement négligé un fait qu'aucun philosophe ne remet en cause : tout agent agit en vue d'un bien. En refusant de réfléchir sur la nature de ce bien, en réduisant par conséquent les questions posées à l'intelligence au comment des choses, et jamais à leur pourquoi, il a fait du progrès et de la science (en réalité, aujourd'hui, la technique) des idoles qui ont pour nom Progressisme et Scientisme. Mais l'homme est têtu. Et s'il ne sait pas quelle est la nature du bien qu'il poursuit, il a la vague intuition qu'il en existe un. Il y a donc une sorte de schizophrénie de la pensée ; on agit en vue d'un bien dont on ne connaît pas vraiment la nature, sauf à imaginer qu'il n'est que matériel. Mais en satisfaisant, légitimement, ses exigences matérielles, l'homme en comprend vite les limites. De là l'impression de dégoût et de tristesse qui envahit celui que la Fortune a comblé. Rien qu'en une matière si importante, la sexualité, l'adage le dit bien : Post coïtum omnia animalia trista.
L'évolution de la démocratie, sous les coups conjugués du Progressisme et du Scientisme, et de la sortie de la religion, a porté un coup fatal à la délibération intérieure. En contraignant par l'impôt et la réglementation les comportements individuels, elle arrache l'homme à la liberté du don ; voudriez-vous être charitable ? Vous ne le pourriez pas ! Vous créez, par exemple, une association d'entr'aide. Quinze jours après la réception du récépissé d'enregistrement, vous recevez une liasse de papiers de l'administration fiscale, qui à l'aide d'un questionnaire absolument incompréhensible à qui n'a pas fait une école de commerce, vous demande si vous êtes assujetti à la TVA, si vous faites des bénéfices commerciaux ou pas, si vous avez ou non du personnel rétribué, etc. L'Etat pense pour vous ; il vous impose des mesures de sécurité pour vos piscines privées (si vous avez la chance d'en posséder une) mais ne vous demande pas de surveiller vos enfants quand ils se baignent ; il réglemente les ascenseurs mais n'exige pas que les habitants des immeubles fassent attention aux travaux qui améliorent leurs logements ; il exige du conducteur ceintures de sécurité, éthylomètre, limitation de vitesse, mais ne demande pas à l'éducation nationale de former à la prudence. Première tendance désastreuse.
Il en est une deuxième tout aussi grave. En concentrant les initiatives politiques sur les droits des individus, la démocratie les habitue à recevoir, et non pas à donner. Pouvoir d'achat ? Bien sûr qu'en l'état actuel de la civilisation, il faut un minimum pour vivre. Mais qui osera affirmer, dans le monde politique, que les revenus sont le fruit d'un travail, si petit soit-il ? Certes, il y a des situations terribles, où la personne assistée n'est pas ou plus en mesure de travailler. Elles exigent d'être prises en compte par la société. Mais il est trop facile de dire que la société est responsable de cet état de fait. On peut y trouver des explications, bien sûr. Mais de là à en faire des excuses totalement absolutoires, il y a un pas qu'il ne faut pas franchir. Tout ne peut être imposé de l'extérieur à la conscience humaine. Elle reste capable de choisir, de délibérer, de juger. Là est la dignité de l'homme.
Habiter sa vie, selon moi, consisterait à prendre la totale responsabilité de ses actes, à la mesure de ses capacités de discernement. Elle ne va pas sans risques, et, de ceux-ci, il en est que la société doit couvrir, sans aucun doute. Doit-elle tous les couvrir, en fermant les yeux quand ils sont excessifs ou aboutissent inéluctablement à des effets nocifs (tabac, alcool, drogue, vagabondage sexuel, etc.) ? Il est bien difficile de répondre à cela. Du moins peut-on par une éducation sans concessions ouvrir les yeux du plus grand nombre, être moins répressif pour des délits mineurs, et intraitable pour ceux qui engagent la société tout entière.
Dernière et ultime remarque. Dans l'histoire de l'humanité, on peut distinguer trois phases. Une phase antérieure à l'instauration des religions ; une phase plurimillénaire de sociétés humaines totalement dépendantes des religions. Elle a duré jusqu'à l'avénement de Jésus. Une phase de sortie des religions, paradoxalement inaugurée par Jésus qui est venue les détruire toutes, en dénonçant leur origine sanglante et est venu remplacer le règne de la Loi, par celui de l'Amour. Le christianisme portait en germe la sortie des religions. Le laïcisme a tué l'élan que portait ce grand mouvement ; il nous émancipait pourtant de la tyrannie de la Loi. Il a remplacé le règne de la Loi, par celui du juridisme et de la réglementation. Sur le plan de la structure, il nous fait rentrer de nouveau dans le joug des religions qu'il prétend briser. Nous pourrons revivre qu'en retournant à la source.