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mercredi 2 janvier 2019

Mercredi 02 janvier 2019. Lettre aux Gilets jaunes !


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Chers Gilets jaunes,

Voici une lettre ouverte qui prodigue quelques conseils utiles à la poursuite de votre, que dis-je, de notre mouvement.
Dans ses vœux, que je n’ai pas écoutés, il semble que le Président de la République ait parlé de restaurer l’ordre républicain. Il faisait sans doute allusion aux diverses manifestations des Gilets jaunes qui vient troubler, effectivement, le ronronnement étatique.
L’ordre dit républicain, qui a germé dans l’esprit des bourgeois libertins de la Révolution, jusqu’à trouver son plein développement dans le sanglant établissement de la IIIe République sur les cadavres des communards, n’est qu’une sorte de désordre organisé par les élites politiques, économiques, financières, techniques, scientifiques pour leur plus grand profit.
Entendons-nous bien : je crois qu’il est très important de pouvoir vivre dans l’espace public en toute sécurité. Je crois qu'il faut des lois, mais des lois justes et non point "axiologiquement neutres" comme ils disent. Si vous lisez les nouvelles, vous voyez qu’ici et là on menace les Gilets jaunes qui occupent pacifiquement les ronds-points, d’amendes, de poursuites, bref de tous les foudres de la justice aux ordres. Elle est aux ordres, en effet, puisqu’elle applique les lois votées par le corps législatif, composé essentiellement de ces élites (voir plus bas).
Voici donc ce que je préconise pour la poursuite pacifique mais déterminée du mouvement.
(a) Porter, comme signe de reconnaissance, dans la rue, dans les magasins, dans sa voiture, dans l’espace public, le gilet jaune.
(b) Déclarer les manifestations en préfecture, en changeant chaque fois de déclarant, de façon que la police, les RG, les juges, ne puissent identifier un quelconque chef ou responsable. Faire autant de déclarations que de manifestations prévues, et attendre la réaction des Préfets.
(c) Manifester devant les lieux du pouvoir d’état, non point pendant des heures, mais, par exemple pendant une ou deux heures (en précisant dans la déclaration, l’horaire de début et de fin) : préfectures, sous-préfectures, tribunaux, centres des impôts, et quand rien de cela n’existe, devant les mairies, derniers refuges des lambeaux de nos libertés.
(d) Le faire pacifiquement, sur le mode du sit in silencieux, en portant des pancartes mentionnant les demandes du Peuple français : Référendum d’initiative populaire ; diminution drastique des dépenses de l’état et des collectivités territoriales (notamment les dépenses somptuaires : réceptions, voyages d’étude, multiplication indue des vice-présidences avec les indemnités afférentes, voitures de fonction ; suppression des subventions aux associations qui se prétendent culturelles et ne sont le plus souvent que des moyens détournés par de médiocres intermittents pour continuer à diffuser des messages de « déconstruction » (morale, religieuse, traditionnelle), demande d’une autonomie accrue pour les collectivités territoriales, notamment les communes qui ont perdu depuis des lustres nombre de franchises qui leur permettaient de rayonner et de vivre. Suppression des communautés de communes (j’ai un exemple assez croquignolet de la mascarade qu’elles représentent), mais maintien de la possibilité de fusion entre communes volontaires. Mise au pas des hauts fonctionnaires, experts de ceci, experts de cela, qui ont des solutions techniques inattaquables, à ceci près qu’elles sont inapplicables.
(e) Enfin, refus de tout argument vulgaire, qui vise un homme ou des hommes.
Chers amis, il ne faut pas baisser les bras. Nous commençons à relever la tête. Nous aurons gagné, le jour où les forces de l’ordre refuseront de cogner sur des manifestants pacifiques et autorisés.
Allez ! Allons ! Courage. Tenons bon contre cette soi-disant démocratie qui n’est en fait que la confiscation du pouvoir par une caste qui ne veut point se laisser déposséder de ses privilèges.
Permettez-moi de vous rappeler ce que disait Jésus : « Que le plus grand soit comme celui qui sert ». Il n’y a d’autorité que d’autorité de service. Pour l'instant, quelques cas remarquables de hauts fonctionnaires et d'hommes politiques, mis à part, car il ne faut pas généraliser, on en est assez loin.
Bien amicalement.

Philippe POINDRON.
Professeur honoraire des Universités.
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ILLUSTRATION PAR JEAN-CLAUDE MICHEA.
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"De ce point de vue, les élections législatives de juin 2017 représentent un véritable cas d’école. Tous les médias officiels, on s’en souvient, avaient alors célébré avec enthousiasme le fait que la nouvelle Assemblée nationale était « de loin la plus féminine de toute l’histoire » (les femmes y représentaient en effet, avec 224 députées, 38,82 % du nouveau corps législatif — le pourcentage d’élues atteignant même 46,45 % au sein du groupe de La République en marche). Certains de ces médias n’avaient d’ailleurs pas manqué de prolonger cette analyse en attirant l’attention sur le fait que cette assemblée était également « la plus jeune de toute l’histoire » et que même la part des « minorités visibles » — quoiqu’encore beaucoup trop faible — y avait progressé de façon appréciable. Une telle ferveur médiatique est assurément justifiée dans la mesure où cette double révolution de l’âge et du genre constitue indéniablement, par certains côtés, un véritable progrès humain (sauf à regretter le temps de ces gérontes fossilisés et bardés de décorations qui peuplaient les tribunes officielles des pays dits « communistes »). L’ennui, c’est que cette nouvelle « assemblée introuvable », effectivement rajeunie et féminisée comme jamais, se trouve être en même temps la plus élitiste et la moins représentative de toute l’histoire de la Ve République (il faut même, selon certains historiens, remonter jusqu’en 1871 — autrement dit à cette Assemblée versaillaise qui légitimera la répression sanglante de la Commune — pour retrouver dans la représentation nationale » un tel degré de consanguinité sociale). En témoigne, entre autres, le fait que les classes populaires, pourtant largement majoritaires dans le pays, n’y sont plus désormais « représentées » que par un peu moins de 3 % des élus. Double évolution politique — un pas en avant sur le plan sociétal, deux pas en arrière sur le plan social — qui ne peut bien sûr surprendre quiconque a compris la véritable nature de la logique libérale. Mais qui risque, en revanche, d’être perçue comme « contradictoire » (au sens non dialectique du terme) par tous ceux qui accordent encore du crédit à la vieille fable idéologique (il est vrai souvent très rentable en termes de carrière médiatique ou universitaire), selon laquelle le libéralisme culturel du Monde, de Libération ou du Nouveau Magazine littéraire n’aurait absolument rien à voir, d’un point de vue logique et philosophique, avec le libéralisme économique du Point, du Figaro ou de Valeurs actuelles. Auquel cas on se demande d’ailleurs bien pourquoi, pour ne prendre que cet exemple particulièrement révélateur, la très active French-American Foundation se donnerait chaque année autant de mal pour recruter et former des agents d’influence universitaire, médiatique et politique (formation qui inclut, entre autres, un stage obligatoire aux États-Unis) aussi engagés dans le combat sociétal — pour ne citer ici qu’un tout petit nombre de ces fameux « young leaders » — que Laurent JOFFRIN, Alain MINC, Emmanuel MACRON, Éric FASSIN, Najat VALLAUD-BELKACEM, Marisol TOURAINE, David FONTAINE ou encore Rokhaya DIALLO.
Jean-Claude MICHÉA.
Le loup dans la bergerie.
Climats. Un département des Éditions Flammarion, Paris 2018. (Page 142.)



mercredi 3 novembre 2010

Le métier de parents, le rôle de l'enseignement, la responsabilité des politiques

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Jean-Marie BOCKEL, secrétaire d'Etat à la justice vient d'accorder un entretien au journal gratuit Direct Matin de ce jour. On devrait accorder plus d'importance à ses propos. Je reviendrai, du reste, sur une initiative qu'hélas nous n'avons pu poursuivre en Alsace, et qui rejoignait les très justes intuitions de notre ministre.
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Question : Faut-il davantage responsabiliser les parents ?
Réponse : La famille est le premier espace privé de construction de la personne. Mais certains parents sont dans l'incapacité d'exercer leur mission parce qu'ils ne l'ont jamais intégrée. Nous avons sur ce point un vrai savoir-faire au niveau local pour enseigner le métier de parents. Je préconise de généraliser le contrat de responsabilité parentale mené avec succès dans les Alpes-Maritimes. Et pour amener certaines familles à 'se bouger', le risque de la sanction, comme la suspension des allocations familiales, doit exister.
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Question : La famille peut-elle agir seule ?
Réponse : Non, il ne s'agit pas de mettre toute la pression sur les parents. Le repérage des enfants fragilisés se fait aussi à l'école. On le fait déjà au Collège, mais c'est parfois trop tard. Je pense donc qu'on peut repérer dès l'école primaire, afin de les aider, les jeunes en souffrance, dont les problèmes personnels ne sont pas pris en compte. Il n'y a pas de risque d'établir un quelconque déterminisme de la délinquance.
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Pour la première fois, depuis longtemps, un homme politique insiste sur le rôle fondamental de la famille. Bien entendu, le politiquement correct s'efforce de la démolir. Et dans une de ses thèses sur FEUERBACH, MARX déclare qu'il faut détruire la famille pour détruire l'image de la Sainte Famille. En somme, la destruction de la famille est un des éléments de la lutte contre le christianisme et l'anthropologie chrétienne.
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Lorsque j'étais encore enseignant à l'Université Louis Pasteur, nous avions fondé avec quelques amis une association nommée AREGA (Association du Réseau Educatif Grandir d'Alsace) dont l'originalité était qu'elle recrutait des enseignants allant de la maternelle à l'Université, en passant par les écoles, les collèges et les lycées. Notre intuition était triple :
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(a) Responsabiliser les parents, les former, et associer à la démarche de formation par des avantages certains, car en ces matières, il est difficile de dissocier la vertu de l'intérêt. Ainsi, nous préconisions d'accorder, par exemple, des bons de réductions sur les achats scolaires aux parents présents à des conférences de formation à leur métier de parents (pour la maternelle, le primaire, le secondaire, premier cycle). Nous avons pu organiser ainsi cinq soirées de formation au Collège d'ERSTEIN, dont la principale, il faut le souligner, est une femme en tous points remarquable. Ces soirées se déroulaient en trois parties : une causerie faite par un spécialiste, des groupes de travaux pratiques (jeux de rôle, mise en situation, discussion sur des cas concrets, sur des images de publicité, par exemple) qui rendaient compte de leurs résultats devant les autres groupes. Nous terminions la soirée par le verre de l'amitié dûment abondé par les gâteaux et les boissons apportés par les uns et les autres. Il y avait régulièrement entre 20 et 30 familles représentées (en moyenne : parfois moins, parfois plus). Il n'y avait là aucun avantage, simplement l'intérêt porté au bien de l'enfant.
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(b) Créer une filière d'excellence dès la classe de quatrième, de formation aux métiers de l'artisanat, du commerce et de l'industrie, associée à un enseignement général de haut niveau, réservée à un petit nombre d'élèves, parmi les meilleurs, impliquant des stages de formation pratique encadrés par des Maîtres de stage dûment choisis pour leur qualité professionnelle et leur engagement personnelle dans la filière. Notre idée était qu'en France, les métiers déclarés "manuels" sont décriés et sous-estimés et n'attirent, pour cette raison, que peu d'enfants. L'état de l'enseignement technique, dont les enseignants sont pourtant d'un dévouement inouï, le prouve à l'évidence. Les Français ont ceci de particulier qu'ils ont le culte du Diplôme, des concours, des titres, toutes choses que ne comprennent ni les Anglais, ni les Américains, les Allemands formant un cas à part. Notre idée était que plus la sélection serait sévère et resserrée, et plus nous aurions de candidats à cette filière, et des meilleurs.
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(c) Faire reconnaître par les maires, députés, conseillers généraux, régionaux, etc. le mérite de nos jeunes par une remise solennelle de Diplômes, en leur présence (pourquoi pas le 14 juillet, et pour tous ?) et d'un cadeau, même modeste aux plus méritants, que ces jeunes soient collégiens, lycéens, étudiants. Cette remise de Diplôme aurait pu être couplée à une fête organisée par les communes pour leurs jeunes. Pour que les jeunes s'intéressent à la chose publique, il faut que celle-ci s'intéresse à eux.
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Nous n'avons pu poursuivre l'expérience, car les membres fondateurs ont été dispersés par les aléas de la vie, et nul n'est venu prendre le relais, ce qui est dommage. Il me semble que monsieur BOCKEL prend le problème par le bon, bout, même s'il le fait dans le cadre de la prévention de la délinquance. Affaire à suivre.
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lundi 5 avril 2010

Réponse à un ami lecteur

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Un lecteur assidu me demande de commenter les propos de Pierre ARDITI, un remarquable comédien et acteur - je le précise - qui ne fait pas mystère de ses sympathies pour le socialisme et qui disait il y a quelques jours, dans l'émission "Vivement dimanche", le seule parole que j'ai trouvée sensée depuis des semaines en matière politique ; je la rapporte de mémoire : "Il y a trente ans, disait-il, on pouvait avec le fruit de son travail, se loger, se chauffer, se nourrir, élever ses enfants. Aujourd'hui, cela n'est plus possible." Pierre ARDITI a raison. Nous devons tous admettre que les revenus du travail doivent permettre à leurs bénéficiaires de vivre décemment. Cela me paraît être la justice élémentaire. Et il n'y a pas à tergiverser sur cette évidence.
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La première des tâches qui s'impose aux politiques et aux services économiques de notre pays, consiste à évaluer, avec l'aide de tous les partenaires sociaux, le montant des sommes nécessaires par adulte et par enfant, pour vivre décemment. Manifestement ce ne peut être le SMIC dont le niveau est insuffisant pour faire vivre une famille, dans le cas où seul l'un des deux parents travaille, ni même deux SMIC. Ce montant devrait être évalué annuellement par l'INSEE, l'un des services statistiques les plus compétents du monde, il faut le souligner.
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La seconde des tâches, consiste, me semble-t-il, à évaluer l'évolution des coûts dans les domaines essentiels de la vie : nourriture, vêtements, chauffage, logement, transport, santé et éducation des enfants ; il faut adjoindre à ces domaines celui des loisirs et de la culture, car l'homme ne vit pas que de pain.
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Il faut ensuite avoir une anthropologie saine : l'homme est un être qui tire sa dignité de sa responsabilité ; l'homme est un être qui aspire à la liberté ; l'homme est un être de relation qui ne peut vivre sans lien social. Responsabilité, liberté et sociabilité doivent être au coeur de toute politique. J'ajoute un point essentiel : il est indispensable en politique de ne jamais dissocier la vertu civique de l'intérêt. Il FAUT donc que le citoyen tire des bénéfices de son civisme.
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Il y a une mesure de salubrité publique qui doit être mise en forme législative de TOUTE URGENCE. Elle concerne la composition des conseils d'administration des grands groupes. Monsieur ZACCHARIAS, ancien PDG de Vinci, accusé d'abus de bien sociaux, a beau jeu de dire à la justice que son conseil a voté les dispositions particulières qui le couvraient d'or, d'argent et de billets. Pardi ! C'est du genre "passe-moi la rhubarbe, je te donnerai le séné". Ils se tiennent tous par la barbichette. Le PDG d'un groupe Y est conseiller d'un autre groupe Z dont le PDG Z est lui-même conseiller du groupe Y. Comment voulez-vous que cela fonctionne ? Ils ne cessent de se renvoyer l'ascenseur. Il ne doit pas être possible d'être membre de plus d'un conseil d'administration. Point. Tant pis pour les énarques, les polytechniciens, les centraliens, bref les prétendues et soi-disant élites qui se gavent sous les yeux ébahis et incrédules de leurs personnels.
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Deuxième mesure d'urgence, limiter par la loi les salaires des PDG des grands groupes, interdire les stocks options, et supprimer la part variable des revenus.
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Troisième mesure qui concerne tous les citoyens : supprimer avec détermination tous les revenus non monétaires : avantages des comités d'entreprise (pour EDF, 1 % du chiffre d'affaire ! Faites le calcul), cartes de réduction pour les transports, réductions de tous ordres pour les employés de l'électricité ou du gaz, ou de toute entreprise privée, gratuité des soins, et conversion de ces avantages en revenus monétaires. Car à force de ne pas savoir le coût d'un médicament, d'un acte chirurgical, d'un voyage en métro, du prix du kilowatt-heure ou du mètre cube de gaz, on finit par perdre tout contact avec la réalité économique. Quand on sait que plus de 30 % du PIB sont voués aux transferts sociaux, on mesure ce que la suppression des revenus non monétaires pourraient apporter de liberté aux citoyens, s'ils étaient transformés en revenus monétaires, en bon argent. Chacun serait libre de dépenser comme il lui convient. Mais il ne lui serait plus possible de faire reposer sur autrui les conséquences de ses choix. Voilà le principe de responsabilité, et de lien social.
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Quatrième mesure de nature à développer la responsabilité, notamment en matière de dépenses de santé. Maintenir, bien sûr, le système d'assurances sociales. Mais le gérer différemment. Il est tout-à-fait possible de créditer les cartes vitales d'une somme moyenne avec lesquelles les assurés sociaux paieraient les actes médicaux, chirurgicaux, les médicaments, etc. Il serait entendu que toute somme non dépensée à la fin de l'année serait reversée à l'assuré social qui aurait aussi le choix de maintenir ce crédit sur sa carte en vue des années à venir. Il est évident que ce système ne permettrait pas de couvrir les gros risques. Il faut donc qu'une partie des cotisations, environ 50 % (à préciser, mais il doit être possible de savoir quel pourcentage doit être attribué à ce secteur), soient donnée au secteur public qui assureraient la gratuité des soins. L'accès aux soins gratuits seraient possibles (a) pour les petits risques, aux cas où l'assuré social aurait épuisé le crédit de sa carte vitale ; (b) pour les gros risques (assez faciles à définir), sans conditions. Pour éviter que la santé publique se dégrade par ce système, l'assuré social devrait fournir à sa caisse un certificat annuel de bilan médical et biologique de santé, (on dirait un "chek-up"). Ainsi serait honoré le principe de responsabilité.
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Cinquième mesure. Il se peut que le reversement monétaire des anciens revenus non monétaires ne permettent pas d'assurer à une famille une vie décente. Il revient à la communauté nationale de compléter ce manque, par des versements soit annuels, soit (préférablement) mensuels complétant à dues proportions ce qu'il est nécessaire à la vie des familles. Une déclaration annuelle des charges avec justificatifs, accompagnant la feuille de déclaration des revenus, suffirait à établir le montant du différentiel à combler.
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De telles mesures empêcheraient un inacceptable contrôle social de la part de l'Etat, des Syndicats, ou des Services sociaux, et éviteraient toutes formes de domination de la part des plus riches sur les plus pauvres. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Il est normal que des différences de compétences et de responsabilités professionnelles soient accompagnées de différences de revenus. Il n'est pas normal que ces différences ne s'appuient que sur la cupidité et l'avidité des puissants, sans tenir compte des services qu'ils rendent réellement à la société et à la patrie. Ainsi serait respecté le principe du lien social. Il consiste tout simplement à ne pas oublier que l'autre existe.
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Qui ne voit que ces mesures de simplification entraîneraient une incroyable diminution des coûts de gestion ? En simplifiant les circuits de traitement des dossiers, en supprimant une foule de structures devenues inutiles, elles libéreraient de tâches improductives des milliers de citoyens qui pourraient alors employer leurs talents et leurs compétences à des travaux plus utiles pour leurs concitoyens. Ils ne risqueraient rien puisqu'ils seraient eux aussi les bénéficiaires des mesures de compensation décrites plus haut.
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Enfin il y a fort à faire dans un domaine sensible : celui du logement. Il est devenu de plus en plus difficile de se loger convenablement à des prix décents. Il y a là une situation inadmissible. Il faut bien voir pourquoi. Il me semble que les garanties exorbitantes demandées par les propriétaires et le coût demandé pour les loyers sont liés à la difficulté qu'il y a d'expulser facilement un mauvais payeur. Cette situation n'est pas saine. Il est donc nécessaire d'entreprendre une vigoureuse action de construction de logements sociaux, non pas concentrés dans des quartiers périphériques, mais dispersés dans la masse du tissu urbain d'une part. Ces logements sociaux seraient vendus en leasing ; en d'autres termes, chaque versement mensuel serait pour le locataire un pas de plus vers la propriété. On voit par là que l'intérêt ne serait pas dissocié de la vertu. D'une autre part, il conviendrait de créer un fonds de garantie des loyers, abondé par les propriétaires, les syndics de copropriété, les locataires, et les promoteurs immobiliers. Une sorte d'assurance-sociale des loyers. Je ne suis pas naïf au point d'imaginer que ce dispositif suffirait à se débarrasser des mauvais payeurs. Mais il permettrait au propriétaire dont le locataire est indélicat d'entreprendre sans difficulté les démarches juridiques nécessaires pour rentrer dans son droit. Peut-être, du reste, faudrait-il que les tribunaux disposent d'une chambre particulière consacrée au traitement des litiges immobiliers. Il est également indispensable que la puissance publique détermine une fourchette acceptable des prix de location au mètre carré, pour les appartements ou maisons dépendants de particuliers. Aucune contrainte, bien sûr. Mais ces fourchettes indicatives donneraient à penser aux propriétaires abusifs. Dans ce domaine, surtout ne pas s'appuyer sur les agences immobilières qui ont intérêt à voir les prix augmenter puisque leurs honoraires en dépendent...
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Bien entendu, je rêve. Mais qui sait...
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mercredi 13 mai 2009

Réforme hospitalière

Il faut avoir un cerveau d'énarque pour imaginer qu'un établissement hospitalier puisse être dirigé par un directeur tout puissant, purement administrateur, et donc purement administratif et, disons le mot, purement bureaucratique. Le Professeur MARESCAUX - que je connais et dont j'admire grandement les qualités scientifiques et humaines - a heureusement proposé de modifier cet aspect inacceptable de la réforme proposée par madame BACHELOT, par la création d'un directoire comprenant des médecins.
Ce qui était inacceptable par le corps médical peut se résumer en quelques propositions très simples : un hôpital a pour fonction de soigner les malades ; les personnes qualifiées au premier chef pour ce faire sont les médecins et les infirmières, aidées des pharmaciens et personnels paramédicaux pour la mise en oeuvre des traitements, en aucun cas cette fonction ne peut être assurée par des administratifs. Ces personnels soignants sont également responsables de la qualité de ces soins ce que ne sont pas les administratifs. Il est donc parfaitement inconcevable de séparer la responsabilité de l'autorité ; il est inconcevable que des décisions prises par un administratif puisse indirectement engager la responsabilité du personnel médical. Je m'étonne qu'aucun médecin hospitalier n'ait mis en avant cette raison de bon sens. Bien entendu, il ne s'agit pas de nier l'utilité de l'administration hospitalière ; elle est nécessaire pour assurer la logistique (entretien des bâtiments, confection et distribution des repas aux malades, investissements en matériels divers), domaine qui ne relève pas de la compétence des personnels soignants. Mais elle vient en appui, et non en première ligne.
Un hôpital ne peut être géré comme une entreprise ; c'est l'évidence même. Il ne s'ensuit pas pour autant qu'il peut jeter par les fenêtres l'argent de la sécurité sociale et des contribuables, en le dissipant dans des dépenses inutiles, somptuaires, ou redondantes (multiplicité des demandes d'un même examen ou d'une même analyse, quand un patient change de service, par exemple ; achats intempestifs de véhicules ; travaux coûteux entrepris dans les appartements des Directeurs ; figurez-vous que ce pluriel est parfaitement justifié ; je connais un très grand CHU qui ne compte pas moins de 24 personnes ayant le titre de Directeur, à quoi s'ajoute le Directeur Général).
Je suis en revanche absolument interloqué quand j'apprends que l'on supprime 20 postes d'infirmières dans le service d'Onco-hématologie du Groupe hospitalier Pité-Salpétrière, et 40, dans le service de Neurologie de ce même établissement. Il faut affirmer ici avec force que les économies en frais de personnels doivent être réalisées sur d'autres postes que sur ceux du personnel soignant. Et c'est probablement du côté de l'administration hospitalière qu'il faut chercher (cf. mes 24 Directeurs de tout à l'heure). La complexité des statuts est également une source de dépenses inutiles. Un Professeur des Universités-Praticien Hospitalier relève, pour une partie de ses fonctions, du Ministère des Universités, et pour l'autre du Ministère de la Santé. Viennent se mêler à tout ça, l'Agence Régionale d'Hospitalisation, le Conseil d'Administration, la Faculté de Médecine, l'Université. Toutes ces structures ont leur mot à dire sur le personnel. Quand un CHU héberge une ou des équipes de l'INSERM et/ou du CNRS, les administrations centrales de ces organismes interviennent aussi. Bref, c'est un cafouillage inextricable.
J'ai été responsable pendant près de trois ans, en tant que Vice-Président de la défunte Université Louis Pasteur de Strasbourg, des locaux de l'Université. C'était absolument invraisemblable. Certains bâtiments universitaires étaient construits dans l'enceinte de l'hôpital. Leur statut relevait d'une convention signée en 1929 ! Un bâtiment, par exemple, avait un balcon qui dépassait de la façade, à l'aplomb d'un terrain appartenant à l'hôpital, alors que le reste de l'emprise du bâtiment était universitaire. Il est temps de simplifier tout cela, et de faire confiance à la négociation locale entre les partenaires impliqués pour qu'ils trouvent la solution adaptée au contexte local.
Autre problème : on feint d'ignorer que la France dispose d'une surcapacité de lits hospitaliers. Mais chaque petite ou moyenne ville défend âprement son pré-carré et veut conserver un hôpital polyvalent, souvent vétuste ou sous-équipé, alors qu'il serait tellement plus simple d'aller vers une certaine spécialisation (permettant des économies d'échelle sans affecter le personnel), ou même, de supprimer purement et simplement des hôpitaux qui n'ont pas le plateau technique et le personnel suffisant pour remplir correctement leur fonction. Le personnel dégagé par cette restructuration pourrait être avantageusement réaffecté. Bien entendu, tout cela suppose des discussion locales, et éventuellement des dédommagements. On peut concevoir qu'une infirmière ou un médecin hospitalier qui ont construit une maison sur le lieu même de leur travail éprouvent quelques résistances à changer de lieu d'affectation. Cela mérite d'être étudié. Pourquoi ne pas imaginer des systèmes d'hôpitaux itinérants, faits de camions aménagés de manière idoine, et sillonnant périodiquement un territoire donné pour assurer un service de policlinique, et une orientation des cas les plus délicats vers des hôpitaux spécialisés ou des CHU ?
On comprendra que la question me tient à coeur. J'ai collaboré des années durant avec des collègues médecins, et j'ai publié avec nombre d'entre eux. Je comptais parmi eux des amis intimes. Je sais leur travail harassant et leur conscience professionnelle : ils méritent mieux que la gouvernance par un directeur unique, uniquement préoccupé de gestion.

mercredi 21 janvier 2009

Enfin des propositions

J'ai trop longtemps critiqué l'absence de propositions de la part de l'opposition pour ne pas me réjouir de celles que Martine AUBRY met sur la table au nom du PS.
Les remèdes proposés engagent une dépense de 40 milliards d'euros, selon Michel SAPIN, contre les 26 milliards du Gouvernement. Fidèle à ses méthodes, le PS propose une relance de l'économie par une relance de la consommation : augmentation du SMIC, augmentation de la prime pour l'emploi, augmentation de l'indemnisation du chômage partiel de 50 à 80 %, modulation de l'impôt sur les sociétés en fonctions des bénéfices réinvestis, annulation du paquet fiscal de 15 milliards d'euros (bouclier fiscal, déduction des intérêts d'emprunt, suppression quasi totale des droits de succession), modulation de la TVA (diminution sur certains produits de première nécessité).
Tout n'est pas inintéressant dans ces propositions. Il convient donc de les examiner avec un oeil critique mais bienveillant.
Les mesures qui me paraissent néfastes sont celles qui concernent la relance directe ou quasi directe de la consommation. En effet, de telles recettes ont été appliquées aussi bien par la droite (Jacques CHIRAC, Premier Ministre), que par la gauche. Les mesures prises sous le Gouvernement MAUROY avaient débouché sur le Plan de Rigueur en 1983 et son emprunt obligatoire à l'intérêt dérisoire. Et il n'avait eu aucun effet sur la croissance. Pas plus que celui de Jacques CHIRAC du reste, qui avait fondé son espoir sur l'augmentation des investissements publics et le maintien de l'emploi et des salaires. Mais supposons que les Pouvoirs Publics cèdent par démagogie au démon de la relance par la consommation : l'effet inéluctable - et tout le monde le sait - en serait d'augmenter les importations et d'aggraver le déséquilibre du commerce extérieur. On verrait exploser, notamment, les importations de produits chinois (textiles, chaussures, informatiques de bas de gamme, téléphones portables, petit électroménager). Le confort des individus et des familles s'en trouverait amélioré sur le court terme, mais les répercussions sur le long terme et le moyen terme seraient terribles. Il me semble donc qu'il faut renforcer l'appareil productif français par des investissements massifs dans des produits à haute valeur ajoutée, destinés à la consommation intérieure, certes, mais aussi à l'exportation. En d'autres termes, il nous faut augmenter la quantité de richesses produites avant de les redistribuer. Sinon, on ne fait que distribuer des dettes que devront payer nos enfants. En outre, l'augmentation du SMIC, souhaitable certainement sur le plan théorique, ne ferait qu'aggraver la perte de compétitivité de nos produits, déjà considérable, en raison des charges diverses qui grèvent le travail salarié, si elle était appliquée immédiatement et sans amélioration de la productivité et la diminution des coûts de production par le moyen de l'investissement.
Diminuer la TVA de manière modulée est une bonne idée, et une idée juste. Mais elle repose sur deux postulats le premier est que la Commission Européenne donnera certainement son accord sur cette modulation - on peut en douter quand on voit la difficulté à obtenir une TVA à 5,5 % dans le cas de la restauration ; le second est que les producteurs et commerçants n'augmenteront pas leurs prix en les alignant sur les prix anciens, de façon à augmenter par ce subterfuge leurs marges bénéficiaires.
Je doute aussi que la suppression du paquet fiscal plaise aux citoyens de la classe moyenne ou moyenne supérieure qui bénéficient de la déduction de leurs revenus, des intérêts dus au titre d'un emprunt immobilier, ou de la quasi suppression des droits de succession. On peut, bien entendu, ne s'attaquer qu'au bouclier fiscal : mais on peut prévoir que dans un contexte de libération des échanges et des capitaux, la fuite des grandes fortunes françaises dans les paradis fiscaux ne fera que s'amplifier. Faisons le pari que le civisme l'emportera sur la cupidité. Personnellement, je ne serais pas contre cette dernière mesure.
Mais enfin réjouissons-nous de voir enfin des propositions concrètes qu'il est possible d'argumenter, de critiquer au sens étymologique du terme (critiquer, c'est cribler, tamiser), et de prendre sérieusement en considération.
En revanche, les motifs invoqués dans la motion de censure que le PS s'apprête à déposer sont d'une désolante mauvaise foi. Feindre de croire que le chômage, la question du pouvoir d'achat, les effets de la crise économique sont imputables au seul Gouvernement est d'une rare malhonnêté intellectuelle. Pourquoi faut-il que les socialistes gâtent par ce manque de probité ce que leurs propositions peuvent avoir de juste ?
Elections, élections, mon beau souci ! Telle me semble être la réponse.

jeudi 16 octobre 2008

La crise actuelle, d'abord une crise de la pensée

La plupart des hommes de ce temps, ne veulent ni ne peuvent délibérer avant d'agir. Prisonniers du principe de plaisir dans lequel les ont enfermés les médias, la publicité, les hommes politiques et SURTOUT, le monde de la culture, ils fonctionnent comme des automates. Il suffit d'appuyer sur le bouton plaisir pour qu'ils achètent, consomment ou expriment une opinion prédéfinie. Les esprits libres se réfugient dans les ermitages d'une pensée profonde, qui n'est livrée qu'à de rares fidèles : BERNANOS, THIBON, LEGAUT, LANZA del VASTO. Tous ont choisi l'exil ou la solitude plutôt que le troupeau. Et, en apparence, leur influence se limite à leurs lecteurs ou à leurs disciples. Oui la crise actuelle est d'abord une crise de la pensée. Et la crise de la pensée entraîne une crise morale.
Faute de pouvoir exiger des dirigeants de banque de se comporter de manière morale, la loi doit donc moraliser les comportements bancaires. Je ne peux pas imaginer que les responsables des banques, connaissant la tournure des événements actuels, auraient fait les mêmes choix. S'ils avaient eu la moindre réflexion sur la nature de l'homme, la moindre largeur de pensée, la moindre connaissance philosophique, ils n'auraient pas idolâtré l'argent, en tout cas j'aime à le croire. Ils n'auraient pas fait de leurs établissements des temples au dieu MAMMON.
Soyons plus concrets : la loi doit interdire la titrisation des créances. Que celles-ci restent cessibles et négociables, c'est normal, mais qu'elles le soient de manière individualisée. C'est transparent. Il faut interdire les opérations à découvert, achat ou vente d'actions. Il faut interdire les parachutes dorés, et exiger la rotation périodique des responsables des banques. Il faut exiger des détenteurs d'actions qu'ils les gardent en possession pendant une période minimale de temps, comme l'avaient dit Henri HUDE (on peut imaginer le temps qui sépare deux Assemblées Générales). Il faut enfin que les banques acceptent d'endosser le rôle de propriétaire des biens qu'elles permettent d'acheter avec l'argent de leurs déposants dont elles ne sont que les courtiers. Un propriétaire qui assume les droits mais AUSSI les devoirs du propriétaire. Un propriétaire qui s'efface enfin de la propriété au fur et à mesure des remboursements.
En somme, il faut remettre l'homme au centre des préoccupations politiques, sociales et économiques. La crise actuelle offre une occasion unique de changer de paradigme social. Nos dirigeants, nos responsables politiques, sauront-ils de dégager des enjeux de pouvoir pour réfléchir ENSEMBLE à ce qui est bon pour l'homme ? C'est une autre affaire.