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samedi 20 août 2022

BILLET DU 20 AOÛT 2022. LE NAUFRAGE DE LA GAUCHE, LA FIN DES ILLUSIONS.

 "Je voudrais donc exposer brièvement ici, et en me situant d’un point de vue essentiellement philosophique, les raisons pour lesquelles ce recentrage de la gauche moderne, depuis maintenant plus de trente ans, sur la seule rhétorique des « droits de l’homme » (ou de ce qu’on appelle parfois lutte contre toutes les discriminations », en oubliant d’ailleurs que cette formule avait été introduite dans les années 1950 par l’économiste néolibéral Gary BECKER, puis systématisée, au début des années 1970, par Friedrich HAYEK) a rendu progressivement inévitable la conversion de cette gauche aux dogmes du libéralisme économique (et notamment à la mystique de la « croissance » et de la « compétitivité »). Ce qui explique évidemment beaucoup de choses quant à la crise d’identité qui affecte aujourd’hui tous les courants de cette gauche."

Ce constat on le trouve dans une livre remarquable de Jean-Claude MICHÉA.

Le loup dans la bergerie. Climats. Un département des Editions Flammarion, Paris, 2018.

Quelques pages plus loin (page 25), il dit ceci, qui pose d'une manière lumineuse la question morale, sociale, culturelle de notre époque :

 

"Quant au fait qu’on définisse souvent la société libérale comme une société dont la liberté est la valeur fondamentale, il ne contredit bien sûr en rien le principe de neutralité axiologique. La liberté ainsi définie représente beaucoup moins en effet, une valeur au sens habituel du terme que le pouvoir reconnu à chaque individu ― en tant que propriétaire privé de lui-même (C’est LOCKE qui introduira ce vocabulaire) ― de déterminer en toute indépendance l’ensemble des valeurs morales, religieuses et philosophiques qui seront les siennes (en ce sens, il faudrait plutôt dire qu’elle constitue une méta-valeur). C’est donc précisément parce que, dans une société libérale, il existe effectivement une valeur théoriquement partagée par tous ― la « liberté » ―, que cette société ne peut en partager aucune autre (une religion peut, certes, être pratiquée de façon majoritaire dans tel ou tel pays libéral, mais c’est là un simple fait empirique ― dû à une convergence contingente et provisoire des choix individuels ― et qui ne fonde aucun droit). Or, si parler de vie commune n’a de sens que là où il existe un minimum de valeurs et de pratiques morales et culturelles partagées, on doit donc en conclure qu’une politique libérale exclut par définition toute prise en compte théorique de cette dimension anthropologique particulière (sinon, bien entendu, dans le cadre de considérations purement politiciennes et électorales). C’est ce qui explique, entre autre, l’étonnante phobie des idéologues libéraux à l’égard de tout concept d’« identité » (autrement dit, de normes culturelles ou linguistiques collectivement partagées), que ce soit sur le plan des appartenances « communautaires » ou des appartenances de classe. Tout comme le problème récurrent que pose au libéralisme une institution comme l’École. Quelle culture commune ― aussi bien littéraire qu’historique ― une école libérale pourrait-elle transmettre aux nouvelles générations dès lors, en effet, que l’on présuppose, avec l’anthropologue thatchérien Jean-Loup AMSELLE, que « la culture n’existe pas » et qu’il « n’existe que des individus » ? De ce point de vue, le droit libéral est donc très différents des droits traditionnels, qui s’adossaient toujours à un ordre métaphysique ou religieux. On doit plutôt le comparer à un simple code de la route dont la fonction est, par définition, purement technique : à savoir éviter les collisions et les accidents sans jamais prescrire aux automobilistes la « bonne » destination qu’ils auraient à prendre. Cette analogie avec le Code de la route est, du reste, familière aux libéraux modernes. C’est ainsi par exemple que Michel FOUCAULT ― dans sa volonté de soustraire nos choix de vie à toute emprise morale (puisque tel était, à ses  finition qui permettait enfin d’abolir définitivement à ses yeux, disait qu'il faut nier toute différence philosophique « entre une infraction au Code de la route et un meurtre prémédité » (on peut supposer que ce genre d’approche purement libérale de la délinquance a dû jouer un rôle non négligeable dans le divorce grandissant entre l’intelligentsia de gauche et les classes populaires !)"

Cette explication est absolument lumineuse. Et elle vient en contrepoint de ce que disait Simone WEIL sur le fait que le nombre ne fait pas la force. Les puissants ont besoin de ce concept fou de liberté pour asseoir leur pouvoir, à partir de leur petit cercle d'insiders. Cette liberté éparpille le peuple en une multitude d'atomes sociaux

samedi 6 avril 2013

Tous responsables, tous coupables

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Je me souviens parfaitement de cette interview au cours de laquelle, interrogée sur le scandale du sang contaminé au titre de ses fonctions ministérielles, madame Georgina DUFOIX avait dit : "Je suis responsable, mais non coupable". Les censeurs de tous poils avaient condamné ces propos qui sur le coup et rétrospectivement me paraissent justes et adaptés à la situation. Je l'ai du reste dit également à propos de monsieur FABIUS qui, dès qu'il a été informé du désastre, a pris les mesures qui s'imposaient pour sauver ce qui pouvait l'être encore. La justice et la vérité ne se divisent pas. Le socialisme n'est pas ma tasse de thé, on s'en est aperçu, mais il ne faut pas accabler injustement ou inconsidérément des personnes innocentes. Il se peut que ces propos ne plaisent pas à tout le monde, mais c'est ce que je pense.
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Qu'en est-il de la situation dans laquelle est plongée aujourd'hui notre pays ? Nous traversons une crise politique, une crise morale et une crise économique sans précédent. Nous en sommes tous responsables, mais, à la différence de madame DUFOIX, nous sommes tous coupables. En vérité, d'ailleurs il s'agit d'une crise unique à trois facettes. Et tout découle de la facette morale. Quand une société refuse de se référer à des critères moraux universels pour guider son agir, chacun se comporte au gré de son désir, et il est impossible de définir un but commun. La faiblesse morale des sociétés développées en général et de la nôtre en particulier, c'est d'avoir placé l'argent au centre de toutes les préoccupations, et l'individu comme mesure du jugement. C'est ainsi que l'on peut voir un ministre du budget faire une conférence sur la fraude fiscale tout en ayant un compte non déclaré à SINGAPOUR, que l'on a comme premier magistrat un homme qui prône le mariage pour tous, sauf pour lui-même, que les corporatismes les plus étroits (je pense notamment à celui des magistrats, le plus rétrograde, le plus conservateur, le plus crispé sur son pauvre pouvoir ; mais voilà qui vient de loin ; ça commence avec les Parlements de l'Ancien Régime) se donnent libre cours sous couvert d'intérêt général, et que chacun d'entre nous n'hésite pas à prendre tout ce qui est bon à prendre, surtout quand c'est gratuit (mais il y a bien quelqu'un qui paye quelque part). Comme il n'y a pas de délibération et de discernement dans nos propres choix qui vont souvent à l'encontre du bien commun, la loi est obligée de se substituer à la liberté et nous tombons dans un régime autoritaire, voire dictatorial.
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Puisque crise morale il y a, et qu'elle frappe au plus haut niveau, il y a nécessairement une crise politique. Il est impossible d'invoquer le civisme si l'exemple du civisme ne vient pas d'en haut. L'ampleur du séisme déclenché par les aveux de monsieur CAHUZAC est sans exemple, et ne peut que susciter le cynisme des citoyens. Ils ne se gênent pas là haut ? Pourquoi nous gênerions-nous ? Délitement du lien social, de la volonté du vivre ensemble, sauve-qui-peut général, et déclin de l'amour de la patrie.
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La conséquence de tout cela, qui ne la voit ? Si l'argent et les désirs individuels sont les mesures de l'agir économique, alors on cherche à faire le maximum de profit, l'homme devient la variable d'ajustement des décisions économiques (y compris des nôtres : l'exemple qui me vient à l'esprit est celui des loyers et du comportement d'un nombre croissant de propriétaires vis-à-vis de leurs locataires ; on tire sur les réparations ; on garde la caution ; on accroît les charges) , le chômage augmente (il faut maintenir la rentabilité des investissements), le goût du travail bien fait se perd (à quoi bon, pusiqu'il n'est pas reconnu), la consommation diminue, la nécessaire redistribution des revenus pour subvenir aux besoins des chômeurs, des pauvres, des exclus aboutit à des prélèvements confiscatoires, sans bénéfices pour la consommation ni pour la création de richesses. La boucle est bouclée. Voilà très exactement la situation de la France. Qui aura le courage de nous dire que nous devons agir ensemble et non pas les uns contre les autres ? Qui convaincra les mieux pourvus qu'il est moralement indispensable de consentir à des efforts pour sauver le pays ? Monsieur HOLLANDE, s'il était courageux et lucide, pourrait être l'homme de la situation. Tout porte à croire qu'il préfèrera son parti et son clan, même s'il voit ce qu'il faut faire. Video meliora, deteriora sequor.
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mercredi 27 mars 2013

Ne l'écoutons pas !

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Puisqu'il ne veut pas nous entendre, ne l'écoutons pas jeudi soir ! Monsieur HOLLANDE, qui au dire d'un député socialiste appelé, je crois, monsieur CHERKI, se comporte comme un Conseiller Général de Corrèze, ou comme un capitaine de pédalo pour un Jean-Luc MELANCHON (lequel n'a pas cependant dédaigné recevoir le soutien d'un parti qu'il combat aujourd'hui) a prévu de parler aux Français. Il aura du mal à nous faire oublier que le pouvoir d'achat de ses compatriotes a baissé de 0,8 % au quatrième trimestre de l'année 2012 (0,4 % pour l'année entière ; les journaux aux ordres ne nous disent pas l'ampleur de la chute au troisième trimestre, et au deuxième, qui a vu l'inauguration du pouvoir socialiste. Ils préfèrent "étaler" sur l'année, pour en mettre une (toute petite) couche sur le dos du Président SARKOZY. J'ai du mal à comprendre comment ils calculent, du reste. Une telle chute ne s'était pas vue depuis 1984, sous le règne d'un autre monarque socialiste, appelé François MITTERRAND. Décidément, ils jouent de malchance nos présidents socialistes. Il serait intéressant de voir pourquoi il en est ainsi avec eux. Il doit y avoir une erreur quelque part, et il me semble difficile de mettre sur le dos des anciens gouvernants la chute historique du pouvoir d'achat qui nous atteint de plein fouet.
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Bref, revenons à l'allocution télévisée de monsieur HOLLANDE. Il ne veut pas nous entendre, disais-je, nous ne voudrons donc pas l'écouter. Il est très important d'ouvrir son poste juste avant le début de cette intervention, et de l'éteindre exactement au moment où monsieur HOLLANDE prononcera son premier mot. Pour que les choses soient claires, et simplement par probité intellectuelle, je reconnais que la situation économique de l'Europe en général et de la France en particulier est délicate et qu'on ne peut pas mettre la totalité de cette catastrophe annoncée sur le dos de nos actuels gouvernants. Mais ce ne sont pas le mesures prises, ou qui vont l'être (notamment sur les retraites) qui vont augmenter de volume des affaires ; bien au contraire. Il y a eu des promesses, des perspectives vertigineuses de redistribution, et tout ce qu'on nous sert comme potage, et à titre d'apparente diversion, c'est l'inepte projet du mariage pour tous. Entendîtes-vous-vous quelque part "dans le poste", ou vîtes-vous sur nos étranges lucarnes, des ministres nous expliquer que tout le monde devait faire des efforts, et que l'Etat en premier aurait l'obligation de sabrer dans ses dépenses : par exemple diminuer la retraite des députés ou des sénateurs, contrôler mieux certaines dépenses des régions, dirigées presque toutes par des socialistes, qui recrutent à tout berzingue dans la fonction publique territoriale (c'est toujours ça de gagner comme clientèle).
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Hier, dans le métro, j'ai été bouleversé par le cri d'une vieille femme, désespérée, qui réclamait deux euros sur les 22 qu'il lui fallait pour payer une chambre d'hôtel miteuse. Elle ne voulait plus passer la nuit dehors. Je les lui ai donnés, et c'est bien peu, et je suis bourrelé de remords, car c'est un geste de radin ; et j'ai eu honte de voir que dans mon pays, des compatriotes vivent dans ces conditions-là. Tout le monde s'en fout... Le chômage sera jugulé avant la fin de l'année nous dit monsieur HOLLANDE. Mais de qui se moque-t-on ? Toutefois je suis prêt à reconnaître mon erreur, si la prédiction se réalise, et je le reconnaîtrai ici-même.
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Je le redis. Le pays est divisé, gravement divisé. Il suffit de lire les commentaires que les partisans du mariage homosexuel mettent à propos des documents publiés sur You Tube ou d'autres médias par les antis, (ce qui n'est pas le cas des antis, qui restent factuels et relativement mesurés quant aux arguments des pros) pour voir à quel niveau de haine et de mépris les derniers supporters de ce régime sont parvenus. Mais de solutions pour réduire le chômage, favoriser la production de biens, aider l'industrie, rien, ou presque rien. Et les Français sentent confusément que ce gouvernement nous ment, qu'il est incapable de trouver des issues à nos problèmes, simplement pour des raisons idéologiques, et que son projet sociétal stupide n'est qu'une diversion pour entretenir la haine entre deux parties de la France. Cela, nous ne le voulons pas. Nous voulons que tous les Français unissent leurs forces pour sortir du pétrin socialo-écolo-marxiste dans lequel nous sommes plongés. Et si monsieur HOLLANDE donnait l'exemple, alors je l'appellerai Président HOLLANDE. Mais on est loin du compte. Je me contenterai donc de monsieur.
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Alors n'oubliez pas : demain, on éteint son poste quand monsieur HOLLANDE commence à parler.

samedi 25 octobre 2008

Une Parole pour aujourd'hui

J'ai trouvé dans l'Epitre aux Éphésiens l'appel de Saint Paul à ses amis d'Asie mineure. Que nous soyons ou non chrétiens n'enlève rien à la résonance de cette parole de feu : Alors nous ne serons plus comme des enfants, nous laissant secouer et mener à la dérive par tous les courants d'idées, au gré des hommes, eux qui emploient leur astuce à nous entraîner dans l'erreur.


Peut-être vous souvenez-vous que dans des billets anciens (22, 26 et 30 mai 2008 ; 26 juin 2008), je disais que nous étions rentré dans des temps d'apocalypse, mais que nul ne pouvait dire combien de temps il faudrait pour que soit LEVE LE VOILE (car tel est le sens du mot grec apocaluptein : lever le voile). Je ne pensais pas si bien dire. Il me semble en effet qu'en ces temps de crise financière, le voile commence à se lever sur notre humanité à la dérive. Si nous ne changeons pas, nous courons à notre perte.
Je ne crois pas que les solutions marxistes des problèmes économiques soient les bonnes ; je ne crois pas davantage que la spéculation financière soit capable de les résoudre. L'homme a besoin d'être le sujet de sa vie, et la liberté d'entreprendre est un des éléments qui lui permet de réaliser ses potentialités. Mais je suis bien obligé de constater que des financiers dépourvus de scrupules et s'appuyant sur une idéologie vidée de toutes considérations anthropologiques, jettent l'économie dans le chaos le plus total. Et ce chaos frappe d'abord les pauvres. Ils doivent donc, ces avides, rendre des comptes à la société des hommes, ne serait-ce que pour honorer la justice. Si cela n'est pas fait, nous courons au-devant de troubles sociaux de première grandeur.
Permettez-moi de citer ici une phrase de Jésus
Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu'il va pleuvoir, et c'est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu'il fera très chaud, et cela arrive. Esprits faux ! l'aspect de la terre et du ciel, vous savez le juger, mais le temps où nous sommes, pourquoi ne savez-vous pas le juger ? (Luc, 12, vv 54-55).
Avec la météo, nous pouvons prévoir le temps en effet ; mais nous ne savons pas prévoir ce que les signes économiques et sociaux qui naissent partout un peu sur la planète impliquent pour l'avenir des hommes. Ou plutôt, nous ne voulons pas les voir.
Les paroles que je vous ai citées sont des paroles aujourd'hui. Il n'y a plus de temps à perdre.

vendredi 24 octobre 2008

La crise : de l'homme ou du système ?

Dans un article au vitriol, Maurice SZAFRAN (Trois leçons parmi tant d'autres, Marianne, N° 398, semaine du 4 au 10 octobre) fustige les responsables de la crise financière. Il le fait avec talent, quoiqu'en forçant un peu le ton. Il stigmatise ces banquiers véreux, ces traders pourris, ces financiers corrompus qui savaient pertinemment que, tôt ou tard, un jour ou l'autre, le système néolibéral, cette construction dépourvue de toute base solide s'effondrerait.
Il y a là un amalgame entre vice et système économique qui mérite d'être examiné de plus près.
Ce que le journaliste dénonce, ce sont des dérives morales : les adjectifs "véreux, pourris, corrompus", indiquent bien, selon l'auteur, que les responsables de la catastrophe sont des hommes dépourvus de toute moralité. Il s'agit donc d'examiner si le système d'économie de marché est le porteur intrinsèque de cette immoralité ou bien si la dérive est due à une crise de l'anthropologie, et si d'autres systèmes auraient évité ces abus.
Quand on considère ce qui se passe en Chine où la corruption règne comme une maîtresse, ou dans les dictatures africaines, ou dans certains pays sud-américains, on est tenté de pensé que les hommes s'y comportent comme dans cet Occident qualifié de néolibéral par Maurice SZAFRAN. Il faut donc remonter plus haut et se demander ce que ces pays si divers ont en commun dans leur système économique.
Dans le même numéro de Marianne, Jacques GENEREUX (La gauche sans boîte à outil intellectuelle) donne un semblant de réponse à cette lancinante question : En refondant le discours politique sur une anthropologie rigoureuse, on peut désormais concilier les deux grandes traditions du socialisme etc. (Le reste de la phrase importe peu). L'auteur met le doigt sur la plaie : c'est l'anthropologie sous-jacente à tous les systèmes économiques actuels qui est fausse et qui peut se résumer en un mot, idolâtrie du productivisme. Il affirme, et je l'approuve, que toutes les sciences de l'homme [...] attestent la nature sociale de l'être humain et le fait que sa liberté se construit par les liens, et non dans la rivalité pour les biens.
Depuis que j'ai ouvert ce Blog, je ne cesse de clamer (a) que l'homme est un sujet social ; (b) qu'il ne vit pas que de pain ; (c) que la rivalité - qui est nécessairement mimétique - conduit à la violence ; (d) que le but du politique est de conduire l'homme à la fin qui lui est due.
Pour avoir oublié ces vérités premières, le capitalisme industriel, qui consiste on le rappelle à faire appel à des capitaux privés pour faire tourner l'économie, en rendant propriétaire d'une fraction de la société l'actionnaire, a dérivé vers le capitalisme financier, réserve inépuisables d'opportunités pour les cupides, les mafieux, les menteurs. C'est pour avoir dissocié le politique de la morale et la morale, de l'économie que nous en sommes là.
Il faut faire rendre gorge à tous ces banquiers qui se sont enrichis sur le dos des pauvres. Il y a aux USA vingt-cinq grosses légumes qui ont accumulé, ces cinq dernières années, 3,1 milliards de dollars dans leurs poches, par le biais de la spéculation (Marianne, toujours). Il faut tout simplement confisquer leur fortune si mal acquise au lieu de demander à leurs victimes de réparer les dégâts dont ces avides se sont rendus responsables.
Mais je reste perplexe. Car je me suis laissé dire (mais je n'ai pas vérifié la nouvelle) que le numéro 2 de la Caisse d'Epargne, ce responsable qui a si spectaculairement démissionné du Directoire, vient d'être nommé le numéro 1 du Crédit Foncier. Si cela est vrai, c'est tout simplement scandaleux. Ce monsieur a été très bien payé pour faire tourner au mieux son établissement, pour en surveiller le fonctionnement. On ne peut pas vraiment dire qu'il y a réussi. Les hommes politiques qui couvrent ces pratiques ont-ils le droit de demander des sacrifices à leurs concitoyens ? Poser la question, c'est je crois donner la réponse.

jeudi 16 octobre 2008

La crise actuelle, d'abord une crise de la pensée

La plupart des hommes de ce temps, ne veulent ni ne peuvent délibérer avant d'agir. Prisonniers du principe de plaisir dans lequel les ont enfermés les médias, la publicité, les hommes politiques et SURTOUT, le monde de la culture, ils fonctionnent comme des automates. Il suffit d'appuyer sur le bouton plaisir pour qu'ils achètent, consomment ou expriment une opinion prédéfinie. Les esprits libres se réfugient dans les ermitages d'une pensée profonde, qui n'est livrée qu'à de rares fidèles : BERNANOS, THIBON, LEGAUT, LANZA del VASTO. Tous ont choisi l'exil ou la solitude plutôt que le troupeau. Et, en apparence, leur influence se limite à leurs lecteurs ou à leurs disciples. Oui la crise actuelle est d'abord une crise de la pensée. Et la crise de la pensée entraîne une crise morale.
Faute de pouvoir exiger des dirigeants de banque de se comporter de manière morale, la loi doit donc moraliser les comportements bancaires. Je ne peux pas imaginer que les responsables des banques, connaissant la tournure des événements actuels, auraient fait les mêmes choix. S'ils avaient eu la moindre réflexion sur la nature de l'homme, la moindre largeur de pensée, la moindre connaissance philosophique, ils n'auraient pas idolâtré l'argent, en tout cas j'aime à le croire. Ils n'auraient pas fait de leurs établissements des temples au dieu MAMMON.
Soyons plus concrets : la loi doit interdire la titrisation des créances. Que celles-ci restent cessibles et négociables, c'est normal, mais qu'elles le soient de manière individualisée. C'est transparent. Il faut interdire les opérations à découvert, achat ou vente d'actions. Il faut interdire les parachutes dorés, et exiger la rotation périodique des responsables des banques. Il faut exiger des détenteurs d'actions qu'ils les gardent en possession pendant une période minimale de temps, comme l'avaient dit Henri HUDE (on peut imaginer le temps qui sépare deux Assemblées Générales). Il faut enfin que les banques acceptent d'endosser le rôle de propriétaire des biens qu'elles permettent d'acheter avec l'argent de leurs déposants dont elles ne sont que les courtiers. Un propriétaire qui assume les droits mais AUSSI les devoirs du propriétaire. Un propriétaire qui s'efface enfin de la propriété au fur et à mesure des remboursements.
En somme, il faut remettre l'homme au centre des préoccupations politiques, sociales et économiques. La crise actuelle offre une occasion unique de changer de paradigme social. Nos dirigeants, nos responsables politiques, sauront-ils de dégager des enjeux de pouvoir pour réfléchir ENSEMBLE à ce qui est bon pour l'homme ? C'est une autre affaire.

samedi 7 juin 2008

Une très ancienne prophétie

Je ne vous dirai pas qui a écrit, il y a près de 2000 ans cette prophétie faite pour notre siècle. Un temps viendra où l'on ne supportera plus l'enseignement solide ; mais au gré de leurs caprices, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d'entendre du nouveau.
Il me semble que ces temps, inaugurés sous les Lumières, sont définitivement advenus. Nous faisons fi de notre histoire, de notre culture, de ce qui nous a constitués, et nous nous ruons vers les dernières nouveautés. Ce prurit de nouveauté s'appuie certes sur un trait constant de la nature humaine, inquiète de trouver des réponses à des questions sur la vie et la mort, et avec elles, la paix qui est censée les accompagner. Mais il est aussi devenu le moteur de notre civilisation marchande qui a besoin, pour honorer l'appétit croissant des gens de la finance, de produire des biens affectés dès le départ d'un coefficient d'obsolescence, de façon à pouvoir inonder le marché, de manière continue, d'objets, d'idées, de modes nouveaux qui tous sont destinés à périr dans l'intention délibérée de leurs concepteurs. Le nouveau, en quelque sorte, est devenu un moyen de faire de l'argent. L'idéologie du progrès a été dévoyée, et ce dévoiement était inscrit dans sa structure même.
Il y a de grandes conséquences à cette manière de vivre : tout d'abord, nous avons du mal à faire des projets et à nous situer dans le temps historique, avec un passé, un présent, un avenir. Nous vivons dans l'instant. Ensuite et en conséquence, nous perdons nos repères culturels ; nous ne les comprenons plus ; nous ne voyons plus comment ils nous ont formés ; et nous en venons à les rejeter pour aller nous ne savons où. Mais il n'y a pas de bons vents pour celui qui ne sait pas où il veut aller, et qui ne sait pas d'où il vient. C'est une des causes de l'actuelle désorientation de la jeunesse. Elle me désole. Il me semble entr'apercevoir des solutions efficaces ; elles requéraient un accord unanime de tous les acteurs sociaux pour être mise en oeuvre. Hélas, HEGEL et MARX ont fait leur oeuvre, et l'on a crucifié JÉSUS une deuxième fois.
Ce qui motive ces acteurs, et l'on ne peut leur en vouloir, c'est la recherche de la notoriété, du pouvoir, de l'efficacité, conditions de leur survie - et qui de nous veut mourir ? - ce n'est pas celle de la vérité, dont il pense qu'elle les tuerait (Guy BEART l'a bien chanté : Ce jeune homme a dit la Vérité, il doit être exécuté) alors qu'en réalité, elle les ferait vivre, elle nous ferait vivre.
Je ne vois plus qu'une issue ; vivre en fonction d'une vérité inlassablement recherchée en espérant qu'elle fera tache d'huile par la vertu de l'exemple.
Tout ce qui est nouveau n'est pas forcément un progrès. Il faudrait trier. Difficile quand la vie intellectuelle se résout à un combat d'écoles, de systèmes, d'idée, et non à un examen contradictoire, bienveillant, objectif des faits, des solutions possibles et de leurs possibles conséquences, par les élites, les responsables politiques, les acteurs industriels, commerciaux et financiers et bien entendu, les citoyens. On peut toujours rêver.

mercredi 19 mars 2008

La Révolution française, une crise mimétique sans solution

Le concept d'égalité tel que l'ont conçu dans leur cerveau les grands guillotineurs de la Révolution (Robespierre, Danton, Marat) est un concept totalitaire, générateur de violence et de sacrifice victimaire, le produit d'un conflit mimétique qui restera à tout jamais sans solution.
Je dois m'expliquer, car voilà qui peut paraître un peu trop asséné. Il se peut que cela me demande plusieurs billets
1-Tout d'abord, il convient ici de rappeler la thèse qu'a exposée René GIRARD et que chaque progrès en ethnologie, en critique littéraire, en anthropologie, ne fait que confirmer. On ne désire que le désir de l'autre, et ce désir est d'autant plus fort que cet autre nous ressemble. Dans une société indifférenciée, cette rivalité mimétique exacerbée conduit à la violence généralisé, et le calme ne revient qu'après le lynchage collectif d'un innocent, d'un bouc émissaire, choisi arbitrairement et perçu comme coupable. Son sacrifice ramenant le calme dans la communauté, la victime est déifié. Il en résulte (a) la création d'une religion, dans laquelle la réitération du sacrifice est censée ramené la paix toute les fois que la crise mimétique menace et (b) l'élaboration de mythes qui dissimulent l'origine sanglante de la religion. Ce processus est appelé mécanisme victimaire. Il ne fonctionne que dans la mesure où l'on est persuadé de la culpabilité de l'innocent. L'irruption dans l'histoire de Jésus de Nazareth vient briser à tout jamais l'efficacité du processus victimaire, car la Passion de Jésus est racontée du point de vue de l'innocent, et à la prophétie de Caïphe "Il est bon qu'un seul homme meurt pour plusieurs", vient répondre la terrible parole de Jésus : "Vous êtes nés tout entier dans le sang. Vos pères ont tué les prophètes", et plus tard tard, sur la croix : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font".
2-Quelques menus faits pris dans l'histoire (la grande et la petite) montrent comment fermente au XVIIIe siècle la crise mimétique, et comment croît et s'établit l'indifférenciation, préalable à toute explosion de violence collective. A RIVAROL qui déclare à un aristocrate "Nous, les Nobles", le seigneur ainsi apostrophé répond : "Voilà un pluriel qui me paraît bien singulier". Dans les cahiers de doléances qui précèdent les États Généraux, H. TAINE (In Les origines de la France contemporaine) relève la plainte d'un collège de la noblesse établie dans un bailliage de l'Ouest : les nobles se plaignent de n'être plus distingués des membres des autres ordres, et réclament le droit d'ajouter un signe distinctif à leurs vêtements. Le duc d'Orléans, cousin de Louis XVI se fait appelé Philippe-Egalité, et vote la mort du Roi (il sera quand même décapité, comme quoi l'ambition malveillante n'est pas forcément le moyen du succès). On ne s'appelle plus monsieur ou madame, pendant la Révolution, mais Citoyen. La cathédrale de Strasbourg ne doit d'avoir conservé sa flèche qui heurtait le sens de l'égalité qu'au sang froid d'un citoyen qui "républicanise" la dite flèche en la coiffant d'un bonnet phrygien. La Révolution est un grand carnaval sanglant, une sorte de crise bacchique, si bien analysée par René GIRARD dans La Violence et le Sacré. La paix civile revient avec le Grand Tyran, qui a détesté la France avant de la soumettre, BONAPARTE. Et l'un des premiers gestes de ce catastrophique empereur est de rétablir la différenciation sociale par la création de la noblesse d'empire, et d'instaurer une sorte de conscription pour externaliser la violence par la guerre, conduire à la mort deux millions de jeunes Français, et laisser notre patrie plus petite qu'il ne l'avait trouvée. A ce point du raisonnement, il est intéressant de noter (a) que ROBESPIERRE a bien tenté, peu avant Thermidor, d'instaurer une nouvelle religion, celle de la déesse Raison, au cours d'un culte qui scella sa perte ; (b) que le conventionnel BAUDOT suggéra de remplacer la religion catholique par la religion réformée ; (c) qu'Edgard QUINET dans son remarquable ouvrage sur la Révolution indique que faute d'avoir pu instaurer un nouvel ordre religieux, au prix d'une violence qui va jusque au bout, le nouveau régime ne pouvait durer. Sa cruauté était non seulement inutile, mais inefficace. Et il observe que cette "faiblesse" n'est pas due à un manque de volonté mais à un manque de "clairvoyance" de la part des révolutionnaires.
Tout se passe comme si la mort injuste du juste Louis XVI (on l'a ridiculisé après son exécution par le même mécanisme que celui du mythe fondateur de toute religion qui voile le meurtre originel) n'avait pas pu rétablir la paix parce que le mécanisme victimaire ne fonctionne plus depuis le dévoilement christique, et que la crise mimétique a été durablement installée en France, aujourd'hui encore, sans autre solution possible que la lutte violente entre des clans absolument identiques (du point de vue de leur structure) ou le retour à une paix authentique et non violente, par la reconnaissance de la ressemblance (mêmeté) et de la dissemblance (ipséité) réelles des personnes. A la ressemblance-dissemblance réelle se heurte violemment l'égalité rêvée, idéale, idéologique, qui ne peut que déboucher sur la violence.
La suite demain.

jeudi 24 janvier 2008

Enfin !

Madame ROYAL doit lire mon Blog. Et je m'en félicite, comme je reconnais qu'elle a, contrairement à nombre de ses amis politiques, une vision un peu moins idéologique de la politique. Que dit-elle en effet à propos du rapport ATTALI et de ses préconisations pour doper la croissance française ? (a) Premièrement que "Ce rapport a au moins le mérite d'être là." Il n'y a donc pas d'opposition a priori à un travail commandé par le Président de la République ; (b) Deuxièmement, qu'elle s'engage "à avoir l'honnêteté intellectuelle de regarder les propositions mises sur la table". Il apparaît que ce sont deux excellentes réactions de la part de madame ROYAL. On examine, on soupèse ; on ne ricane pas en déclarant comme le dit monsieur DRAY "que ce rapport est un programme alternatif de gouvernement qui en dit long sur l'échec économique des premiers mois de François FILLON et Nicolas SARKOZY". Il propose quoi, monsieur DRAY, dont le mentor a vu sous son règne grimper le chômage à des niveaux jamais atteints, les scandales de tous ordres éclabousser la nomenklatura socialistes (mais en cette matière, il y a eu des émules...), le suicide d'un honnête homme traîné dans la boue par des médias infects, et celui d'un intime, abandonné par l'homme qu'il avait servi. Comment monsieur DRAY veut-il redresser la barque de la France ? Imagine-t-il qu'il est possible d'obtenir en six mois des résultats que quatorze ans de Présidence socialiste n'ont pas pu effleurer ? Va-t-il influencer par son verbe enflammé les choix des dirigeants chinois, indiens ou américains ? Régler la crise des prêts hypothécaires aux Etats-Unis ? Distribuer des biens qui n'ont pas été produits ?
Crise de l'emploi en France ? Allons donc. Une de mes nièces a épousé un Égyptien, un homme délicieux et travailleur. Moins d'un mois après son arrivée en France, il avait deux propositions de CDI dans l'hôtellerie. La chose date de cinq mois.
Crise du pouvoir d'achat ? Mais depuis que nous ne sommes plus libres de faire fonctionner la planche à billets et de dévaluer notre monnaie pour faire semblant d'augmenter les revenus, quelles sont les mesures qui ont permis de l'augmenter ? Les trente-cinq heures ! Voilà bien une décision inopportune dans le contexte économique qui se profilait au moment où elle a été prise.
La crise que nous traversons est avant tout une crise morale. Nous n'aimons plus notre patrie, nous ne croyons plus à une solidarité de destin, nous ne voulons pas nous priver ou partager, nous avons perdu tout sens des autres, et - il faut bien le dire - tout spécialement les riches, qui sont devenus riches non par leur travail ou par leurs talents, mais par leur goût du lucre. Je le redis, un Français qui place sa fortune à l'étranger - il en a le droit et les possibilités juridiques - ne peut prétendre garder la nationalité d'un pays qu'il méprise et qu'il appauvrit pour son seul profit personnel.
Monsieur ATTALI, conseiller du Président MITTERAND, a eu raison d'accepter la mission qui lui était proposée par monsieur SARKOZY. Madame ROYAL a raison de dire qu'elle va étudier les propositions de monsieur ATTALI avant de les critiquer de façon argumentée. Voilà comment il faut faire de la politique si l'on veut réconcilier les Français avec leurs responsables, de la majorité comme de l'opposition.