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dimanche 11 décembre 2011

La Lumière a traversé les ténèbres ; réponse à un ami

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Discussion passionnante avec un ami que j'estime pour sa probité intellectuelle et la profondeur de sa pensée : Yves me disait à propos de mon récent billet intitulé "Les enfants, il est temps d'éteindre les Lumières", "c'est grâce aux Lumières que tu peux en discuter les idées avec ta raison, ton esprit critique, la liberté de pensée" (je préfèrerais écrire la liberté de penser qui n'est pas tout à fait la même chose). Il sous-tendait, dans son propos, mais ne l'a pas dit formellement, et "aussi grâce aux progrès qu'elles ont permis".
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Je crois que dans ces remarques gisent la grande méprise, et je dirai même le grand mensonge de notre époque. Les Lumières sont un mythe qui a la vie dure, qui infecte la mentalité collective, la pensée politique, la vie intellectuelle, la culture (je dirai demain ce qu'est un mythe), l'enseignement ; c'est un mythe qui consiste à dire qu'avant elles, il n'y avait ni raison, ni esprit critique, ni liberté de pensée, ni progrès. Il aurait donc fallu attendre VOLTAIRE ou CONDORCET (sur les morts misérables desquels les enseignants passent pudiquement) pour qu'éclosent ces fleurs vénéneuses qui allaient embellir enfin le monde et faire vivre l'humanité d'une vie nouvelle.
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Nier que la raison ait eu droit de cité dans la vie intellectuelle avant les Lumières est une offense faite aux philosophes grecs, et à leur suite, à des philosophes de la pointure d'un THOMAS d'AQUIN qui tenta (à mon avis avec succès) de montrer qu'il n'était pas irrationnel d'avoir la foi.
Dire que l'esprit critique est né avec les Lumières revient, entre autre, à ignorer de très nombreuses paroles de Jésus ; en voici une : "Lequel d'entre vous, si son fils ou son boeuf vient à tomber dans un puits ne l'en tirera pas aussitôt le jour du sabbat ? Et à cela, ils furent incapables de rien répliquer " (Luc 14, 5 ; réponse aux pharisiens qui lui reprochaient d'avoir guéri un hydropique le jour du sabbat, jour sacré entre tous, pendant lequel il est interdit aux juifs de travailler). Ou encore à négliger des ouvrages comme celui d'Etienne de la BOETIE sur la servitude volontaire.  Ou les ouvrages de divers auteurs antiques contre telle ou telle doctrine philosophique. Impossible de détailler davantage (mon ami Marcel dirait sinon que je suis trop long).
Affirmer que la liberté de pensée est une invention des Lumières est aussi une contre-vérité absolue : Jésus ne dit-il pas :  "Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps mais ne sauraient tuer l'âme. Craignez plutôt Celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l'âme et le corps." Sans parler de Marie DURAND qui a été emprisonnée pendant des années dans une tour à AIGUES-MORTES pour ne pas avoir voulu abjurer sa foi protestante et qui a écrit sur les murs de sa prison : "Résister". La liberté de pensée a un prix, surtout pour les croyants, et ce prix est souvent le martyr, l'exclusion, les tortures ou l'emprisonnement.
La question du Progrès mérite d'être examinée avec recul. Il est clair que l'homme du Moyen-Âge ou de l'époque classique n'avait pas l'idée de ce que signifie le mot, je devrais dire le concept. Il se bornait à améliorer empiriquement ses modes de production ou d'échanges, ou ses trucs médicaux.
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Pour comprendre ce qu'est le concept  de progrès, voici une citation enthousiaste de CONDORCET qui le définit dans l'acception que lui donne les philosophes de son temps.

"Il n’a été marqué aucun terme au perfectionnement des facultés humaines ; […] la perfectibilité de l’homme est réellement indéfinie […]. Les progrès de cette perfectibilité, désormais in dépendante de toute puissance qui voudrait les arrêter, n’ont d’autre terme que la durée du globe où la nature nous a jetés."
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Dès lors tout s'éclaire (si l'on peut dire). Ce que les Lumières apportent à l'humanité c'est la notion d'individu totalement autonome, souverain de sa propre pensée, sans autres limites à ses capacités que celles que la nature a fixées elle-même au monde matériel. Ce que les Lumières apportent, c'est le matérialisme intégral, c'est par dessus-tout la coupure radicale d'avec un Créateur (pour elles hypothétique) dont elles rejettent la possible existence sans même examiner cette possibilité. Ce que les Lumières apportent à l'humanité, ce n'est ni plus ni moins que la réintroduction dans le monde du mythe de PROMETHEE qui a voulu dérober aux dieux le feu, et s'est trouvé puni de son audace ; c'est la conception d'un homme démiurge. Mais il ne peut y avoir plusieurs lumières. Il n'y en a qu'Une, et les "Ténèbres ne l'ont pas arrêtée" (Jean 1, 5).
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La probité intellectuelle exige que l'on examine si la conception d'un homme déifié a produit de bons fruits. Personnellement, je n'en suis pas assuré : de la bombe atomique aux camps de concentration, l'Occident des Lumières a produit bien des horreurs, et le malheur c'est qu'il est imité partout dans le monde, non pour ce qu'il a de bon (car en eux-mêmes, progrès, liberté de pensée, esprit critique, raison sont d'excellentes choses) mais pour ce qu'il a de destructeur : la déification de l'homme.
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C'est tout pour aujourd'hui.
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lundi 5 décembre 2011

Les enfants, avez-vous éteint les Lumières ?

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Il y a quelques mois, j'avais délivré un billet intitulé : "Il est temps d'éteindre les Lumières". Continuant de lire et de réfléchir à ce qui me semble être la plus grande catastrophe de l'histoire intellectuelle de l'Occident, je veux dire les Lumières (Enlightment, Aufklärung, très différents des Lumières françaises), j'ai accumulé depuis lors une masse impressionnante de réflexions dues à des esprits très divers, y compris à des Philosophes des soi-disant Lumières. Il m'est impossible de vous les présenter toutes. Il me suffira de résumer les motifs d'un cheminement qui a commencé il y a bien longtemps, puis de vous citer quelques contributions très éclairantes.
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Dans mon jeune âge, avec l'enthousiasme du jeune chercheur qui embrasse la carrière, j'ai cru à la puissance de la raison, et à sa capacité à introduire un certain ordre dans la société des hommes. J'ai vite déchanté, et bientôt j'ai compris que la raison, loin d'être une servante au service de la vérité, était en réalité une idole à quoi on sacrifiait des vies humaines, des réputations ou des nations. On s'agenouillait devant elle pour mieux se l'annexer et l'instrumentaliser, en un mot pour satisfaire son appétit de pouvoir.
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Allons, commençons.
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De Jeremy RIFKIN (Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Vers une civilisation de l'empathie. Éditions Les liens qui libèrent, Paris, 2011).
Après avoir exposé le résultat de diverses expériences de psychophysiologie qui démontrent la fausseté des théories de FREUD sur la nature humaine, et de diverses autres qui montrent que naturellement, le bébé est porté à l'empathie et reconnaît la détresse de l'autre, RIFKIN conclut :
"Si notre conception de la nature humaine et nos idées sur le rôle parental ont radicalement changé au cours de ces dernières années, notre pensée philosophique et politique reste désespérément lente à se mettre au niveau. Nous vivons encore selon les préceptes des Lumières du XVIIIe siècle. Mais nous ne pouvons avoir une nouvelle vision de la nature humaine sans repenser le sens même du parcours humain et, avec lui, nos convictions les plus chères sur ce qui nous paraît important, ce à quoi nous aspirons et la façon dont nous avons choisi de vivre."
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Mise en garde Frédéric II de Prusse à VOLTAIRE, ou un petit bonjour aux horreurs futures de la Révolution :
"Nous connaissons les crimes que le fanatisme de la religion a fait commettre ; gardons-nous d'introduire le fanatisme dans la philosophie."
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Opinion de JOUBERT sur les hommes du XVIIIe siècle :
"Le soleil des esprits n'était plus visible pour eux... Dans cette absence de l'extase, cette vacance la contemplation, ne pouvant plus regarder l'Être, ils s'occupaient du monde."
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Naïveté de DIDEROT (dans un article de l'Encyclopédie).
"La raison est à l'égard du philosophe ce que la grâce est à l'égard du chrétien." "Nous avons foi en la raison."
Augustin COCHIN commente (dans Les sociétés de pensée et la démocratie moderne. Plon, Paris, 1921) : "Ainsi, ce qu'on demande aux frères est moins de servir la raison que d'y croire ; il en est de culte-là comme des autres : c'est la bonne volonté qui sauve."
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Manipulation de d'ALEMBERT (Lettre à Frédéric II).
"Nous remplissons comme nous pouvons les places vacantes à l'Académie française, de la même manière que le festin du père de famille de l'Evangile, avec les estropiés et les boiteux de la littérature."
Augustin COCHIN commente ainsi : "Tel esprit boiteux sera donc admis, s'il est bon philosophe, et tel autre exclu, qui est bien d'aplomb, mais indépendant. Le parti-pris est net, et encourage, vous le savez, un quiétisme de la raison encore plus nuisible à l'intelligence que le quiétisme de la foi à la volonté. Rien ne fait plus de tort au progrès de la raison que son culte : on ne sert plus de ce qu'on adore."
Un tel aveu est effrayant pour ceux qui croient à la probité intellectuelle des élites. Hélas, les choses ne semblent guère avoir changé, dans le domaine politique au moins.
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Et de mon cher, mon très cher Gustave THIBON (dans Parodies et mirages ou la décadence d'un monde chrétien. Notes inédites. Editions du Rocher, Monaco, 2011. Plus je le lis, et plus je regrette que le vigneron-philosophe [un vrai, celui-là] nous ait quittés).
"Quand on fait le désert dans l'homme (ce à quoi le rationalisme et le moralisme s'emploient depuis plusieurs siècles), il ne sert à rien de claironner le retour aux sources. Le suicide de la raison et de la morale est un faux suicide - un ressort de théâtre - après lequel elles ressurgissent sous d'autres noms, parées des dépouilles de cette nature et de cette vie qu'elles ont tuées. C'est toujours l'homme seul avec lui-même... Narcisse brisant son miroir, mais retrouvant dans chaque fragment son image éclatée et déformée."
Je conviens qu'adhérer à ce constat peut paraître troublant de la part d'un type qui ne cesse de parler de morale en politique. Mais THIBON ne parle pas de morale (l'art de l'action pour avoir la vie bonne), mais de moralisme cul-bénissant, fait d'interdits ou d'obligations qui n'ont qu'un lointain rapport avec la charité et l'amour de l'autre, et ressemble fort au culte de son nombril.
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Nous ne sommes pas ou plus des hommes, mais des enfants ou plutôt des ombres d'enfants. Et je m'interroge et puis j'entends au fond de mon coeur une petite voix timide qui me dit : "Les enfants, avez-vous éteint les Lumières ?"
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lundi 1 août 2011

Synthèse et confession

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Les lecteurs réguliers de ce Blog  (si, si ; il y en a) doivent se demander si je suis cohérent. Tantôt, je dénonce l'arrogance des Lumières à vouloir fonder des valeurs universelles, et tantôt je soutiens qu'il y a des lois qui valent pour tous les hommes, en tous temps et en tous lieux. C'est que je ne parle pas de la même chose quand j'évoque l'arrogance d'un VOLTAIRE et de ses épigones, et la loi naturelle. J'ai promis à Pierre-Henri THOREUX, qui commentait mon billet d'hier sur la dictature du relativisme, de reprendre plus largement cette question. Ce lecteur amical et attentif met en avant l'impératif catégorique de KANT ; un tel impératif est censé fondé la morale indépendamment de toute référence à Dieu.
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Il convient de rappeler d'abord une des formulations de cet impératif : Agis seulement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. Je soutiens que nombre d'êtres humains pensent agir de telle sorte que leur action puisse devenir une loi universelle. Et c'est bien tout le problème. Si j'agis de cette façon, je me fonde sur ma seule subjectivité (laquelle peut ne pas s'accorder à celle d'autrui), et je propose une norme qualifiée de morale ; je puis être sincère, mais être aussi dans l'erreur. La prétention des philosophes des Lumières étaient bien cette prétention à l'universel.
Certes, la présentation que je fais de l'impératif catégorique est très caricaturale, et KANT y ajoute bien des conditions auxquelles il est facile de souscrire, notamment ne jamais traiter autrui comme un moyen, mais toujours comme une fin. KANT, comme FENG YOULAN, souligne qu'un acte apparemment moral, mais intéressé, n'est pas moral, et il soutient que la fin de la vie humaine n'est pas le bonheur, mais une vie morale. C'est du moins ce que j'ai cru comprendre en lisant ici et là  des résumés ou des commentaires. Car j'avoue que les textes originaux sont... plutôt d'abords difficiles.
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En vérité, la seule manière d'échapper à la dictature d'une loi parfaitement arbitraire, et reposant sur des normes définies par des "experts" (Comités d'éthique Hippolyte et Théodule...), est de reconnaître qu'il existe une loi naturelle sur laquelle toutes les civilisations ont été fondées. Toutes aussi attribuent cette loi naturelle à un Dieu (créateur ou non, selon les époques et les continents). Peut-on imaginer que les hommes qui ont vécu dans ces civilisations et les ont fécondées de leur expérience, aient décrété de l'existence d'un Dieu en regardant simplement dans leur cerveau ? Sur quel réel ont-ils défini des règles à valeur authentiquement universelle (en gros et pour faire simple, les Dix Commandements) ? Un seul homme, fût-il génial, grand fréquentateur de salons parisiens, peut-il avoir raison contre des milliers de ses congénères ?
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J'ai passé quarante ans de ma vie à faire de la recherche. J'ai observé au microscope, par exemple et entre autre, la contraction de fibres musculaires humaines innervées par des explants de moelle épinière embryonnaire de rat. Il fallait que je rende avec des mots, des pauvres mots, une réalité fascinante. Je n'ai jamais cru que ma description verbale épuisait ce que je voyais, et que les idées abstraites qui me venaient en conclusion de mes observations étaient nées spontanément dans mon cerveau. Il fallait bien que j'écrive pour transmettre, mais je ne pouvais faire passer dans mes articles l'admiration que j'éprouvais devant la manifestation de la vie. Oui, Marcel DE CORTE a raison : "le concept est le fils des noces de l'intelligence et du réel". Et j'ajouterai qu'il ne l'épuise pas.
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Dans son ouvrage d'accès difficile (car la traduction française en est franchement mauvaise, lourde et trop littérale) intitulé Entre l'oralité et l'écriture, Jack GOODY, spécialiste reconnu de la littérature orale dit ceci (que je commenterai brièvement) : "Après l'introduction de l'écriture, la voix de Dieu fut remplacé par Sa main ; l'autorité de l'Ecriture est l'autorité de l'écrit et de de la parole. La religion écrite implique la stratification. L'écrit appartient au prêtre, à l'homme instruit, et est enchâssé dans la religion ritualiste ; l'oralité est la sphère du Prophète, de la religion extatique, des cultes messianiques, de l'innovation. [...] Le conflit entre le prêtre et le prophète, entre l'Église et la secte, est la contrepartie du caractère figé du texte et fluide de la parole."
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Je ne partage pas entièrement ce point de vue, si du moins l'auteur entend viser les Églises chrétiennes. (Il en va différemment s'il parle de l'islam.) En effet, il aurait dû noter que Jean donne le nom de Verbe de Dieu à Jésus, et que s'il existe une Église, c'est précisément pour éviter le fondamentalisme découlant d'une interprétation littérale des textes reçus, et pour mettre en relief le caractère sans cesse innovant de la Parole. Non, l'Église de Jésus n'est pas une Église du Livre, mais une Église de la Parole. Et je confesse ici, après avoir tant cherché, et alors que je suis dans la dernière partie de ma vie, jamais la Parole de Dieu ne m'a paru si vivante, si nourrissante, si épanouissante. Et pourtant le Maître le dit : "Vous demeurez dans mon amour si vous observez MES COMMANDEMENTS", à commencer par ceux qui sont inscrits dans la nature, sans aucun doute.
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Voilà le fruit d'une très longue réflexion, d'un très long chemin. Je n'en suis pas au bouT
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vendredi 18 mars 2011

Délire

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Monsieur ATTALI déclare ceci qui mérite d'être diffusé et connu : "A quoi sert-il de parler des 'racines' d'un pays comme le fait le Président de la République et toute la droite, sinon à donner implicitement ou explicitement à ceux qui s'y rattachent, un droit de propriété sur le pays, ou au moins une priorité sur les autres ? (...) C'est une dérisoire manigance pour minimiser le formidable héritage des Lumières, qui commencent d'ailleurs en France au 12ème siècle, avec l'arrivée par des traducteurs juifs, de textes musulmans, porteurs de la pensée grecque. C'est de tout cela qu'il faut être fier. C'est cela qui fait la grandeur de la France."
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Questions :
(a) Les pieds-noirs chassés d'Algérie avaient-ils ou non un droit de propriété sur le pays au même titre que monsieur ATTALI semble le conférer à tous ceux qui, venus de pays étrangers, lointains ou proches, sont installés chez nous ?
(b) Cette proposition ne reviendrait-elle pas à justifier l'affirmation selon laquelle la terre appartient à celui qui l'occupe, que ce soit pacifiquement ou par la force, et par conséquent à donner des fondements idéologiques au colonialisme ? Que diraient les Algériens si les pieds-noirs émigraient en masse en Algérie ?
(c) Monsieur ATTALI connaît-il vraiment l'histoire de la pensée médiévale dans les pays du Moyen et du Proche Orient ? Sait-il que de très nombreux philosophes arabes étaient chrétiens et qu'ils ont été les maîtres de philosophes musulmans ?
(d) Connaît-il les travaux de Sylvain GUGGENHEIM qui prouve l'existence d'une tradition monastique dans la transmission des principaux ouvrages de philosophes grecs ? GUGGENHEIM a été persécuté pour l'avoir dit, écrit et publié. (Les relations entre les Carolingiens et les Empereurs byzantins étaient étroites et souvent s'accompagnaient d'alliance matrimoniale.)
(e) Monsieur ATTALI qui vante l'héritage des Lumières (lesquelles du reste ? L'Aufklärung, l'Enlightment ou les Lumières à la Voltaire ?) en perçoit-il l'arrogance et les désastreuses conséquences pour l'histoire du monde ? Penser l'Universel ne lui paraît-il pas être une revendication un peu exagérée au regard de ce que d'autres cultures ont pensé du monde ?
(f) Monsieur ATTALI dénie-t-il aux Français du passé la moindre responsabilité dans ce qui fait le reste de grandeur de notre Patrie ?
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Monsieur ATTALI délire. Monsieur ATTALI prend ses utopies et son penser faux pour des prophéties. Si ! Les Français ont des droits de propriété sur leur sol. Ils ne les dénient pas à ceux qui venus les y rejoindre ; ils acceptent l'héritage, lourd ou brillant, du passé de la Patrie. Une telle certitude a poussé des centaines de milliers de jeunes Français à se battre pied à pied dans les tranchés lors de la première guerre mondiale. C'était une guerre stupide et fratricide, au regard de nos actuelles connaissances, mais ce ne l'était pas à l'époque. Une telle certitude a lancé dans la résistance bien des Français encore, dans les années 1940. Ils ne l'eussent pas fait sans le sentiment qu'ils avaient à défendre un héritage, pas seulement géographique ou économique, mais culturel et moral, contre la barbarie et la folie d'HITLER.
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Monsieur ATTALI, que je croyais plus intelligent et plus au fait de la sensibilité du peuple français, a commis une mauvaise action ; il l'a fait sciemment afin de précipiter dans les bras des "extrêmes" tous les naïfs, tous ceux qui croient encore à la Patrie. Monsieur ATTALI, lui, n'y croit pas. C'est un mondialiste, un apatride en puissance. Il m'a déçu, car j'appréciais certains aspects de ses analyses.
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samedi 30 octobre 2010

Réponses à divers commentaires

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Sur les Lumières.
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Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai jamais dit. Je reprends donc ici mon argumentation, à l'intention d'un lecteur dont je lis seulement ce matin le commentaire et qui juge dangereux l'opinion (partagée par un nombre croissant de personnes, je le précise) que j'exprime dans le billet : "Il est temps d'éteindre les Lumières".
(a) Je n'ai jamais dit qu'il n'y avait pas de valeurs universelles. J'ai dit simplement que les Lumières n'étaient pas porteuses de [la totalité de] ces valeurs et que leur niveau d'analyse est identique à celui des Chinois et de CONFUCIUS. J'ai aussi dit que la France s'est servie de ces idéaux prétendus universels pour tenter d'imposer sa prépotence culturelle et politique au monde entier. Et que cette prétention nous a valu d'être trouvés insupportablement arrogants aux yeux des autres peuples.
(b) Le seul message vraiment universel que je connaisse, et qui prouve son universalité par l'adhésion profonde, existentielle, d'hommes et de femmes de toutes races, de toutes cultures, de toutes conditions sociales, est celui de Jésus. J'ajoute que la prétention des Lumières à l'Universel s'appuie sur cette réalité christique, et qu'elles ne l'eussent jamais théorisé si Jésus n'avait dit : "Allez dans le monde entier. De toutes les nations, faites des disciples".
(c) Pour que ce message soit entendu, il faut rentrer dans un mode de relation très particulier avec l'autre : reconnaître en lui le visage de Dieu.
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Sur l'histoire et sur les contestations qu'a faites Rama YADE, à propos de "l'Afrique qui commence à peine à rentrer dans l'histoire".
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(a) J'ignorais que Rama eut fait cette remarque. Mais si elle l'a faite, c'est par méconnaissance de ce que signifie l'histoire, qu'elle assimile à la civilisation ou à la culture. C'est là qu'intervient la fameuse objurgation de CONFUCIUS sur la "rectification des noms". Pour comprendre ce qu'est l'histoire, il suffit simplement de s'interroger sur l'existence de la préhistoire, de se demander pourquoi l'on a cru bon d'isoler cette branche particulière du savoir, de l'histoire proprement dite et de la protohistoire.
(b) On constate alors que l'histoire commence avec l'écriture, à SUMER plus de trois millénaire avant J.-C., en CHINE à sensiblement la même époque, en ÉGYPTE également. Autrement dit, pour qu'il y ait histoire, il faut que des hommes aient relaté des faits qui leur étaient contemporains et qu'ils les aient datés (peu importe le calendrier utilisé). S'ils relatent des faits très anciens, on les soupçonnera d'avoir rédigé des écrits mythiques en les parant des couleurs de l'histoire. Ainsi en Chine, à propos des Empereurs mythiques, CONFUCIUS a-t-il paré YAO, SHUN, les Augustes Souverains, de couleurs historiques parfaitement controuvées. Les peuples qui n'ont pas d'écriture n'ont pas d'histoire. Mais cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas de civilisation, de littérature (orale, transmise ainsi) ou d'art. C'est même le contraire, et c'est si vrai que les préhistoriens parlent de "culture" pour désigner un ensemble particulier de pratiques artistiques, artisanales, funéraires. On parle de la "culture des steppes", ou de la "culture azilienne", de la "culture de Bangpo" ou de "Longshan" [en Chine] ou de la "culture" de tel ou tel peuple.
(c) Sauf erreur ou ignorance de ma part, ce que j'admets tout à fait, peu de peuples africains ont connu l'écriture : les Égyptiens, plus tardivement les Éthiopiens, encore plus tardivement et avec l'arrivée des peuples arabes en Afrique du Nord, les populations du Maghreb. L'invasion de l'Afrique du Nord par les Vandales n'a pas été décrite par des Africains du Nord, mais par un auteur qui s'appelait PROCOPE et était de culture grecque. Assez curieusement, j'ai discuté pas plus tard qu'hier, avec un camerounais, homme distingué et cultivé, qui m'affirmait le plus sérieusement du monde que l'histoire de l'Afrique tropicale avait été écrite par des Africains sur des peaux d'animaux mais que le Portugais avaient falsifié ces documents. J'ai demandé des précisions que j'attends. Après tout, peut-être est-ce vrai. Mais il faut le prouver.
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Autres remarques.
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Une des remarques les plus fécondes que j'ai entendue, hier encore, est la suivante. Yves, un ami, me disait ceci : l'originalité et sans doute la supériorité longtemps maintenue de l'Occident sur le reste du monde tient à l'existence d'une double tradition, puisée à des peuples différents : la tradition philosophique grecque et ses nombreuses écoles (il n'y a pas qu'ARISTOTE et PLATON) et la religion chrétienne venue du judaïsme. Ces deux pensées se sont constamment frottées l'une à l'autre, sans jamais empiéter sur leur domaine respectif. Il en est résulté une stimulation réciproque et continue. Cette idée mériterait d'être creusée. Car abandonner un domaine (celui de la religion, par exemple ; même si je n'aime pas ce mot, dans le cas qui nous intéresse, il est opératoire) revient à marcher sur une jambe. Même remarque si l'on oublie la philosophie. Il faudrait voir comment cette stimulation réciproque s'est faite et en repérer les étapes. Mais cette remarque me paraît lumineusement juste. En somme l'erreur des Lumières seraient d'avoir voulu régenter un domaine qui n'était pas de sa compétence. Réciproquement, l'erreur du clergé, des théologiens, de l'Église-institution aurait été de vouloir régenter la pensée dans un champ qui n'était pas de sa compétence, celui de la société et de la politique.
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L'historiette promise hier vous sera relatée demain.

samedi 5 septembre 2009

Drôle de mausolée

A-t-on idée de s'appeler SEC quand on habite une ville d'eau, AIX en l'occurrence ? Le Joseph SEC qui a fait ériger un monument à son nom, rue Pasteur, à cent mètres de l'enceinte nord de la vieille ville, n'a sans doute pas été sensible à l'ironie du contraste. Passons. Le monument qui porte la date du 26 février 1792 (la République n'était pas encore proclamée) est l'un des rares qui aient été érigés pendant la Révolution, plus soucieuse de détruire les édifices religieux, que d'ériger des monuments utiles aux citoyens. Il est fait de cette pierre blonde, (probablement de la "Pierre de la Couronne", ô ironie) légèrement poreuse d'aspect, et pourtant assez résistante, et il est beau. Il illustre à lui tout seul la naïveté pathétique, enflée, et emphatique de la période. A gauche de la plaque dédiant le monument à ville d'AIX, "observatrice des lois", surmonté d'une sorte de stèle, monsieur SEC, en effet, a fait graver le quatrain que voici :
Sorti d'un cruel esclavage,
Je n'ai d'autre maître que moi,
Mais de ma liberté je ne veux faire usage,
Que pour obéir à la Loi.
Quand on connaît l'art avec lequel les habitants de la Provence arrivent à contourner la Loi le plus légalement du monde, on se pose quelques questions quant aux répercussions qu'a eu cette belle profession de foi sur les habitants de la cité aixoise ! Passons encore. Il n'y a là aucune critique des Provençaux que je chéris particulièrement pour leur humour et leur légèreté.
Et poursuivons. A droite de la plaque, un autre quatrain qui laisse rêveur :
Fidèle observateur de ces lois admirables
Qu'un Dieu lui-même a daigné nous dicter,
Chaque jour à mes yeux, elles sont plus admirables,
Et je mourrais plutôt que de m'en écarter.
Je m'interroges sur la métrique du troisièmes vers. Il me semble qu'amuïr le "e" du pronom "elles" n'est pas conforme à ce que disaient et BOILEAU et VAUGELAS sur le dénombrement des pieds. Mais enfin, passons encore. Je ne vois pas comment il est possible de quitter un cruel esclavage dont la nature ne nous est pas précisée, pour tomber dans un esclavage plus cruel encore, qui nous ferait préférer la mort à l'inobservation de règles tombées du ciel. Tout cela est faux, ampoulé, ridicule. L'histoire ne nous dit pas si, après avoir commis ce monument, monsieur SEC a été proscrit, banni, guillotiné peut-être, pour avoir invoqué le patronage d'un tyran plus honni encore que le roi.
Un de mes proches, homme d'esprit, disait, au moment où monsieur MITTERRAND parlait du "Coup d'Etat permanent" qu'aurait perpétré contre la République l'un des derniers Grands Français, le Général de GAULLE : "Je préfère un grand con que cent petits". On pardonnera, je l'espère, la trivialité relative de l'expression, mais elle dit bien ce qu'elle veut dire. Dommage que monsieur SEC ne l'ait point connu.