dimanche 4 mai 2008

Le penser faux et le mensonge ; à propos du mariage homosexuel

SOS Homophobies, les Verts ou encore le Parti Socialiste ont fait part de leur indignation, car monsieur Frédéric MINVEILLE, qui a contracté au Pays-Bas un mariage homosexuel avec son compagnon Carl, a été "déchu" de sa nationalité française. Ils feignent de croire que c'est en raison de son homosexualité que monsieur MINVEILLE a été "sanctionné". Il convient de répondre à ces messieurs en quatre points, dont seul le premier a valeur explicative.
Argument juridique.
Il est imparable. Monsieur MINVEILLE a acquis la nationalité néerlandaise, trois ans après son "mariage". Il s'agit là d'une réalité qui ne dépend pas de notre pays. Certes une convention franco-néerlandaise, datant de 1963, stipule qu'il est possible de garder les deux nationalités après un mariage avec un conjoint de l'autre nationalité. Mais le droit français ne reconnaît pas le mariage homosexuel. La convention ne peut donc pas s'appliquer. Et ce qui s'applique est le droit classique : monsieur MINVEILLE a choisi d'être néerlandais. Il renonce donc de facto à sa nationalité française. La perte de nationalité est automatique. Je trouve cette mesure juste, car il me semble impossible de servir deux maîtres. Il me semble donc très utile de connaître les motivations pour lesquelles le plaignant alerte ses amis français. On peut supposer toutes sortes de motifs. Il y en a deux ou trois qui me semblent plausibles. Le premier est que monsieur MINVEILLE aime sa patrie d'origine et est fier d'en être un enfant. Le second est qu'il trouve des avantages économiques, sociaux, diplomatiques à garder la double nationalité. La troisième est qu'il a été sollicité par les partisans français du mariage homosexuel pour agiter les médias de notre pays et faire pression sur le législateur pour qu'il légalise ledit mariage.
Pour mettre fin à ce qui est dénoncé comme une anomalie, les pouvoirs publics, ouvrant à mon avis la boîte de Pandore, s'apprêtent à dénoncer cette convention. Pour y mettre quoi à la place ?
Argument existentiel et personnel.
J'ai sur monsieur MAMERE, en pointe dans le combat pour le mariage homosexuel, un avantage certain. Je n'en tire aucune gloire. Mais c'est un avantage de fait. Depuis septembre 2007, je vais tous les lundis, et quelquefois d'autres jours écouter et accueillir des personnes séropositives, à l'Association Tibériade (19 rue de Varenne, 75007 PARIS). Je suis le témoin des drames qu'ont vécu dans leur enfance, leur adolescence, et que vivent encore aujourd'hui, ces hommes qui ont fréquenté les rivages de la mort. Nombre d'entre eux ont été tirés des manifestations de l'infection au HIV (qui signent le SIDA) par des médecins, des infirmières, des aides-soignantes d'un dévouement sans bornes ni limites. Je les écoute ces hommes, j'ai pour eux un amour fraternel ; ils m'enseignent, car ils ont ont une sensibilité spirituelle exceptionnelle. Plusieurs ont fait l'expérience d'une rencontre personnelle, profonde et salvatrice avec le Dieu de Jésus-Christ. Oui, je les écoute, les larmes aux bords des yeux souvent. Aucun d'eux n'a jamais réclamé de pouvoir se marier avec son compagnon, quand il en a un ; aucun d'eux n'a parlé d'adoption, quand bien même l'absence d'enfants est une souffrance avouée. Nous avons échangé librement : tous, je dis bien tous, souffrent de leur état, et tous, je dis bien tous, me disent qu'ils ne l'ont pas choisi. Certains reconnaissent qu'il n'est pas conforme aux exigences de la nature. Je donne ce témoignage en vérité, et je prends à témoin tous ces frères qui m'ont accordé leur confiance, et que j'aime, j'ose le dire, d'un amour profond, ancré dans la certitude que Jésus-Christ vient sauver jusqu'à la moindre fibre de notre être, fait à l'image de Dieu.
Argument de philosophie politique.
Je vais faire appel à mon cher Gustave ! Ce qui [...] distingue [l'homme de droite de l'homme de gauche], c'est ceci : l'homme de droite, déchiré entre une vision claire de la misère et du désordre humains et l'appel d'une pureté impossible à confondre avec quoi que ce soit d'inférieur à elle, tend à séparer avec force le réel et l'idéal ; l'homme de gauche dont le coeur est plus chaud et l'esprit moins lucide, incline plutôt à les brouiller. Le premier soucieux de garder à l'idéal son altitude et sa difficulté d'accès, flairera volontiers des relents de désordre dans les "idéals" qui courent le monde ; le second, pressé de réaliser ses nobles rêves et peut-être un peu dégoûté des ascensions sévères, sera porté à idéaliser le désordre. Ici on mêle, là on tranche.
Et en note, Gustave THIBON ajoute :
La source de cette perpétuelle confusion des valeurs qui caractérise une certaine mentalité de gauche, réside dans l'anarchie intérieure des individus. Ce sont des décadents en qui les facultés et les sentiments sont inachevés et affectés d'une indifférenciation redoutable. Rien n'est à sa place en eux, pas de hiérarchie interne. L'esprit, l'amour, ne peuvent pas se manifester dans leur pureté : ils sont saturés d'appels inférieurs. [...] Le décadent ne sait pas disjoindre sa bassesse d'avec sa hauteur ; tout en lui est brouillé, méconnaissable. S'il est vicieux, il nomme cela amour, s'il est ambitieux, il prétend servir la justice, et le pire c'est qu'il est sincère. Aussi sa bassesse est-elle infiniment plus dangereuse que celle de l'homme de droite parce qu'elle EST PORTÉE SUR LES AILES DE L'IDÉE (les majuscules sont de moi).
Argument scripturaire.
De Paul de Tarse, dans l'épître aux Romains, chapitre 1,
versets 24-25
Aussi Dieu [...] a-t-il- livré [les idolâtres] selon les convoitises de leur coeur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps ; EUX QUI ONT ÉCHANGE LA VÉRITÉ DE DIEU CONTRE LE MENSONGE, ADORE ET SERVI LA CRÉATURE DE PRÉFÉRENCE AU CRÉATEUR [...]
versets 26-27.
Aussi Dieu les a livré à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; pareillement les hommes, délaissant l'usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l'infamie d'homme à homme et recevant en leurs personnes l'inévitable salaire de leur égarement.

Voilà pourquoi un disciple de Jésus sépare toujours le péché du pécheur. Lui qui se sait pécheur, il se sait aussi pardonné. Il ne vit pas dans la culpabilité, ce poison qui fait la fortunes des psychanalystes. Il vit dans la certitude du salut. Non à l'homosexualité. Oui, grand amour pour les homosexuels, sans concessions, ni moralisation, ni jugement.






samedi 3 mai 2008

Le stigmate du socialisme

J'ai promis, hier soir, de vous citer quelques aphorismes de Gustave THIBON, le paysan philosophe à qui nous devons de connaître les oeuvres de Simone WEIL, elle aussi penseur d'une incroyable densité. J'y reviendrai souvent à Gustave THIBON, très souvent. Tout est lumineux dans ses propos. Et, aujourd'hui, nous aurions bien besoin de lui pour nous remettre la tête à l'endroit.
Alors commençons.
Le stigmate essentiel du socialisme (et quelle nation n'est pas aujourd'hui plus ou moins infestée du virus socialiste ?) réside là : il méconnaît, il détruit les réserves, les lentes réserves dormantes, la patience conservatrice des organes profonds. Là où sont les puits de la vie - les puits de la tradition, de l'autorité, de l'expérience où s'abreuve obscurément la caravane sociale - il voit des parasites et des obstacles. Il confond réserve et inutilité. Tout ce qui conserve, dans le monde des corps comme dans celui des âmes, provoque son aversion : est-ce par hasard qu'il enveloppe dans la même haine la propriété et la religion ?
Le socialisme a la phobie de l'épaisseur. L'instinct dégradateur et anti-vital qui habite en lui se révolte contre les forces substantielles qui accumulent, dominent, tempèrent, contre la densité des puissances intérieures qui retiennent le devenir humain dans un sillon d'harmonie. Dans ces éléments de stabilité et de vie, l'idéologie marxiste ne voit que poids mort et qu'absurde oisiveté. Des forces qui attendent, se cachent, se taisent, lui sont insupportables. Le rêve du grand soir n'a qu'un sens : ramener à la surface, consumer dans un vaste feu d'artifice matériel toutes les antiques réserves de l'humanité, et atteindre par cette combustion universelle, à un degré inédit d'ampleur et de rapidité dans la production et les échanges sociaux. [...] Plus de lest, plus de poids mort, plus de réserve paralysante : une voile sans épaisseur ni densité que le vents des grands principes puisse mouvoir à son gré - la rationalisation de l'humanité ! Hélas ! la vieille masse épaisse et lente peut réagir sous les cataclysmes : elle a des réserves pour traverser les déserts et résister aux tempêtes, tandis qu'il suffit d'un souffle contraire pour crever à jamais la baudruche infiniment rapide, infiniment plate !
In
Diagnostics. Essai de physiologie sociale.
Préface de Gabriel Marcel.
Fayard, Paris, 1985. (Le livre a été publié la première fois en février 1940.)
Voilà pourquoi, je prétends que le socialisme a partie profondément liée avec le système absurde de consommation où nous entraînent dans un tourbillon furieux les chevaliers d'industrie du CAC 40. Il ne nous dit pas qu'il faudrait un autre modèle de civilisation. Non ! Il dit qu'il serait bon que tout un chacun, et plus précisément sa clientèle électorale, puisse profiter de ces biens matériels, dont l'utilité pratique ou l'intérêt culturel sont d'un douteux intérêt, par une augmentation du pouvoir d'achat. (Incidemment, je ne vois pas comment une alliance authentique de projets, autres qu'une alliance de circonstances, peut unir les Verts aux Socialistes ; s'ils sont verts c'est de rage et d'ambition). Je plaide pour une augmentation du pouvoir de réfléchir et de penser.
A demain pour une autre extrait.

vendredi 2 mai 2008

Tenez bon, monsieur le Président !

Monsieur le Président,

Tenez bon ! Nombre de nos rois et de nos gouvernants ont rencontré l'histoire et trouvé la grandeur en maintenant le cap au milieu des tempêtes. Les réformes que vous avez entreprises porteront leurs fruits, inévitablement. Il se peut que des féodalités syndicales, fonctionnariales, commerçantes, capitalistes, et financières trouvent à redire à vos initiatives, parce que leurs intérêts particuliers paraissent momentanément lésés. Mais monsieur DELORS a bien été obligé d'avoir recours à un emprunt forcé pour combler les trous creusés par la calamiteuse politique de monsieur MAUROY, voulue par le Président MITTERRAND, et les contribuables n'en sont point morts. Douloureux certes, mais inévitable pour empêcher la catastrophe immédiate. La décadence n'en a pas été arrêtée, hélas, et nous devons payer aujourd'hui les erreurs d'hier. Mais les grands ténors de la gôôôche n'ont pas trouvé anormal, à l'époque, que l'on ampute le "pouvoir d'achat" des Français pendant deux ans.
Je trouve bien pâle le soutien de vos troupes. Il faudrait un autre ton, une autre vigueur d'argument pour démonter les calomnies, les outrances, les accusations venimeuses des médias. Un exemple ? Tenez, prenez celui de madame ROYAL. Elle a déclaré, après votre dernière intervention télévisée, que vous étiez un menteur. Jolie accusation de la part d'une candidate malheureuse qui n'a pas hésité pendant la campagne électorale à promettre un SMIC à 1500 euros, pour déclarer après son échec qu'elle n'y avait jamais cru ! Il ne faut rien laissé passer de ces propos, rien absolument rien. Certes, l'opposition peut toujours déclarer qu'il faut faire payer les riches. Alors, il faut poser à ses chefs la question que voici : Avez-vous les moyens d'empêcher les fortunes des riches de quitter notre pays ? A l'évidence la réponse est non. Ils peuvent toujours dire qu'ils prendront des mesures pour empêcher ces fuites. Ils n'en ont pas les moyens ; ils ont soutenu monsieur MITTERRAND dans son initiative de MAASTRICHT. Nous sommes dans la seringue de l'Europe. Et tout compte fait, la seringue n'est pas si inconfortable que cela. Il faut demander à ces messieurs les moyens qu'ils comptent mettre en oeuvre pour faire baisser le prix des matières premières, des denrées alimentaires, et du pétrole et enrayer la chute du dollar. Il faut les interroger sur le réel, et non sur leur système, d'une navrante indigence de perspectives.
Un journal qui fait dans le sérieux titre après l'intervention du chef de l'état (je cite de mémoire) : changement de style, cap maintenu. Voilà bien le comble de l'hypocrisie. Jusqu'à ce changement de style, ils n'ont cessé de juger le Président sur les apparences. Et maintenant qu'elles ont changé, à mon avis très positivement, ils prétendent que ce ne sont que des apparences, mais que le fond de la politique - qu'ils n'ont jamais sérieusement critiquée, soupesée, à laquelle ils n'ont jamais fait la moindre contre-proposition - reste la même. Heureusement qu'elle reste la même. Fasse le ciel que ces irresponsables de salon (Ils me font penser aux théologiens de Constantinople qui discutaient du sexe des anges alors que les Turcs campaient à leurs remparts) ne deviennent jamais conseillers du Prince.
J'aurai demain l'occasion de citer mon cher Gustave THIBON. J'ose espérer que quelques uns de vos tièdes soutiens voudront bien me lire. Ils trouveront dans les propos du paysan philosophe de bien rafraîchissantes idées, marquées au sceau du bon sens, de la sagesse et du lent mûrissement d'une pensée roborative. Et bien propre à confondre ces pense-faux que sont les MM, MMes HOLLANDE, ROYAL, FABIUS, MOSCOVICI, et tutti quanti.
J'invite mes lecteurs à donner leur avis. S'ils le partagent, je suggère que nous prenions l'initiative de mener un combat non point d'idées (on voit ce que ça donne) mais de pensées. Il est possible d'avoir des opinions différentes, mais de grâce, qu'elles portent sur des faits, pas sur des systèmes.
Veuillez agréer, monsieur le Président, l'expression de ma très haute considération.

jeudi 1 mai 2008

Un point de vue intéressant sur la Chine

Des amis très chers, fidèles lecteurs de mes billets, me signalent un excellent article de Chantal DELSOL, dans le Figaro du 29 avril, intitulé Faut-il boycotter les pays qui ne nous ressemblent pas ? La philosophe y explique avec finesse la différence qui existe entre totalitarisme et autocratie ordinaire. Et elle assimile le présent système chinois à ce dernier type de régime.
Elle dit, avec beaucoup de justesse pour autant que je puisse en juger par les lectures que j'ai pu faire sur la civilisation chinoise que La Chine est un monde culturel fondé sur des convictions morales souvent bien proche des nôtres, et sur des sagesses qui, si elles ne ressemblent pas à nos religions, proposent des réponses aux douloureuses questions de la vie et du tragique de la vie. Elle entretient un humanisme de respect, comme d'ailleurs toutes les cultures.
Je ne crois pas avoir dit autre chose dans mes billets. Mon seul point de désaccord porte sur les références morales des actuels dirigeants chinois. S'ils ne sont pas des totalitaires comme le furent LÉNINE et STALINE, ou des monstres comme MAO ou POL POT, ils ont cependant une vue qui me semble bien éloignée de celle d'un CONFUCIUS, d'un LAO ZI ou d'un BOUDDHA, pour ne prendre que les trois maîtres des religions traditionnelles chinoises. Je ne parle évidemment pas de JÉSUS dont des millions de Chinois glorifient le nom par leur fidélité, leur témoignage, leur courage et leur martyre. Mais il est évident que le peuple chinois a gardé un attachement profond à l'antique sagesse qui assura sa survie à travers les drames qu'il eut à traverser. Cet attachement mérite admiration et respect. Il émerge du reste à l'heure actuelle en Chine, un courant néo confucianiste.
Madame DELSOL dit encore fort justement ceci : Au fond, la spécificité de l'Occident, ce n'est pas la défense des droits de l'homme, mais la défense des droits de l'homme comme individu. Et les convictions anthropologiques chinoises et aussi musulmane d'une autre manière, sont enracinées dans le holisme, ou vision de la société comme communauté : l'individu n'y existe vraiment comme valeur que dans son groupe, sans lequel il perd sa signification.
C'est une constatation parfaitement fondée historiquement. La tradition ancienne des légistes, qui remonte au temps des Royaumes Combattants, avait été très loin dans cette conception. A cette époque la terre était distribuée à des groupes de 8 familles (système de MENG ZI ; 3e siècle avant J.-C.). Les champs étaient divisés en 9 parcelles dont une était collective et dont le fruit était donné à l'état à titre d'impôt. Un peu plus tard, GUAN ZHONG organise la population en groupe de 5 ou 10 unités. La responsabilité pénale est collective.
Je n'ai pas cessé de dire dans mes billets, moins bien que madame DELSOL, que nous crevons de l'individualisme, issu tout droit des Lumières. La déclaration des droits de l'homme n'est jamais que la déclaration des droits des individus (et non des personnes, notion fort différente). Or l'homme est un sujet social, et il est impossible de fonder un régime politique raisonnable et une saine anthropologie, sans tenir compte de cette évidence. Madame DELSOL ajoute, ce à quoi j'adhère totalement : Les Occidentaux ont une tendance, pernicieuse et sotte, à mettre dans le même sac le holisme et le totalitarisme : ils sont si obsédés par l'individu souverain qu'ils confondent un homme inscrit dans sa communauté et un homme dénaturé.
Je vous renvoie, à cet égard, à mon billet d'hier consacré au mythe de l'autoconstruction des savoirs qui est une illustration de cette vue centrée sur notre nombril, et non pas ouverte sur le monde.
Eh oui ! Je me répète. Je ne cesse de dire la même chose depuis que j'ai commencé ces billets. La solidarité tant prônée par la Gôôôche, n'est jamais que la collectivisation des responsabilités personnelles, et la privatisation des plaisirs, de la licence, voire du vice : Faites tout ce que vous voulez ; la société prendra en charge les conséquences de vos erreurs ne cessent-ils de nous répéter, les leaders de la Gôôôche. C'est ce qu'ils appellent la solidarité. A mon avis, la vérité politique est a mi-chemin du respect absolu des individus déclarés souverains, et de la nécessaire prise en compte de notre communauté de destin. Ainsi, il y a des penseurs socialistes qui pensent certainement juste. JAURES en était un, Michel ROCARD en est un autre. On ne les écoute guère. A quoi bon leurs réflexions si elles ne servent pas les ambitions et les impatiences de tel ou tel éléphant ?

mercredi 30 avril 2008

Un mythe qui a la vie dure

Journal Télévisé d'hier soir. Harry ROSELMACK évoque la réforme de l'enseignement primaire décidée par Xavier DARCOS, et fait projeter quelques éléments de cette réforme, des grilles horaires hebdomadaires, où il paraît que le français et les mathématiques occupent une place prépondérante. Sans avoir donné le moins du monde la parole au ministre, il enchaîne :"Tout de suite les réactions". Celles-ci sont au nombre de deux, parfaitement contradictoires quoique résolument hostiles à la réforme. Monsieur ROSELMACK eût donc été bien inspiré de dire : "Tout de suite deux réactions" ou "tout de suite des réactions". Passons sur le mensonge par le viol de la langue : par chance, nous avons en français des articles définis, et des articles indéfinis. C'est l'article indéfini qui devait être employé.
Parmi les deux réactions, celle de mademoiselle ou madame DUCAMP, répondant au beau prénom (si je me souviens bien) d'Aurore. Il est évident que ce professeur des écoles aime son métier et qu'elle a le désir de faire le mieux possible. Mais que dit-elle exactement ? Que l'on va exactement à l'encontre de la réforme inaugurée il y a quelques années, et aujourd'hui enterrée, qui voulait "que l'enfant construise lui-même son savoir".
Nous crevons de cette chimère. En trois arguments, je vais essayer de le montrer.
(a) Il n'y a pas d'autoconstruction du savoir. C'est tout simplement, au mieux, un mythe, au pire un mensonge avéré. Est-il possible qu'un enfant autoconstruise son savoir sur la langue si on ne lui propose pas des mots, des textes, un vocabulaire, une grammaire ; et sur les mathématiques si on ne lui fait pas apprendre par coeur les tables de multiplication, les opérations arithmétiques élémentaires, des éléments de géométrie ?
(b) Le propre de la culture c'est la transmission. Et pour qu'il y ait transmission, il faut qu'il y ait modèle. Faute de modèle, faute de repères culturels, il n'y a aucune inculturation possible. La culture peut être définie comme l'ensemble des pratiques artistiques, littéraires, sociales, esthétiques, politiques, etc. accumulées par l'expérience des générations passées et augmentée de celle de la génération aux affaires, transmis aux nouvelles générations pour leur éviter d'avoir à refaire tout le chemin de l'humanité dans son effort incessant d'humanisation. Je suppose donc qu'Aurore DUCAMP utilise le mot autoconstruction du savoir dans un sens dévié. Que les enfants aient des dons, des envies, des désirs très différents les uns des autres est une évidence. Il est donc important que ces désirs rencontrent des modèles. C'est du reste en fonction des modèles qui leur sont présentés que les uns désirent devenir pompier, les autres astronautes, d'autres enfin, médecins, etc. En somme, l'autoconstruction se résume au choix d'un modèle de savoir parmi de nombreux possibles, et ce choix est dicté par de très nombreux facteurs, qui vont des aptitudes de l'enfant, au désir des parents, en passant par l'environnement social ou économique, la famille et ses traditions. Je ne pense pas qu'un esprit droit puisse contester ces données. En d'autres termes, il n'y a pas d'autoconstruction du savoir. Son acquisition est déterminée, voire surdéterminée et elle se fait à partir de modèle.
(c) La grande et ultime duperie de l'idéologie des Lumières est de faire croire à l'autonomie du désir. Mais il n'y a pas de désir autonome, et nous ne désirons que ce qui nous est désigné comme désirable. Bien plus, nous désirons jusqu'au désir de l'autre. Les analyses de René GIRARD sont là-dessus lumineuses, plus que celles de FREUD. Il appartient aux enseignants de susciter le désir d'apprendre et non de feindre qu'il naît spontanément dans le psychisme des enseignés. Certes, il convient de tenir compte de la personnalité de l'enfant, de son histoire personnelle, de ses aptitudes. Mais les enseignants, dont je fis partie, doivent offrir le meilleur, le plus exigeant aux jeunes qui leur sont confiés.
Pour terminer, une anecdote personnelle. Pendant les trois dernière années de ma vie d'enseignant, j'ai donné, bénévolement je précise, des cours de Biologie Générale aux jeunes gens et jeunes filles qui préparaient le Diplôme d'Accès aux Études Universitaires. D'origine modeste, voire très modeste, issus des quartiers sensibles ou difficiles, ils suscitaient mon émerveillement par leur désir d'apprendre. Je ne cessais de leur dire qu'il est nécessaire de bien posséder la langue, d'enrichir son vocabulaire, car la langue est la clé de voûte de l'échange, de la paix civile, et de la réussite de sa vie. Un jour, l'un d'eux m'interrompt et me dit, les yeux remplis de joie et de malice : "m'ssieur, j'ai épaté mes copains. J'ai utilisé le mot "fallacieux". Ils ne savaient pas ce que ça voulait dire, et JE LEUR AI EXPLIQUE". (J'avais utilisé ce mot dans un de mes précédents cours.)
Oui, maîtriser la langue est plus important que de bidouiller sur internet, que gratter de la guitare électrique, ou que de gagner aux jeux vidéo, et que de proclamer l'autoconstruction du savoir.

mardi 29 avril 2008

Compassion et colère

Vous l'aurez sans doute remarqué si vous lisez fidèlement mes billets. Je suis muet depuis quelques jours tant l'actualité est accablante dans son horreur monotone : le père incestueux qui séquestre sa fille pendant 24 ans et lui inflige la naissance de sept enfants, le collégien qui poignarde trois de ses condisciples dont l'un est dans un état grave, ou encore ce multirécidiviste, maniaque sexuel, suspecté d'avoir tué une jeune étudiante suédoise.
Et justement, venons-en à ce suspect. On interrogeait hier à la radio monsieur Serge PORTELLI, membre du syndicat de la magistrature, et on essayait de savoir de lui si l'application de la loi sur la rétention de sûreté aurait pu empêcher le meurtre de Susanna, au cas très probable où il s'avèrerait que le suspect (que tout accable) fût jugé coupable.
A la première question, une réponse embrouillée, et si peu claire que j'ai oublié jusqu'à la formulation exacte de l'interrogation. A la seconde, très précisément axée sur le possible évitement de ce drame affreux par la rétention de sûreté, savez-vous ce qu'il répond, monsieur PORTELLI ? Il ne répond pas sur l'évitement, mais sur le fait que les maniaques sexuels ne sont pas suivis suffisamment par des psychologues et des psychiatres pendant leur détention, qu'ils ne sont pas soignés, en quelque sorte, et (sous-entendu) qu'on ne peut donc les accuser d'avoir récidivé puisqu'on n'a rien fait pour empêcher la récidive. En somme, il nous dit que c'est la faute de la société, si le suspect a possiblement rechuté. Certes, il ne l'eût point fait si le contribuable, l'administration pénitentiaire et le pays dans son entier avait consenti aux efforts susceptibles d'éviter le retour de tels crimes. Et monsieur PORTELLI enfonce encore le clou en déclarant aux journaux qu'il est "choqué" par le communiqué du Ministère de la Justice qui indique que "ce type de crime est souvent le fait de récidivistes et de criminels dangereux". Il est choqué monsieur PORTELLI, très choqué "que le ministère de la Justice profite d'un crime odieux pour faire de la publicité sur des lois extrêmement discutables au niveau (personnellement je n'aurais pas dit "au niveau", mot fourre-tout et qui dissimule une navrante pauvreté de vocabulaire ; j'aurais tourné autrement la phrase) des droits de l'homme".
Monsieur PORTELLI est le prototype le plus pur de l'idéologue. Héritier du rousseauisme le plus primaire, qui veut que la société soit responsable de toute la bassesse humaine, il ôte à l'homme son éminente dignité, celle de la responsabilité de ses actes à ses propres yeux comme à celui d'autrui. Gilles de RAIS qui assassina dans d'horribles conditions des centaines de garçonnets est mort saintement, en reconnaissant l'horreur de ses crimes jusqu'au lieu de son exécution. C'est dans la reconnaissance de son péché qu'il a trouvé le salut. Notre suspect, lui, n'aurait pu le trouver que dans les mains des psychologues, des psychiatres et des pharmacologues. Différence de vision, différence de sens.
Je suggère à monsieur PORTELLI d'aller expliquer aux parents de Susanna ZETTERBERG que leur fille n'aurait pas été assassinée si l'on avait traité convenablement le suspect. A moins, et plus vraisemblablement, qu'il leur explique que, compte tenu de son appartenance à un syndicat de gôôôche, il est obligé d'épouser les thèses les plus insupportables du parti auquel il adhère. Cet homme regarde dans son cerveau, au lieu de regarder les faits. Si le suspect, et très possiblement coupable, avait été soumis à la rétention de sûreté ET traité pendant celle-ci, Susanna serait encore en vie. Son chemin n'eût point croisé celui d'un homme convaincu d'avoir violé une fillette de 12 ans et une jeune femme de 21 ans. Voilà, monsieur PORTELLI, ce qu'un homme de coeur et de courage aurait dit.
Toutefois, sur un point je suis d'accord avec vous : la rétroactivité d'une loi (de sinistre mémoire avec les sections spéciales de Vichy) est inadmissible. Vous n'avez donc pas tout faux. Mais la loi, vous le savez, n'est pas rétroactive, cette mesure ayant été censurée par le Conseil Constitutionnel. Allez, encore un effort, et vous conviendrez que la société a le droit de se défendre contre les individus dangereux, et qu'elle délègue ce droit à la puissance publique.
Ma compassion va aux parents de Susanna et à ses proches, et ma colère contre des fauteurs de trouble comme monsieur PORTELLI.

vendredi 25 avril 2008

Platon pas mort

Des milliers de lycéens s'agitent dans les rues de nos grandes villes, au motif qu'ils ne veulent point que l'on supprime des postes d'enseignants dans leur établissement. Il y a certes de l'inquiétude dans ces comportements. Il y a aussi et surtout de la manipulation par les différents mouvements syndicaux de gôôôche qui pensent obtenir par ces manifestations "spontanément organisées" ce qu'ils désirent, comme ils l'ont déjà fait jadis, de monsieur DEVAQUET aux plus récents ministres de l'éducation nationale : et ce désir, c'est un affaiblissement de leur autorité de tutelle, surtout quand elle n'est pas de leur couleur politique, pour faire triompher leurs idées par la violence juvénile sollicitée, puisqu'ils n'ont pu l'obtenir des urnes.
Il faut donc rappeler un certain nombre de faits.
Il y a en France 30.000 (trente mille) enseignants, payés par l'éducation nationale, qui n'ont aucun élève, soit parce qu'ils ont une décharge syndicale, soit parce que leur discipline (notamment dans les langues dites rares) n'attire aucun lycéen, soit pour toute sorte d'autres raisons qui toute ne sont pas très claires. La polyvalence d'un enseignant permettrait d'affecter, par exemple, un professeur de portugais à l'enseignement de l'anglais, à condition que lors de sa formation, ledit enseignant acquiert cette double compétence. Impossible ? Certes non. J'en suis du reste le vivant exemple. Agrégé de microbiologie, et plus exactement de virologie, j'ai été mandé par mon Doyen, au tout début de ma carrière, pour enseigner pendant deux ans la mycologie, et à la fin de celle-ci, pour enseigner aux 450 étudiants de première année la biologie cellulaire. Dans les deux cas, il m'a fallu créer de toutes pièces un cours qui se tienne. Et ce ne fut point une mince affaire.
Deuxième fait. La démographie des lycéens est en baisse. Il est donc assez paradoxal d'augmenter le nombre de postes d'enseignants quand le nombre d'enseignés diminue. Nous ne sommes pas assez riches pour nous autoriser ce luxe. Du reste, le problème n'est pas quantitatif, mais qualitatif. Et je doute fort qu'un enseignant incapable de maîtriser une classe de 35 élèves y réussisse mieux avec une classe de 25.
Troisième fait. Nos jeunes ont des comportements tout à fait nouveaux, auxquels les enseignants ne savent pas faire face. Jean-Marie PETITCLERC, du reste, écrit dans un livre remarquable (Enfermer ou éduquer. Les jeunes et la violence. Dunod, Paris, 2004) ceci : Il m'arrive souvent d'être invité par des enseignants ou des éducateurs me demandant de les aider à réfléchir sur les évolutions des comportements des jeunes. J'aime leur dire : 'Et si nous commencions par réfléchir à l'évolution des comportements des adultes, qui leur a fait perdre toute crédibilité auprès des jeunes'. Il identifie avec clairvoyance la triple crise de la société : une crise de l'autorité qui rend difficile la transmission des repères ; une crise de projection dans l'avenir, qui rend difficile la mise en projet ; une crise de l'apprentissage de la socialisation qui se manifeste par des difficultés croissantes dans le rapport à la loi.
On voit bien, selon moi, que cette triple crise est le fruit amer (a) de l'individualisme induit par le règne sans partage de l'idéalisme des Lumières, (b) de l'attaque incessante conduite contre la religion en vertu du principe sacralisé de la laïcité qui a produit une crise du sens, et (c) de la relativisation de la morale et du relativisme philosophique qui en est le support, voulu par les médias et les marchands du temple qui font argent de tout, et notamment du sexe, de la violence et de la pornographie.
Plus que jamais PLATON est d'actualité. Permettez que je vous rappelle ce qu'il disait dans La République :
Lorsque les parents s'habituent à laisser faire leurs enfants ; lorsque les enfants ne tiennent plus compte de leurs paroles ; lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves ; lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus rien au-dessus d'eux, l'autorité de rien ni de personne, alors c'est en toute justesse le début de la tyrannie.
Oui ! La jeunesse n'a que du mépris pour ceux de ses maîtres qui s'abaissent à les suivre au lieu de les guider.
Oui ! PLATON par mort !