jeudi 22 janvier 2009

Et si Gustave avait raison ?

Arrêtez-moi si je radote. Mais il ne me semble pas vous avoir jamais fait part de ce que dit Gustave THIBON dans son Diagnostics. Je ne résiste pas au désir compulsif de vous livrer ce que je crois être profondément juste, et propre à éclairer le malaise social actuel.
Le prolétaire moderne a la haine du travail. Même quand celui-ci est bien rétribué, son insatisfaction ne s'apaise pas. Il souffre moins d'être un ouvrier exploité que d'être un ouvrier tout court ; ses infinies revendications matérielles ne sont que des manifestations superficielles et trompeuses de ce malaise fondamental.
Le prolétaire souffre parce que son travail est inorganique, inhumain. Les socialistes proposent, comme remède à la crise ouvrière, une plus juste répartition des gains, des plus hauts salaires... Comme si le problème ouvrier s'arrêtait là. Il s'agit plutôt d'une refonte totale des conditions premières du travail industriel, il s'agit de supprimer le travail inhumain, le travail sans forme et sans âme : la "grande usine", le travail "à la chaîne", la spécialisation outrée, etc., toutes choses que l'étatisme socialiste ne peut porter qu'à leur suprême et mortelle expression.
Tout est dit, ou plus exactement beaucoup de choses sont dites qui mériteraient d'être prises en compte par les hommes politiques, les syndicats, les dirigeants d'entreprise, et par-dessus tout par l'opinion publique.
Commençons par constater la justesse de l'analyse présentée de manière si concise dans le premier paragraphe : haine du travail et revendications. La haine du travail a trouvé sa reconnaissance politique dans l'absurde mesure des 35 heures. Une usine à gaz, destinée - il ne faut pas le nier - à créer des emplois en contraignant les chefs d'entreprise à embaucher, mais qui n'a eu que des effets pervers : blocage durable des salaires en contrepartie d'un allègement des heures de travail, mise en place de mesures patronales visant à augmenter la productivité (instauration des 3 x 8 ; suppression des pauses café ou des aménagements d'horaires les veilles de fêtes, suppression de la souplesse dans les horaires, etc.). L'infinitude des revendications matérielles éclatent à chaque discours des représentant syndicaux. Le pouvoir d'achat est présenté comme le moteur de la vie bonne. Il demanderait à être augmenté, sans doute, mais à cela ne résoudrait pas tous les problèmes du salariat. Un salarié se sent dépossédé de la conduite de sa vie professionnelle, de cette partie si importante de l'activité humaine qui fait que l'homme se sent utile et reconnu par toute la société.
Peu de chercheurs, de dirigeants patronaux, de responsables syndicaux, se sont penchés sur l'origine psychologique et métaphysique de l'aliénation des salariés - elle découle des progrès de la technique, de la psychologie du commerce lequel exige pour son maintien et son développement de proposer aux consommateurs des produits toujours nouveaux (les fameux cycles de KONDRATITZ) mais peu utiles voire inutiles, de l'hyperspécialisation des tâches, de la frustration qui naît de ne pas voir le fruit de son travail. Trouver des remèdes à ces maux est difficile. Qui le nierait ? Mais est-il impensable d'imaginer une segmentation des tâches (et non une hyperspécialisation) qui ferait que dans le processus de production d'un bien ou d'un service, un salarié serait entièrement responsable d'une étape spécifique ? Un artisan qui fabriquait des chaussures ou des meubles à la main ne présentait pas un déficit de vitalité, une désespérante perte du sens, une envie perpétuelle, un ressentiment contre la terre entière. Il lui arrivait de travailler dix, douze heure par jour. Il pouvait se coucher éreinté, mais satisfait d'avoir accompli une tâche signifiante.
La crise économique, financière et morale est peut-être l'occasion de se demander si Gustave a raison.

A la manière de...

Xyloglosse commence ses discours par une formule qu'il croit brillante et quand il lui arrive de les achever, il laisse ses pairs accablés, ses domestiques irrités et le Premier Secrétaire abasourdi. Il ne parle pas, il plaide ; il ne plaide pas, il requiert ; il ne requiert pas, il tonne, il fustige, il condamne. Ne lui dites pas votre réprobation, et lui celez vos sentiments. Il risquerait de vous envoyer dans des gémonies qu'il peuple d'ennemis imaginaires. Xyloglosse va régulièrement chez son perruquier et ne manque point de lui demander qu'il lui ménage une mèche de façon qu'elle lui tombe sur le front et lui donne cet air de jeunesse empruntée et rebelle, qu'il croit triomphante. Il a belle tournure et dents carnassières. Xyloglosse n'est pas l'avocat qu'il prétend ; c'est un procureur, un procureur convenu. On connaît ses manies, et l'on s'en amuse quelquefois. Il répète les mêmes réquisitoires depuis qu'il est rentré dans la cabale qu'ourdit le Parti des Égaux avec constance et rare inconséquence. Il croit que le Peuple le suit ; mais le Peuple ne l'entend point. Xyloglosse embouche les trompettes de l'ironie, de la calomnie, de l'approximation. Il a de l'avenir chez les Égaux. Il est douteux qu'il en ait dans le Royaume. Les emplois subalternes lui conviennent, et il est assuré qu'il en sera satisfait tant que les gazettes parleront de ses exploits.
Xyloglosse a un beau nom : Arnaud.

mercredi 21 janvier 2009

Durs d'oreille ?

Les patrons des grandes banques seraient-ils durs d'oreille ? Il a fallu l'intervention musclée du Président SARKOZY pour que certains d'entre eux renoncent à leur fameux bonus, vous savez cette part de leur traitement pudiquement dite "variable".
Quelques uns avaient spontanément renoncé à ce modique supplément de revenus. Monsieur Baudouin PROT par exemple, le Directeur Général de BNP PARIBAS. Il avait à ce titre touché 2,27 millions d'euros en 2007, pour un traitement fixe de plus de 3 millions d'euros annuels. Le sacrifice de 2008 peut paraître énorme, mais enfin il reste à ce grand patron de quoi acheter du pain tous les jours.
Le comble de l'impudence a été atteint par monsieur BOUTON, le patron de la Société Générale, à qui il a fallu mettre le couteau sous la gorge pour qu'il renonce à un scandaleux bonus. C'est le moins qu'il ait pu faire. Voilà un monsieur qui a dirigé une banque alourdie d'un trou de 5 milliards d'euros par la faute prétendue isolée et indétectable du seul monsieur KERVIEL, qui, en dépit de ses insuffisances de contrôle, aurait accepté sans protester l'aide de l'Etat, et en aurait profité pour se servir encore davantage. Mais où va-t-on ? Par quelle aberration mentale, par quel déficit de morale et de raisonnement, un homme de cette responsabilité peut-il en arriver là, alors que des dizaines de milliers de ses employés attendent avec impatience de très hypothétiques augmentations ? Il ne faut pas s'étonner de voir la réaction des salariés du bas de l'échelle. Je la comprends. Monsieur BOUTON devait non seulement renoncer à son bonus, mais amputer de moitié son traitement, à défaut de démissionner de son poste après "l'affaire KERVIEL". J'ai déjà dit ici, et j'y reviendrai avec Gustave THIBON, mon horreur de l'idéologie égalitariste, mais mon amour pour la responsabilité, corollaire de la liberté. On ne peut pas vouloir le risque et l'inconnu pour les autres, et garder pour soi le confort d'un futur doré. Tant que les grands patrons ne comprendront pas cela, et certains hauts fonctionnaires avec, il y a peu de chance que les soi-disantes élites soient entendues et respectées.
Ils n'entendent pas la clameur des gens qui vivent chichement ; ils ne partagent pas avec eux les difficultés du moment ; ils sont durs d'oreille, et il me semble bien qu'ils pourraient être aussi durs de coeur. C'est bien là le pire.

Enfin des propositions

J'ai trop longtemps critiqué l'absence de propositions de la part de l'opposition pour ne pas me réjouir de celles que Martine AUBRY met sur la table au nom du PS.
Les remèdes proposés engagent une dépense de 40 milliards d'euros, selon Michel SAPIN, contre les 26 milliards du Gouvernement. Fidèle à ses méthodes, le PS propose une relance de l'économie par une relance de la consommation : augmentation du SMIC, augmentation de la prime pour l'emploi, augmentation de l'indemnisation du chômage partiel de 50 à 80 %, modulation de l'impôt sur les sociétés en fonctions des bénéfices réinvestis, annulation du paquet fiscal de 15 milliards d'euros (bouclier fiscal, déduction des intérêts d'emprunt, suppression quasi totale des droits de succession), modulation de la TVA (diminution sur certains produits de première nécessité).
Tout n'est pas inintéressant dans ces propositions. Il convient donc de les examiner avec un oeil critique mais bienveillant.
Les mesures qui me paraissent néfastes sont celles qui concernent la relance directe ou quasi directe de la consommation. En effet, de telles recettes ont été appliquées aussi bien par la droite (Jacques CHIRAC, Premier Ministre), que par la gauche. Les mesures prises sous le Gouvernement MAUROY avaient débouché sur le Plan de Rigueur en 1983 et son emprunt obligatoire à l'intérêt dérisoire. Et il n'avait eu aucun effet sur la croissance. Pas plus que celui de Jacques CHIRAC du reste, qui avait fondé son espoir sur l'augmentation des investissements publics et le maintien de l'emploi et des salaires. Mais supposons que les Pouvoirs Publics cèdent par démagogie au démon de la relance par la consommation : l'effet inéluctable - et tout le monde le sait - en serait d'augmenter les importations et d'aggraver le déséquilibre du commerce extérieur. On verrait exploser, notamment, les importations de produits chinois (textiles, chaussures, informatiques de bas de gamme, téléphones portables, petit électroménager). Le confort des individus et des familles s'en trouverait amélioré sur le court terme, mais les répercussions sur le long terme et le moyen terme seraient terribles. Il me semble donc qu'il faut renforcer l'appareil productif français par des investissements massifs dans des produits à haute valeur ajoutée, destinés à la consommation intérieure, certes, mais aussi à l'exportation. En d'autres termes, il nous faut augmenter la quantité de richesses produites avant de les redistribuer. Sinon, on ne fait que distribuer des dettes que devront payer nos enfants. En outre, l'augmentation du SMIC, souhaitable certainement sur le plan théorique, ne ferait qu'aggraver la perte de compétitivité de nos produits, déjà considérable, en raison des charges diverses qui grèvent le travail salarié, si elle était appliquée immédiatement et sans amélioration de la productivité et la diminution des coûts de production par le moyen de l'investissement.
Diminuer la TVA de manière modulée est une bonne idée, et une idée juste. Mais elle repose sur deux postulats le premier est que la Commission Européenne donnera certainement son accord sur cette modulation - on peut en douter quand on voit la difficulté à obtenir une TVA à 5,5 % dans le cas de la restauration ; le second est que les producteurs et commerçants n'augmenteront pas leurs prix en les alignant sur les prix anciens, de façon à augmenter par ce subterfuge leurs marges bénéficiaires.
Je doute aussi que la suppression du paquet fiscal plaise aux citoyens de la classe moyenne ou moyenne supérieure qui bénéficient de la déduction de leurs revenus, des intérêts dus au titre d'un emprunt immobilier, ou de la quasi suppression des droits de succession. On peut, bien entendu, ne s'attaquer qu'au bouclier fiscal : mais on peut prévoir que dans un contexte de libération des échanges et des capitaux, la fuite des grandes fortunes françaises dans les paradis fiscaux ne fera que s'amplifier. Faisons le pari que le civisme l'emportera sur la cupidité. Personnellement, je ne serais pas contre cette dernière mesure.
Mais enfin réjouissons-nous de voir enfin des propositions concrètes qu'il est possible d'argumenter, de critiquer au sens étymologique du terme (critiquer, c'est cribler, tamiser), et de prendre sérieusement en considération.
En revanche, les motifs invoqués dans la motion de censure que le PS s'apprête à déposer sont d'une désolante mauvaise foi. Feindre de croire que le chômage, la question du pouvoir d'achat, les effets de la crise économique sont imputables au seul Gouvernement est d'une rare malhonnêté intellectuelle. Pourquoi faut-il que les socialistes gâtent par ce manque de probité ce que leurs propositions peuvent avoir de juste ?
Elections, élections, mon beau souci ! Telle me semble être la réponse.

Quand le ridicule ne tue plus...

Savez-vous qui a copié Ségolène ROYAL ? Je vais vous le dire au cas où la chose ne vous sauterait pas aux yeux. Ou plus exactement, je vais reprendre les paroles mêmes de la Présidente de la Région de Poitou-Charentes qui met définitivement les points sur les i :
Oui, dit-elle, j'ai inspiré OBAMA et ses équipes nous ont copiés.
Je suppose que si l'on interroge le Président OBAMA, il dira : Ségolène who ?
Ségolène ne se mouche pas avec le manche d'une pioche. Elle présente une grave boursouflure de l'ego. Elle se ridiculise. Elle ridiculise son parti, et elle ridiculise, ce qui est beaucoup plus grave, notre pays.
Mais prenons-là aux mots, et voyons si, dans ses votes, elle approuvera les efforts que les pouvoirs publics pourraient être amenés à demander aux Français pour sortir de la crise économique, si elle approuve l'injection de 26 milliards d'euros publics dans les circuits économiques français (contre plus de 800 milliards de dollars prévus par le Président OBAMA pour le soutien à l'économie américaine). Si elle le fait, alors je serai prêt à examiner l'influence minuscule qu'elle aura pu avoir sur les analyses de la situation par l'équipe du Président américain. Dans le cas contraire, je m'interrogerai.
C'est tout pour ce billet. Le prochain datera du même jour.

lundi 19 janvier 2009

Une parole de Mencius

Je suis tombé tout à fait par hasard sur cette parole de MENCIUS, un philosophe chinois de l'école de CONFUCIUS.
Un état sans familles prêtes à respecter la Loi, ni gentilshommes dignes de confiance d'un côté, et d'un autre côté, la menace permanente d'une agression extérieure, est destiné à périr.
Voilà un aphorisme qui prête à réfléchir. Il me semble plein de bon sens et de vérité. En matière de respect de la Loi, nous pourrions tous nous interroger sur les (mauvais) exemples qu'à cet égard nous donnons à nos enfants : stationnement invraisemblable, excès de vitesse, resquillage de tickets de métro, fraude dans les déclarations d'impôts, nous, ou nos voisins, ne donnons pas l'image d'une imputrescible vertu. Le grand délabrement des familles, la démission de nombreux parents, l'assassinat symbolique du père, je dirais même du mâle, représentant de la loi, tout cela forme un curieux mélange toxique. Le pire - et c'est un de mes lecteurs, un très proche, qui me le signale en réaction à mon billet sur la grève de lycéens - c'est que nous ne savons plus donner à nos enfants des raisons de vivre. Nous vivons dans la mort du sens, et pour une fois, ce n'est pas l'idéologie socialiste qui en est responsable, c'est l'idéologie libérale et consumériste. J'assimile les gentilshommes aux élites. Il y aurait beaucoup à dire sur elles, qui accumulent beaucoup de privilèges, et ne s'acquittent pas forcément des dévoirs qui les justifient. La crise de confiance qu'elles suscitent n'est pas justifiée, mais il suffit de quelques exemples emblématiques de leurs abus ou de leurs faiblesses pour les disqualifier toutes.
Quant à la menace extérieure, nous la vivons tous les jours ; elle est souvent purement imaginaire, bien sûr, et prend la figure de l'immigration prétendue incontrôlée (je ne parle pas ici des clandestins, des profiteurs et des pique-assiettes, mais de l'étranger qui vit et travaille sur notre sol, dans le respect et de nos lois, et de ses propres origines), ou celle de la mondialisation (qui induit le repli sur soi, la mesquinerie des perspectives, la peur de l'émulation, le ratatinement mortifère).
Oui, nous avons beaucoup à apprendre des autres cultures ; et plutôt que de vouloir imposer la nôtre en la déclarant la meilleure qui se pût être (Ah ! l'arrogance des Lumières), nous ferions mieux de réfléchir et à ses limites et à ses beautés, confesser les premières et diffuser les secondes.
Tout un programme.
Bonne journée.

Méfiance française

Il est intéressant de lire, sous la plume de Magnus FALKEHED, correspondant en France du journal suédois Aftonbladet, les propos que voici (La Croix, vendredi 16 janvier) :
Qu'est-ce que vous, les Français, pouvez être exaspérants. Il y a des moments où un reporter étranger a vraiment envie de poser son stylo et vous secouer comme un prunier, tant une situation peut devenir agaçante et répétitive. Je pense à votre méfiance envers votre prochain. Cette méfiance est devenue comme un poison qui affecte tout le corps social, vous paralyse et vous rend parfois, permettez-moi de le dire, assez bêtes.
Le journaliste donne, avec humour, quelques exemples de situations courantes dans lesquelles il voit suinter la méfiance typique des Français. Adepte d'HABERMAS, lecteur attentif de son ouvrage Éthique de la communication, je m'intéresse de très près à cette question, non seulement quand elle concerne mes compatriotes, mais encore parce qu'elle me semble conditionner toutes les situations de guerre ou de paix du monde entier.
A la méfiance consubstantielle des Français, je vois plusieurs raisons, toutes issues de notre longue histoire.
La première est indubitablement liée à l'héritage napoléonien d'une administration conçue pour contrôler totalement le corps social : la caricature de la méfiance maladive de l'administration, c'est l'administration fiscale. Ses procédures sont accusatoires, et si, en face d'une affirmation, il est impossible à un contribuable de prouver sa bonne foi, il ne lui reste qu'une solution : payer. Mais cette méfiance consubstantielle à l'administration française ne se limite pas au fisc. En France, toutes les procédures de contrôle sont des procédures a priori. Il en résulte une irresponsabilité totale. "J'ai été contrôlé" dira ce citoyen. "Tout est en ordre. Je peux y aller." Et il aura tendance à frauder, d'où la méfiance accrue de l'administration. Il n'y a aucun contrôle a posteriori (ou presque). Pas vu pas pris. On pourrait étendre le constat à l'Inspection du Travail, ou aux services de la Sécurité Sociale, à la Police, aux Douanes, à la Justice (et à ses fameuses détentions préventives). Pour respirer dans le corps social, il est presque devenu nécessaire que le citoyen français fraude, tant l'administration est réellement oppressive, anonyme, et mécanique.
La deuxième raison vient du double héritage de la Révolution et de la Résistance. La première a instauré durablement la haine des "petits" contre les "gros", et le mépris des "gros" pour les "petits", ainsi que l'implantation permanente de l'utopie meurtrière de la lutte des classes dans l'esprit public, que dis-je, sa création, sa matérialisation dans le corps social. La Résistance, et les mythes nécessaires qui se sont créés autour - sans eux, nous serions morts de honte, et de Nation française, il n'y aurait plus - ont donné aux Français l'illusion qu'il n'y avait de grandeur que dans l'opposition à toute forme de contraintes, qu'elles soient légales, réglementaires ou morales. Or la résistance à l'oppression est légitime, mais la résistance à la loi ne l'est pas. Une telle attitude est illustrée par les oppositions systématiques des syndicats à toute forme de changements : changements d'horaires de travail, changements de programmes de cours, changements de statut juridique de telle ou telle entreprise d'État.
La troisième raison est, me semble-t-il, imputable à la propension de notre langue à l'abstraction, et par conséquent à l'idéologie. On oppose souvent le pragmatisme des anglo-saxons au rationalisme des français. Dans de nombreuses situations professionnelles, j'ai pu constater combien un allemand ou un suisse a du mal à nous comprendre, lui qui part d'abord des faits, avant de partir des idées. DESCARTES nous a fait beaucoup de mal, mais c'est une autre histoire. Ne parlons pas de HEGEL, mal compris la plupart du temps, pour qui la contradiction est un élement constitutif du progrès et de l'avénement du sens de l'histoire.
Ainsi, pour communiquer avec autrui, pour rentrer en relation avec lui, il faut d'abord LUI FAIRE LE CREDIT DE LA BONNE FOI. Il faut ensuite s'accorder avec lui sur le sens des mots (le tordre est un spécialité des hommes politiques, et - je suis désolé de le dire - souvent, mais non exclusivement, des hommes politiques de gauche : il n'y a qu'à voir comment on parle de "l'atteinte au droit de grève" quand il s'agit d'assurer un service minimum dans les transports ou dans l'éducation nationale). Il faut et laisser parler jusqu'au bout. Il faut dire le lieu d'où l'on parle. Il faut enfin faire un relevé rigoureux et honnête des points d'accords et de désaccords FACTUELS et non point IDEELS. Telles sont les règles du dialogue. Je vous fais remarquer, du reste, que dans le billet de vendredi dernier, j'ai commencé par dire que je ne mettais pas en doute la bonne foi d'Alix NICOLET, et j'ai ensuite posé des questions portant sur des faits, non sur des idées.