Affichage des articles dont le libellé est Morale et politique. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Morale et politique. Afficher tous les articles

mardi 29 juin 2010

Vilain oiseau...

-
"Vilain oiseau que celui qui salit son nid" dit un proverbe assez peu connu.
-
Les manoeuvres continuent. Ce matin, dès l'aurore, en regardant le site de France Info, j'apprends que la majordome de madame BETTENCOURT, monsieur Pascal B... (pourquoi B... et non pas le nom entier ?) a quitté de son plein gré, après plus de dix ans de service, madame BETTENCOURT. Il a reçu une indemnité (contractuelle) de départ de 215.000 euros, correspondant aux dires de son avocat, Me GILLOT (orthographe sous réserve) à deux ans de salaire. Ce qui revient à dire que monsieur Pascal B... avait plus de 100.000 euros de revenus salariaux annuels. Je dois dire que, bien qu'ayant atteint le plus niveau de la hiérarchie universitaire et me trouvant très convenablement honoré pour le travail que je fournissais, je n'ai jamais eu, loin s'en faut, de tels revenus !
-
Bref. Là n'est pas la question. Voulant vérifier certains détails de cette information, afin de ne pas troubler mes lecteurs par des erreurs factuelles, je retourne sur le site. L'information et son commentaire ONT TOTALEMENT DISPARU. J'aimerais bien, messieurs les "journalistes" de France Info que vous m'expliquassiez la chose. Pourquoi cette information, à mon avis capitale, a-t-elle subitement disparu du site ? L'explication donnée par monsieur Pascal B... pour expliquer son geste (il se serait agi de défendre quelques collègues, dans je ne sais quelle histoire ; je n'ai pas pu vérifier) était assez évasive, et c'était ce point dont je voulais m'assurer. Je repose donc la question. Monsieur B... a-t-il monnayé le fruit de sa trahison ? Et combien ?
-
En tout état de cause, l'attitude de monsieur B... est assez méprisable. Je dis bien "attitude", je ne dis pas monsieur B... Mais je ne puis m'empêcher de repenser à ce vieux proverbe français : "vilain oiseau que celui qui salit son nid".
-
Quant au site MSN hotmail, il annonce fièrement dans les titres de ses informations, et la boucle de la manoeuvre est ainsi bouclée : "La situation de monsieur WOERTH, de plus en plus intenable, selon la presse". Alors, pensez-donc, si la presse le dit ! Mon Dieu, mais qui sont-ils ces "journalistes" qui se croient prophètes ? Qui leur a donné mission de faire et défaire la réputation des hommes politiques qu'ils n'aiment pas ? Et depuis quand déclare-t-on, sans preuve, qu'un homme est coupable, parce qu'on l'imagine coupable, et qu'on se projette dans la situation de manière telle qu'on lui reproche ce que l'on aurait sans doute fait si l'on avait été à sa place ? Mais il faut vendre, il faut alimenter les passions, déchaîner les haines recuites, susciter l'envie et la jalousie. Ils me dégoûtent de plus en plus tous ces médiocres qui trouvent dans certains politiciens de gauche de quoi nourrir leur amertume, et espérer des jours meilleurs pour leur petite carrière.
-
Un bon conseil, monsieur WOERTH. Si vous n'avez rien à vous reprocher, tenez bon. Et poursuivez votre travail.
-
PS : à 8 h 00, ce matin, j'ai pu voir l'information, non plus en gros titre, mais dans le menu déroulant des infos du jour. Il y a eu manifestement une intervention intentionnelle.

lundi 28 juin 2010

Manoeuvres...

-
Lorsque, il y a quelques jours, j'ai parlé d'une petite information concernant Liliane BETTANCOURT et madame WOERTH, j'ai omis de préciser que c'était là le début d'une manoeuvre orchestrée par les syndicats, soutenus en sous-main par l'opposition. Je vais essayer d'expliquer comment la manoeuvre a été organisée.
-
Premier temps. Au moment où monsieur WOERTH dépose son projet de réforme des retraites, et parce que ni l'opposition ni les syndicats n'ont la moindre proposition ou contre-proposition à mettre sur la table, quoi qu'ils en disent, il convient à tout prix de retarder la mise en oeuvre du projet, adopté en Conseil des Ministres. Pour arriver à cette fin, une seule solution, faire démissionner celui qui en est l'auteur, par tous les moyens, y compris les plus méprisables, comme celui d'utiliser des enregistrements de conversations privées. Les dénonciateurs savent que ces enregistrements sont dépourvus de toute valeur légale. Mais ce qui est important, c'est l'effet produit par leur divulgation. Il s'agit de démolir la réputation d'un homme, de le détruire et de l'acculer au départ. Ceci au moment où le projet est mis sur les rails. Ces procédés m'indignent, et devraient indigner toute personne qui essaye de penser avant de juger.
-
Deuxième temps. On commence donc à distiller une seconde nouvelle. Madame BETTENCOURT a donné de l'argent, tout à fait légalement, à madame PECRESSE et à monsieur SARKOZY, plus exactement à leur parti, pour soutenir leur campagne électorale. Ces dons s'élèvent à 7.500 euros pour chacun d'eux. La loi l'autorise, et monsieur BERGE, du reste, ne s'est pas fait faute de soutenir très largement de ses deniers la campagne de madame ROYAL, en profitant de cette possibilité légale. Mais pensez donc, c'est de l'argent donné à des personnalités de la majorité ; c'est scandaleux, c'est intolérable, au moins dans l'esprit des journalistes de France-Info, auxquels je vais adresser bientôt une petite lettre ouverte. Puis l'on apprend que madame WOERTH est salariée d'un organisme de gestion des grandes fortunes, dont celle de madame BETTENCOURT. Le majordome de Liliane BETTENCOURT, abusant de la confiance de son employeur, enregistre à son insu des conversations privées entre elle et son avocat. Il apparaît dans ces conversations que Liliane a des comptes en Suisse qui ne semblent pas déclarés. Soyons clair, c'est inacceptable et je le dis tout haut. Elle a régularisé cette situation et c'est tout à fait normal. Toutefois je me demande comment ces enregistrements ont été transmis à une certaine presse et j'aimerais savoir si le majordome est syndiqué, si oui, à quelle organisation, et surtout s'il a monnayé son ignoble manège ? Ce serait intéressant de le savoir, et l'information doit être facile à obtenir. Je demande donc que l'on se renseigne sur ce point. Il est trop facile de se retrancher derrière la confidentialité. En l'occurrence elle ne serait que partielle puisque l'on connaît la source de ces informations dérobées.
-
Troisième temps. La presse insinue ensuite que madame WOERTH connaissait l'existence de ces comptes cachés, qu'elle a mis son mari au courant de la situation de façon à empêcher que le fisc ne se mêle d'un peu trop près de la question. Bien entendu, il n'y a pas la moindre preuve qu'il en a été ainsi et il est très difficile de prouver l'inexistence de ce qui n'a pas été. Mais le doute s'est installé durablement dans l'esprit du public. Fort justement (j'y reviendrai) madame WOERTH démissionne de l'organisme qui l'emploie. On révèle à peu près au même moment que monsieur WOERTH a décoré de la légion d'honneur l'avocat de madame BETTENCOURT. C'est la preuve, aux yeux des médias, de la collusion entre les deux hommes. VOLTAIRE disait, pour se moquer des savants qui faisaient des Égyptiens les précurseurs des Chinois : "Ils ont pu aller en Chine, donc ils y ont été". Le raisonnement de ces "journalistes" est de la même eau !
-
Quatrième temps de la manoeuvre : monsieur WOERTH a déjeuné avec le fils PEUGEOT. Bien entendu, ce déjeuner, aux yeux des journalistes, avait pour but de chercher un moyen d'éviter à monsieur PEUGEOT un contrôle fiscal destiné à vérifier l'origine de lingots d'or qui lui avaient été dérobés et dont l'origine aurait pu paraître douteuse. Estimé d'abord à 500.000 euros, le montant du vol est ramené à 150.000 euros (avant le déjeuner incriminé) ce qui, d'après les médias, permet à monsieur PEUGEOT d'échapper à ce contrôle. De plus, horresco referens, monsieur WOERTH aurait décoré de la légion d'honneur ce monsieur PEUGEOT ou l'un de ses proches (je n'ai plus en tête l'information précise). Donc c'est la preuve que monsieur WOERTH est intervenu en faveur de monsieur PEUGEOT. Il serait intéressant de savoir combien de lingots ont été dérobés, et ainsi de déterminer avec certitude le montant du vol qui aurait été surestimé par la police.
-
Le cinquième temps de la manoeuvre a commencé. On réclame des commissions d'enquête ; on affirme que la position de monsieur WOERTH est fragilisée (elle l'est certes par ces affreux, mais aucunement sur la pertinence de ses réformes). Et dans quelques jours, ou peut-être même aujourd'hui, on va réclamer la démission du ministre. Eh bien je dis à monsieur WOERTH : N'en faites rien ! Vous avez fait preuve de naïveté en acceptant que votre épouse gère ces grandes fortunes, et vous avez donné prise à un soupçon de conflits d'intérêt. C'est le seul point que l'on peut, en toute honnêteté, vous reprocher. Laissez les envieux, les haineux, et les imbéciles dégoiser et se déchaîner contre vous. Ce qui doit vous déterminer, c'est votre conscience. Or pour autant que je puisse juger l'homme sur ce qu'il a fait, dit et paraît, je crois que vous êtes un homme intègre, droit et très compétent.
-
Je rêve, je le sais, mais comme j'aimerais que dans l'opposition des gens se lèvent pour dire qu'ils désapprouvent ces procédés ! Ils gagneraient l'estime de nombreux concitoyens.

mardi 5 mai 2009

La providence fait bien les choses...

Je rentre après avoir passé six jours à Strasbourg. J'en ramène quelques livres que j'avais commandés à un libraire absolument délicieux de gentillesse et de science. Il s'agit de quatre ouvrages publiés à Lyon en 1822, chez Rusand, Imprimeur du Roi, consacrés aux oeuvres du Comte Joseph de MAISTRE. Contrairement à ce que nous enseignent les idées reçues, il nous faut savoir que monsieur de MAISTRE n'était pas français, mais sujet du Roi de PIEMONT-SARDAIGNE et qu'il est de souche savoyarde. Il fut ministre plénipotentiaire de ce monarque auprès de l'Empereur de RUSSIE et c'est pourquoi nous lui devons un ouvrage appelé Les Soirées de Saint Petersbourg. Ces soirées ne figurent pas, malheureusement, dans les quatre tomes en ma possession. En revanche, j'y trouve ceci que je trouve très propre à la réflexion :
Nos idées sur le bien et sur le mal, sur l'innocent et le coupable, sont trop souvent altérées par nos préjugés. Nous déclarons coupables et infâmes deux hommes qui se battent avec un fer long de trois pouce [comprenons ici le poignard d'un sicaire ou d'un assassin des ruelles] ; mais si le fer a trois pieds, le combat devient honorable [comprenons ici le duel à l'épée]. Nous flétrissons celui qui vole un centime dans la poche de son ami ; s'il ne lui prend que sa femme, ce n'est rien. Tous les crimes brillans [orthographe sic] qui supposent un développement de qualités grandes ou aimables ; tous ceux surtout qui sont honorés par le succès, nous les pardonnons, si même nous n'en faisons pas de vertus ; tandis que les qualités brillantes qui environnent le coupable, le noircissent aux yeux de la véritable justice, pour qui le plus grand crime est l'abus de ces dons (Considérations sur la France).
Le constat est plus vrai que jamais. Et c'est ainsi que l'on voit des hommes politiques comprendre la séquestration de cadres ou de dirigeants d'entreprise (quand des plans sociaux ne conviennent pas à ceux qu'ils concernent), et des cadres ou dirigeants d'entreprise comprendre des plans sociaux injustes (quand ils ne les concernent pas) et les mettre en oeuvre sans état d'âme.
Monsieur de MAISTRE est jugé ringard ; sa philosophie politique dépassée, parce qu'il a démontré de manière irréfutable l'erreur intellectuelle et morale que fut la Révolution ; mais il ne fait que dérouler implacablement les conséquences d'une pensée totalitaire, inhumaine, et radicalement liberticide. J'aurai donc souvent l'occasion de parler de monsieur de MAISTRE. Et je signale qu'un de mes lecteurs a fait un commentaire de mon billet du 27 avril en citant justement Joseph de MAISTRE, commentaire que je vous invite à lire. J'en reparlerai.

jeudi 5 mars 2009

Confucius dit des choses intéressantes

Je suis avec passion les cours que dispense au Collège de France le Professeur Anne CHENG. Spécialiste de l'histoire de la pensée en Chine, fille de François CHENG de l'Académie Française, elle traite cette année du renouveau confucéen en Chine, dans ses multiples aspects (politiques, médiatiques, intellectuels, éducatifs), très intriqués les uns dans les autres du reste. Elle a admirablement traduit les Entretiens (ou Analectes) de CONFUCIUS, et, bien entendu, je me suis précipité sur cette traduction. L'ouvrage se présente comme une suite de petits récits, de maximes, de dialogues entre le Maître et ses disciples. J'en extrais ceci qui me semble tout à fait d'actualité.
Livre IV, 11.
La Maître dit : L'homme de bien chérit la vertu, l'homme de peu les biens matériels. L'homme de bien porte en lui le sens de la loi, l'homme de peu ne pense que privilèges.
Livre VI, 16.
Nature qui l'emporte sur culture est fruste, culture qui l'emporte sur nature est pédante. Seule leur combinaison harmonieuse donne l'homme de bien.
Livre IX, 4.
Il y a quatre choses dont le Maître était exempt : les idées sans fondement, les affirmations catégoriques, l'entêtement et l'égocentrisme.
Livre XII,8.
[...] La culture est tout aussi importante que la nature, de même que la nature n'est pas moins importante que la culture ; une fois le poil raclé, la peau d'un tigre ou de léopard ne vaut pas plus qu'une peau de chien ou de mouton.
On n'en finirait pas de citer toutes ces petites séquences, très vivantes, très riches d'enseignements moraux, d'une morale pratique. On aimerait que nos hommes politiques et les élites économiques ou intellectuelles s'inspirassent de cette pensée-là, à défaut d'aller plus profond : ils n'offenseraient point la sacro-sainte laïcité à la française, et ils retrouveraient souvent, sans le savoir, des préceptes de vie tout à fait évangéliques. C'est ainsi que, désireux, en tout cas j'aime à le croire, d'être des hommes de bien, les grands patrons ne se crisperaient pas sur leurs privilèges de bonus et de stock-options, les syndicalistes sur des privilèges tenant à leur statut et ne défendraient ceux des leurs qui violent délibérément la loi ; les intellectuels et les journalistes réfléchiraient à deux fois avant de soutenir des initiatives innovantes dans le domaine moral, en se souvenant que si l'homme est un être de culture, il a aussi une nature qu'il convient de connaître et d'étudier, et qu'il inutile de l'ignorer si l'on tient à faire progresser la société, à défaut de le vouloir pour l'humanité ; les idéologues patentés de tous poils se garderaient d'affirmations dépourvues de fondement et assénées du haut de leur système d'idées toutes faites ; les médias ne ridiculiseraient pas la vertu. Tout cet enseignement confucéen est sain, protecteur de la société ; il voit le long terme et l'intérêt de l'humanité entière.
Lisez, toute affaire cessante, les Analectes de CONFUCIUS. C'est une excellente introduction à la lecture de la Bible.

lundi 5 mai 2008

A la mémoire de Pierre Bérégovoy

Ce n'est pas un mystère pour mes lecteurs, je ne suis pas socialiste. Mon refus d'adhérer à cette idéologie est fondé sur une réflexion personnelle que je mène depuis des années. Je n'en suis que plus à l'aise pour évoquer aujourd'hui la mémoire d'un honnête homme, assassiné par les médias. La chaîne parlementaire a consacré hier soir une émission à ce militant intègre, autodidacte, proche des humbles et sympathique. Autour de la table : monsieur François LONCLE qui fut ministre du gouvernement BEREGOVOY, Gérard CARREYROU - dont je découvre avec stupeur et admiration qu'il fut militant du PSU, et ami de Pierre BEREGOVOY et qui n'a jamais laissé paraître, quand il officiait comme journaliste, ses appartenances partisanes - et Marc BLONDEL, lui aussi un ami de longue date du premier ministre défunt.
Un documentaire fort bien fait raconte les derniers mois de la vie politique de Pierre BEREGOVOY. On y entend un journaliste du Canard Enchaîné (journal qui a lancé toute l'affaire du prêt), dire avec un culot sans égal que le Premier Ministre n'avait aucune raison de s'en faire puisque le prêt était contracté de manière tout à fait régulière, et le sinistre Edwy PLESNEL (orthographe non garantie) ne rien regretter de ses écrits, lui qui pendant sa carrière n'a cessé de tremper sa plume dans le fiel pour démolir tous ceux qui ne lui revenaient pas, et de jouer la "vérité" journalistique" contre les intérêts de son pays (cf. l'affaire du Rainbow Warrior) au mépris de la prudence et de la vérité factuelle. Au journaliste du Canard, que dire ? Sinon qu'on ne voit pas d'autre intérêt à la dénonciation d'un prêt régulier que celui de nuire à un puissant pour compenser la propre médiocrité du dénonciateur. Quant à monsieur PLESNEL, dont il semble me souvenir qu'il a été remercié du journal Le Monde, le mieux est de l'ignorer. Qu'il continue de baigner dans son amertume et de ruminer la perte de sa capacité de nuisance !
Plusieurs faits : le prêt de monsieur BEREGOVOY était parfaitement légal, contracté devant notaire et enregistré. Monsieur PELAT, un homme autrement moins transparent, avait le droit de consentir à prêter sans intérêt à un homme qui était son ami. Monsieur BEREGOVOY, non seulement n'a jamais aidé monsieur PELAT à investir en Corée du Nord avec le soutien de l'Etat - il n'était pas en état de le faire au moment où ce soutien a été accordé, et on a laissé dire que ce prêt était la contrepartie de son soutien ! - mais il avait manifesté son opposition quelques mois auparavant à cette opération alors qu'il était ministre. Toute cette affaire est montée par des spécialistes de la manipulation médiatique, sans aucun respect des faits et des personnes. Pierre BEREGOVOY s'était fort justement inquiété pour la démocratie d'une telle dérive.
Quelques remarques. Gérard CARREYROU a souligné combien, après la débâcle électorale de mars 1993, le silence du Président MITTERRAND envers son premier ministre, et l'évitement que les anciens courtisans manifestaient à l'égard de ce dernier dans la salle des Pas Perdus de l'Assemblée, avaient été douloureux, insupportables à un homme qui avait lutté de toute ses forces contre la corruption et qu'on avait accusé d'y avoir succombé. Monsieur LONCLE a contesté le silence présidentiel et prétendu qu'un rendez-vous avait été convenu le lundi suivant la disparition du Premier Ministre. Monsieur CARREYROU a maintenu sa dénégation. Monsieur LONCLE, ensuite, a fort justement souligné qu'on ne pouvait en un an redresser une situation politique et économique compromise. Quant à monsieur BLONDEL, il a révélé, ce qu'il avait tu jusqu'ici, que Pierre BEREGOVOY savait que la situation était politiquement désespérée pour le PS, et qu'on l'avait appelé pour cette raison au poste de Premier Ministre.
Voilà comment des médias peuvent disposer de l'honneur et de la vie d'un homme intègre. Il faut s'en méfier, accueillir leurs nouvelles et leurs analyses avec du recul, confronter les opinions diverses, et toujours partir des faits, et non des idées.
La ressemblance avec la présente situation du Président de la République est frappante. Monsieur LONCLE devrait rappeler à ses amis qu'on ne juge pas des résultats d'une politique sur un an. Monsieur BLONDEL devrait leur dire que la mise en cause injuste d'un homme politique peut être mortelle, et monsieur CARREYROU, qui avait proposé à monsieur BEREGOVOY de venir s'expliquer à la télévision le soir même de la révélation du Canard, après qu'il avait rencontré son ami à Matignon le matin même, devrait dire aux socialistes de ne pas trop insister sur la collusion des actuels journalistes de télévision avec les actuels hommes politiques.

mardi 1 avril 2008

La fin et les moyens : morale et politique

Nous nous sommes rencontrés au Collège de France où cet étudiant iranien suivait, comme moi, les cours du Pr KELLENS consacrés à certains aspects du Panthéon avestique et de l'Avesta, le livre sacré des zoroastriens dans la Perse antique. Touché de l'intérêt que je portais à son pays, cet auditeur (qui prépare une thèse sur l'Avesta) m'a fait récemment cadeau d'un recueil de contes, colligés et mis en forme par le très célèbre poète persan Mawlana Djalâl al-dîn Rûmî, mort en 1273 de notre ère. Rûmî appartient à l'école de pensée soufie, c'est un sage, un homme pieux, un mystique. Voici donc, de cet auteur, un petit apologue que les électeurs et citoyens français devraient méditer avant de porter un jugement sur les hommes politiques et d'aller voter :
"Un jour, dit ce petit conte, un sultan se rendit à la mosquée. Ses gardes lui ouvraient le chemin en frappant la foule à coups de bâton. Ils tapaient les gens sur la tête et lacéraient leur chemise. Un homme ne put s'échapper à temps et reçut ainsi une dizaine de coups de bâton. Il s'adressa alors au sultan :
Ne t'occupe donc pas des tortures cachées ! Vois plutôt les tortures apparentes. Vois ce que tu fais pour aller à la mosquée, c'est-à-dire pour faire une bonne action. Qui peut dire de quoi tu seras capable le jour où tu décideras de commettre une mauvaise action ?"
In
Djalâl al-dîn Rûmî,
Le Mesnevi, 150 contes soufis, choisis par Ahmed Kudsî ERGUNER et Pierre MANIEZ. ("Spiritualités vivantes". Collections dirigées par Jean-Marc MOUTTAPA et Marc de SMEDT.)
Albin Michel, Paris, 1988.
Quand je vois tous les croche-pieds que se font les uns aux autres les hommes politiques, les embûches qu'ils se tendent, soit pour prendre de vitesse un concurrent, soit pour terrasser un adversaire, dans le louable but de prendre le pouvoir et d'appliquer enfin leur recette du bonheur pour tous, je ne puis m'empêcher de penser aux terribles moyens qu'ils pourraient utiliser s'il leur venait à l'esprit de vouloir réduire au silence toute opposition, une fois parvenus à leur but.
Je vous invite à observer soigneusement la scène politique : on peut s'attendre à quelques épisodes piquants dans la lutte qui oppose madame ROYAL à monsieur DELANOE. Il en ira de même à droite où monsieur DEVEDJIAN a quelques craintes à avoir quant à son maintien dans les importantes fonctions qu'il occupe à l'UMP.
Il est impossible de dissocier morale et politique. Je vois bien qu'en disciples de MACCHIAVEL, les politiciens de tout bord font leur miel de la maxime "Ad augusta per angusta". J'ai pour eux une méfiance instinctive. Mes préférences iraient plutôt aux hommes vertueux. Il y en a eu (par exemple un Edmond MICHELET). Ils sont rares. Si nous n'étions point obsédés par les résultats, nous prendrions les bons moyens pour y arriver, et non les mauvais. Car la quête de la justice de Dieu est un préalable absolu à toute forme de bonheur.

dimanche 16 mars 2008

Le progressisme, hélas ! Et sa victoire annoncée

J'ai déjà eu l'occasion de discuter avec vous de quelques propositions présentées par Henri HUDE dans son livre remarquable "Éthique et politique" [Éditions Universitaires, Paris, 1992]. En ce jour qui nous promet la très vraisemblable victoire de "la goooche", je voudrais vous explique mon opposition fondamentale au progressisme, dont le socialisme est un avatar historiquement incarné. Et pour cela, je vais reprendre l'argumentation de ce philosophe.

"Mais voici, dit-il, l'argumentation du progressiste : 'Chaque liberté individuelle est en effet souveraine dans ses évaluations. Mais elle doit admettre que les autres libertés individuelles le sont aussi. C'est pourquoi nous n'aboutissons nullement à une société de force, mais à une société de droit, où chacun a la possibilité d'affirmer ses propres valeurs dans le respect de celles des autres. Quant à l'Etat et aux lois, ils sont là pour assurer à chacun l'usage de son droit d'évaluation souveraine, dans le respect de celui d'autrui'.

Je réponds. Quelle raison y-a-t-il (en dehors du bon sens et de l'équité naturelle, que j'admets mais qu'il n'admet pas) pour soutenir qu'il faudrait universellement respecter l'arbitraire de l'un à se modérer, et à respecter l'arbitraire de l'autre ?

Il m'est parfaitement possible de reconnaître que l'autre est aussi souverain que moi en matière d'évaluation, et de constater en même temps que la réalisation de ses valeurs empêche ou limite celle des miennes. Par suite, je puis décider de lutter contre lui et de le comprimer énergiquement, afin de me réserver une possibilité maximale d'expression de mes propres évaluations. Et je puis même admettre une règle de réciprocité puisque je ne prétends nullement empêcher l'autre de tenter de me réprimer comme je m'efforce moi-même de bloquer son expression par tous les moyens.

Si par contre j'admets comme DES VALEURS EN SOI (c'est moi qui souligne), le principe de modération et de réciprocité, j'en fais des parties intégrantes d'une valeur, la JUSTICE (idem), que j'ai à reconnaître et non à décréter. Si donc je prétends que ma règle d'évaluation arbitraire aboutit à un état de droit, c'est parce que je reconnais à mon insu, et de manière tout-à-fait illogique, certaines valeurs objectives, universellement normatives, et indépendantes de mon arbitraire individuel. C'est donc ce qui en moi n'est pas rationaliste qui m'empêche de devenir le fasciste que je devrais être."

Ce texte remarquable décrit la contradiction dans laquelle se débat le socialisme. Ses chantres récusent l'ordre moral, mais comme il leur faut pour gouverner une régulation juridique, il faut des normes (qui fluctuent, j'en conviens) perçues comme universelles, en fonction desquelles se déterminent ses juristes. Il en résulte, ce que nous vivons à un paroxysme insoutenable dans notre pays, un individualisme forcené (la souveraineté du libre arbitre), et une accumulation de normes juridiques, contraignantes, arqueboutées sur des valeurs reconnues universelles, et qui n'est jamais à l'heure actuelle "qu'une valeur posée par plusieurs individualités". Ainsi le combat actuel pour le pouvoir est la lutte d'un clan contre un autre, qui a pour seul but et seul effet d'imposer par la force un système de valeurs qui n'est fondé que sur l'arbitraire individuel.

Strasbourg, Toulouse, Marseille peut-être, vont sans doute être gérés par des équipes qui se réclament de cette philosophie progressiste. Ce ne sera jamais que la revanche d'une violence sur une autre violence. Tant que nous n'aurons pas admis qu'il existe des normes morales, non transcendantes certes, mais universelles, trans-historiques et trans-spatiales, nous n'aurons pas beaucoup fait avancer les choses. Les progressistes en cette matière ont une longueur d'avance sur les conservateurs en matière d'arbitraire politique et de non droit, car "la seule valeur reconnue dans ce système, c'est l'arbitraire individuel". Je vous invite, ce soir, à réfléchir, et à pleurer sur l'avenir de notre patrie.

jeudi 6 mars 2008

Un bel article de Michel Rocard

Le Monde a publié dans son numéro d'hier, un très bel article de Michel ROCARD. Intitulé "Tous derrière Laurence PARISOT", il dit des choses essentielles sur le rapport de la morale, de la politique et de l'économique. (L'article m'a été envoyé par ce proche, fidèle et attentif lecteur de mes billets.) Le voici dans son intégralité :
"Point de vue
Tous derrière Laurence Parisot !

Le 28 mai 1890, Jean Jaurès publiait dans La Dépêche du Midi un superbe éditorial qu'il titrait "Patrons français, soyez fiers de l'être". Dans cet hymne à tous ceux qui exercent la difficile fonction de direction dans l'art de produire, il dit à la fois son admiration et son intelligence profonde de leurs risques, de leurs difficultés et de leurs peines. Il fixait en même temps, on l'a trop oublié, la ligne générale de la social-démocratie internationale dès lors que celle-ci a abandonné l'idée de remplacer le capitalisme et sa brutalité mais aussi l'économie de marché par l'administration centralisée de l'économie plus ou moins appuyée sur l'appropriation collective des moyens de production et d'échange.

Assurant la liberté d'entreprendre, de produire et de commercer, l'économie de marché est à la fois le point d'ancrage et la garantie de la liberté tout court dans notre civilisation. Elle est vieille de plus de trois mille ans. Vieux, lui, d'à peine plus de deux cents ans, le capitalisme y a ajouté – par la machine et l'épargne collectivement utilisée – un système de production de masse inouï dont on n'a jamais inventé ni l'équivalent ni le substitut.

Dès la fondation du capitalisme, nombreux furent ceux qui remarquèrent qu'il avait d'autant plus besoin d'éthique qu'il avait moins besoin de règles. Les créateurs de la théorie économique qui l'encadrait étaient presque tous des moralistes : Adam Smith, David Ricardo, François Quesnay… Et l'un des plus rudes patrons industriels de la première moitié du XXe siècle, Henry Ford, estimait que la capacité du capitalisme à éviter les règles étatiques paralysantes était directement liée à sa capacité de s'imposer une éthique exigeante. Notamment, par exemple, le principe qu'un patron ne saurait se payer plus de quarante fois le salaire moyen de ses salariés. Cette règle fut respectée jusque vers les années 1990.

Il est utile de se souvenir de tout cela quand explose en France le scandale de l'UIMM, aggravé du scandale de l'indemnité de départ de Denis Gautier-Sauvagnac – vingt-six fois le salaire annuel d'un agrégé de l'université – et compliqué du refus de la fédération patronale de la métallurgie d'accepter la remise en ordre exigée par la présidente du Medef, Laurence Parisot. Cette très efficace et droite présidente de PME a bien compris que l'affaire était essentielle. A l'évidence, il y a du souci à se faire si le système devient illégitime et inacceptable. Mais il y a beaucoup plus. Cet incident survient à un moment où tous les pronostics de croissance économique sont révisés à la baisse, où une crise bancaire et financière fait rage, bref où il semble que nous entrions dans une récession mondiale.

L'ouverture de la crise se fait dans le secteur des prêts hypothécaires américains. Elle est le résultat d'une technique bancaire nouvelle consistant à prêter massivement de quoi devenir propriétaire de son logement à toute une population aux revenus moyens ou faibles, sans se soucier des possibilités de remboursement. L'espoir du gain pour les prêteurs n'est plus fondé sur le paiement des loyers, mais sur la valeur des maisons que l'on expropriera et revendra autant que nécessaire. Un million trois cent mille Américains ont été ainsi expropriés ces deux dernières années et trois millions d'autres sont menacés. L'effondrement du système traduit la résistance sociale à cette situation. La rapacité bancaire s'est là débarrassée de tout scrupule découlant du fait que ses victimes étaient des êtres humains. La cause majeure de la crise est clairement l'immoralité.

Deuxième élément. Les détenteurs de ces créances douteuses savaient fort bien que les titres dont ils s'étaient ainsi rendus propriétaires étaient frelatés. Plutôt que d'analyser, de provisionner et de soumettre le tout aux régulateurs nationaux ou aux agences de notation, ils ont préféré mélanger ces titres avec d'autres, moins incertains, pour revendre dans le monde entier de tels paquets de crédits, dont le mélange avec des crédits dérivés assurait l'opacité totale. C'est une deuxième immoralité massive, également liée à l'esprit de lucre. Et c'est ainsi que toutes les grandes banques de la planète ont vu leurs bilans infestés de créances incertaines dont le montant est imprévisible : on parle de centaines de milliards de dollars. Les banques se sont mises à se méfier les unes des autres, et donc ne se prêtent plus, ce qui est le mécanisme même de l'aggravation de la crise financière en même temps que de sa transmission à l'économie physique, réelle. Ainsi nous acheminons-nous vers une récession aux proportions incalculables.

Troisième élément. Tout cela n'aurait peut-être qu'une gravité limitée à la seule sphère financière si au même moment nous ne rencontrions pas les prodromes d'une crise économique. De 1945 à 1975, le capitalisme reconstruit d'après-guerre, parce que sérieusement régulé, a connu dans le monde développé une croissance régulière et rapide (5% par an), une absence complète de crises financières internationales et surtout le plein-emploi partout.
Depuis les années 1990, la croissance est molle, inférieure de plus de moitié aux scores de l'ère précédente, les crises financières régionales ou mondiales se multiplient, et le quart de toutes nos populations sont soit au chômage, soit en travail précaire, soit encore exclues du marché du travail et tout simplement pauvres.
La principale cause de ce drame planétaire est le réveil de l'actionnariat. Celui-ci, plutôt maltraité de 1945 à 1975, s'est réveillé et puissamment organisé en fonds de pension, fonds d'investissements et fonds d'arbitrage ou hedge funds. Il a pris souvent le pouvoir et toujours de fortes minorités dans toutes les grandes entreprises de la planète. Il a partout pressuré les revenus du travail pour assurer de meilleurs dividendes. En trente ans, la part des revenus directs et indirects du travail a perdu près de 10% dans le partage du PIB dans tous les pays développés au bénéfice du profit et non de l'impôt.
La stagnation des salaires réels, l'externalisation des tâches vers des PME sans syndicats et soumises à l'aléa des renouvellements de contrats, la multiplication des contrats précaires et bien sûr la multiplication des OPA, moyens de soumettre les directions à l'obligation de mettre en œuvre ces pratiques, sont les diverses formes de diffusion de ces politiques. La baisse des revenus salariaux dans le PIB est celle des revenus les plus disponibles pour la consommation, qui, faute de moteur, devient faible. C'est l'essentiel de nos classes moyennes supérieures, qui, via les placements boursiers, a mis ses espoirs dans le gain en capital et non plus dans le résultat du travail. Nouvelle immoralité.

Quatrième élément. Les générations d'aujourd'hui deviennent âpres au gain. On a appris il y a deux ans comment les grandes banques ne peuvent actuellement éviter de surpayer leurs traders : ils s'en vont en Asie. Jérôme Kerviel a même démontré comment on pouvait être désintéressé pour soi-même en servant, jusque dans la démesure, un système fou d'accaparement. Les indignités cumulées d'un Antoine Zacharias [ancien PDG de Vinci qui a perçu 13 millions d'indemnités] ou d'un Noël Forgeard [ex-président d'EADS parti avec une prime de 8,5 millions d'euros], ou celles de l'UIMM sont presque peu de chose comparées à ce qui se passe ailleurs. Siemens, Volkswagen et la Bundespost sont confondues de corruption ou de fraude fiscale. Le nombre de sociétés en délicatesse avec la justice pour cause de trucages comptables, de délits d'initiés ou d'abus variés devient inquiétant. Nombre d'entre elles sont poussées à ces délits par leurs propres cadres.

Pour moi, la cause est entendue : le capitalisme sombre sous l'immoralité. Nous sommes en train de découvrir qu'il risque techniquement d'y succomber. Tel est le contexte de l'affaire de l'UIMM. Ne sourions pas de ce combat sans merci interne à une catégorie de gens à laquelle nous n'appartenons pas : les riches. Le problème est que leur voracité menace le système lui-même dans lequel nous vivons. Le combat de Mme Parisot nous concerne donc tous : il ne s'agit pas seulement de redonner sa dignité à un système qui en a bien besoin, mais surtout de lui permettre de revenir à un fonctionnement efficace et régulier. Nous avons choisi la libre entreprise. Elle exige de bons patrons, respectables et intègres. Sans éthique forte, il n'y a plus de capitalisme. Il va probablement devenir nécessaire que la règle publique y pourvoie."

Vous noterez que Michel ROCARD est un des rares hommes politiques à parler de morale, et d'éthique. C'est un de mes dada. Il cite JAURES. C'est un des rares socialistes qui soient aussi un humaniste et accorde à la Parole autant de poids qu'aux chiffres. J'en ai déjà parlé dans les billets. Il condamne le goût du lucre. N'ai-je pas dit et redit combien cet appétit de l'argent caractérise notre siècle ? Je me demande comment MM MESSIER avant-hier, FORGEARD hier, et GAUTIER-SAUVAGNAC aujourd'hui peuvent se regarder dans une glace sans rougir. Quel est le service rendu à la Société qui mérite de telles indemnités ? En vérité, nous sommes dans une démesure telle que nous en avons le vertige. Et si la loi est obligée de suppléer au manque de morale, c'est parce que, dans notre pays tout particulièrement, on en abandonné l'enseignement sous la pression des contempteurs de "l'ordre moral", et de la liberté à tout crin. Mais il faut un peu de cohérence à ces messieurs-dames. Si en matière de moeurs et de comportement, tout est permis, pourquoi tout ne serait-il pas permis en matière d'économie ?

dimanche 24 février 2008

Vous Nous avez faits pour Vous...

"Vous Nous avez faits pour Vous, Seigneur, & notre coeur est inquiet, jusqu'à ce qu'il se repose en vous" dit Augustin d'Hippone dans ses Confessions (Livre I, chapitre I).
L'abbé GROU, un ecclésiastique du XVIIIe siècle, commente ce texte d'une manière qui me semble très pertinente ; j'en extrais ce court passage : "Tant que nous avons fait notre Dieu des richesses, des plaisirs, des honneurs ; tant que nous avons prétendu y trouver notre béatitude, jamais nous ne l'y avons rencontrée. Une voix intérieure nous criait : ton bonheur n'est pas là ; tout cela ne te remplit pas ; tes désirs vont toujours au-delà de ce que tu possèdes ; ton coeur ne cesse de demander ; et tout ce que tu lui donnes, ne fait qu'irriter ta faim. Tu as eu, il est vrai, quelques moments d'ivresse ; mais est-ce dans l'ivresse, dans l'aliénation de la raison, qu'est le bonheur d'un être raisonnable ?"
Il est intéressant de noter qu'au tout début du commentaire, avant l'extrait que je viens de citer, l'abbé GROU dit ceci : "Cette sentence est le premier Principe de la Morale ; & elle rend raison des agitations du coeur humain..."
J'invite monsieur Julen DRAY, dont j'ai vigoureusement critiqué l'appel a combattre "une vision religieuse de la société", à se poser les questions qu'a si bien formulées l'abbé GROU. Trouve-t-il plénitude et sens dans le seul combat politique ? Et s'il lui advenait d'être battu aux élections, comment réagirait son coeur ? N'a-t-il jamais fait, ne fût-ce qu'un instant, l'expérience terrible de la vanité des succès, de la possession, des plaisirs ? Voilà qui me paraît impossible. Et voilà pourquoi il me semble que ces interrogations essentielles doivent porter toute vision, tout projet, toute action politiques. Il n'est pas demandé aux politiques d'y apporter des réponses toutes faites. Il leur est demandé de permettre à leur frères et soeurs en humanité de se les poser. Et ceux-ci ne le peuvent que si les besoins élémentaires de leur nature sont satisfaits. C'est là, la justification fondamentale des exigences de justice sociale : permettre à tout être humain de se poser les vraies questions : celle du sens de sa vie, celle de sa fin, celle de son bonheur. Il ne le peut que si les exigences de sa nature sont satisfaites.
Citations tirées de l'ouvrage ci-dessous :
Abbé GROU.
Morale tirée des Confessions de S. (sic) Augustin.
Tome premier. (Chapitre premier, page 5)
A Paris, Chez Mérigot, jeune, Libraire, Quai des Augustins, au coin de la rue Pavée, 1786. (Je possède ce livre dans ma bibliothèque.)

lundi 7 janvier 2008

Climat

Il règne sur notre pays, actuellement, un mauvais climat : une excessive et indiscrète, pour ne pas dire impudique, publicité faite à la vie privée du Président de la République, une absence totale de contre-propositions crédibles de l'opposition, une exacerbation des mauvais corporatismes (car il en est de bons), tout cela ne libère pas notre créativité, ne stimule pas notre économie, ne nourrit pas notre culture. Il faudrait si peu de choses pour que notre pays, ô combien créatif - et cette qualité lui est reconnue par nombre d'étrangers - sorte de son marasme intellectuel ET SURTOUT MORAL. Quand se résoudra-t-on, enfin, à réintroduire la formation à la vie morale dans nos écoles, collèges et lycées ? JAURES, qui fut professeur de morale à l'Université de Toulouse, et ceci avant la séparation de l'Église et de l'Etat, fut un grand homme, POUR CELA SEUL qu'il avait mis les injonctions de sa conscience avant celle de la mode, du pouvoir, et de l'influence. Il en est mort. Il serait effaré de voir dans quel état se trouvent réduites les consciences contemporaines. Et qu'on ne vienne pas me chanter "Pas d'ordre moral", comme si le dévergondage des moeurs, de la culture et de la pensée n'imposait pas un autre ordre, moral lui aussi, mais déconnecté de toute réflexion.
Et ce qui est fondamental, c'est bien de savoir si l'individu doit être au centre de cette réflexion, ou si, au contraire, il doit se situer comme sujet social, en RELATION avec ses frères en humanité. Voilà ce qui justifie, et rien d'autre, l'interdiction de fumer dans les espaces publics. Il n'y a pas lieu d'imposer aux autres des modes de vie qui seraient préjudiciables à leur santé. Idem pour la limitation de vitesse. Nous n'entrerions pas dans une société du contrôle et du soupçon, du judiciarisme et du légalisme, si nous ajustions nos comportements de façon à respecter autrui.
Et puis zut, j'en a assez de me voir assailli d'images provocante, de films violents, de romans ou de pièces pornographiques, ou au titre plus ou moins provocateurs (Le monologue du Vagin, La vie sexuelle de Catherine Meillet, par exemple). Et même pas zut, merde ! Il est difficile de vouloir la vertu comme le plus grand bien qui nous soit offert. Qu'on ne vienne pas nous polluer la sensibilité, l'intelligence et la volonté tendues vers elle, par ces délétères initiatives. Je ne soutiens pas les Ligues de vertu. Mais je ne vois pas pourquoi on me forcerait au nom de la modernité à soutenir celles du vice.