samedi 14 juin 2008

L'Europe en crise, vraiment ?

Après le rejet du Traité de Lisbonne par les Irlandais, les journaux écrits et parlés titrent avec un air de catastrophe : L'Europe en crise. Je crois qu'il n'en est rien et qu'il serait plus judicieux de dire : Une certaine idée de l'Europe en crise.
Pour comprendre ce que cela veut dire, il suffit de se rapporter à un passé récent ou relativement récent et de rapporter quelques faits. Les Norvégiens ont refusé, à deux reprises, d'adhérer à l'Europe ; les Irlandais ont refusé de voter la première mouture d'un traité qui instituait l'Union Européenne ; ils ne l'ont accepté qu'en deuxième lecture et après des modifications qui satisfaisaient certaines de leurs exigences ; les Danois n'ont pas intégré le système monétaire de l'Euro, pas plus que les Anglais ; les Français, puis les Néerlandais, ont refusé de voter le Traité Constitutionnel. Ça fait beaucoup de monde. Voilà qui aurait dû alerter les hommes politiques. Quand de nombreuses nations regimbent à rentrer dans un système sorti tout droit du cerveau de fonctionnaires irresponsables, non élus, anonymes (car ce sont eux qui mettent en musique juridique les conclusions des politiques, complètement débordés par le sujet), il faut s'interroger et se demander pourquoi.
Dans le cas des Irlandais, la chose est simple. Cette nation a failli disparaître. Elle a conquis chèrement sa liberté sur les Anglais qui l'avaient colonisée, et qui avaient réduit à la pauvreté et à l'esclavage, avec une brutalité inouïe (on séparait les enfants de leurs parents, par exemple) sa population. On comprend qu'ils se méfient de tout ce qui pourrait attenter à une identité si malmenée par l'histoire. Pour les Français, il en va de même. On ne réduit pas la plus anciennement constituée des nations européennes à un strapontin de Commissaire aux Transports, octroyé du bout des lèvres par un Président qui parle à peine notre langue. On ne joue pas avec l'histoire et avec le sentiment d'appartenance. Je reconnais la grandeur de la nation portugaise, son goût des aventures maritimes, son courage antique. Mais enfin monsieur BARROSO n'aurait pas dû nous offenser ainsi.
Il faut bien comprendre que les peuples n'acceptent pas de se voir régenter par une cohorte de plumitifs bruxellois, qui entendent nous imposer la largeur des pneus, le diamètre des pommes, l'étiquetage de nos produits alimentaires, et leur composition (ah ! l'histoire du chocolat !), et jusqu'à nos moeurs mêmes, et qui sournoisement nous imposent une langue unique, l'anglais, langue admirable certes, mais qui n'est pas la nôtre ni, souvent, celle des rebelles (quand bien même, je dois l'avouer, par métier, j'ai dû la pratiquer, et je l'écris et la lis tout comme le français).
D'où vient cette erreur de perspective ? Hélas je crains qu'elle ne vienne de nos propres philosophes des Lumières, et de leur système de pensée, qui s'est imposé quand la France et sa langue dominaient l'Europe. C'est un juste retour de bâton que d'être puni par où l'on a péché.
Je vous ai dit que le mal avait commencé de prendre racine sous la Régence avec les décisions cyniques et injustes du Régent. Voici un exemple qui vous illustrera ce que je veux dire : DUCLOS, dans ses mémoires secrets dit ceci. L'amour de ma patrie ne me rendra pas partial, ni me fera trahir la vérité ; mais je rendrai service à une province [ndt : la Bretagne] noblement attachée au Roi, et qui réclamait contre la violation de ses privilèges. Les peuples les plus jaloux de leurs droits sont les plus attachés à leurs devoirs ; et le mécontentement des Bretons était fondé dans son origine. Les États [sous-entendu : de Bretagne] voulaient faire rendre compte à MONTARAN, leur trésorier : rien n'était plus juste, et n'intéressait moins l'Etat : le Régent devait, au contraire, approuver une conduite si régulière. Malheureusement pour la Province, MONTARAN avait un frère capitaine aux gardes, gros joueur et fort répandu. Un tel sujet est homme intéressant à PARIS. Il employa le crédit de plusieurs femmes, qui prouvèrent clairement qu'on devait beaucoup d'égards au frère d'un homme si utile à la société ; et les États eurent le démenti de leur entreprise. On embastilla les gentilshommes bretons, on envoya à NANTES une commission pour instruire le procès des accusés. Et le Régent poursuivit sa vie de débauche à PARIS.
Il y a là exactement les mêmes ingrédients que ceux dont nous discutons ici. Remplacez PARIS par BRUXELLES, transposez Trésorier des États à Haut Fonctionnaire, accointances familiales à complicités d'affaires, pressions de ces dames à pression des lobbies, et vous aurez la même structure politique. Pour notre malheur, le Régent était du parti des Philosophes, et les Bretons furent réduits a quia, ce que n'aurait JAMAIS fait un Roi. Le même DUCLOS l'explique et j'y reviendrai dans un prochain billet.
Comme quoi, l'histoire est un éternel recommencement. L'Europe n'est pas en crise. C'est leur idée bruxelloise qui l'est. Le Général avait raison, une fois de plus. Que n'est-il là pour remettre sur la bonne voie le bateau ivre ? Car l'Europe existe, et elle a une vocation historique. Ce qui la construit, c'est une immense diversité, une culture très riche, une histoire mouvementée mais qui fait converger ses peuples vers l'entente et la concorde.
Plutôt que de nous imposer l'anglais, la Commission devrait suggérer que tout locuteur d'une langue latine possédât une langue anglo-saxonne et une autre langue (latine ou slave), que tout locuteur anglo-saxon en fît de même (une autre langue anglo-saxonne, et une langue latine ou slave), que tout locuteur d'une langue slave utilisât une autre langue slave et une langue latine ou anglo-saxonne. Voilà qui permettrait un début d'inter-compréhension, et non point l'unification de la pensée et la rentrée dans une indifférenciation culturelle grosse de violences. (J'y reviendrai avec René GIRARD).

vendredi 13 juin 2008

Le bon sens de soeur Emmanuelle

Soeur Emmanuelle (il est inutile de la présenter) va avoir bientôt cent ans (le 16 novembre). Elle a la tête sur les épaules, et elle dit tout crûment un certain nombre de vérités au journaliste de Métro qui l'interroge aujourd'hui. Excellent article au demeurant. J'en critiquerai simplement le chapeau ; on y déclare que soeur Emmanuelle a consacré sa vie à aider les plus démunis. Non, soeur Emmanuelle a consacré sa vie à aider les pauvres.
A la question que je résume et qui porte sur l'immigration, soeur Emmanuelle répond ceci (et, sans me vanter, je ne cesse de dire la même chose dans les billets que je consacre à cette question) :
Tant que l'on aura pas compris qu'il faut aider les populations à s'en sortir, on n'évitera jamais qu'une horde d'homme affamés cherchent à survivre dans les pays riches. Au lieu de mettre un barrage pour qu'ils n'entrent pas, de repousser les immigrés qui ont fait le voyage, il faut les aider chez eux à se développer par tous les moyens. C'est absurde, en France on donne de l'argent aux paysans pour qu'ils vendent moins cher, mais cela ruine l'agriculture du tiers-monde. Il faut arrêter de se mettre un bandeau sur les yeux.
C'est l'évidence même. Je n'ai jamais cessé de dire que pour lutter contre la pauvreté des pays du tiers monde, il faut payer leurs produits au prix où nous exigerions, nous, qu'ils le fussent si nous en étions les producteurs. Ceci revient à dire que nous devons accepter de payer le café, le cacao, ou les matières première à un prix raisonnable, en jugulant la spéculation des intermédiaires ; ils se payent grassement en ne faisant que téléphoner leurs ordres d'achat, et sans jamais voir la marchandise qu'ils achètent et revendent. Est-ce vraiment cela, travailler ? La vie augmenterait ? Peut-être, mais pas sûr, et l'on épuiserait moins vite les ressources de la planète, on limiterait l'afflux de miséreux qui cherchent à survivre (et c'est leur devoir) et le développement de la violence et du crime dans les pays qui les voient affluer car ceux-ci ne font rien pour enrichir les pays d'où ils viennent.
A la question : "Vous dites souvent que le développement, ce n'est pas l'assistanat..", soeur Emmanuelle répond
L'assistanat, c'est horrible. Je suis tombée dans le panneau la première fois que j'ai travaillé avec les chiffoniers du CAIRE. J'allais tous les sortir de là ! Quelle erreur... Il fallait d'abord écouter leurs souffrances et leurs désirs. Maintenant, mon association les aide sur un pied d'égalité. Nous, Européens, nous ne sommes pas supérieurs aux autres. Dans chaque pays pauvre, il y a des trésors, des forces, des envies. Dès qu'on leur tend la main, qu'on marche ensemble, en cordée, en respectant les identités, on obtient des résultats extraordinaires.
Ce qui me paraît tout à fait intéressant dans ces propos, c'est que soeur Emmanuelle parle d'identité, et en reconnaît l'importance. Ce qui est vrai pour les chiffonniers du CAIRE me semble être vrai aussi pour les Français : nous avons aussi une identité, et nous ne pouvons ni la renier, ni la tordre. C'est pourquoi soeur Emmanuelle ne renierait sans doute pas ce que Henri HUDE appelle le droit naturel à la nation. Elle insiste aussi sur la coresponsabilité, sans laquelle il n'y a aucun respect de la nature humaine. Transposons chez nous ! Et voyons comment la multiplication des prestations sociales de tous ordres, des administrations chargées de les dispenser, des paperasseries qui les accompagnent, réduisent nombre de nos concitoyens à n'être que des spectateurs de leurs vie, alors que nous devrions en faire des acteurs
Dans les petits commentaires qu'elle fait de l'actualité, tous plus savoureux et humains les uns que les autres, s'appuyant sur cette notion d'identité et de tradition, elle dit à propos du mariage annulé pour cause de mensonge sur la virginité de la mariée :
Cette affaire de mariage annulé a fait grand bruit parce qu'on ne connaît pas l'Islam. Dans les pays musulmans, c'est impossible d'imaginer épouser une fille qui n'est pas vierge. [...] Ce que le tribunal français a entériné, c'est simplement qu'un mariage est valide si l'on ne cache rien à l'autre. Sur le fond, cette histoire ne me choque pas, parce que j'ai vécu longtemps en pays d'Islam. Bien sûr, cela révèle une inégalité de traitement entre les hommes et les femmes. (Et soeur Emmanuelle commente je ne dis pas que je l'approuve)
On ne peut pas refuser un tel témoignage. Et il m'apparaît évident que le marié n'aurait pas contracté mariage s'il avait su que sa future avait eu des relations sexuelles avec un ou des autres hommes. Là est le point. Et les juges ont eu raison de prendre en compte cet aspect des choses. La critique qui leur est faite est assez cocasse quand on connaît de quels cercles de pensée elle émane, cercles qui font de la liberté individuelle la clé de voûte de tout comportement humain. Pourquoi faudrait-il enchaîner celle-ci, au motif qu'on juge qualité inessentielle, secondaire, ringarde, antique, la virginité pré-conjugale. Ce que l'on pourrait exiger de l'homme, c'est qu'il en aille de même, et qu'un mensonge à sa future sur ce point, s'il était prouvé, pût entraîner l'annulation pour les mêmes motifs.

jeudi 12 juin 2008

Bien commun et intérêts particuliers : un cas d'école

Un ami alsacien m'envoie un dossier très complet sur une initiative qui risque de dégrader pour près de deux siècles (au minimum) un des plus jolis endroits de l'Alsace bossue.
Et l'on va voir comment, en France en particulier, en Europe en général, une administration arrogante, toute puissante, anonyme et irresponsable vient combiner ses méfaits à ceux des grandes entreprises cotées en bourse, arrogantes, toutes puissantes, anonymes et tout aussi irresponsables.
Dans la vallée de l'ISCH, 95 ha de terres agricoles d'un seul tenant (le Schwabenhof), représentant 15 % du ban agricole du village de HIRSCHLAND, sont convoités par la société Villiers Service, installée à VILLERS-COTTERET dans l'Aisne. Cette société emploie huit personnes. Curieux pour une société qui entend obtenir une concession de 80 ans pour entreposer au bas mot 120.000 T déchets ultimes par an, véhiculés par 6.000 camions. On peut imaginer que la dite société a obtenue des garanties quant à l'obtention de cette concession. En fouillant un peu le dossier, on apprend que Villiers Service agit pour le compte de la COVED, du groupe SAUR, N°3 du déchet en France et filiale d'Axa et DE LA CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATION [CDC] (celle-ci détenant 47 % du capital de SAUR). Ainsi, on risque d'appauvrir, avec le bienveillant concours de la CDC, (un organisme d'Etat, qui est le bien commun de tous les Français), les agriculteurs des 7 villages qui sont situés à moins de 4 km du Schwabenhof, par une décharge qui surplombe deux sources, des terrains humides, un petit cours d'eau répondant au nom charmant de Langenbitzengraben, par une décharge imbécile située à moins de 300 m d'une aire de repos (le Katzenkopf, joli mot pour dire Tête de chat) de l'autoroute A4. Quand on saura, de plus, que le site serait implanté sur un terrain calcaire fissuré, qu'une décharge existe déjà à moins de 4 km (décharge d'ESCHWILLER) qui laisse fuir 3966 m3 de lixiviats par an (ces liquides qui s'écoulent des décharges après avoir traversé la couche de déchets, et qui se chargent surtout de métaux lourds) dont seulement 2739 m3 sont pompées, et qui dégage 1.056.000 m3 de gaz par an (elle doit fermer en 2009), on mesure la bêtise des décideurs, l'égoïsme de quelques intérêts particuliers, et l'injustice du monstre froid qu'est devenu l'Etat et l'administration. Ils peuvent toujours nous dire que toutes les précautions sont prises ; il n'en est rien ; personne en ce domaine ne peut dire si le plastique isolant (qui ne fait que 2 mm d'épaisseur) et qui est percé de trous (reconnu par une norme qui en fixe le nombre maximum admissible par m2 !) résistera pendant les deux siècles nécessaires à la transformation totale du dépôt en matière inerte, sans parler d'une couche de roches supposées être imperméables.
Il faut convenir que nous fabriquons beaucoup de déchets. Mais il serait sans doute possible d'en restreindre la production en imposant des normes pour l'empaquetage des produits : est-il normal que celui-ci soit trois ou quatre fois plus lourd que le produit qu'il est censé protéger ? est-il acceptable que cet empaquetage soit fait de matières premières coûteuses en énergie, toxiques, ou toxigènes ? Il faut que nous modifions nos comportements, et cela de bon gré, avant que les événements ne nous contraignent à les transformer brutalement et de force. Et puis nous devons dénoncer cette collusion des administrations avec les puissances d'argent, car ni AXA, ni la CDC ne sont, me semble-t-il, des entreprises industrielles, mais des banques ou des entreprises de finances.
J'aurai l'occasion de vous montrer comment cette tyrannie de l'Etat a fait son apparition au XVIIIe S., avec les décisions iniques qu'a prises le Régent et qui bafouaient la liberté des corps intermédiaires. Nous ne faisons qu'appliquer les théories des philosophes des Lumières, Jean-Jacques en tête.

mercredi 11 juin 2008

Les historiens d'hier ; les historiens d'aujourd'hui

Voici comment Henri de VALENCIENNES commence son ouvrage intitulé Continuation de l'Histoire de Ville-hardouin. On comparera, en s'amusant, avec la manière dont un grand historien contemporain considère son travail.
Moi, Henri de Valenciennes, suis d'avis que lorsque quelqu'un s'entremet de bien dire et de raconter, et qu'il a pour cela les talents et qualités nécessaires, doit travailler à rechercher sur toutes les choses la pleine vérité. Aussi veux-je dire et traiter ce dont j'ai été témoin, et que je peux garantir, etc.
Henri de VALENCIENNES ne prétend pas écrire l'Histoire, ni l'interpréter, ni en donner le sens. Il désire raconter ce qu'il a vu. Certes, il lui manque la méthode scientifique, et surtout le recul. Mais du moins fait-il l'effort de rester près des faits, et l'on chercherait avec peine des passages où il exprime son propre sentiment ou un début d'interprétation de ce qu'il a vu.
Voyons maintenant comment Jacques LE GOFF, dans son ouvrage Civilisation de l'Occident médiéval intitule les chapitres successifs de son ouvrage (plan cité, commenté, et heureusement ridiculisé par Jacques HEERS ; cf. mon billet d'hier) : La lutte des classes en milieu rural ; La lutte des classes : société urbaine et société féodale ; La femme dans la lutte des classes (sic !) ; Rivalités à l'intérieur des classes ; L'Église et la Royauté dans la lutte des classes.
Pour faire de l'histoire, monsieur LE GOFF ne s'est point appuyé sur son sens critique, ses connaissances, l'analyse objective des documents de l'époque et DE CE QU'ILS DISENT DE CELLE-CI (ce qui est le B.A. BA de la méthode historique scientifique). Non. Monsieur LE GOFF, armé du Capital de papa MARX, s'est échiné à faire rentrer ceux-ci dans la grille qui explique tout sans rien démontrer : celle de la lutte des classes. C'est une absurdité, à l'évidence, et qui montre comment fonctionne l'idéologie. On a des faits, on les trie, et on les fait rentrer dans son système. Tant pis s'il quelquefois il faut les forcer, les égratigner, les tordre. IL FAUT QU'ILS Y RENTRENT.
On est loin de ce qu'écrit Luc au début de son Évangile et que je vous rapporte pour terminer : Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, tels que nous les ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé soigneusement de tout depuis les origines d'en écrire pour toi l'exposé suivi, illustre Théophile, afin que tu te rendes compte de la solidité des enseignements que tu as reçus.
Luc s'informe. Il n'est pas témoin oculaire (monsieur LE GOFF non plus, mais on ne peut lui en vouloir), il fait un récit suivi (monsieur LE GOFF aussi), il s'informe soigneusement de tout depuis les origines (monsieur LE GOFF puise dans MARX et ses continuateurs les instruments de tri et d'analyse ; son histoire est un conte accomodé à la sauce moderne).
On appréciera la différence.

mardi 10 juin 2008

Mensonge d'état et tyrannie ! Non à l'histoire officielle

Lisez, je vous en supplie, un ouvrage très remarquable, qui nous explique, comment depuis Jules FERRY l'histoire est la principale arme d'assaut de la propagande d'état. Par les manuels et les leçons, l'école républicaine n'a cessé de truquer et de tronquer ce que l'honnête citoyen pouvait écrire. La mise en condition et le "formatage" du citoyen se poursuivent tout au long de sa vie par le commun des journaux.[...] De tout temps, l'Etat veut, en France, soumettre la démarche historique à une étroite surveillance et laisse de moins en moins de libertés aux centres de recherche qui n'ont même plus le loisir de choisir en toute indépendance leurs sujets d'enquête et leurs programmes. (Quatrième de couverture de l'ouvrage en question).
Je ne cesse, depuis que j'ai ouvert ce Blog dont le succès me semble, hélas, très limité, de traquer quelques uns des mensonges les plus criants, répandus par l'histoire officielle. Mais je ne suis pas historien. C'est pourquoi il est bon qu'un spécialiste de l'histoire, un professionnel de la recherche historique, dénonce, preuves, documents, sources, à l'appui, comment l'histoire a été confisquée par la République, pour le plus grand profit de certains courants de pensée, essentiellement anticléricaux, antichrétiens, libertins, et de gôôôôôche.
Jacques HEERS écrit ceci :
Seul, un État capable de faire accepter toutes manières de terrorisme intellectuel peut interdire les déviances politiques et prendre complètement en charge l'étude du passé. Ses agents préposés à la culture refont l'Histoire, détruisent ou brûlent ce qui a été construit avant eux, rayent les noms de héros déchus dans les manuels d'enseignement, les livres et les journaux. Bien évidemment, ils interdisent d'entreprendre des recherches hors du cadre d'instituts surveillés, où les historiens, toujours menacés d'un contrôle et de suppression des crédits, ne sont assurés de rien. [...]
Les murs de la honte sont tombés à l'Est. Où en sommes-nous dans nos démocraties occidentales, plus particulièrement en France, pays de la Liberté haut proclamée et d'une cinquième République affirmée modèle ? Le terrorisme intellectuel, dénoncé depuis une dizaine d'années, s'applique aux enquêtes, à toutes les formes d'investigation et à chaque discours livré au commun des citoyens. L'Histoire n'est pas à l'abri, tout au contraire.
J'ai déjà eu l'occasion de dénoncer les mensonges d'Etat (a) sur l'absence d'écoles sous l'ancien régime, (b) sur le rôle déterminant du clergé et des évêques d'avant la Révolution dans les innovations sociales dont AUCUNE, sauf les congés payés, n'a été inventée par la République, (c) sur les horreurs des guerres de Vendée où l'on a brûlé vif dans des fours, aux grands rires des soudards, des femmes et des enfants "pour faire cuire le pain de la République". (d) Sur Marie-Antoinette. Jacques HEERS multiplie les exemples, prouve combien l'introduction de l'économisme marxiste dans l'histoire rend impossible la compréhension de notre passé, dénonce l'imposture et le ridicule de certains Maîtres qui n'ont cherché que l'intérêt de leur carrière en suivant le sens des vents politiques.
Je dis non, non et non à l'histoire officielle, aux mensonges d'Etat, au Ministère de la Culture, aux Commissions du CNRS, ou de l'INSERM, aux manifestations culturelles des cultureux, à tous ces carcans qu'impose une administration impotente et inculte, à la vie intellectuelle. Si vous êtes d'accord, dites-le.
Référence du Livre.
Jacques HEERS.
L'Histoire assassinée. Les pièges de la mémoire.
Éditions de Paris, Versailles, 2006.

lundi 9 juin 2008

L'entendement et la volonté

Immense PASCAL que son génie même a fait enfermer par les médiocres puissants du siècle présent, dans les oubliettes de la ringardise ! Mais il ne suffit que de le lire pour être convaincu de la justesse de ses pensées. En voilà une qui explique la différence entre entendement et volonté, entre réalisme et idéalisme, entre vérité et système.
Personne n'ignore qu'il y a deux entrées par où les opinions s'insinuent dans l'âme, qui sont ces deux principales puissances : l'entendement et la volonté. La plus naturelle est celle de l'entendement ; car on ne devrait jamais consentir qu'aux vérités démontrées : mais la plus ordinaire, quoique contre la nature, est celle de la volonté ; car tout ce qu'il y a d'hommes, sont presque toujours emportés à croire, non pas par la preuve, mais par l'agrément. Cette voie est basse, indigne et étrangère : aussi tout le monde la désavoue. Chacun fait profession de ne croire, et même de n'aimer que ce qu'il sait le mériter.[...) Ces puissances ont chacune leurs principes et les premiers moteurs de leurs actions.
Ceux de l'esprit sont des vérités naturelles et connues à tout le monde, comme le tout est plus grand que sa partie, outre plusieurs axiomes particuliers, que les uns reçoivent, et non pas d'autres ; mais qui, dès qu'ils sont admis, sont aussi puissants, quoique faux, pour emporter la croyance, que les plus véritables.
Le propre des idéologies actuelles qui toutes portent un nom se terminant en ISME est de feindre, ou de convaincre, qu'elles sont fondées sur l'entendement alors qu'elles le sont sur la volonté (puissance qui nous fait agir), et d'admettre comme des axiomes évidents, des intuitions ou des idées dont la seule justification est de s'accorder à la volonté, entendue comme puissance d'action en vue de la satisfaction d'un désir.
Ceux de la volonté sont de certains désirs naturels et communs à tous les hommes, comme le désir d'être heureux, que personne ne peut ne pas avoir, outre plusieurs objets particuliers que chacun suit pour y arriver et qui ayant la force de nous plaire, sont aussi forts, quoique pernicieux en effet, pour faire agir la volonté, que s'ils faisaient son véritable bonheur.[...] Les principes du plaisir se sont pas fermes et stables. Ils sont divers en tous les hommes, et variables en chaque particulier, avec une telle diversité, qu'il n'y a point d'homme plus différent d'un autre que soi-même, dans les divers temps.
PASCAL expliquera dans la suite de ce texte, en un paragraphe consacré à L'Art de persuader (qui, dit-il, n'est proprement que la conduites des preuves méthodiques et parfaites) que la persuasion passe par trois parties essentielles : expliquer les termes dont on doit se servir, par des définitions claires ; proposer des axiomes ou principes évidents, pour prouver les choses dont il s'agit ; substituer toujours mentalement dans la démonstration, les définitions à la place des définis.
Le propre des idéologies actuelles est d'utiliser des mots entendus différemment par les interlocuteurs politiques, économiques, par les acteurs sociaux, en faisant semblant de croire qu'ils s'accordent tous sur leurs définitions : ainsi en est-il du mot LIBÉRALISME, ou du mot SOCIALISME (il serait malhonnête de ne pas souligner les erreurs, insinuations infondées, imputations irresponsables que font les ennemis de ce système. Mais l'un des grands problèmes du socialisme, et des socialistes est qu'ils entendent bien des choses différentes derrière ce mot. ils l'utilisent cependant, tous, sans ignorer la duperie et en écartant ainsi les problèmes de fond. L'une des grands contradiction du libéralisme et des libéraux est de confondre liberté d'entreprendre et liberté de ruiner les pauvres ou les faibles par la spéculation financière).
Dans ce texte extraordinaire, PASCAL a pressenti HABERMAS et René GIRARD, et l'on peut dire qu'il a précédé DESCARTES sans tomber dans l'idéalisme ou le rationalisme. Il substitue à la raison cartésienne, le raisonnement méthodique. C'est mieux.
Dans l'état où se trouve notre patrie, ne se trouvera-t-il point d'hommes pour admettre ces vérités si simples énoncées dans les trois principes de l'Art de persuader ? Faudra-t-il que le goût du pouvoir passe avant celui du bien commun, que le service de ses idées, passe avant la soumission à l'évidence ?

dimanche 8 juin 2008

Le galet et la racine

Dans un très remarquable livre sur la Chine dont j'ai déjà parlé dans un billet, Simon LEYS écrit ceci qui mérite d'être relevé :
Dans la nausée de SARTRE - bon échantillon de la conscience occidentale, dans sa forme la plus étroite - il y a deux objets dont la vue suscite chez Roquentin un sentiment d'absurdité existentielle tel, qu'il aboutit physiquement à la nausée : un galet poli par les vagues, et une racine noueuse. Il est intéressant de noter que ce sont là précisément deux types d'objets assidûment recherché par les collectionneurs chinois, car mieux parfois que des oeuvres d'art fameuses, ils pouvaient plonger les esthètes en extase.
Il faut avoir l'esprit bien tordu, et une esthétique relevant d'un système préformé, il faut avoir une imagination échevelée mais morbide, pour imaginer le héros de SARTRE. Qui n'a jamais VRAIMENT rêvé, comme les collectionneurs chinois, devant la racine d'un arbre abattu par la tempête ? Qui n'a pas plongé en esprit, à la vue d'un galet, dans ces moments immémoriaux où la terre en gésine donnait naissance aux roches et à l'océan qui les polirait ? Il faut avoir une perversion du goût incroyable pour faire de ROQUENTIN un modèle. Il faut faire violence à ses émotions. Dans cinquante ans, on en sourira, (comme on se posera de sérieuses questions sur le nouveau roman qui relève du même esprit de système). Comme si la beauté ne résultait pas d'un accord subtil et secret entre la nature et l'homme, fruit d'un long commerce, d'une longue patience, et d'une active sympathie ?
On en revient toujours à ce que je disais hier dans mon billet : ce prurit de nouveautés qui reposent sur les nuages des idées, au lieu de s'émouvoir au contact du réel et des sentiments qu'il suscite en nous, pousse l'occident dans une impasse dont il ne sortira que par sa conversion (un retour à ses racines) ou par sa disparition.