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mardi 11 juin 2013

Communautés naturelles, deuxième billet du 11 juin 2013

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Toujours de Marcel DE CORTE ce constat dont on vérifie chaque jour dans les faits la pertinence :
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"Dès que l'on se soustrait aux communautés naturelles dont la bigarrure et la variété sont prodigieuses, on tombe dans l'uniformité du collectif. A l'unité dans la diversité fait place l'identité dans la séparation qui est le lot des régimes démocratiques. On se trouve, à la limite, en face d'un seul concept, le plus vide, le plus asocial qui soit, au nom duquel les hommes se dressent les uns contre les autres et divisent à mort : l'humanité, le 'gros animal' dont parle PLATON, le LEVIATHAN de HOBBES, 'l'Eglise' des modernistes et de leurs acolytes, dont le propre est de n'exister que dans l'imagination."
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Et quelques pages plus loin :
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"Le communisme [dont le socialisme n'est qu'une pâle copie, mais une copie tout de même], c'est tout simplement l'intellectuel moderne au pouvoir [c'est-à-dire l'imbécile, au sens de BERNANOS !], convaincu d'être à même de convertir en réalité le mythe que son cerveau déraciné du réel a fabriqué dans un monde dont il est le seul auteur. Dès que l'intellectuel accède au pouvoir, il en accroît la portée et la pénétration à l'infini. L'ordre qu'il imagine et qu'il impose [le mariage homosexuel, le gender], étant artificiel par son origine même, doit substituer à la vivante complexité des êtres et des choses qui s'ajustent dans l'univers et la société, un appareil mécanique composé de rouages de plus en plus nombreux qui puissent serrer la vie de plus près et s'insinuer au plus secret des âmes [d'où le totalitarisme de l'Education dite Nationale]. Pour mouvoir cette immense machine, il faut une très puissante volonté, et une seule. [...]. [Cette activité] est constitutivement totalitaire et, comme telle, elle suscite une lutte implacable pour la possession du pouvoir."
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Aux rares lecteurs qui me font l'honneur d'une lecture, j'adresse la plus ferme invitation à lutter contre cette tendance qu'on tous les hommes politiques, d'où qu'ils viennent, à regarder dans leur cerveau plutôt qu'autour d'eux. C'est un combat pour la vie. Et il nous faut pour cela investir le monde de la Culture, petitement, certes, mais le faire. Quelques pistes vous seront données, après concertation et discussion avec des amis, pour entreprendre cette conquête pacifique et juste.
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Rappel  : demain, mercredi 12 juin 2013, Place Louis Lépine, Île de la Cité, 22 heures, grande Veillée animée par les Veilleurs de Paris. Qu'on se le dise, et qu'on y vienne.

lundi 10 juin 2013

L'adolescent, une proie facile pour les agitateurs..., deuxième billet du 10 juin 2013

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De Marcel DE CORTE dans L'intelligence en péril de mort (Collection du Club de la Culture française, Paris, 1969), ce constat sur la manipulation des adolescents par les agitateurs, manipulation dont nous voyons aujourd'hui les fleurs vénéneuses s'épanouir et finalement tuer de leurs exhalaisons empoisonnées (en rouge mes remarques) :
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[...] l'adolescent qui se sépare du monde social de l'enfance et accède au monde social de l'homme est une proie facile pour l'agitateur ou pour l'informateur qui profite de l'inévitable moment de prise de conscience qu'engendrent les perturbations provoquées par ce passage. On maintient l'adolescent dans ce repliement sur soi-même et dans cette prise de conscience de cette privation [DE CORTE fait allusion à la privation du lien avec les autres, à la rupture du lien social, lié à l'individualisme idéaliste] pour introduire en son âme des maux imaginaires et des remèdes imaginaires dont il est incapable, faute d'expérience et de maturité, de reconnaître l'efficace [Les Veilleurs justement nous invitent à cette prise de distance critique, à ce retour au réel, à cette communion entre les hommes]. Tout l'art de l'information est d'enfermer l'être humain dans sa crise de puberté jusqu'à sa mort et le doper de "chimères". Le citoyen des démocraties modernes est particulièrement exposé à la réclusion définitive : séparé des "communautés" naturelles, il tente en vain de s'insérer dans une "société nouvelle" dont l'édification est sans cesse reportée vers l'avenir. La démocratie  ["moderne" sous-entendu par le contexte de tout le chapitre] est une crise de puberté politique perpétuée.
 
C'est en incitant le moi à s'éloigner davantage des autres et à s'isoler collectivement dans une juxtaposition pure et simple avec ceux qui sont dans la même situation que lui, comme le grain de sable à côté du grain de sable, que la prise de conscience s'effectue le plus commodément. Le moi et ses émules souffrent de cette séparation. Ils ne tardent pas à en prendre une conscience plus ou moins nette. On en profite alors pour assigner à cette prise de conscience un objet imaginaire : "La cause de tous vos maux c'est autrui. Ce sont les autres qui vous font souffrir. Ce sont tous ceux qui ne sont pas comme vous. Opposez-vous à eux. Luttez contre eux. Eliminez-les de la vie politique et sociale, voire de la vie tout court [Ô Hitler, Ô Staline, Mao, Lénine, Pol Pot, Castro, Khadafi, et j'en passe !]. Ainsi délivré de vos maux, vous constituerez avec vos semblables une société désormais paisible, une collectivité sans fissure, une communauté exempte de toute  tribulation et de toute infirmité." "
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Rien n'est plus pertinent que cette analyse acérée. Clément MERIC est mort pour avoir cru à ces mensonges, en toute bonne foi et c'est ce qui rend cette mort encore plus tragique. Demain je poursuivrai la publication d'un paragraphe très éclairant de cet auteur. Mais retenons que nombre des slogans, des concepts, des idées véhiculés par les médias n'existe que dans l'imagination de leurs pauvres créateurs.

dimanche 9 juin 2013

La sainte avait raison... , deuxième billet du 9 juin 2013

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Qui ne se souvient de la blague que nous racontaient nos professeurs de littérature ? Ils nous parlaient de l'art de la critique littéraire, et parfois nous citait SAINTE-BEUVE. Pour détendre l'atmosphère, ils évoquaient  la dissertation d'un cancre sur une opinion du critique, un cancre qui avait conclu son poulet squelettique par cette mention laconique, en quoi tenait tout son discours :  "Conclusion, la sainte avait raison".
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Voilà un petit passage qui doit faire réfléchir et que l'on doit à celui que PROUST a condamné sans appel, à cet homme que des étudiants ont contraint à la démission de sa chaire du Collège de France au motif qu'il s'était rallié à l'Empire. (L'intrusion de la gauche politique dans la vie de l'esprit a de lointaines racines... )
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"DESCARTES a tué la philosophie de l'école, mais il a établi la philosophie de cabinet, non celle de la vie... L'homme qu'il décrit est l'homme de cabinet, celui qu'on trouve et qu'on se forme (fingere) en réfléchissant tout un hiver enfermé dans un poêle (je suppose que SAINTE-BEUVE fait ici référence à un passage des Essais dans lequel MONTAIGNE dit en effet "Un jour, alors que je cogitais en mon poêle", c'est à dire "dans ma chambre") et qu'aussi les moderne néo-cartésiens ont cru trouver plus ou moins du fond de leur fauteuil psychologique. Dans l'étude de l'anatomie, quand on en est aux fibres déliées du cerveau, il faut prendre garde de créer avec l'instrument de dissection l'apparence de l'organe qu'on donne ensuite comme réelle et comme trouvée. Ainsi, dans l'anatomie psychologique, on crée souvent avec la pointe de l'esprit, la division qu'on s'imagine au même moment observer. L'esprit humain, a-t-on dit, a la merveilleuse faculté de tourner sa lunette partout où il lui plaît, et de s'y créer des mondes. Mais que cela est plus facile quand la lunette se tourne uniquement du dedans."
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Je dois dire que ce passage est particulièrement pertinent pour le biologiste que j'ai été dans une vie passée. C'est précisément en refusant de considérer que le motoneurone avait une existence isolée, déconnectée de sa cible, le muscle, que nous avons démontré, dans le laboratoire que j'ai eu l'honneur de diriger, l'origine musculaire de l'amyotrophie spinale infantile. Voilà qui nous a valu bien des railleries lorsque nous avons avancé cette conclusion, publiée en 1996 dans le prestigieux journal Lancet, mais elle est aujourd'hui universellement admise et confirmée par des voies expérimentales différentes de celles que nous avions utilisées. On peut toujours avancer que l'homme peut choisir son genre, s'auto-construire, échapper à ses déterminations, voire être arraché à elles par les vertus incantatoires et quelque peu totalitaires de ce bon monsieur PEILLON. C'est tout simplement faux. Et tout ce qui est faux dans l'ordre de l'esprit déconnecté du réel est condamné à périr. L'homme a un père, une mère, une langue, habite un pays donné ; il ne peut en être séparé sauf à être réduit à une idée de cabinet... La perspective idéaliste des socialistes les conduit à ne pas comprendre l'homme ; en revanche, elle leur permet de s'emparer du pouvoir avec facilité. Le réel, en effet, est ce qui nous résiste. L'imaginé, l'idéalisé ne nous résiste guère, et même, il nous enchante.
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Je conclus donc : la sainte a vraiment raison.

dimanche 10 juin 2012

Dans le cerveau des dogmatiques...

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Un ami m'a demandé de relire le mémoire de philosophie sur le "scepticisme modéré" de HUME qu'il a rédigé, un mémoire qu'il présente pour l'obtention d'un master de recherche. Le mémoire est remarquable, érudit, critique, étoffé.
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J'ai trouvé cette perle que devrait lire tous les cosinus gouvernementaux qui se nourrissent de leurs idées et font fi du réel. On la doit à un certain Joseph GLANVILLE qui, en 1665 s'il-vous plaît, disait ceci qui me fait jubiler : GLANVILLE en effet prétendait que
"Tant que les hommes se réjouiraient de leurs perceptions personnelles et que chaque dogmatique continuerait à établir une chaire infaillible dans son propre cerveau, il ne pourrait y avoir qu'un tumulte éternelle et le désordre."
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Madame DUFLOT pense qu'il faut dépénaliser l'usage du cannabis ; certains de ses collègues pensent que non ; madame FILIPPETTI, ministre de la Culture (!!!) dit avec arrogance que l'opposition n'a que le cannabis à se mettre sous la dent, oubliant que cette nourriture a d'abord été produite par un membre de son clan. Tout cela montre bien que ces gens s'établissent bien dans la chaire infaillible de leur cerveau, dogmatiquement, ce qui ne les empêche pas de critiquer toute foi et toute croyance qu'ils assimilent à des superstitions sans se donner la peine d'examiner les faits. Or les faits ont la vie dure. Ils nous résistent, et c'est leur résistance qui les établit dans l'être.
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Nous allons donc être gouvernés pendant 5 ans par ces dogmatiques qui regardent dans leur cerveau avant de regarder le réel, avant d'analyser la perception qu'ils en ont, et de confronter leurs interprétations à celle du peuple qu'ils prétendent servir.
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Je pense que l'on peut faire la même critique (avec une certaine atténuation toutefois) aux idéologues du libéralisme à outrance. Et ce que l'on a reproché à Nicolas SARKOZY, c'est précisément d'être d'abord un empirique et non un idéologue. D'où l'accusation inepte de ses prétendues contradictions. Il est dommage qu'il ait été un empirique au sang trop chaud... Mais nous ne mettrons pas beaucoup de temps à regretter le temps de sa magistrature. 

mardi 6 décembre 2011

Inépuisable richesse de Gustave

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Que voulez-vous, on en se défait pas facilement de l'amitié et de l'admiration que l'on porte à un homme de l'envergure de Gustave THIBON. A ceux qui méprisent le Président de la République et qui POUR CETTE RAISON, ne pensent pas pouvoir lui apporter son suffrage, je voudrais rappeler ce que dit notre vigneron-philosophe. Et puis ça peut donner des idées aux imbéciles bernanosiens de  gôôôôche, qui lorsque on leur montre du doigt la lune regardent le doigt.
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"Pourquoi faudrait-il accepter de se ranger politiquement aux côtés d'un homme qu'on méprise ? - La réponse est simple : parce que cet homme a une conception saine des besoins de la Cité - Comme il serait plus facile de suivre les traces de l'apôtre, même à travers les nuées ! Canailles, ambitieux, menteurs, mes alliés ? - Peu importe au fond, une seule question se pose : combattent-ils, oui ou non (tout en poursuivant égoïstement leur bien propre), en faveur d'institutions adaptées aux nécessités humaines, de formations sociales qui favorisent, chez l'homme tel qu'il est, l'épanouissement du coeur et de l'esprit ? Les bonnes réformes ne sont pas nécessairement amenées par les hommes bons, et les hommes bons peuvent par utopie, n'amener que désordre et décadence... 'Au soir de cette vie, vous serez jugés sur l'amour' (saint Jean de la Croix) : ceci ne s'applique pas en politique. En politique, il importe plus de savoir que d'aimer. Une étincelle d'amour sur une broussaille d'ignorances : n'est-ce pas ainsi que s'allument la plupart des incendies sociaux."
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Méditez, messieurs les Mondistes, messieurs les Marianistes Johanno-francisco-kahniens et autres Libérationistes, méditez aussi cela messieurs et mesdames de l'opposition triomphante, arrogante, et déjà vaincue par l'évidence, méditez cela. Quant à ceux de mes concitoyens qui regardent le doigt plutôt que la lune, qu'ils réfléchissent à deux fois avant d'apporter leur suffrage à des marchands de vents et d'illusions, fûssent-ils de la meilleure foi du monde. Car le réel a ceci de terrible, c'est qu'il se venge et que sa vengeance est impitoyable, surtout vis-à-vis des naïfs.
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vendredi 18 juin 2010

Nihil in intellectu...

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Un de mes lecteurs s'étonnait de me voir attribuer à Thomas d'AQUIN la célèbre formule : "il n'y a rien dans l'intelligence qui ne passe d'abord par les sens". Il l'avait vu, à juste titre, attribuer à d'autres auteurs. Quelques recherches sur internet me permettent de lui répondre aujourd'hui avec précision.
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ARISTOTE, avant Thomas d'AQUIN, avait formulé, en grec, le même constat. Le docteur angélique reprend dans sa Somme Théologique cette évidence, et il est l'auteur de la formule latine : "nihil in intellectu nisi primis in sensu". Mais la formule est elle-même reprise sous des formes quelque peu différentes par les philosophes empiristes, dont elle devient la devise. Ainsi de LOCKE, de HUME, de BERKELEY. Le grand LEIBNIZ lui-même adhèrera à la formule, en y ajoutant toutefois, ce qui est également juste : "nisi intellectus ipse", "si ce n'est l'intelligence elle-même".
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Il existe des formes latines légèrement différentes de cet aphorisme : on trouve, par exemple : "nihil est in intellectu quod non prius in sensu", ou encore "nihil est in intellectu quod non fuerit in sensu". LOCKE, pour sa part, formulera ainsi "nihil est in intellectu quod non antea fuerit in sensu".
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La formule mérite un petit commentaire. Pour Thomas d'AQUIN, repris par Ignace de LOYOLA, l'homme dispose de trois facultés : la sensibilité, qui informe l'intelligence, et la volonté qu'anime cette dernière. On ne peut donc accuser Thomas d'AQUIN d'être un pur empiriste, comme les auteurs anglo-saxons nommés en tête de ce billet. Il n'est pas davantage un disciple du sensualisme, qui concentre tout dans les sensations. Il dit et affirme, et c'est l'évidence, que l'intelligence, structure spécifique et pré-existante à toute sensation, a besoin d'être informée par les sens pour être en prise avec le réel. Vous comprenez pourquoi je me bats contre les systèmes d'idées toutes faites. PASTEUR disait, du reste, "Accumulons des faits pour avoir des idées". C'est la bonne méthode pour agir avec sagesse.
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J'espère que mon attentif lecteur se contentera de ces données un peu superficielles.
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lundi 4 janvier 2010

La mesure et la chaussure : apologue chinois

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Je n'ai jamais caché l'admiration que je porte à la littérature chinoise. Je trouve aujourd'hui un petit conte tout à fait démonstratif, un conte que l'on doit à HAN FEI (écrivain du IIIe siècle av. J.-C.) et que l'on trouve dans l'ouvrage intitulé les Accumulations, [ouvrage réédité], Hanfeizi. Zhonghua shuju, PEKIN, 1986 (chapitre XI, 32). Il illustre la différence qu'il y a entre le souci du réel, et l'emprise de l'idéologie.
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"Un homme de ZHENG veut acheter des chaussures. Il se mesure donc le pied, en range la mesure quelque part. Au moment d'aller au marché, il l'oublie. Arrivé chez le savetier, il s'exclame : 'Zut, j'ai oublié ma mesure !' Il court chez lui la chercher. Le temps de faire l'aller-retour, le marché est fermé. A un ami qui s'étonne qu'il n'ait pas cherché à essayer les chaussures avec son propre pied, il répond : 'Je n'ai pas confiance dans mon pied ; je n'ai confiance que dans sa mesure."
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Il me semble que ce merveilleux petit apologue montre bien la différence qui existe entre un esprit pragmatique, près du réel, et un esprit systématique, plein de son idéologie : il n'a pas confiance dans les faits ; il ne croit qu'aux idées, aux doctrines, et il lui faut toujours voir si un fait ou une mesure politique rentre dans le cadre du système. Cette analyse vaut tout aussi bien pour l'idéologie socialiste que pour l'idéologie libérale. Il me semble que ce que l'on a reproché, injustement, au Président SARKOZY, lors de la crise financière, c'est justement d'avoir fait intervenir l'Etat pour sauver les banques, les uns, les socialistes, ironisant sur ce qu'ils appelaient une retournement de veste, les autres, grinçant des dents pour cette entorse à la sacro-sainte règle du libéralisme qui veut voir dans "la main invisible du marché" le seul facteur de régulation de l'économie. Je trouve, moi, que monsieur SARKOZY n'a pas perdu de temps à chercher la mesure de son pied. Il a préféré faire confiance à son pied lui-même. Bel exemple de pragmatisme. Et il a pu avoir ses chaussures : les banques vont mieux. Il doit maintenant voir si ces savetiers de la finance n'abusent pas quelque peu de la bonne foi des chalands.
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mercredi 9 septembre 2009

A propos du réel

Il est très difficile pour nos contemporains de donner au mot réel un contenu solide. Fourmi me dit que je suis resté au milieu du gué dans mes explications sur l'absence de contact que PICASSO entretenait avec le réel.
Je vais donc essayer d'éclaircir mes idées.
Depuis les Lumières, l'homme est rentré dans la certitude qu'il n'a pas à connaître la Nature et la Création telles que le Créateur les a faites. Il ne veut pas, dit-il, se laisser aliéner par un monde qui ne dépendrait pas de lui. Il croit que l'objet même de l'intelligence est elle-même "qui se saisit dans son élan créateur où elle se rejoint comme principe d'elle-même et du monde. L'intelligence est Narcisse, non point un Narcisse figé dans la contemplation de soi-même, mais un Narcisse qui, devant son propre miroir, se crée soi-même en créant le monde et progresse sans désemparer vers sa propre apothéose" (Marcel DE CORTE).
C'est ainsi que PICASSO trouve en lui-même son inspiration. Il n'a pas de modèle autre que ce qui naît dans sa pensée ; il ne connaît que ce qu'il peint et produit, et le monde n'est pour lui que ce qu'il construit par son talent. Cela ne veut pas dire qu'il ne crée de superbes chefs-d'oeuvre, cela veut que ces oeuvres ne représentent que lui-même dans les différents états de sa conscience de créateur. On est assez loin du Moyen Âge et de la Renaissance où nombre de génies ne signaient pas leurs oeuvres ; on ne le connaissait que par un nom de substitution (exemple : le Maître de Moulin), ou bien leurs signatures étaient un simple monogramme très difficile à repérer.
J'entends d'ici les critiques. Vous allez me dire en effet : mais les icônes des maîtres byzantins, ou les tableaux des primitifs qui font fi des lois de la perspectives, vous trouvez qu'ils représentent le réel ? A cela je répondrais ceci : les icônes étaient peintes à partir de modèles dont chaque détail avait une signification mystique et les peintres ne se les donnaient pas à eux-mêmes ; ils leur étaient comme imposés et avaient une très haute valeur symbolique ; ils ne prétendaient pas représenter un réel matériel mais mystique ; certes les maîtres byzantins transposaient ces modèles selon leurs talents et leurs possibilités techniques, mais ces icônes obéissaient à des règles précises de composition, en particulier celles du Christ (les fameux signes de VIGNON). Et je vais vous étonner encore davantage, quand je vous aurai dit que l'absence de perspective dans les oeuvres des primitifs est justement l'effort que faisait le peintre pour rendre les choses telles qu'elles sont, non pas telles qu'il les voyait. L'introduction de la perspective par les peintres italiens du quattrocento est justement le début d'un mouvement raisonnable, certes, mais dont le dévoiement nous amène où nous sommes. Car les bords des routes ne se rejoignent pas à l'horizon et la hauteur des colonnes d'un portique florentin de diminue pas, dans le réel, avec la distance qui les sépare du peintre. Et celui-ci le voyait bien, qui n'avait qu'à s'avancer pour voir les choses comme elles sont.
Je ne sais si j'ai répondu à Fourmi. Ceci étant, je suis entièrement d'accord avec elle sur la signification qu'elle donne aux déformations imposées par PICASSO aux formes, aux figures, aux couleurs. Elles reflètent bien la torsion de la pensée qu'ont imposée les "intellectuels" depuis les Lumières. Un mouvement analogue s'est produit en Chine sous l'impulsion dictatoriale des Lettrés. On sait où cela a conduit ce grand pays, étouffé par le poids des rites, et coupé de toutes ses antiques traditions paysannes.
Je reparlerai des rites et de la politesse.

samedi 14 mars 2009

Pouvoir et contre-pouvoirs

Tout détenteur d'un pouvoir tend à imposer sa volonté à ceux qui dépendent de lui, et à étendre indéfiniment son champ d'action. Président de la république, PDG, chef d'équipe, policier, gendarme, contremaître... Personne n'échappe à ce qui semble bien être constitutif de la nature humaine.
Le prototype du tout-puissant satisfait, c'est PILATE. Il dit à Jésus : Tu ne réponds rien ? Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher ou de te condamner? Et la réponse jaillit, fulgurante : Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut.
Cette tendance naturelle de l'homme à la toute puissance avait été très bien analysée par le jeune Etienne de LA BOETIE dans son Discours de la Servitude volontaire. Il s'étonnait de voir combien les hommes ont tendance à devenir esclaves de maîtres qui engagent pourtant leur vie et leurs biens, et il constatait qu'il suffisait de ne point obéir à ces tyrans pour que ce pouvoir sans limites cesse d'exister. LA BOETIE oubliait cependant que l'homme est un animal politique, et qu'à ce titre, il est nécessaire qu'il y ait dans toute société, une hiérarchie, le sommet ayant pour fonction de diriger la communauté pour son plus grand bien, et non pour le sien propre.
Dans toute société libre, il est donc nécessaire d'avoir des contre-pouvoirs. Sous l'ancien régime, ce rôle était rempli par les nombreux corps intermédiaires : les parlements, corporations, jurandes et confréries, par les édiles communales. Rien ne venait limiter l'autonomie de ces groupes humains très souvent naturels. J'ai déjà eu l'occasion de faire état de l'amertume de Louis XV qui ne parvenait pas à imposer sa volonté aux Parlements, et un auteur du XVIIe siècle, dont j'ai malheureusement oublié le nom, disait expressément (je cite de mémoire) : Aucune loi ne peut être tenue pour reçue dans le Royaume si elle n'est enregistrée d'abord par le Parlement.
L'illusion de la démocratie à la française vient de ce que la Révolution a détruit tous les corps intermédiaires (cf. Les Origines de la France contemporaine d'H. TAINE), qu'elle a inventé un concept dépourvu de tout ancrage concret, celui de la souveraineté du Peuple, laissant à celui-ci, dans la réalité, l'obligation de devoir se soumettre à des lois qui vont contre la volonté de la société. Il n'y a plus de corps intermédiaires, il n'y a plus de ces petites sociétés naturelles vivant de privilèges qu'aucun pouvoir, pas même royal, pas même ecclésiastique, n'avait possibilité de transgresser. Car ces privilèges n'étaient pas des avantages indus ; ils étaient l'expression d'une privata lex, d'une loi privée, étymologie du mot privilège, d'immémoriale existence (cf. BERNANOS. La France contre les robots).
Dans la démocratie à la française, on ne veut voir qu'une seule tête. Les conséquences de cette "caserne philosophique" (cf. TAINE) sont évidentes ; il n'y a pas de contre-pouvoirs et le seul moyen de manifester son existence devant le pouvoir reste la violence douce des grèves, des idéologies fumeuses, des systèmes, qu'ils aient nom libéralisme ou socialisme. L'idéalisme des Lumières est passé par là. Puis est venu HEGEL, puis est venu MARX, et cette idée furieuse qu'il faut nier l'existant, pour que du nouveau, du mieux survienne. Voilà qui justifie les Révolutions, la violence, les meurtres, l'horreur des guerres. Sur ces monceaux de cadavres, sur ces terres imbibées du sang des innocents, bondit le cheval blême de l'Esprit ou de la société sans classe, selon messieurs HEGEL ou MARX
Dans la réalité, et je crois que tout un chacun peut le vérifier sur lui-même, ce qui rend mieux compte de la réalité, c'est la notion de substance, de ce par quoi une chose existe par elle-même, et dure. Elle n'est pas obligée de se nier pour devenir meilleure, la substance ; il lui suffit de modifier les "accidents" qui viennent l'habiller, sans rupture ni conflit interne. Nous ne pouvons ainsi nier que nous nous sentons chaque matin et tout au long du jour identique à nous-même : c'est cela la substance ; mais nous savons que nous changeons progressivement non seulement physiquement, mais aussi psychiquement, avec l'âge : c'est cela l'accident. Et même le bouleversement qu'est une conversion (quelle qu'en soit la nature) n'est qu'un accident plus incisif, plus brutal, qui vient habiter une substance identique à elle-même dans le temps et l'espace.
Dans leur haine du passé, les manuels d'histoire, les programmes de philosophie, avec un total manque de probité intellectuelle, prétendent nous imposer une vérité officielle, en nous cachant l'histoire réelle de notre patrie, l'évolution des idées, et l'apport intellectuel inégalé des grands philosophes du moyen âge.
Le temps de d'honnêteté intellectuelle n'est pas encore venu dans notre enseignement. Viendra-t-il un jour ? Je ne sais. Essayons tout de même de réfléchir. Ensemble si possible.

lundi 16 février 2009

Idéalisme et réalisme

De Jean-Jacques ROUSSEAU, ce jugement sur l'abbé SAINT PIERRE : Cet homme rare, l'honneur de son siècle et de son époque est le seul peut-être depuis l'existence du genre humain, qui n'eut d'autre passion que celle de la raison, ne fit cependant que marcher d'erreur en erreur dans tous ces systèmes, pour avoir voulu rendre les hommes semblables à lui, au lieu de les prendre tels qu'ils sont et qu'ils continueront d'être.
Plus près de nous ce constat de Claude ALLEGRE. (Il fut mon ministre de tutelle, et ce fut sans doute l'un des meilleurs ministres de l'Education Nationale que nous ayons eu depuis longtemps ; je le dis d'autant plus que je ne partage pas du tout ses opinions politiques) : Quelle que soit [la] puissance [de l'ordinateur], il ne peut en aucun cas remplacer l'observation du réel. Certes, essayer de construire des modèles pour décrire la réalité est une démarche scientifique naturelle, mais ces modèles ne prennent de consistance que lorsqu'ils sont validés par l'observation. En aucun cas, ils ne peuvent se substituer au réel. Remplacer ordinateur par cerveau, et vous aurez tout compris.
Il est assez piquant que l'un des Princes de l'idéologie, ou, à tout le moins de l'idéalisme, porte sur ce bon abbé un jugement d'une telle pertinence. Heureusement, en écrivant l'Emile, Jean-Jacques n'a pas invité ses lecteurs à l'imiter et à abandonner leurs enfants. Il ne les a pas voulu comme lui ; il les a voulus, comme lui imaginait dans sa tête qu'ils devaient être. On a frôlé le désastre...
On comprend par ailleurs, pourquoi l'homme qui voulait fort justement dégraisser le Mammouth se soit fait tant d'ennemis, surtout parmi les siens. Dire la vérité, s'appuyer sur les faits pour la proclamer, n'a aucun intérêt pour ceux qui veulent refaire le monde aux couleurs de leurs idées ou de leur imagination. Claude ALLEGRE a sur ces idéologues un immense avantage ; il s'intéresse au réel, et par tant, il est en mesure d'appréhender, comme le peut tout être humain qui pense, une part, fut-elle infime, de la vérité. Claude ALLEGRE est un scientifique de haute volée. Il connaît le prix du labeur intellectuel, de la réflexion ; il sait ce que penser veut dire. Il admet que des faits il tire des interprétations personnelles, et il fait donc la part d'une possible erreur. Claude ALLEGRE a des doutes. Ses amis n'en ont guère qui ne cessent d'injurier, de critiquer, d'invectiver, de vociférer, de manifester. Ah, si tous étaient comme Claude ALLEGRE...

lundi 9 juin 2008

L'entendement et la volonté

Immense PASCAL que son génie même a fait enfermer par les médiocres puissants du siècle présent, dans les oubliettes de la ringardise ! Mais il ne suffit que de le lire pour être convaincu de la justesse de ses pensées. En voilà une qui explique la différence entre entendement et volonté, entre réalisme et idéalisme, entre vérité et système.
Personne n'ignore qu'il y a deux entrées par où les opinions s'insinuent dans l'âme, qui sont ces deux principales puissances : l'entendement et la volonté. La plus naturelle est celle de l'entendement ; car on ne devrait jamais consentir qu'aux vérités démontrées : mais la plus ordinaire, quoique contre la nature, est celle de la volonté ; car tout ce qu'il y a d'hommes, sont presque toujours emportés à croire, non pas par la preuve, mais par l'agrément. Cette voie est basse, indigne et étrangère : aussi tout le monde la désavoue. Chacun fait profession de ne croire, et même de n'aimer que ce qu'il sait le mériter.[...) Ces puissances ont chacune leurs principes et les premiers moteurs de leurs actions.
Ceux de l'esprit sont des vérités naturelles et connues à tout le monde, comme le tout est plus grand que sa partie, outre plusieurs axiomes particuliers, que les uns reçoivent, et non pas d'autres ; mais qui, dès qu'ils sont admis, sont aussi puissants, quoique faux, pour emporter la croyance, que les plus véritables.
Le propre des idéologies actuelles qui toutes portent un nom se terminant en ISME est de feindre, ou de convaincre, qu'elles sont fondées sur l'entendement alors qu'elles le sont sur la volonté (puissance qui nous fait agir), et d'admettre comme des axiomes évidents, des intuitions ou des idées dont la seule justification est de s'accorder à la volonté, entendue comme puissance d'action en vue de la satisfaction d'un désir.
Ceux de la volonté sont de certains désirs naturels et communs à tous les hommes, comme le désir d'être heureux, que personne ne peut ne pas avoir, outre plusieurs objets particuliers que chacun suit pour y arriver et qui ayant la force de nous plaire, sont aussi forts, quoique pernicieux en effet, pour faire agir la volonté, que s'ils faisaient son véritable bonheur.[...] Les principes du plaisir se sont pas fermes et stables. Ils sont divers en tous les hommes, et variables en chaque particulier, avec une telle diversité, qu'il n'y a point d'homme plus différent d'un autre que soi-même, dans les divers temps.
PASCAL expliquera dans la suite de ce texte, en un paragraphe consacré à L'Art de persuader (qui, dit-il, n'est proprement que la conduites des preuves méthodiques et parfaites) que la persuasion passe par trois parties essentielles : expliquer les termes dont on doit se servir, par des définitions claires ; proposer des axiomes ou principes évidents, pour prouver les choses dont il s'agit ; substituer toujours mentalement dans la démonstration, les définitions à la place des définis.
Le propre des idéologies actuelles est d'utiliser des mots entendus différemment par les interlocuteurs politiques, économiques, par les acteurs sociaux, en faisant semblant de croire qu'ils s'accordent tous sur leurs définitions : ainsi en est-il du mot LIBÉRALISME, ou du mot SOCIALISME (il serait malhonnête de ne pas souligner les erreurs, insinuations infondées, imputations irresponsables que font les ennemis de ce système. Mais l'un des grands problèmes du socialisme, et des socialistes est qu'ils entendent bien des choses différentes derrière ce mot. ils l'utilisent cependant, tous, sans ignorer la duperie et en écartant ainsi les problèmes de fond. L'une des grands contradiction du libéralisme et des libéraux est de confondre liberté d'entreprendre et liberté de ruiner les pauvres ou les faibles par la spéculation financière).
Dans ce texte extraordinaire, PASCAL a pressenti HABERMAS et René GIRARD, et l'on peut dire qu'il a précédé DESCARTES sans tomber dans l'idéalisme ou le rationalisme. Il substitue à la raison cartésienne, le raisonnement méthodique. C'est mieux.
Dans l'état où se trouve notre patrie, ne se trouvera-t-il point d'hommes pour admettre ces vérités si simples énoncées dans les trois principes de l'Art de persuader ? Faudra-t-il que le goût du pouvoir passe avant celui du bien commun, que le service de ses idées, passe avant la soumission à l'évidence ?

jeudi 3 avril 2008

Esprit faux, et comment ils fonctionnent

L'inénarrable Noël MAMMERE est le prototype de l'homme qui parle bien et pense faux. Je l'ai entendu au journal télévisé critiquer l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan au motif, tenez-vous bien les côtes, que c'est un alignement sur les Etats-Unis et une entorse à la doctrine définie par le Général de GAULLE il y a... 50 ans, qui refusait le commandement intégré de l'armée française à l'OTAN. Plusieurs remarques. Monsieur MAMMERE, s'il avait été un homme politique responsable se serait posé quelques questions factuelles. Les Talibans représentent-ils un danger pour notre pays ? L'audition des vidéos de monsieur BEN LADEN devrait à cet égard lui ouvrir les yeux. Les Talibans représentent-ils un danger pour le peuple afghan ? Le visionnement de certaines scènes filmés par ces fanatiques devrait améliorer sans aucun doute la perception que monsieur MAMMERE a de la situation ; il pourrait en autre réfléchir à ceci que j'ai vu de mes yeux au journal télévisé il y a quelques années : dans ce qui ressemble à un terrain de sport, une foule muette et pétrifiée regarde cette femme à genoux, ensevelie dans une grande burka bleue, et entourée de quelques barbus, dont l'un braque une arme de point sur la nuque de la condamnée. On ne voit pas ses yeux, ils sont cachés derrière cette sorte de grille qui permet aux femmes de voir (!) sans être vue. Dans quelques instants, le barbu appuiera sur la détente et sa victime s'affaissera sur le sol qu'elle ensanglantera. Une parmi des milliers.
Monsieur MAMMERE, s'il avait eu le début du commencement de l'ombre d'un soupçon de culture se serait demandé si notre pays a des intérêts à défendre en Afghanistan, et il se serait rappelé que la France exerce une influence considérable sur les intellectuels afghans, depuis qu'un des monarques afghans lui avait concédé l'exclusivité des recherches archéologiques dans son pays. (Joseph HACKIN a été un merveilleux découvreur de vestiges archéologiques, par exemple.) Il aurait compris que nous ne cherchons pas quelques avantages matériels, mais le rayonnement de notre culture, bien mise à mal par le rouleau compresseur linguistique, financier, technologique et politique des Etats-Unis.
Mais monsieur MAMMERE regarde dans son cerveau LA DOCTRINE, LES IDEES et le SYSTEME ; le réel n'a qu'à s'y plier, et s'il ne fait pas, le cerveau de monsieur MAMMERE est là pour lui murmurer, il a tort, ce réel, c'est pas bien.
Je n'aime pas la violence ; je hais la guerre ; mais dans la situation actuelle, la moins mauvaise des solutions est bien de combattre ces fous, et si l'on peut prévoir que la lutte sera longue, on doit reconnaître aujourd'hui que la présence de troupes étrangères en Afghanistan a permis des résultats remarquables : 80 % des petits afghans sont scolarisés ; la population a accès aux soins, notamment les femmes, et l'on peut se déplacer sans trop de dangers dans de nombreuses régions. On ne meurt plus de faim. Certes, il n'est pas certain que nous ayons à imposer notre modèle de démocratie élective à ce peuple, très bigarré ethniquement et linguistiquement, et qui fonctionne sur un autre mode que le nôtre, depuis des siècles. Du moins peut-on l'aider à trouver la paix et la concorde civile. Je suggère que monsieur MAMMERE soit envoyé comme délégué ministériel d'ouverture au Musée GUIMET ; il pourra y voir combien la France a été utile à la connaissance de l'Afghanistan par les Afghans eux-mêmes, et portera ainsi un jugement sain et factuellement fondé sur la question en débat.

dimanche 2 mars 2008

De la tradition à la mode

Quand on s'interroge sur l'histoire de notre pays, notamment sur l'histoire des idées et sur le tournant qu'a marqué l'aurore du XVIIIe siècle, on constate que le grand changement a été le passage de la tradition à la mode, et que le siècle des lumières a vu se développer à l'envi, mais progressivement, ce trait du caractère national : mode vestimentaire (les coiffures féminines appelées du nom d'explorateurs ou de leurs bateaux, les habits des Incroyables et des Merveilleuses, par exemple), mode sociale (la frénétique fréquentation des cafés et des cercles de pensée, la prononciation précieuse des Incroyables qui se refusaient à prononcer les R, par exemple, l'engouement pour les billets de banque et le système de LAW, par exemple), mode intellectuelle (avec l'idolâtrie des Philosophes et le rejet dans les ténèbres extérieures, hors du petit monde de l'establishment culturel, d'excellents écrivains, dont Jacques CAZOTTE est le prototype). La crise avait émergé dans l'espace public avec la Querelle des anciens et des modernes, mais elle couvait depuis DESCARTES et son "Je pense donc je suis". Ce philosophe national est à la fois le père de l'idéalisme, du matérialisme, et de l'institution du Sujet comme auteur et source de sa vie morale. Et son influence s'est d'autant plus aggravée de nos jours que les interprétations de sa pensée se font à l'aune de la dialectique de HEGEL : thèse, antithèse, synthèse. Le cartésianisme a vu son triomphe avec le positivisme, le culte de la science, et l'adoration de tout ce qui est nouveau, considéré comme progrès, au milieu du XIXe siècle.
Le simple bon sens aurait exigé que l'on s'interrogeât sur le statut moral des nouveautés : sont-elles vraiment un progrès ? Notre siècle, en notre pays, ne se pose pas la question : tout ce qui est nouveau est un progrès. Le bons sens aurait voulu de même que l'on se demandât d'où venaient les idées. Sont-elles vraiment les "semences des vraies et immuables natures ?". Je préfère ce que dit Thomas d'Aquin : "Rien n'est dans l'intelligence qui ne passe d'abord par les sens", d'où il résulte selon moi, qu'il n'y aurait pas de pensée si notre intelligence n'était pas informée par les sens de ce qu'est le monde.
Quel est le rapport avec le politique, rapport dont je vous avais parlé hier ? Il est simple et évident. (a) Si tout progrès est nécessairement une rupture, il en résulte que la politique ne peut passer que par le conflit. (b) Nul part, il n'est écrit ce que l'homme doit faire, tant comme personne que comme comme membre d'une société ; c'est à lui d'élaborer son propre système de sens ; le consensus est donc impossible. (c) La nature n'a rien à nous apprendre ; c'est une matière inerte (DESCARTES disait déjà que l'homme par le bon usage de la raison et de la volonté est capable "de se rendre maître et possesseur de la nature") dont nous pouvons faire ce que nous voulons, à partir de nos idées. Tant pis si elles ne correspondent pas au bien commun (cf. la compagnie TOTAL, et la manière dont cette société fait construire ses pipe-lines en Birmanie). Le plus fort, le mieux informé, le plus riche gagnera. En d'autres termes, la morale est devenue autonome, propre au sujet, ou plus exactement à l'individu ou à un groupe d'individus ayant des intérêts communs, alors qu'elle est fondamentalement hétéronome, et dépendante d'autrui, quand bien même elle n'est pas transcendante. Mon opposition viscérale à l'idéologie socialiste est fondée non pas sur le refus du partage des biens, avec lequel je suis ABSOLUMENT D'ACCORD, mais sur la conception qu'elle se fait de la vie morale, conception montée en épingle par ses adeptes à la seule fin de prendre le pouvoir et de s'y maintenir. C'est justement cela l'idéologie.
J'espère que j'ai été clair !
PS : mon raisonnement explique pourquoi PARIS est devenue la CAPITALE DE LA MODE, après avoir été au XVIIe S., la capitale de la PENSÉE en Europe, et pourquoi les Français sont perçus comme arrogants. Ils vivent sur un système de pensée conçu comme parfait. Le système étant déclaré parfait, les étrangers constatent qu'un Français (a) s'imagine qu'un projet étant clair dans sa tête, c'est comme s'il était réalisé ; et (b) qu'il ne tient aucunement compte de l'homme concret, de l'homme réel, de l'homme actuel, et des réalités (rappelez-vous ce que disent les Anglais : "Le mot chien n'a jamais mordu personne !"). J'ai souvent fait l'expérience douloureuse des regards ironiques, helvétiques, germaniques ou britanniques, vis-à-vis de certains collègues, très brillants, qui présentaient de grandes et belles théories scientifiques interprétatives, au lieu de se satisfaire des magnifiques résultats concrets engrangés par eux.

samedi 1 mars 2008

La complainte du blogueur

Depuis avril 2007, je m'efforce, avec un bonheur inégal j'en conviens, de donner des éclairages personnels sur les événements politiques, économiques ou culturels, en m'efforçant de les replacer dans le contexte d'une vie sociale morale et humanisée, c'est à dire accordée à la fin qui nous est due, et vers laquelle NOUS DEVONS nous diriger pour atteindre le bonheur. J'ai essayé de vous montrer combien les échafaudages intellectuels des idéalistes, qui ne s'appuient que sur leur cerveau et non point sur le réel, nous conduisaient à l'abîme. Et je suis étonné de voir que, si j'ai des lecteurs, j'ai très peu de contradicteurs, ou de commentateurs ce qui me donne à penser que je suis loin d'avoir atteint l'objectif que je m'étais fixé. Je me sens déserté, quand bien même je sais que j'ai quelques lecteurs assidus. Je les prie, et je prie les lecteurs occasionnels, d'apporter leur contribution à un combat qui est essentiel pour l'avenir de l'humanité : le combat pour la pensée. Il s'agit de savoir si l'homme est le maître absolu de l'homme, ou s'il existe dans le réel des piliers solides, qui ne dépendent pas de nous, sur lesquels nous appuyer pour progresser sur la voie de la concorde et de la paix. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Je vous supplie donc d'être à vos plumes, de titiller vos petites cellules grises et de me donner votre avis, car on réfléchit mieux à plusieurs que tout seul. Demain, j'essaierai de vous montrer comment DESCARTES interprété par des esprits qui annonçaient la dialectique de HEGEL nous a fourvoyé sans le vouloir, et pourquoi, nous, Français, nous avons tant de mal à ne pas passer pour arrogant aux yeux des étrangers, et pourquoi, encore, nous n'exportons que des idées, ou des révolutions, mais assez peu de marchandises.

mercredi 21 novembre 2007

Totalitarisme et liberté

"L'objectivisme - cette conviction qu'il existe une vérité objective, indépendante de l'arbitraire des dogmes et de l'idéologie - est [...] véritablement la pierre angulaire de la liberté intellectuelle et de la dignité humaine, et donc aussi la principale pierre d'achoppement du totalitarisme". Ainsi s'exprime Simon LEYS (dans un ouvrage que j'ai déjà cité dans mes billets "La forêt en feu") quand il analyse le totalitarisme de MAO TSE TOUNG et étend sa réflexion au totalitarisme en général. Il me semble que les conflits sociaux que nous traversons en ce moment sont le très exact reflet de cette incapacité où nous sommes de croire à la vérité objective. Monsieur MELANCHON peut renvoyer aux vieilles lunes du conservatisme l'idée qu'il faut d'abord produire des richesses avant de les distribuer, et donc penser qu'il suffit de redistribuer pour que les richesses suivent, le bon sens - qui n'est que l'incarnation dans le peuple de l'objectivisme -crie tout le contraire. Nous avons besoin d'hommes et de femmes libérés des carcans des systèmes : voilà pourquoi l'ouverture prônée par le Président SARKOZY, et tant décriée - aussi bien à droite qu'à gauche -est une nécessité, une liberté, la reconnaissance de la dignité de toute pensée humaine pour autant qu'elle soit droite et sincère.

vendredi 15 juin 2007

Paroles de philosophe

On pourrait croire que je suis partial. Il n'en est rien. Ce n'est pas le socialisme dont j'ai horreur. Je rejette en bloc les leaders socialistes parce qu'ils disent tout et n'importe quoi, et n'ont strictement aucune proposition à opposer à celles que fait le gouvernement. Ils ne sont intéressés que par le pouvoir, ils veulent faire notre bonheur malgré nous, ils ont réponse à tout avec leur système. Le socialisme, comme le libéralisme du reste, est une idéologie. L'un et l'autre sont, en effet, des systèmes, des systèmes de pensée qui ont plus ou moins de rapport avec le réel. D'abord un détour pour comprendre de quoi il s'agit.
Voici comment André COMTE-SPONVILLE, un philosophe médiatique certes, mais très pédagogue, ce qui est rare pour un philosophe, définit matérialisme et idéalisme, dans une joute qui l'oppose à l'un de ses collègues, monsieur STAUNE, et qu'a publié le Figaro (merci à un ami de m'avoir communiqué ce texte) :
"Le matérialiste, au sens trivial, c'est celui qui n'a pas d'idéaux, qui ne vit que pour les plaisirs corporels. Au sens philosophique, il en va tout autrement ! Le matérialisme est d'abord une position métaphysique : c'est penser que tout est matière ou produit de la matière. Attention, je ne parle pas du concept scientifique de matière, qui ne cesse d'évoluer, mais de la catégorie philosophique, qui appelle « matière » tout ce qui existe indépendamment de l'esprit. La vraie question est de savoir ce qui est premier : est-ce l'esprit qui crée la matière, ou la matière (qu'elle soit énergie, ondes ou corpuscules) qui produit l'esprit ? L'idéalisme défend la première position ; le matérialisme, la seconde, ce qui revient à nier l'existence d'un dieu créateur et d'une âme immatérielle. Pour le matérialisme, ce n'est pas un esprit qui a créé le monde ; c'est la nature incréée qui finit par engendrer la pensée dans le cerveau humain. Je ne suis donc qu'un corps, ce qui exclut que je puisse lui survivre : être matérialiste, c'est aussi penser qu'il n'y a pas de vie après la mort. Voici résumées les composantes majeures du matérialisme, depuis Démocrite et Épicure jusqu'à aujourd'hui."
Les définitions sont excellentes. Toutefois je m'interroge sur le grand manquant de ces conceptions métaphysiques, je veux dire le réalisme. Nous voyons bien les dangers des idéalismes, père de tous les totalitarismes. Si l'esprit est "créateur" de la matière, tout est permis à l'homme, et le plus fort de nos frères en humanité pourra nous imposer son système, contre notre volonté : c'est ainsi que l'on a vu fleurir le nazisme, le fascisme, le marxisme, le freudisme, le nietzschéisme, le castrime, le léninisme, le stalinisme, le maoïsme, toutes idéologies dont vous observerez que la plupart portent un nom dérivé de celui de leur créateur. Le matérialisme est un avatar de l'idéalisme. Lorsque je déclare que tout, y compris la pensée, est un produit de la matière, je ne fais que projeter ma pensée dans celle-ci, en lui supposant, sans possibilité de preuve, une telle puissance.
Que dit le réalisme ? Il dit qu'il y a une correspondance possible entre les choses et l'intelligence, que la recherche de cette correspondance est précisément la recherche de la vérité, que les êtres et les choses portent en eux de l'intelligible, c'est à dire la trace d'un esprit. Toute la question est de savoir si l'intelligible des êtres et des choses est prouvable, possible, très conjectural, impossible à détecter ou hypothétique. Un penseur très connu, Karl POPPER, montre qu'il existe trois mondes bien distincts : le monde 1 est celui de la matière, y compris celui du cerveau, le monde 2 est celui du vécu dans chaque conscience, le monde 3 est le monde des idées car les "idées sont perpétuelles". Cela signifie tout simplement que les idées émergent de la matière par le travail de l'esprit humain qui cherche à en dégager l'intelligible. C'est précisément cela le réalisme.
Quelques idées clés du réalisme dont le plus éminent représentant occidental est Thomas d'Aquin, mais qui a aussi de non moins éminents représentants orientaux (Yahia, Miskaywah, Ibn Sibna, etc.) : L'homme individuel ne pourra que difficilement parvenir à ses fins terrestres sans le secours du corps social (Thomas d'Aquin, Miskaywah). La fin ultime est ce au-delà de quoi l'agent ne cherche plus rien (Thomas d'Aquin, les philosophes arabes médiévaux). Tout agent agit en vue d'un bien. L'amour est le mouvement de la volonté éclairée par l'intelligence. Etc.
S'il en est ainsi, on peut comprendre pourquoi la recherche d'un consensus politique n'est pas une utopie, mais une tentative de trouver ensemble l'intelligible des choses, des êtres, et des situations. En d'autres termes, à une situation problématique donnée, historiquement et géographiquement située, il ne peut pas y avoir de solutions dépendantes des idéologies, il ne doit y avoir que des solutions dépendantes du réel. Il peut y en avoir plusieurs, également bonnes, mais il n'y en a pas un nombre infini, ni indéterminé, et notre liberté s'exerce justement dans le choix que nous faisons de l'une de ces bonnes solutions. Aucune solution ne saurait être bonne si elle n'est pas conforme à la fin qui nous est due.
En voilà assez pour aujourd'hui. Mais je continuerai demain sur la question de la TVA sociale, et je montrerai combien sont de mauvaise foi ceux qui en critique le principe, loin de toute réalité, en s'accrochant à des idées dont ils savent qu'elles sont au mieux discutables, au pire mensongères.

dimanche 10 juin 2007

Désastre national ?

Le Point fait paraître un dossier très étoffé sur les heurs et malheurs de l'Education Nationale. Il l'annonce en couverture : la France compte 32.000 enseignants sans élèves, et ce scandale a été dénoncé par la Cours des Comptes. Mais curieusement, Le Point ne dit pas pourquoi il y a tant d'enseignants qui n'enseignent pas. C'est un sujet tabou. La plupart des enseignants sans élèves ont en effet des décharges syndicales, et il est interdit de contrister les syndicats. Silence, silence, et encore silence. Les contribuables payent ces délégués syndicaux dont la fonction essentielle est d'organiser des grèves pour "obtenir plus" ? Silence, silence, silence ! "Travailler moins pour gagner plus" semble être le mot d'ordre de ces permanents de l'agitation. Il faudra bien qu'on mette fin à cet abus. Qui en aura le courage ?
Le même dossier donne la parole à Philippe MERIEU. Personne ne contestera qu'il s'agit d'un spécialiste connu et reconnu des sciences de l'éducation. Cependant, l'objectivité exige qu'on reconnaisse au discours de ce spécialiste toutes les caractéristiques d'une idéologie qui a fait et continue de faire des ravages, notamment en matière de carte scolaire. Comme l'exercice est délicat, monsieur MEIRIEU reconnaît que le statut quo en cette matière, "est hypocrite et injuste". Vous, comme moi, conclueriez que le principe même d'une carte scolaire est un principe faux. Pas du tout. La carte actuelle ne marche pas ? Il faut en faire une autre "afin que les bassins de recrutement associent des quartiers très divers". Je dirais à monsieur MEIRIEU que cette association est déjà faite, et qu'elle a été la providence des établissements privés. Dans tel quartier de Strasbourg, que je ne nommerai pas, on a associé une zone pavillonnaire, habitée par des cadres supérieurs, à une zone de grand ensemble, et l'on a crée une ZEP. Le résultat est que le taux de fuite vers le privé, lors du passage au Collège, est de 36 %. Au lieu qu'il voit des quartiers, je suggère à monsieur MEIRIEU qu'il considère des personnes. Au lieu d'utiliser la contrainte, il est préférable d'utiliser l'incitation et l'argumentation. Ca me paraît plus juste quand il s'agit d'éducation. Mais monsieur MEIRIEU, tout à son rêve d'une cité idéale, poursuit. "Il faut que les établissements les plus exposés - quelle jolie litote - disposent de filières d'excellence, bénéficient d'activités culturelles et artistiques de haut niveau, puisse mettre en place un suivi personnel approfondi des élèves, stabilisent des équipes de professeurs expérimentés et bien formés. Afin que les familles trouvent sur place les meilleures conditions de scolarisation et n'aient pas à fuir le secteur scolaire". Nous sommes ici dans l'idéalisme le plus pur, le plus échevelé, le plus dangereux, et en plus, dans le déni de la réalité. Les Centres Socio-Culturels sont implantés pour la plupart dans des secteurs délicats. Quantité d'Associations animent la vie artistique et culturelle des quartiers. Reste la question des filières d'excellence qui, effectivement n'a pas trouvé de réponse adéquate. Principaux, infirmières, assistantes sociales, conseillers d'orientation psychologues, conseilleurs principaux d'éducation, éducateurs spécialisés font un travail formidable de suivi personnalisé dans les Collèges. Mais monsieur MEIRIEU semble l'ignorer. Et pourtant, des écoles brûlent, des professeurs sont molestés, l'ignorance et l'incivisme prospèrent. Et pourtant - je l'ai moi-même constaté lors d'une enquête que nous avons réalisée à Strasbourg dans 20 Collèges du Bas-Rhin - les enseignants des Collèges de ZEP, et toutes leurs équipes éducatives, SONT ADMIRABLES de compétence, de dévouement, d'imagination (Cf le rapport de l'IPLS : "Etude comparative des modalités de prise en charge des élèves en difficulté", IPLS, 11 rue Silbermann, 67000 STRASBOURG), ils aiment leur métier, et ils ne baissent pas les bras. Les équipes sont stables. Cela ne suffit pas ; le principe de la ZEP est donc tout simplement faux. Mais monsieur MEIRIEU s'acharne à défendre des principes au mépris de la réalité.
"Il faut faire ceci, il faut faire cela", dit monsieur MEIRIEU à plusieurs reprises, comme si le volontarisme en cette matière pouvait se substituer au devoir naturel qu'ont les parents d'assurer le meilleur avenir à leur enfant. Tout le raisonnement de monsieur MEIRIEU repose sur des a priori : les jeunes des "quartiers sensibles" ne peuvent pas s'en sortir tout seuls, ils ont besoin des jeunes de milieu social "plus élevé" (l'auteur le sous-entend), disons pour simplifier, de ces fils et filles de bourgeois, détestés par ailleurs, et ils en on besoin comme modèles ; monsieur MEIRIEU ajoute : si la carte scolaire disparaît les "écoles, collèges et lycées [...] choisiront TOUT NATURELLEMENT (c'est moi qui souligne) les meilleurs élèves" ; c'est une pétition de principe et un jugement bien rapide sur un corps enseignant qui - officiellement - ne cesse de réclamer justement cette mixité sociale. Il me paraît plus simple à moi d'exiger de ces "bons" établissements qu'ils recrutent très largement - le ministre de l'éducation national a le pouvoir d'imposer ce brassage, et il en a les moyens - plutôt que d'imposer à des parents des choix qu'ils ne peuvent accepter en conscience (Un tel choix est fait par tous les établissements privés de Strasbourg, en tout cas par les établissements privés catholiques que je connais : Saint-Etienne, La Providence, Notre-Dame des Mineurs, La Doctrine Chrétienne, Saint-Joseph de Matzenheim). En somme, plutôt que de concentrer les difficultés en un lieu précis, il est préférable de les diluer en des lieux variés. J'ajoute que, lors de l'enquête que nous avons conduite à Strasbourg et dans le Bas-Rhin, nous avons été sidérés d'apprendre des principaux de ZEP que la majorité des jeunes de leur Collège ne sortaient presque jamais de leur quartier. Voilà une bonne occasion pour eux de le quitter.
Une autre suggestion me paraît essentielle. Il n'est pas humain de concentrer les habitats sociaux en des ensembles qui urbanistiquement, géographiquement et démographiquement sont invivables. La seule solution est de diluer l'habitat social dans le tissu urbain. La voilà la vraie révolution. Et jamais personne n'en parle.

lundi 14 mai 2007

Liberté intellectuelle et dignité humaine

J'ai déjà eu l'occasion de parler du livre de Simon LEYS, "La forêt en feu". Le propre des grands ouvrages est d'être une source inépuisable d'universelles vérités. En voici quelques unes que j'ai puisées dans ce livre dont la lecture devrait faire honte à tous les anciens suppôts du maoïsme, tant il démonte implacablement le caractère totalitaire, sanguinaire et fou du Grand Timonier.
"L'objectivisme - cette conviction qu'il existe une vérité objective, indépendante de l'arbitraire des dogmes et des idéologies - est vraiment la pierre angulaire de la liberté intellectuelle et de la dignité humaine - et donc aussi la principale pierre d'achoppement du totalitarisme". (Incidemment, la campagne présidentielle nous a donné quelques beaux exemples de cette vérité.)
Et cet autre extrait :
"Pour dominer l'univers naturel, l'homme occidental s'est séparé de lui. Cette attitude héroïque, agressive et conquérante à l'égard de l'environnement est bien ilustrée par exemple dans l'art des jardins classiques (l'art des jardins est toujours la projection la plus expressive qu'une culture peut donner de sa vision du monde) - Voyez Versailles ! -où la nature est soumise, déformée, réduite et taillée de façon à devenir entièrement conforme à une géométrie et un dessin que lui impose l'homme. Dans une telle perspective, rigoureusement anthropocentrique, les formes et les motifs naturels, non façonnés de main d'homme, et dont la complexité mystérieuse ne reflète celle d'aucun cerveau, acquièrent automatiquement quelque chose de menaçant. Leur autonomie hermétique limite et met en question l'empire de l'esprit humain."
"Dans un contexte totalitaire, chaque fois que le bon sens entre en conflit avec le dogme, c'est toujours le bon sens qui perd." (Voyez les tentatives de madame ROYAL pour trouver un accord avec monsieur BAYROU : elles ont été torpillées par les éléphants, messieurs FABIUS, EMMANUELLI, et tutti quanti, en tête, pour des raisons idéologiques (j'aime à le penser en tout cas, car si c'est pour des raisons de basse tactique politicienne, c'est indigne). Il faut proclamer haut et fort que madame ROYAL doit prendre la tête d'une opposition constructive. Elle doit être moins agressive car sa "colère" téléphonée lors du débat du mai lui a fait perdre des milliers de voies. Elle doit être plus précise dans ses propositions, et surtout ne pas raconter n'importe quoi dans des domaines aussi importants que la défense et les sous-marins nucléaires, ou dans celui de l'énergie nucléaire. Elle devrait aussi savoir qu'une loi votée en février 2005 a donné aux enfants handicapés un total accès aux établissements d'enseignement, et que sa critique sur la suppression d'Handiscole était absolment infondée. Mais elle a l'honnêteté de mettre en accord ses actes et ses paroles, en se présentant pas à la députation. Voilà les traits d'un caractère fort auquel il ne manque qu'une culture philosophique du réel)
Pourquoi le réalisme est-il si important pour notre liberté ? Parce que dans un contexte totalitaire, toujours lié à un idéalisme, on arrive avec beaucoup de sincérité, mais peu de vérité, à la conclusion qu'il est possible d'opposer "une science allemande" à "une science juive" [Hitler], ou "une vérité prolétarienne" aux "mensonges bourgeois" [Marx, Staline, Mao, Sartre..., eh oui Sartre, pour qui le marxisme était "l'horizon indépassable de l'histoire"].
Je tiens pour certain que le réel est ce qui précisément nous résiste. Et le réel se venge toujours quand il n'est ni respecté, ni pris en compte. C'est vrai pour l'écologie, pour la psychologie, et surtout pour le politique. Je trouve particulièrement intéressant la convergence des analyses d'un Marcel de CORTE, philosophe chrétien, et d'un Simon LEYS, parfaitement agnostique.
Quand reviendra-t-on dans nos écoles, nos lycées et nos universités à ces évidences ?

mercredi 25 avril 2007

La lumière vient de l'Orient

Ex oriente lux ! La lumière vient de l'Orient ! Lu Xun, un écrivain chinois aujourd'hui adulé, mais qui fut largement persécuté par le régime communiste chinois (comme, du reste, par le Kuomintang) a laissé quelques belles oeuvres, et il est resté, jusqu'à sa mort, d'une intransigeante probité et d'une rare lucidité, teintée hélas d'amertume, vis-à-vis d'un régime qu'il jugeait totalitaire et tyrannique, bien qu'il eût, en sa jeunesse, de la sympathie pour le communisme.
Dans l'un de ses ouvrages, il dit : "Schopenhauer avait observé ceci : quand on veut évaluer la grandeur d'un homme, la méthode à suivre est inverse s'il s'agit de la stature morale ou de la taille physique. En ce qui concerne cette dernière, elle apparaît d'autant plus petite qu'on la regarde de plus loin, tandis que la première s'accroît en fonction de la distance.
Mais justement, comme le grand homme rapetisse [Lu Xun parle ici de la stature morale] quand on le regarde de près et qu'on voit plus clairement ses infirmités et ses verrues, il devient semblable à nous : ce n'est plus un dieu ni un phénomène miraculeux, ni un animal d'une espèce inconnue, c'est simplement un homme, rien de plus. Mais c'est précisément en cela qu'il est grand."
Voilà pourquoi beaucoup de journalistes, chroniqueurs, caricaturistes qui moquent le grand nez pointue de celle-la, la petite taille de celui-ci (auquel ils ajoutent en général un petite moustache sous-nasale, et une mêche sur le front), les bajoues d'un troisième, passent à côté de leur sujet quand ils essaient de nous faire croire que la taille physique est le reflet de la stature morale. Ils sont dans le royaume des apparences. Heureusement, il en est qui nous rendent les hommes politiques sympathiques et humains et non tombent pas dans cette manipulation digne de GOEBBELS. Poursuivons.
Lu Xun dit encore :
"Plutôt que de discuter les diverses façons d'atteindre le futur, il me semble que nous ferions mieux de donner la priorité au présent. Même si le présent est désespérément sombre, je n'ai nulle envie de le quitter.
Demain sera-t-il exempt de ténèbres ? On en reparlera demain ; en attendant, occupons-nous plutôt de transformer notre aujourd'hui."
Je tire ces citations de l'ouvrage ci-dessous mentionné :
Simon LEYS.
La forêt en feu. Essai sur la culture et la politique chinoises. Collection "Savoir".
Hermann, Paris, 1983.
Lu Xun est un adepte du réalisme philosophique. Il le sait bien : au nom des idées on a fait tuer, on a tué des millions d'êtres humains, surtout au vingtième siècle. La transformation de l'homme, l'avenir radieux, étaient paraît-il ce prix. Mais Lu Xun nous souffle à l'oreille que le mot chien n'a jamais mordu personne et qu'il faut se méfier des faiseurs-faiseuses de promesses qui semblent n'engager que ceux à qui elles s'adressent.
Voilà quelques sains principes susceptibles de guider notre choix le 6 mai prochain.
Politis-philippe
PS : Golfi, mon contradicteur, ne m'a pas répondu.

lundi 16 avril 2007

Philosophie et politique

Les philosophes médiévaux, occidentaux comme orientaux, identifient en l'homme trois facultés : la sensibilité, l'intelligence, et la volonté. C'est par la sensibilité que l'on accède au beau, par l'intelligence que l'on accède au vrai, et par la volonté que l'on accède au bien. Notez que ces trois facultés s'exercent par l'intermédiaire des organes des sens pour la sensibilité, du cerveau pour l'intelligence, et des nerfs moteurs pour le bien (on agit en vue d'un bien, et l'action est liée à un mouvement).
Jusqu'ici, je ne pense pas que l'on puisse nier cette évidence. On ne niera pas non plus que c'est au cerveau qu'échoit la fonction de traiter les informations sensorielles et de les traduire (ou non) par des actes.
Toute la question est donc de savoir si les choses et les êtres ont en eux un principe d'intelligibilité qui est détecté par notre cerveau après être passé par nos sens (nihil in intellectu quod non prius fuerit in sensu, dit Thomas d'Aquin) ou si l'intelligible est infusé par notre intelligence dans les choses perçues par ces derniers. La question est d'une importance politique capitale. Si les choses et les êtres ont en eux un principe d'intelligibilité qui ne dépend pas de ce que nous pensons d'eux, alors il y a en eux du transcendant.
Il n'est pas inintéressant de constater qu'en grec, le mot "vérité" se dit "alethaia", qui signifie mot à mot "ce qui est sorti du sommeil". Pour nos ancêtres dans la culture, il n'y a pas de doute : chercher et trouver la vérité consiste à repérer l'intelligible dans les choses. Un tel constat est d'une importance politique capitale. Et de mon point de vue, c'est ce qui différencie fondamentalement une sensibilité ou une polique dite "de gauche" d'une sensibilité ou d'une politique dite "de droite". Ce n'est pas le goût de la justice, pas même celui de la démocratie ou de la liberté qui est la pierre de touche de la différence. Pour une sensibilité de gauche, la matière n'a pas de forme et il importe que l'homme lui en donne une. Comme chacun de nous portons une idée personnelle de la dite forme, il faut pour faire triompher une des formes possibles (a) conditionner tous les citoyens par le biais de l'information et de la culture à intérioriser une forme unique pour éviter le désordre et le chaos, et limiter les conflits ; (b) et pour ce faire arriver par tous les moyens au pouvoir suprême : d'où l'âpreté des luttes politiques. Pour une sensibilité dite de droite (j'entends une "vraie" sensibilité de droite), il n'y a pas de bonne politique qui irait à l'encontre de la nature des choses (de l'intelligible qu'elles portent en elles, en vertu de leur être et par l'intermédiaire de leur forme).
Comment agir en toute justice si l'on croit que sa propre analyse, même partagée par les gens de son clan, est la seule qui vaille ? On l'imposera par la force, par la ruse même. Si l'on croit qu'il n'y a pas d'acte juste qui aille l'encontre de la nature des choses, on recherchera ce qui en elles est intelligible, pour agir en conformité avec leur nature. Et de mon point de vue, c'est la définition du bien.
Considérée de la sorte, on comprend pourquoi la culture et l'enseignement ont été et sont des enjeux politiques capitaux. L'idéalisme contre le réalisme, voilà le vrai combat des idées. Et pour moi, l'idéalisme est le père de tous les totalitarismes. On comprend aussi pourquoi un parangon de la modernité disait son "réconfort" pour ne pas dire son exultation, à l'idée que "l'homme est une invention récente, une figure qui n'a pas deux siècles, un simple pli dans notre savoir, et qu'il disparaîtra dès que celui-ci aura trouvé une forme nouvelle".
Eh oui ! Vous avez bien lu. C'est une ânerie de plus à mettre au compte de ce "philosophe". Il aurait mieux fait de relire les grecs, la bible et les philosophes arabes du moyen-âge. Mais pour Michel FOUCAULT, la culture n'est pas ce qui est transmis et enrichi à chaque génération humaine. La culture, c'est sa propre et délirante production. Jamais on aura mis tant d'énergie à utiliser le legs antique (les catégories de la logique d'Aristote) pour le démolir. C'est là une contradiction dont il ne peut se relever. Mais il n'est pas le seul, le pauvre, à gésir sur le fumier de la "déconstruction".