samedi 1 mars 2008

La complainte du blogueur

Depuis avril 2007, je m'efforce, avec un bonheur inégal j'en conviens, de donner des éclairages personnels sur les événements politiques, économiques ou culturels, en m'efforçant de les replacer dans le contexte d'une vie sociale morale et humanisée, c'est à dire accordée à la fin qui nous est due, et vers laquelle NOUS DEVONS nous diriger pour atteindre le bonheur. J'ai essayé de vous montrer combien les échafaudages intellectuels des idéalistes, qui ne s'appuient que sur leur cerveau et non point sur le réel, nous conduisaient à l'abîme. Et je suis étonné de voir que, si j'ai des lecteurs, j'ai très peu de contradicteurs, ou de commentateurs ce qui me donne à penser que je suis loin d'avoir atteint l'objectif que je m'étais fixé. Je me sens déserté, quand bien même je sais que j'ai quelques lecteurs assidus. Je les prie, et je prie les lecteurs occasionnels, d'apporter leur contribution à un combat qui est essentiel pour l'avenir de l'humanité : le combat pour la pensée. Il s'agit de savoir si l'homme est le maître absolu de l'homme, ou s'il existe dans le réel des piliers solides, qui ne dépendent pas de nous, sur lesquels nous appuyer pour progresser sur la voie de la concorde et de la paix. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Je vous supplie donc d'être à vos plumes, de titiller vos petites cellules grises et de me donner votre avis, car on réfléchit mieux à plusieurs que tout seul. Demain, j'essaierai de vous montrer comment DESCARTES interprété par des esprits qui annonçaient la dialectique de HEGEL nous a fourvoyé sans le vouloir, et pourquoi, nous, Français, nous avons tant de mal à ne pas passer pour arrogant aux yeux des étrangers, et pourquoi, encore, nous n'exportons que des idées, ou des révolutions, mais assez peu de marchandises.

vendredi 29 février 2008

Sagesse des Chinois

CONFUCIUS avait défini cinq types de relations sociales : souverain/sujet, mari/femme, père/fils, aîné/cadet, ami/ami. Il ne lui avait pas échappé que la seule de ces relations qui, de son temps, ne fût pas dissymétrique était la relation ami/ami. L'amitié était précieuse et forte aux yeux des Chinois et il est tout à fait intéressant de noter que l'idéogramme qui signifie amitié en langue chinoise représente deux mains se réunissant (cf. Cyrille J.-D. JAVARY. 100 mots pour comprendre les Chinois. Albin Michel, Paris, 2008).
Il me semble qu'il y a là matière à réflexion pour une conscience occidentale ; elle porte sur deux points, la symétrie absolue de la relation, et le rôle de la liberté dans l'engagement en amitié. Nous sommes à des années-lumière de la notion de solidarité qui est fondée justement sur la dissymétrie des revenus (ou des situations sociales) et la contrainte que les pouvoirs publics font peser sur les plus hauts d'entre eux pour les redistribuer aux plus bas. Je ne veux pas dire que c'est inutile ! Bien au contraire ! Il s'agit là du rappel imposée à ceux qui auraient tendance à l'oublier de notre commune appartenance au genre humain (une expression de la "mêmeté"). Mais la liberté n'a pas de part dans la solidarité. Et le jeu de deux pièces rendues solidaires est faible ou nul. Il en résulte que la solidarité, à moins qu'elle ne soit le fruit d'un mouvement de la liberté, ce qui lui fait perdre son caractère essentiel de contrainte, et par conséquent sa dénomination, ne peut être socialement vécue d'une manière positive. Nous sommes aussi très éloignés de la notion de fraternité ; on ne choisit pas ses frères, et la fraternité n'implique ni la symétrie (aîné, cadet ; jeune, vieux, etc.) ni la liberté ; elle n'exclut pas le sentiment, l'affection ou la tendresse, mais on sait aussi qu'il y a des haines fraternelles irréductibles dont CAÏN et ABEL, ou ETEOCLE et POLYNICE offrent les modèles les plus achevés. Il reste dans notre langue deux mots, qui méritent qu'on s'y attache, pour désigner le mouvement du coeur ou de l'esprit vers l'autre : le premier est celui de charité, mais il y a encore de la dissymétrie dans la charité des hommes, et Vincent de PAUL disait fort justement à ce propos, à Louise de MARILLAC : "Ma fille, souvenez-vous qu'il nous faut beaucoup d'amour pour que les pauvres nous pardonnent le pain qu'on leur donne". Pour arriver à son exercice, à une hauteur qui soit celle où la situe Paul de TARSE dans sa première lettre aux Corinthiens, il y faut autre chose que nos simples forces humaines. Mais c'est, selon moi, l'horizon définitif de l'humanité. Le second terme est celui d'amitié. Et c'est un mot si fort qu'il est employé par Thérèse d'AVILA quand elle parle de la prière : "La prière, dit-elle, n'est jamais qu'un commerce d'amitié avec Dieu". On retrouve bien là l'audace de cette femme qui se place sur le même plan que Dieu, mais qui engage toute sa vie et sa liberté dans cette relation. (C'est une expression de "l'ipséité", ce qui fait que suis moi et pas un autre.)
Je n'aurais pas la naïveté de confondre les mots avec la réalité qu'ils signifient. Mais ils ne sont pas venus tout seuls dans notre vocabulaire. Et il me semble que nous pouvons relativement bien nous reconnaître dans ce que je viens de dire.
Voilà pourquoi, et j'en termine, il est aussi important de délivrer une parole à l'homme ou à la femme qui mendie, parfois lamentablement et même indignement, car c'est dans la parole partagée que commence à s'établir une relation symétrique, la seule qui puisse prendre place dans l'expression authentique de la charité, et qui tienne compte à la fois de la mêmeté et de l'ipséité.

jeudi 28 février 2008

Acharnement thérapeutique ?

L'un de mes proches, toujours le même, me demande affectueusement pourquoi je défends avec tant d'âpreté le Président de la République, pourquoi, en quelque sorte, je pratiquerais de l'acharnement thérapeutique sur sa personne.
Je ne défends personne. Je défends simplement la vérité des faits. Je redis ici que disqualifier le message par la disqualification du messager est tout simplement indigne d'un esprit droit.
Pendant trente ans, j'ai consacré une partie de mon temps à la recherche. A trois reprises, je me suis heurté à des faits reproductibles, pourtant incompréhensibles en apparence. En acceptant ces faits, nous avons pu faire avancer la connaissance d'une très grave maladie génétique affectant les neurones moteurs de la moelle épinière. Nos collègues se sont d'abord moqué de nous. Pendant dix ans, nous avons tenu bon. Jusqu'à ce que d'autres laboratoires, par d'autres méthodes que les nôtres, confirment nos travaux. Le refus manifesté par la communauté scientifique (française, pas internationale ; mais nul n'est prophète en son pays) de prendre en compte ces faits (pour d'obscures raisons..., qui, pour moi, ne sont du reste par si obscures que ça, et relèvent de ce que René GIRARD appelle la rivalité mimétique) a fait perdre dix ans à la recherche d'un traitement adapté de l'amyotrophie spinale progressive, puisque c'est de cette maladie qu'il s'agit.
Vous comprendrez donc pourquoi le respect des faits me paraît si important. Que le Président de la République soit petit, grand, bégaie ou parle trop rapidement, qu'il divorce ou se marie, qu'il ait des réparties surprenantes et inappropriées (c'est le moins que l'on puisse dire) aux insultes qui lui sont faites, n'enlève rien, selon moi, à son courage politique et à sa clairvoyante analyse des problèmes de notre pays. L'opposition a bien entendu le droit, et même le devoir, de critiquer ces décisions, mais il faut d'abord qu'elle les analyse, et en suppute rationnellement les possibles conséquences d'une part, et qu'elle propose des solutions alternatives aux problèmes de notre pays, en en supputant de même les conséquences, et en en expliquant les avantages, d'autre part. Mais pour cela, il lui faudrait ouvrir les yeux, et reconnaître qu'il y a des problèmes... Elle les a toujours niés, ou presque toujours, ou plus exactement et d'une manière plus conforme aux faits, elle ne les a jamais présentés dans son programme d'une manière autre qu'idéologique. Nous avons le droit d'exiger d'elle qu'elle ne nous prenne pas pour des imbéciles ou des automates de la pensée unique.

mercredi 27 février 2008

Ringards, les cathos ?

Il est de bon ton, depuis des lustres, de moquer la ringardise des cathos, et la haine que l'Église catholique a du corps. Voici le petit extrait d'un livre tout à fait intéressant, dont je ne vous donnerai l'auteur qu'après vous avoir imposé cette lecture instructive :
"En fait de mariage ils observent avec un respect religieux une coutume qui nous a d'abord très-fort (sic) choqués tant elle nous parut bisarre (sic) & indécente. Lorsque deux personnes se recherchent, ils ne veulent point qu'elles s'engagent avant d'avoir toutes deux jugé par elles-mêmes des qualités de leur propre corps. En conséquence, une vénérable matrone déshabille la future & la fait voir toute nue à son amant, qui de son côté est présenté à sa maîtresse dans l'état de pure nature par quelque grave et honnête personnage. Nous eûmes de la peine à retenir nos éclats de rire en apprenant cet usage, & nous leur avouâmes franchement que nous le trouvions fort sot et fort impertinent. Mais ils se moquèrent bien de nous & des inconséquences aussi funestes que multipliées que commettent sur cet article les peuples de notre Univers. Quoi, nous dirent-ils, lorsqu'il s'agit de l'achat d'un méchant bidet, vous faites les plus grandes attention à votre marché pour n'en être pas la dupe. [...] Mais à combien plus forte raison devez-vous être attentif au choix que vous faites d'une femme. Songez que c'est uniquement de ce choix que dépend cette volupté délicieuse qui fait le charme de nos beaux jours ou ce dégoût insurmontable qui les remplit d'amertume. etc., etc." [Amant et Maîtresse, au XVIIIe siècle, signifient l'amoureuse et l'amoureux]
C'est un homme politique qui a écrit cela. C'est aussi un saint de l'Église catholique. Il a été assassiné par son souverain qui ne lui trouvait pas l'échine assez souple. Il s'agit de saint Thomas MORE, chancelier d'Angleterre (1478 - 1535), et cet extrait est tiré de son célèbre ouvrage, connu sous le nom de l'Utopie, mais dont le titre exact est légèrement plus long (voir plus bas).
Voici un autre extrait
"L'objet le plus noble & le plus intéressant de toutes leurs questions et de toutes leurs recherches est de savoir en quoi consiste le vrai bonheur de l'homme, si c'est dans une seule ou dans plusieurs choses réunies. La plupart des Utopiens embrassent sur cet article le système d'Epicure ; ils sont persuadés que si la volupté n'est pas entièrement dispensatrice de bonheur, elle seule du moins contribue le plus à nous le procurer. Ce qui va vous étonner sans doute, c'est qu'ils fondent sur la religion même, toute triste & toute sévère qu'elle est, une morale si facile & si douce. Jamais ils ne dissertent sur le souverain bien de l'homme qu'ils n'invoquent le secours de leur religion ; ils déduisent leurs conséquences de ses principes mêmes ; ils mêlent ses maximes aux raisonnements de la philosophie, & pensent que, sans le secours de leurs lumières réciproques, ils feraient pendant toute leur vie des recherches infructueuses pour trouver la félicité."
In
Tableau du meilleur gouvernement possible ou l'Utopie,
de Thomas MORUS, Chancelier d'Angleterre, en deux livres. Traduction nouvelle dédiée à S.E.M. le Comte de Vergennes, Ministre des Affaires Étrangères,
Par M. T. ROUSSEAU.
A Paris, Rue Dauphine, à l'entrée à droite par le Pont-Neuf, Chez Alex. JOMBERT, Successeur de Ch.-Ant. JOMBERT, son Père, Libraire du Roi pour l'Artillerie et le Génie, 1780. (Je possède ce livre dans ma bibliothèque.)
Il y a là, agrémenté d'une précision, d'un humour, et d'une très fine psychologie, un enseignement d'une très rare modernité. Homme politique, Thomas MORE ne crachait point sur la philosophie. Catholique fervent, et rentré en opposition avec Henri VIII, il sait concilier les exigences de la raison, de la nature et de la foi. Pas mal, pour un homme de la Renaissance. Allons, messieurs les hommes politiques, un petit effort de lecture. Vous trouverez bien des choses intéressantes dans ce livre sur l'art de gouverner, et monsieur DRAY pourra peut-être changer d'opinion et renoncer à son antipathie pour "une vision religieuse de la société".
Bonne semaine.

mardi 26 février 2008

Un Prophète

"Les esprits 'réalistes' peuvent bien sourire des rêveurs qui parlent d'une humanité cimentée et bardée, non plus de brutalité, mais d'amour. Ils peuvent bien nier qu'un maximum de puissance physique puisse coïncider avec un maximum de douceur et de bonté. Ce scepticisme et ces critiques ne sauraient empêcher que la théorie et l'expérience de l'Énergie spirituelle se trouvent d'accord pour nous avertir que nous sommes parvenus à un point décisif de l'évolution humaine. [...]
Continuer à mettre nos espoirs dans un ordre social obtenu par violence externe équivaudrait simplement pour nous à abandonner toute espérance de porter à ses limites l'Esprit de la Terre."
In
P. TEILHARD de CHARDIN.
L'Énergie humaine. Oeuvres. Tome 6. Page 161, ss.
Éditions du Seuil, Paris, 1967.
Voilà un texte que tout homme politique devrait méditer et mettre en oeuvre. Au lieu de se déchirer, de s'insulter, de s'anéantir en esprit les uns les autres, de nous précipiter depuis trente dans une guerre civile froide, sans issue, ils devraient pouvoir, dans la légitime expression de leurs différences, trouver ensemble à nos problèmes, essentiellement moraux et spirituels, des solutions qui s'accordent à la nature profonde de l'homme. Et ce voeux s'adresse aussi bien aux gens dits de gauche qu'à ceux dits de droite. Au nom du Ciel, qu'ils cessent de donner de l'homme, de ses fins, et de ses faims, l'image affreuse qu'ils nous renvoient par leur manière d'être. S'ils nous aimaient autant qu'ils le prétendent, ils étendraient leur amour à tout ceux qui ne pensent pas comme eux, et surtout ils comprendraient que rien ne saurait être obtenu par la violence, quelle qu'en soit sa nature (physique, légale, morale, etc.). C'est pourquoi, en dépit que j'en aie, je ne trouve pas monsieur DRAY antipathique, et je ne désirerais qu'une chose : discuter avec lui en adoptant la procédure de dialogue qu'a si bien étudié Jürgen HABERMAS.

lundi 25 février 2008

Pour grand que soient les Rois...

On s'est offusqué dans les média de la réaction inattendue, vive, et... surprenante du Président de la République, aux insultes d'un quidam qui refusait de lui serrer la main, le tutoyait, prétextait avoir été sali par le contact avec lui. Il faut bien comprendre ce que peut représenter pour un homme politique surchargé de responsabilité, quotidiennement attaqué dans sa personne par des journalistes inconséquents qui se moquent comme d'une guigne de l'état de notre pays et n'ont qu'une idée en tête : décharger leur bile, faire suer leur haine d'un homme qu'il déteste, on ne sait pas trop pourquoi ; un homme qui est insulté par le Canard enchaîné, traqué par Le Monde, hebdomadairement brocardé par Jean-François KAHN et Marianne, subtilement contré par France Info et France 3. Jamais, on n'a vu un tel lynchage médiatique. Encore une fois, je ne suis pas un inconditionnel de notre Président. Mais je considère qu'il essaye de trouver des solutions à des problèmes politiques, économiques et sociaux qui pourrissent la vie de notre pays depuis 30 ans, problèmes qu'aucun des Présidents Bouddhas qui l'ont précédé n'a essayé de résoudre, en vertu de l'adage bien connu : "il n'est nul problème qu'une absence de solution ne finisse par résoudre". Je trouve indigne les basses critiques de la plupart des chefs de l'opposition. Et je leur rappelle ce vers du Cid : "Pour grands que soient les Rois, ils sont ce que nous sommes/Et peuvent se tromper comme les autres hommes". En d'autres termes, on ne peut reprocher à un homme insulté de réagir vivement à l'insulte, même si la chose est étonnante de la part d'un Président.
J'ose dire que ceux qui attisent ainsi le feu et la haine prennent le risque de faire assassiner l'actuel Président, en en faisant le réceptacle unique des plaintes, des frustrations, des désirs inassouvis et souvent peu légitimes, du ressentiment, des aigris de tous poils et de toutes les échelles de la société. Je voudrais bien avoir tort. Mais si jamais un attentat était perpétré contre lui (après tout, mis à part le faux attentat contre monsieur MITTERRAND, qui n'était pas encore Président, il y a déjà eu deux tentatives d'assassinat de nos Présidents : l'une contre le général de GAULLE, l'autre contre le Président CHIRAC), vous vous souviendrez que je vous avais mis en garde. A Dieu ne plaise que vous ayez jamais cet effort de mémoire à faire.
PS : Si je fais allusion à un possible attentat, c'est que le risque m'en a été suggéré par une personne que je rencontre régulièrement dans le cadre de l'accueil que l'Association Tibériade, dont je fais partie comme bénévole, offre aux personnes séropositives qui y cherchent écoute, bienveillance et soutien fraternel.

dimanche 24 février 2008

Vous Nous avez faits pour Vous...

"Vous Nous avez faits pour Vous, Seigneur, & notre coeur est inquiet, jusqu'à ce qu'il se repose en vous" dit Augustin d'Hippone dans ses Confessions (Livre I, chapitre I).
L'abbé GROU, un ecclésiastique du XVIIIe siècle, commente ce texte d'une manière qui me semble très pertinente ; j'en extrais ce court passage : "Tant que nous avons fait notre Dieu des richesses, des plaisirs, des honneurs ; tant que nous avons prétendu y trouver notre béatitude, jamais nous ne l'y avons rencontrée. Une voix intérieure nous criait : ton bonheur n'est pas là ; tout cela ne te remplit pas ; tes désirs vont toujours au-delà de ce que tu possèdes ; ton coeur ne cesse de demander ; et tout ce que tu lui donnes, ne fait qu'irriter ta faim. Tu as eu, il est vrai, quelques moments d'ivresse ; mais est-ce dans l'ivresse, dans l'aliénation de la raison, qu'est le bonheur d'un être raisonnable ?"
Il est intéressant de noter qu'au tout début du commentaire, avant l'extrait que je viens de citer, l'abbé GROU dit ceci : "Cette sentence est le premier Principe de la Morale ; & elle rend raison des agitations du coeur humain..."
J'invite monsieur Julen DRAY, dont j'ai vigoureusement critiqué l'appel a combattre "une vision religieuse de la société", à se poser les questions qu'a si bien formulées l'abbé GROU. Trouve-t-il plénitude et sens dans le seul combat politique ? Et s'il lui advenait d'être battu aux élections, comment réagirait son coeur ? N'a-t-il jamais fait, ne fût-ce qu'un instant, l'expérience terrible de la vanité des succès, de la possession, des plaisirs ? Voilà qui me paraît impossible. Et voilà pourquoi il me semble que ces interrogations essentielles doivent porter toute vision, tout projet, toute action politiques. Il n'est pas demandé aux politiques d'y apporter des réponses toutes faites. Il leur est demandé de permettre à leur frères et soeurs en humanité de se les poser. Et ceux-ci ne le peuvent que si les besoins élémentaires de leur nature sont satisfaits. C'est là, la justification fondamentale des exigences de justice sociale : permettre à tout être humain de se poser les vraies questions : celle du sens de sa vie, celle de sa fin, celle de son bonheur. Il ne le peut que si les exigences de sa nature sont satisfaites.
Citations tirées de l'ouvrage ci-dessous :
Abbé GROU.
Morale tirée des Confessions de S. (sic) Augustin.
Tome premier. (Chapitre premier, page 5)
A Paris, Chez Mérigot, jeune, Libraire, Quai des Augustins, au coin de la rue Pavée, 1786. (Je possède ce livre dans ma bibliothèque.)