mardi 17 mars 2009

Exercices de lecture

Un journal gratuit, Métro, pour le nommer, nous apprend qu'Amad LY, figure de "grand frère" de Seine-Saint-Denis, lauréat de Prix de l'éthique 2008, est mis en examen pour enlèvement, séquestration, tentative d'assassinat et violences aggravées. Deux de ses frères ont été eux aussi mis en examen. L'entrefilet ne précise pas si c'est pour les mêmes motifs.
Il y a plusieurs manières de lire cette information.
Manière idéologique.
Première lecture idéologique :
Le politiquement correct a encore frappé, et l'on a récompensé monsieur Amad LY au motif que son nom avait une consonance étrangère, sans doute maghrébine, sans s'être renseigné d'abord sur ses activités. Pauvre France. On a récompensé tout simplement un forban.
Deuxième lecture idéologique :
Si Amad LY s'était appelé DUPONT, les journaux n'auraient pas parlé de cette affaire. On ghettoïse encore plus les jeunes issus de l'immigration. C'est un scandale, c'est la chasse au faciès.
Manière critique, factuelle et objective.
Le journal ne nous donne pas les attendus du jury qui a récompensé monsieur Amad LY. Il devait avoir de bonnes raisons de le faire. Par ailleurs, le même journal ne nous dit pas quelles charges réelles pèsent sur ce jeune homme. Il n'est pas encore mis en cause, seulement mis en examen. Attendons de voir la suite. Bornons-nous à nous étonner d'une telle distance entre un Prix de l'éthique et une mise en examen. Il y a là quelque chose qui dérange.
Appliquons la méthode à l'information suivante. Le pape Benoît XVI réhabilité un évêque négationiste.
Manière idéologique.
Première lecture idéologique.
Il était temps de remettre de l'ordre dans la maison et de réintégrer des hommes qui veulent le bien de l'Eglise. Vatican II nous a tout fichu par terre avec ses réformes modernistes, son oubli de la tradition immémoriale. Eux ont réussi à en garder quelque chose.
Deuxième lecture idéologique.
Voilà bien un pape réactionnaire. Non seulement il ne comprend rien à la société moderne, mais il approuve des positions intenables historiquement et moralement. Il a été dans les jeunesses hitlériennes. Il n'a rien oublié.
Manière critique, factuelle et objective.
Il ne s'agit pas d'une réhabilitation, mais d'une levée d'excommunication. Jamais Benoît XVI n'a exprimé la moindre complaisance pour le nazisme, et la communauté juive lui a d'ailleurs donné acte de son amitié pour le judaïsme, après la levée de l'excommunication. Devant l'émotion soulevée par sa décision, Benoît XVI a publié une lettre à ses "Collègues" dans l'épiscopat, dans laquelle il précise qu'à l'avenir il serait plus attentif aux informations diffusées par Internet, et qu'il ne connaissait pas les opinions de Mgr WILLIAMSON avant de lever les excommunications qui intéressent, outre Mgr WILLIAMSON, trois autres évêques.
On peut supposer que la Curie romaine, toutefois, possède des informations précises, que cette information lui était parvenue, mais qu'elle n'a pas cru bon d'en avertir le pape. On peut aussi supposer qu'un homme de l'envergure intellectuelle de Benoît XVI a de très bonnes raisons théologiques et pastorales d'avoir pris cette décision de levée d'excommunication, premier pas, mais premier seulement, d'un retour à la pleine communion.
Aucune des informations susceptibles d'atténuer les effets de cette décision, en lui donnant l'éclairage exact, n'a été reprise entièrement par la presse, (à l'exception de La Croix), et notamment la Lettre aux évêques. On peut aussi s'interroger sur les raisons qui ont poussé la presse à tronquer l'information. Ce sont là des questions, pas des insinuations, ni des accusations. Il est probable que le sensationnel intéresse plus les lecteurs que la mise en perspective.
Voilà comment, me semble-t-il, il eût été objectif, factuel et critique de lire les deux informations que je viens de commenter. Mais tout va tellement vite, qu'on ne prend pas le temps de réfléchir. Et voilà comment on manipule, et voilà comment on décérèbre.

lundi 16 mars 2009

Légisme ou moralisme en politique ? A l'attention de messieurs les Députés qui me feraient l'honneur de lire ce billet

QIN SHIHUANGDI, le Premier Empereur, avait imposé dans ses états, le système du Légisme. Il avait fait édifier par ses conseillers tout un système de Lois très rigides, très sévères, applicables à tous, et dont la transgression entraînait de terribles châtiments, y compris des châtiments collectifs. Il n'y avait pas le moindre souci moral dans cette conception, mais celui de l'efficacité politique. La dynastie des QIN fut rapidement chassée du pouvoir par une révolte populaire. Vinrent les HAN.

Tout à l'opposé, CONFUCIUS, lui, prétendait faire coïncider une morale privée - dont il énonçait soigneusement les composantes - à une morale sociale, l'une et l'autre étant le reflet de la parfaite humanité, de ce qu'il appelait le ren. Sa vision était tout à la fois philosophique et politique mais il n'imaginait pas qu'un gouvernement puisse agit d'une manière coupée de la morale. Il ne semble pas avoir eu beaucoup de succès dans sa tentative d'unifier les deux aspects, personnel et social, de la vie humaine, dans l'esprit des Gouvernants, et il semble, si l'on en croit SIMA QIAN, son biographe, qu'il ne parvint jamais à occuper une position importante dans l'Etat de LU, dont il était originaire, ni dans ceux de QI ou de WEI, où il tenta pourtant sa chance.

Il m'apparaît que la vérité se tient entre les deux. La Loi ne peut pas se couper de la morale ; mais les transgressions de la loi doivent être sanctionnées par la loi. Il est alors possible d'échapper à cette schizophrénie qui coupe l'individu de la collectivité, et de réintégrer la personne dans la société des hommes. Il suffit de la considérer comme ce qu'elle est : un sujet social.

Là encore, LANZA del VASTO, relayé un peu plus tard par Jean-Claude GUILLEBAUD, dit des choses on ne peut plus justes et qui permettent de prendre la mesure exacte du problème :

La socialisation est une action méanique et rationnelle pour forcer dans certaines limites ce qui naturellement déborderait. Les contraintes extérieures croissent à mesure que la discipline intérieure diminue, et si tu ne te gouvernes pas toi-même, on va te gouverner pour limiter les dégâts. (Entretiens avec LANZA del VASTO avec René DOUMERC.)

Dans ce texte, LANZA suggère, sans le dire explicitement, que l'éducation morale (ce qu'il appelle la discipline intérieure) est nécessaire à la liberté qui ne peut être que limitée par la loi et les contraintes quand elle est inexistante.

Jean-Claude GUILLEBAUD dit ceci que je crois vérifié par l'expérience et qui est identique à ce que dit LANZA :
Que n'a-t-on pas écrit, combien n'a-t-on pas gesticulé au sujet du retour de cet ordre moral qui menacerait nos sociétés de se recroqueviller dans je ne sais quelle ringardise archaïque, etc. [...] Tenir ce discours sur l'ordre moral, avec forces gesticulations avantageuses, c'est-à-dire résister à l'envie de rétablir la règle minimale, la limite, c'est encourager indirectement la pénalisation de notre société, puisque - c'est une constante - moins il y aura de règles morales, éthiques, partagées délibérément, démocratiquement, plus il y aura de règles pénales. Ainsi, quand on emploie tant d'énergie à dénoncer l'ordre moral, cela signifie en fait qu'on prend son parti d'un renforcement de l'ordre pénal. Et pourtant, tout devrait nous inciter à préférer, à tout prendre, un ordre moral bien compris à un ordre pénal face auquel les libertés ont le plus craindre.
Messieurs les Députés, si d'aventure vous prenez connaissance de ce billet - et j'ai quelques raisons de croire qu'en ce moment vous le faites - réfléchissez à deux fois avant de railler cet ordre moral et tenez-en compte dans vos délibérations et vos votes.

dimanche 15 mars 2009

Honneur à toi, Judicaël !

Tu as 19 ans, Judicaël, l'âge de tous les possibles, la vie qui s'ouvre devant toi, les projets, les amours. Il y a quelques mois, tu as été pris dans une bagarre entre bandes rivales d'un quartier de banlieue. On a tiré des coups de feu. Une balle perdue s'est logée dans ta moelle épinière. Tu es paraplégique ; tu te déplaces en fauteuil roulant.
Ah qu'il est beau ton visage apaisé et souriant ! Comme ta parole est sereine et juste ! Tu n'en veux pas à celui qui t'a si cruellement blessé. Tu n'as pas de haine pour lui qui t'a ravi le mouvement. Tu n'as pas de haine, et tu expliques tranquillement pourquoi au journaliste qui t'interroge. Si tu entretenais ta haine, elle serait contagieuse et ton petit frère, élevé dans ce climat de vengeance circulaire, à son tour deviendrait violent. Tu ne le veux pas, toi qui as été la victime innocente de la violence humaine. Tu pratiques cette vertu éminemment rare qu'est le savoir pardonner. Je t'imagine disciple. Et en effet tu l'es, car le cameraman qui t'a filmé n'a pu dissimuler que tu portais une croix autour du cou .
Honneur à toi Judicaël. Tu as déjà une place dans le Royaume. Puissent les jeunes qui t'ont entendu, t'imiter, et contribuer à la paix dans la cité, dans les cités.
Oui ! Honneur à toi, Judicaël.

samedi 14 mars 2009

Miséricorde et compassion

Quelle n'a pas été ma stupéfaction quand j'ai appris que l'archevêque de Recife et Olinda avait excommunié une mère qui avait fait avorter sa fille de 9 ans, enceinte de jumeaux, après qu'elle avait été violée (semble-t-il par son beau-père). Il est - heureusement - revenu sur cette décision qui est tout sauf évangélique.
Il convient de souligner que cette décision a entraîné en France même la réaction de plusieurs évêques, eux aussi scandalisés. Ainsi Mgr Gérard DAUCOURT, évêque de NANTERRE a-t-il publié une lettre ouverte à l'adresse de Mgr Jose CARDOSO-SOBRINHO qui avait pris cette mesure insensée : "Dans cette tragédie, vous avez ajouté de la douleur à la douleur". Mgr Norbert TURINI s'interroge "Pourquoi ajouter tant de sévérité à tant de souffrance ? L'amour et la miséricorde parlent toujours plus fort dans les Évangiles, que la condamnation et l'exclusion". Mgr Yves PATENÔTRE, a nom de la Mission de France juge "inacceptable cette décision brutale d'excommunication".
Jésus, oui Jésus, aurait dit à cette maman : "Personne ne t'a condamnée ? Moi non plus, je ne te condamne pas. Va et ne pêche plus". Franchement, il est heureux pour le nom de Jésus, que des hommes d'Eglise ait pris si nettement position contre une décision purement juridique, dépourvue de toute humanité. Il existe, du reste, une théorie morale, dite du moins mal, qui justifie que cette maman ait agi ainsi. Elle n'a pas choisi un bien, mais un moindre mal. Nous ne pouvons que la comprendre, et - pour ceux qui croient -prier pour elle et pour son enfant soumise à tant de souffrances.

Pouvoir et contre-pouvoirs

Tout détenteur d'un pouvoir tend à imposer sa volonté à ceux qui dépendent de lui, et à étendre indéfiniment son champ d'action. Président de la république, PDG, chef d'équipe, policier, gendarme, contremaître... Personne n'échappe à ce qui semble bien être constitutif de la nature humaine.
Le prototype du tout-puissant satisfait, c'est PILATE. Il dit à Jésus : Tu ne réponds rien ? Ne sais-tu pas que j'ai le pouvoir de te relâcher ou de te condamner? Et la réponse jaillit, fulgurante : Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut.
Cette tendance naturelle de l'homme à la toute puissance avait été très bien analysée par le jeune Etienne de LA BOETIE dans son Discours de la Servitude volontaire. Il s'étonnait de voir combien les hommes ont tendance à devenir esclaves de maîtres qui engagent pourtant leur vie et leurs biens, et il constatait qu'il suffisait de ne point obéir à ces tyrans pour que ce pouvoir sans limites cesse d'exister. LA BOETIE oubliait cependant que l'homme est un animal politique, et qu'à ce titre, il est nécessaire qu'il y ait dans toute société, une hiérarchie, le sommet ayant pour fonction de diriger la communauté pour son plus grand bien, et non pour le sien propre.
Dans toute société libre, il est donc nécessaire d'avoir des contre-pouvoirs. Sous l'ancien régime, ce rôle était rempli par les nombreux corps intermédiaires : les parlements, corporations, jurandes et confréries, par les édiles communales. Rien ne venait limiter l'autonomie de ces groupes humains très souvent naturels. J'ai déjà eu l'occasion de faire état de l'amertume de Louis XV qui ne parvenait pas à imposer sa volonté aux Parlements, et un auteur du XVIIe siècle, dont j'ai malheureusement oublié le nom, disait expressément (je cite de mémoire) : Aucune loi ne peut être tenue pour reçue dans le Royaume si elle n'est enregistrée d'abord par le Parlement.
L'illusion de la démocratie à la française vient de ce que la Révolution a détruit tous les corps intermédiaires (cf. Les Origines de la France contemporaine d'H. TAINE), qu'elle a inventé un concept dépourvu de tout ancrage concret, celui de la souveraineté du Peuple, laissant à celui-ci, dans la réalité, l'obligation de devoir se soumettre à des lois qui vont contre la volonté de la société. Il n'y a plus de corps intermédiaires, il n'y a plus de ces petites sociétés naturelles vivant de privilèges qu'aucun pouvoir, pas même royal, pas même ecclésiastique, n'avait possibilité de transgresser. Car ces privilèges n'étaient pas des avantages indus ; ils étaient l'expression d'une privata lex, d'une loi privée, étymologie du mot privilège, d'immémoriale existence (cf. BERNANOS. La France contre les robots).
Dans la démocratie à la française, on ne veut voir qu'une seule tête. Les conséquences de cette "caserne philosophique" (cf. TAINE) sont évidentes ; il n'y a pas de contre-pouvoirs et le seul moyen de manifester son existence devant le pouvoir reste la violence douce des grèves, des idéologies fumeuses, des systèmes, qu'ils aient nom libéralisme ou socialisme. L'idéalisme des Lumières est passé par là. Puis est venu HEGEL, puis est venu MARX, et cette idée furieuse qu'il faut nier l'existant, pour que du nouveau, du mieux survienne. Voilà qui justifie les Révolutions, la violence, les meurtres, l'horreur des guerres. Sur ces monceaux de cadavres, sur ces terres imbibées du sang des innocents, bondit le cheval blême de l'Esprit ou de la société sans classe, selon messieurs HEGEL ou MARX
Dans la réalité, et je crois que tout un chacun peut le vérifier sur lui-même, ce qui rend mieux compte de la réalité, c'est la notion de substance, de ce par quoi une chose existe par elle-même, et dure. Elle n'est pas obligée de se nier pour devenir meilleure, la substance ; il lui suffit de modifier les "accidents" qui viennent l'habiller, sans rupture ni conflit interne. Nous ne pouvons ainsi nier que nous nous sentons chaque matin et tout au long du jour identique à nous-même : c'est cela la substance ; mais nous savons que nous changeons progressivement non seulement physiquement, mais aussi psychiquement, avec l'âge : c'est cela l'accident. Et même le bouleversement qu'est une conversion (quelle qu'en soit la nature) n'est qu'un accident plus incisif, plus brutal, qui vient habiter une substance identique à elle-même dans le temps et l'espace.
Dans leur haine du passé, les manuels d'histoire, les programmes de philosophie, avec un total manque de probité intellectuelle, prétendent nous imposer une vérité officielle, en nous cachant l'histoire réelle de notre patrie, l'évolution des idées, et l'apport intellectuel inégalé des grands philosophes du moyen âge.
Le temps de d'honnêteté intellectuelle n'est pas encore venu dans notre enseignement. Viendra-t-il un jour ? Je ne sais. Essayons tout de même de réfléchir. Ensemble si possible.

vendredi 13 mars 2009

Qu'est-ce que la justice ?

Madame AUBRY, dans un livre noir consacré aux (prétendues) attaques aux libertés perpétrées par le Président de la République, déclare : Nous ne sommes pas laxistes, nous sommes pour une société d'ordre mais il n'y a pas d'ordre sans justice.
Qui ne souscrirait à cette affirmation ? Personne, je crois.
Il convient donc de demander à madame AUBRY ce qu'elle entend par justice. Quand j'étais en classe de Sciences Expérimentales, notre professeur de philosophie nous avait appris qu'il existe deux sortes de justice : la justice distributive, et la justice égalitaire. Une justice, dans l'ordre politique, doit donc comporter ces deux éléments. La justice égalitaire consiste déjà à ne pas désigner comme des moutons noirs ceux de nos concitoyens les plus riches, en leur faisant le procès d'être des profiteurs, des cupides, des salauds. Ils ont droit d'être traités, dans le jugement public que l'on porte sur eux, exactement de la même manière que "les plus démunis". La justice distributive consiste aussi à admettre que le travail, le talent, le risque doivent être récompensés par des revenus supérieurs. En d'autres termes, la justice distributive et la justice égalitaire ne s'appliquent pas qu'aux électeurs du Parti Socialiste. Si madame AUBRY est d'accord sur ce point, il est possible d'avancer.
La justice consiste aussi à ne pas nuire aux innocents et à ne pas leur porter atteinte dans leur vie quotidienne. En quoi les mères de famille obligées de garder leurs enfants le jour de grève des enseignants sont-elles responsables des problèmes que ces derniers rencontrent ? Et pourquoi faut-il que les jours où les conducteurs de train, de métro ou d'autobus font grève, les salariés soient contraints de faire des journées harassantes, ou de renoncer à leur traitement en renonçant à leur déplacement ?
La vérité est que madame AUBRY ne s'est pas débarrassée de la vision hégélienne et marxiste de l'histoire qui serait donc le lieu où se résolvent les conflits, tous les conflits, dans des rapports de force.
Laissez-moi vous raconter une histoire que j'ai vécue personnellement. Je rentrais de MARSEILLE par le train de nuit. Arrivé à BELFORT, on nous annonce que des ouvriers d'ALSTOM bloquent un aiguillage très important qui oblige notre train à faire un détour par NANCY. Bilan, au minimum deux à trois heures de retard. J'avise dans le couloir un jeune homme. Son visage est décomposé. Il a été se raser de près dans le petit cabinet de toilette, il est en costume. Je l'interroge : que se passe-t-il ? Il me répond : je suis au chômage depuis plus d'un an. J'avais un entretien d'embauche à STRASBOURG à 9 heures. Je ne pourrai y être et je suis dans l'incapacité de prévenir qui que ce soit. C'est fichu.
Bien entendu, c'est une histoire minuscule. Les ouvriers d'ALSTOM n'ont jamais été au courant de ce petit drame, car c'en est un. J'imagine que chaque grève apporte son lot de dysfonctionnements qui bouleversent la vie des particuliers. C'est ce que madame AUBRY appelle la justice.
J'ai personnellement une autre analyse
Voici ce que dit Anne-Marie ROVIELLO à propos de l'idéologie : L'idéologie totalitaire ne se définit pas par un corpus d'idées, par une vision du monde, comme on l'a dit, et comme cette idéologie elle-même le [prétend], elle ne convainc pas par ses idées, si tant est qu'on peut parler de "conviction" à son propos, mais elle se caractérise par une mentalité, par ce qu'on peut appeler une attitude fondamentale qui consiste en une indifférence foncière pour les idées qu'elle charrie, indissociable d'un mépris radical pour la réalité du monde dont elle prétend parler, en l'occurrence, pour l'existence concrète des hommes qui font ce monde. (In Colloque Hannah ARENDT, Politique et pensée. Article : Les intellectuels modernes, une pensée an-éthique et prétotalitaire. Petite Bibliothèque Payot, N°289, Paris, 2004).
C'est de ce laxisme-là que madame AUBRY entend se défendre. Les difficultés rencontrées par les victimes innocentes des grèves lui importent peu. Triomphe des idées et du rapport de force sur la réalité concrète. Insupportable. Inutile. Et intellectuellement insoutenable.
Bon appétit quand même madame AUBRY.

mercredi 11 mars 2009

L'arbre de la connaissance du bien et du mal

Sédimentation multiséculaire de la sagesse humaine, lumineuse transfiguration des douleurs qu'a traversées l'humanité depuis la nuit des temps, les mythes nous en apprennent sur nous-même plus que les Maîtres du soupçon et les Philosophes de la Déconstruction. René GIRARD, en les analysant, a pu démasquer l'incroyable part de vérité qu'ils cachent à des yeux superficiels.
Il en est deux qui, dans la Bible, méritent une attention particulière : celui de l'arbre de la connaissance dont le fruit imprudemment avalé par Eve d'abord, Adam ensuite, a conduit à l'expulsion de l'homme hors du Paradis terrestre, et celui de la Tour de Babel dont les constructeurs, désireux d'atteindre le Ciel, ont vu leurs langues se fragmenter et l'incommunicabilité s'installer entre eux.
Pourquoi, me direz-vous, aborder ainsi le problème des cellules souches embryonnaires ? Car c'est bien de cela que je vais vous parler encore aujourd'hui. Le Monde, dans une de ses récentes livraisons, ose dire que le Président OBAMA, en levant l'interdiction qui pesait sur les recherches en ce domaine, a fait sortir les chercheurs américains d'un cauchemar de 8 ans. Qui est-il le journaliste pour avoir un tel culot ? A-t-il fait une enquête auprès de tous les biologistes ? A-t-il enregistré des réactions et lesquelles ? Est-il chercheur lui-même ?
(a) Je conçois qu'il est possible - la preuve - que des chercheurs abordent la recherche sur les cellules souches sans état d'âme. Je me pose simplement une question : ont-ils réfléchi à ce que signifie ce genre de recherche ?
(b) Concevant que cela est possible, je recherche les raisons qui me font repousser, personnellement, avec horreur ce type de travail. Je les trouve dans ma conscience. Elle me dit : non, une telle chose n'est pas possible. Cette interdiction me vient du plus profond de moi-même. Mais je reconnais aussi qu'il s'agit d'une réaction qui est mue par une Parole qui n'est pas la mienne. Car, contrairement à ce que disent les Lumières, l'homme n'est pas la mesure de l'homme.
(c) J'en reviens au mythe de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. "Vous serez comme Dieu" dit le serpent à Eve. Si Dieu vous interdit de manger de ce fruit, c'est qu'il craint que vous ne deveniez ses rivaux, semble suggérer le tentateur. Et il me revient à l'esprit l'histoire de Prométhée qui a dérobé le feu aux dieux et a été puni de la façon que vous savez, condamné qu'il était, enchaîné à un rocher, à voir son foie dévoré par les oiseaux rapaces. En matière de morale, l'homme ne peut sans danger pour lui-même procéder par "essais et erreurs". Et une vraie question consisterait à dire : quel progrès réel l'humanité a-t-elle fait avec le développement de toutes ces techniques atomiques, biologiques, informatiques ? On en voit les profits, sans aucun doute. En voit-on les dangers ? C'est moins assuré, même si des réactions, hélas exagérées et mal fondées intellectuellement tentent d'alerter l'opinion, les médias et les pouvoirs publics ; je veux parler des écologistes radicaux et des altermondialistes.
(d) Si le discours des opposants est mal fondé intellectuellement, c'est que les détenteurs du feu du ciel se sont arrogés le privivilège du langage technique, et que nul, qui n'est pas un spécialiste, ne les comprend. Voilà la confusion des langues installées par l'orgueil des hommes.
Je résume, seul un retour sur soi-même peut nous faire renoncer à nous lancer dans des aventures orgueilleuses et dangereuses pour l'humanité. Celle-ci pourra bien maîtrises un jour les secrets de la fabrication de cellules souches à usage multiple, les vendre à grand prix comme des pièces détachées, ce commerce restera immoral et nous conduira aux pires dérives.
Je conclus avec une citation de LANZA del VASTO tiré du livre dont je vous parlais il y a quelques jours "Entretiens avec LANZA del VASTO" de René DOUMERC.
Adam avant le péché avait la connaissance du Dedans, de l'Un de soi, de Dieu, et de l'essence des choses. Après le péché, il tombe dans une connaissance du Deux, la connaissance du Bien et du Mal. L'Un, autrement dit, le Dedans, lui échappe. Il perd la connaissance de soi, de Dieu, de l'essence des choses. Il va chercher la vérité par une science de l'objet : il s'occupe du dehors exclusivement. Mais si la vérité est relation du Dehors avec le Dedans, cette science sans conscience peut être bien EXACTE, elle n'est pas VRAIE. De fait, ce que la science moderne recherche, c'est le profit et la domination : non la VÉRITÉ mais bien le FRUIT. C'est donc "le plus formidable renouvellement du péché originel" avec sa conséquence logique : la mort.
Impossible de dire mieux.