mercredi 14 mai 2008

OGM

Le gouvernement vient de subir un revers important au parlement. La motion de procédure déposée par un député communiste pour décider de ne pas examiner le texte réglementant l'usage des organismes génétiquement modifiés (OGM) a été adoptée par 136 voix contre 135. Plusieurs remarques. Les lobbies qui avaient tenté d'influencer la représentation parlementaire pour adoucir le texte sont les grands vainqueurs de ce combat parlementaire. Les choses pourront continuer d'aller comme par devant, dans l'opacité la plus totale. Bien sûr, la constitution donne au gouvernement la possibilité de réunir une commission mixte paritaire, et le texte finira par passer. Mais on dira qu'il est passé en force. Les parlementaires qui ont voté la motion de procédure sont des irresponsables ; leur seul objectif, et ils l'ont atteint, était d'affaiblir le gouvernement, nullement de réglementer l'usage des OGM. Le texte présenté n'est pas parfait, loin s'en faut, mais il marque un réel progrès, et l'opposition ne peut pas dire que l'on a négligé son avis puisque que des amendements par elle présentés ont été votés à une large majorité.
Il y a ensuite l'aspect scientifique. Je m'apprête avec des chercheurs de la BioValley Area, à publier une BioValley Monographs (la N°3 ; série publiée par KARGER à Bâle) consacrée aux OGM. Je me sens le droit de dire que, sans être spécialiste de la question, j'ai un avis plus éclairé que la moyenne des parlementaires. Je constate tout d'abord que la nature a pris grand soin à élever des barrières génétiques entre les espèces vivantes. Il doit y avoir des raisons. Je constate aussi que lorsque des croisements entre espèces apparentées sont fertiles, leurs produits sont stériles ; ainsi en va-t-il du mulet (croisement d'âne et de cheval) ou du tigron (croisement le lion et de tigre) ; ces exemples valent aussi pour le monde végétal, le seul, à vrai dire, qui semble intéresser les adversaires des OGM. Il me semble donc que, si l'on accepte la théorie de l'évolution, la stérilité des hybrides est "voulue" par la nature, pour des raisons d'équilibre écologique (?), pour maintenir la biodiversité (?), ou plus vraisemblablement pour ne pas introduire dans le génome des hybrides une instabilité génétique propice à la survenue de très fréquentes mutations dont nul ne peut prévoir le devenir. Sur ce dernier point, il faut s'expliquer ; contrairement à ce que l'opinion ordinaire croit, la séquence des nucléotides d'un génome n'est pas aléatoire. Si à la position 10, il y a tel nucléotide, à la position 20, la chance d'avoir l'un des quatre nucléotides constitutifs de l'ADN n'est pas de 25% ; elle est dissymétrique et laisse apparaître une plus grande chance d'y voir placé un nucléotide non quelconque. Là encore, il doit y avoir des raisons. Ainsi, les chimères que sont les OGM introduisent incontestablement un désordre génétique aux conséquences imprévisibles. C'est donc avec une grande prudence qu'il faut avancer dans ce domaine.
L'aspect économique est sans doute un facteur déterminant dans la prise de décision des responsables. De tout temps, l'homme a procédé à la sélection des meilleures variétés de plantes, ou d'animaux domestiques. Il est donc légitime d'imaginer la création d'espèces animales ou végétales adaptées à la sécheresse, ou au sel, résistantes aux parasites, etc. On constate que les semenciers ont cherché à créer des espèces de type OGM stériles et génétiquement chimériques. Il y a là une double immoralité. La première consiste à rendre captifs des leurs produits sophistiqués les agriculteurs qui ne peuvent stocker une partie de leur récolte pour de futures semailles. C'est une nouvelle forme d'esclavage. La seconde consiste à bouleverser, comme des apprentis sorciers, le patrimoine génétique des êtres vivants par la création de chimères. Il faut aller doucement en ce domaine.
L'aspect moral enfin n'est pas négligeable : on parle des semences OGM. On accepte fort bien la production d'insuline par des bactéries génétiquement modifiées (Escherichia coli), et l'on se trouvera un jour très heureux de pouvoir dépolluer les sols de leurs métaux lourds par la dispersion de bactéries porteuses de gênes de détoxification (du mercure par exemple). Il n'y a pas d'objections majeures. Mais savez-vous que des chercheurs anglais et australiens ont reçu l'autorisation de procéder à des fécondations d'oocytes animaux par des spermatozoïdes humains ? Je n'ai point entendu monsieur BOVE élever de grandes protestations à la perspective de cette folie venue d'esprits humains qui veulent se faire Dieu. Mais il s'agit bien là de fabriquer des chimères, des monstres mêmes. Docteur FOLAMOUR pas mort !
Je résume : la prudence est de mise. La loi, très stricte, encadrait l'usage des OGM. Elle laissait ouverte la possibilité de faire des recherches sur les OGM, dans des conditions strictement réglementées, elle interdisait l'usage du seul OGM (une semence créée par MONSANTO) encore autorisé. Tout cela est foutu par terre par la volonté de furieux qui se moquent comme de leur première chemise du retard que notre pays pendrait en laissant à d'autres le soin de développer des OGM dont l'innocuité serait scientifiquement prouvée. L'esclavage serait au bout de ce renoncement. On peut du reste se demander ce qu'aurait dit l'actuelle opposition de la radioactivité si elle avait été au pouvoir quand ce phénomène fut découvert. Or l'opposition de gauche a annexé les principaux découvreurs de la radioactivité et de ses applications : Pierre et Marie CURIE. C'était une bonne radioactivité, une radioactivité de gauche. Allez, la messe est dite. Reprise du Blog, lundi prochain.

mardi 13 mai 2008

L'inoubliable testament de Marie-Antoinette

La foule se presse au Grand Palais pour visiter l'exposition consacrée à Marie-Antoinette. Que n'a-t-on pas dit dans les livres d'histoire concoctés par la République sur cette pauvre femme dont les derniers instants, par une grandeur que la vile populace est incapable de saisir, ont racheté les moments passés de frivolité et d'insouciance ? On ne dit dans ces livres que des choses fausses ou controuvées, quand elles accablent la reine, et l'on tait tout ce qui en elle fut grand, admirable, supérieur, aristocratique au bon sens du terme. L'un des meilleurs livres à elle consacrée, sans doute le plus complet et le plus objectif, est celui de Stephan ZWEIG ; l'ouvrage ne porte comme titre que le prénom de cette statue de la souffrance : Marie-Antoinette.
Stephan ZWEIG, en dépit des doutes qu'un journaliste du Figaro, monsieur de WARESQUIEL, jette, dans la livraison de samedi dernier, sur l'authenticité du testament de Marie-Antoinette, montre que le document est bien de la main de la reine et qu'il a été inexplicablement soustrait aux archives. Le geôlier BAULT a eu assez de courage pour fournir à la condamnée du papier et une plume, il en a manqué quand il a fallu transmettre le testament à qui il devait revenir, madame Elisabeth, la belle-soeur de Marie-Antoinette. Il se borne donc à remettre le document au sinistre FOUQUIER-TINVILLE, qui y apposera sa signature ; le monstre froid, l'accusateur public, ira à la guillotine deux ans plus tard. Le testament semble avoir disparu, mais pas pour tout le monde. COURTOIS, un obscur député, un nul parmi les nuls, a reçu l'ordre de la Convention de trier les papiers de ROBESPIERRE qui vient d'être arrêté et condamné. Sabotier de son état, COURTOIS, une âme vile, voit tout l'intérêt qu'il y a à connaître de ces papiers, et à les conserver. Il le fait et tient ainsi en lisière des dizaines de collègues compromis pendant la Terreur. Il a puisé sans vergogne dans les papiers du Tribunal Révolutionnaire, et est tombé sur le testament. Vingt ans plus tard, lors de la Restauration, pour faire oublier qu'il fut un complice des régicides, il offre à Louis XVIII le message de Marie-Antoinette qu'il prétend avoir sauvé du désastre. L'ignoble sera quand même exilé. C'est bien là tout ce qu'il mérite.
Que dit-elle dans ce testament ? Ceci, qui mérite bien notre respect :
Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément : qu'il ne cherche jamais à venger notre mort.
Le pauvre enfant, l'eût-il voulu, n'en aurait pas eu l'occasion. On l'a laissé mourir de maladie dans sa prison. Il n'avait que huit ans quand sa mère a été exécutée. La reine poursuit :
J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon coeur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère soeur ; pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, j'espère, où il sentira tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. [...] Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous, ma soeur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu leur causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis adieu à mes tantes et à tous mes frères et soeurs. J'avais des amis ; l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands regrets que j'emporte en mourant ; qu'ils sachent du moins que jusqu'à mon dernier moment j'ai pensé à eux.
Sont-ce là des sentiments de vengeance, de résignation, de révolte ? Aucunement. La grandeur d'âme de cette femme a terrassé l'infâme HEBERT qui avait fait témoigner le petit Louis XVII contre sa mère, dans une invraisemblable accusation. ROBESPIERRE, furieux, traitera HEBERT d'imbécile, quand il apprendra ce que cette ordure a osé faire.
Peut-être ai-je tort. Je me répète, sans doute. Je ne peux pas adhérer à un régime qui se légitime dans cette violence, dans cette vomissure populaire, dans cette lie, cette boue. Je crois tout à fait que la démocratie est la meilleure forme de gouvernement. Mais je conteste radicalement que nous vivions en démocratie : celle-ci, pour être vivante et vraie, suppose la vérité, le recul, le regret des iniquités qu'elle aurait pu commettre dans le passé. Le peuple allemand a su le faire et a purgé sa mémoire collective des atrocités nazies. Les atrocités révolutionnaires, ou nous les taisons, ou nous les exaltons, ou nous les justifions. Nous ne les regrettons pas. Hélas ! Non possum ! Non possum ! Je ne peux pas ! Je ne peux pas !

lundi 12 mai 2008

Aux "élites"

Un week-end ensoleillé, marqué, pour ce qui me concerne par des randonnées pédestres dans les coteaux du Sancerrois, en compagnie d'amis très chers. Tous les marcheurs savent que la marche est un exercice propice à l'échange. Nous discutions donc, B... et moi, de l'état de notre patrie. B... est polytechnicien. Il a occupé de très importantes fonctions dans un groupe français installé dans le monde entier. Homme d'une rare droiture, il a quitté son emploi pour ne pas avoir à couvrir des pratiques qu'il réprouvait en raison de leur immoralité. Et nous parlions de ce que la presse appelle "les élites", pour constater que celles-ci sont devenues folles. Stock-options, indemnités de licenciement pharaoniques, avantages en nature, étalage du luxe dans les toilettes, ou dans les vacances, puissance et domination sans limites ni freins... Bref, une concentration de corruption morale. Tandis qu'à côté, je devrais dire ailleurs, des hommes et des femmes ont aujourd'hui du mal à boucler leur fin de mois, bien qu'ils travaillent dur et assument totalement leurs responsabilités de pères et mères de famille.
Si la France va mal, c'est, selon nous, parce que les "élites", loin de donner l'exemple du dévouement et de la vertu dans la mauvaise passe où elle se trouve, étalent sans vergogne une richesse qui n'a aucune contrepartie dans le service qu'elles rendent au pays. Il est normal que des génies littéraires, artistiques, commerciaux, managériaux, ou des hommes de talents de toutes sortes, vivent mieux que des hommes de moindres envergures, les plus nombreux, en raison des services qu'ils rendent au pays. Mais à ces privilèges liés à des inégalités (quelquefois naturelles, quelquefois non) sont normalement attachées des missions et des responsabilités sociales.
Mon cher Gustave le dit merveilleusement bien : L'inégalité des rangs et des privilèges devient factice et injuste dans la mesure où elles ne répond plus à l'inégalité des missions, des charges et des responsabilités. Un roi qui 'laisse tomber' son peuple en songeant qu'il reste à l'étranger des palaces et des casinos où la vie est douce est un mauvais roi ; un riche qui ne rachète pas sa fortune soit par ses entreprises et ses bienfaits, soit par cette distinction et ce luxe des sentiments que favorise parfois l'oisiveté matérielle, est un mauvais riche.
Les 'élites' ne peuvent justifier leur existence que par l'assomption des risques et les responsabilités inhérentes à leur état, et par une conscience aiguë de leurs responsabilités sociales.
Je rêve d'un mouvement des 'élites' retraitées qui accepteraient volontairement d'amputer leur retraite de 5 % (infime réduction) pour assainir la situation des caisses de retraites, ou d'un mouvement des 'élites' en activité qui déclareraient refuser catégoriquement d'autres rémunération que leur salaire ou leur traitement, justement évalués en fonction des risques et des responsabilités qu'ils prennent dans l'entreprise ou dans la société, d'un mouvement des 'élites' qui refuseraient de jouer le jeu des apparences si bien rapportées dans les journaux people (ah ! les marches de Cannes !), et qui afficheraient publiquement sa solidarité (là, le mot prend tout son sens) avec les hommes et les femmes dont l'avenir dépend d'eux. Je rêve...
Pour ce qui est de la diminution des retraites, je suis déjà, à titre personnel, volontaire. (J'ai fait partie de ces 'élites' de par ma fonction universitaire. Ne voyez donc là aucune espèce d'orgueil, mais un constat de fait. Les professeurs des Universités ont des traitements et des retraites tout à fait convenables.)
Nous serons jugé, n'en doutons pas ; au Jour du Jugement, il nous sera demandé si nous avons aimé. Je voudrais pouvoir dire "Oui, j'ai aimé tous mes frères en humanité".

mercredi 7 mai 2008

Avant de partir en vacances

Un dernier billet avant de partir pour quelques jours en vacances. Ce sera pour livrer à votre réflexion quelques aphorismes de Gustave THIBON. J'ai dit dans mon profil que c'est un auteur qui m'est bien cher. Pourquoi ne vous ferais-je point partager mes trouvailles, je vous le demande ?
C'est un symptôme très grave de décadence que d'entendre parler du 'conflit de la morale et de la vie'. De telles contradiction ne sont pas naturelles : elles n'existent pas sur le plan de la santé, ou du moins, elles n'y présentent pas ce caractère réfléchi et doctrinal qu'elles revêtent aujourd'hui. Le conflit n'est pas entre la vraie morale et la vraie vie : nos révolutionnaires attaquent une caricature de la morale au nom d'une caricature de la vie (les instincts d'un homme sain ne s'amusent pas à médire de la morale : ou bien ils lui obéissent ou bien ils la violent sans plus d'embarras. L'instinct qui discute avec la morale est un instinct impuissant et corrompu).
La fièvre égalitaire est un des maux les plus profonds et les plus graves de notre époque. Avouée ou déguisée, elle perturbe, dans tous les domaines, l'équilibre de l'humanité. Elle fait se heurter entre eux, dans une compétition sans issue, les individus, les classes sociales et les nations. A la limite, chacun en arrive à trouver insupportable de n'être pas l'égal de n'importe qui, en n'importe quoi. Un aventurier aspire au pouvoir suprême, le 'prolétariat' veut balayer les classes dominantes, les peuples 'pauvres et dynamiques' se sentent tous les droits à l'égard de leurs voisins riches. Evidemment, on a inventé, pour justifier cette maladie honteuses, des vocables pleins de grandeur : le pauvre attaque le riche au nom du 'droit à l'existence', le taré physiologique qui veut se marier au mépris de tout devoir social excipe de 'droit à l'amour', et les nations conquérantes agitent la doctrine de 'l'espace vital'. Mais tous ces grands mots ne servent qu'à rendre plus répugnante l'égoïste réalité qu'ils recouvrent. (Gustave THIBON précisera dans ce chapitre la différence qu'il y a entre égalitarisme, inégalité naturelle, inégalité artificielle, et il fera la très juste observation que voici. Le peuple français possède en effet à un degré unique, le double sens de l'égalité et de l'inégalité. Aucun autre n'est aussi individualiste, aussi rebelle à l'esprit grégaire : c'est en France qu'on observe dans l'ordre des fonctions et des préséances sociales, les inégalités les plus nombreuses et les plus subtiles. Nous sommes le peuple qui présente le maximum de 'distinction', (au double sens du mot) et, par conséquent, le minimum d'égalité. Mais nous sommes le peuple où la conscience de l'égalité profonde entre les hommes s'est affirmée, saine, avec le plus de justice, et a causé, corrompue, les plus grands ravages.
Et enfin ceci, La guérison de l'humanité exige une science totale et un amour total de l'humanité.
A l'aide de quelques exemples pris dans notre histoire nationale, je vous illustrerai dans mon prochain billet la vérité profonde de ces paroles prophétiques, prononcées à la fin des années 1930 !

Service minimum

Monsieur Xavier DARCOS a raison de poursuivre l'expérience du service minimum d'accueil (SMA) des enfants scolarisés, lorsque les enseignants font grève. Il est tout à fait instructif d'entendre les raisons pour lesquelles l'opposition et les syndicats d'enseignants fustigent avec une rare véhémence cette mesure incitative et non point coercitive, laquelle consiste à faire accueillir les écoliers par des fonctionnaires municipaux, rétribués pour l'occasion avec les retenues sur salaire des grévistes.
Les raisons ? Elles sont lumineuses. Accueillir les enfants, c'est jouer les briseurs de grèves. Ainsi monsieur MOINDROT déclare d'abord que ce service minimum est un mode de garderie. Il invoque des problèmes de sécurité et déclare : Les agents territoriaux n'ont pas forcément les qualifications requises. Il faut aussi des équipements adaptés. A ce point du raisonnement, on constate que l'opposition de monsieur Gilles MOINDROT est une opposition de forme et non de fond. On peut en effet envisager que des municipalités forment quelques uns de leurs agents à cette fonction d'accueil et fassent aménager adéquatement des locaux. Monsieur MOINDROT lèverait-il alors cette objection ?
Continuons l'examen des critiques de cet éminent syndicaliste du SNUipp, et voyons comment fonctionne un esprit formé à la dialectique. Dans le deuxième volet de son argumentation, il affirme que C'est à l'Education Nationale de résoudre ses problèmes. Mais le même, en tout cas je le suppose, n'hésiterait pas à faire appel à la solidarité des fonctionnaires et des salariés pour faire triompher ses idées. Quand il y a des grandes manifestations unitaires de fonctionnaires (et nous en avons connu cette année), ira-t-il dire que c'est à la SNCF de résoudre ses problèmes et que lui s'occupe des problèmes de so n ressort ? Que non, il ira Place de la République, chaussé idoinement pour arpenter de longues heures le trajet qui conduit à la Place de la Nation et proclamer bien haut l'identité des difficultés que rencontrent ses frères de misère.
Enfin, et c'est en réalité la pointe de son argumentation, le SMA dit-il, s'en prend au droit de grève des enseignants. Monsieur MOINDROT suppose donc que, correctement mis en place, le SMA annulerait ou diminuerait fortement la gène engendrée par la grève auprès des familles, et par conséquent, ou bien il lie l'efficacité de cette dernière à l'ampleur des difficultés qu'elle suscite pour les parents des enfants scolarisés, ou bien, faisant peser sur eux des contraintes souvent insupportables, il espère que leur exaspération les amènera à les soutenir pour s'en libérer.
De son côté, monsieur DELANOE, par la bouche de son adjoint aux affaires sociales, monsieur Pascal CHERKI, a réagi : "Il n'y a pas de raison que des fonctionnaires municipaux brisent un mouvement de grève de fonctionnaires nationaux". Il s'agit là d'une formule vide de sens, qui ne donne aucune des raisons pour lesquelles des fonctionnaires municipaux, payés avec les deniers des contribuables locaux, ne devraient pas en alléger les peines et les travaux. Monsieur DURON, le nouveau maire de CAEN, interrogé par des journalistes de télévision, déclare qu'il ne renouvellera pas l'expérience du SMA qu'avait tentée son prédécesseur à la mairie. Aucune autre raison que politique ne vient éclairer sa très pauvre intervention.
Nous voilà donc au terme du parcours, celui qu'avait prévu HOBBES, la lutte de tous contre tous.
Fort heureusement, il y a des esprits un peu moins idéologues, qui, comme le Bonhomme Chrysale vivent de bonne soupe et non de beau langage. Madame Cathy SOULES, secrétaire générale de la PEEP dit avec bon sens qu'il ne faut pas pénaliser les familles qui n'ont pas les moyens de payer une nounou. Elle ajoute : on amalgame le fait de proposer une solution aux familles avec celui d'être contre la grève ! Or ça n'a rien à voir. C'est dommage de politiser ce qui pourrait être une vraie aide aux familles. Elles s'en fichent, elles, que le ministre soit UMP ou PS ! Avec un bon sens malicieux, elle indique que beaucoup de communes ont des centres de loisirs et des animateurs qualifiés. Elles peuvent les ouvrir les jours de grève. C'est vrai, ça représente un surcoût. Mais c'est aux communes de gérer leurs budgets selon leurs priorités. Les fédérations de parents d'élèves, toutefois, ne sont pas toutes sur la même longueur d'onde. Monsieur Jean-Jacques HAZAN, secrétaire général de FCPE, connue pour soutenir la gauche, proclame avec une rare élégance de vocabulaire que Monsieur DARCOS [...] essaye de faire passer la pilule avec une simple garderie. Quelle différence d'avec le ton de madame SOULES. Pour celle-ci, un esprit concret et pratique, pour celui-là un esprit de système déconnecté des réalités.
La vérité, me semble-t-il, est que les français ont perdu le sens de l'utilité sociale de leur travail. Ils ne voient plus dans celui-ci qu'un moyen de gagner leur vie pour profiter au maximum des plaisirs et des facilités de notre civilisation technique. Mais cette poursuite du bonheur matériel que promeut avec acharnement l'esprit de gauche finit par vider de sens leur existence, accroît leur frustration, et suscite la violence. Nous n'avons pas fini de payer notre mépris de la vertu et des qualités supérieures.

mardi 6 mai 2008

Enfin lucide ?

Dans une interview accordée à Direct matin, Manuel VALLS, député-maire d'EVRY, secoue courageusement le cocotier : Le mot 'socialiste' ne veut plus dire grand-chose ose-t-il dire. Passons sur les quelques erreurs historiques dans ses réponses à la première question. Il prétend que les conquêtes sociales réalisées par le mouvement ouvrier l'ont été quand la gauche a gouverné. J'ai déjà eu l'occasion de dire (a) que c'est la loi LE CHAPELIER, votée à la Révolution, qui en supprimant les corporations a jeté les salariés dans l'esclavage des grands bourgeois enrichis par l'accaparement des biens nationaux (regardez mes billets) - il a fallu attendre la fin du XIXe siècle pour voir le droit de grève rétabli et les syndicats autorisés ; (b) que les principales conquêtes sociales (abolies à la Révolution, alors qu'elles avaient été établies ici et là par les évêques dans leurs diocèses) (voir mes billets) ont été rétablis en partie à l'initiative de quelques aristocrates catholiques (voir mes billets). Je mets monsieur VALLS au défi de me prouver le contraire. Les gouvernements de gauche ont rajouté à ces conquêtes, c'est indéniable, et personne ne conteste que ce fut des conquêtes. Mais avec le secours de Gustave THIBON, nous verrons qu'elles ne peuvent pas atténuer l'abaissement du travail imputable à la mécanisation et à la massification des centres de production. Le problème est ailleurs, et il est spirituel.
Mais les réponses de monsieur VALLS aux deuxième et troisième questions me semblent marquées au coin du bon sens, et témoignent d'une belle capacité d'analyse politique : Une partie de la gauche cultive une nostalgie pour des utopies qui sont en partie défuntes. Mais je crois à une réconciliation de la gauche avec le libéralisme politique, qui conjugue à la fois solidarité et responsabilité individuelle. Nous devons accepter le fait que nous vivons dans une économie de marché. Le véritable enjeu, c'est les règles qu'il faut imposer pour réguler ce marché et un capitalisme financier devenu fou. Mais le socialisme comme alternative au capitalisme, c'est dépassé.
Et encore ceci :
En 2015, 2 millions de Français auront plus de 85 ans. Dès 2020, il manquera 25 milliards d'euros pour assurer le financement des retraites. Il faudra mobiliser les ressources financières collectives pour la dépendance. Je crois donc inéluctable un allongement de la durée de cotisation. Mais pour rendre cela juste, il faut régler la question de l'emploi des seniors, s'attaquer à la pénibilité du travail et aux écarts d'espérance de vie entre catégories sociales et mettre le produit du capitalisme - comme les stock-options - à contribution.
Et bien je vais vous étonner. Non seulement monsieur VALLS a une bonne tête, mais il a une tête bien faite. Il part des faits et non pas des idées (il utilise du reste le mot "fait" et parle "d'utopies"). Il a donc le profil d'un homme d'état. Et sur tout ce qu'il a dit, je suis entièrement d'accord. Si les socialistes ont la sagesse de partager ses analyses, et s'ils ne combattent pas aveuglément les aspirations religieuses légitimes de l'être humain, ils ont de l'avenir dans notre pays.

lundi 5 mai 2008

A la mémoire de Pierre Bérégovoy

Ce n'est pas un mystère pour mes lecteurs, je ne suis pas socialiste. Mon refus d'adhérer à cette idéologie est fondé sur une réflexion personnelle que je mène depuis des années. Je n'en suis que plus à l'aise pour évoquer aujourd'hui la mémoire d'un honnête homme, assassiné par les médias. La chaîne parlementaire a consacré hier soir une émission à ce militant intègre, autodidacte, proche des humbles et sympathique. Autour de la table : monsieur François LONCLE qui fut ministre du gouvernement BEREGOVOY, Gérard CARREYROU - dont je découvre avec stupeur et admiration qu'il fut militant du PSU, et ami de Pierre BEREGOVOY et qui n'a jamais laissé paraître, quand il officiait comme journaliste, ses appartenances partisanes - et Marc BLONDEL, lui aussi un ami de longue date du premier ministre défunt.
Un documentaire fort bien fait raconte les derniers mois de la vie politique de Pierre BEREGOVOY. On y entend un journaliste du Canard Enchaîné (journal qui a lancé toute l'affaire du prêt), dire avec un culot sans égal que le Premier Ministre n'avait aucune raison de s'en faire puisque le prêt était contracté de manière tout à fait régulière, et le sinistre Edwy PLESNEL (orthographe non garantie) ne rien regretter de ses écrits, lui qui pendant sa carrière n'a cessé de tremper sa plume dans le fiel pour démolir tous ceux qui ne lui revenaient pas, et de jouer la "vérité" journalistique" contre les intérêts de son pays (cf. l'affaire du Rainbow Warrior) au mépris de la prudence et de la vérité factuelle. Au journaliste du Canard, que dire ? Sinon qu'on ne voit pas d'autre intérêt à la dénonciation d'un prêt régulier que celui de nuire à un puissant pour compenser la propre médiocrité du dénonciateur. Quant à monsieur PLESNEL, dont il semble me souvenir qu'il a été remercié du journal Le Monde, le mieux est de l'ignorer. Qu'il continue de baigner dans son amertume et de ruminer la perte de sa capacité de nuisance !
Plusieurs faits : le prêt de monsieur BEREGOVOY était parfaitement légal, contracté devant notaire et enregistré. Monsieur PELAT, un homme autrement moins transparent, avait le droit de consentir à prêter sans intérêt à un homme qui était son ami. Monsieur BEREGOVOY, non seulement n'a jamais aidé monsieur PELAT à investir en Corée du Nord avec le soutien de l'Etat - il n'était pas en état de le faire au moment où ce soutien a été accordé, et on a laissé dire que ce prêt était la contrepartie de son soutien ! - mais il avait manifesté son opposition quelques mois auparavant à cette opération alors qu'il était ministre. Toute cette affaire est montée par des spécialistes de la manipulation médiatique, sans aucun respect des faits et des personnes. Pierre BEREGOVOY s'était fort justement inquiété pour la démocratie d'une telle dérive.
Quelques remarques. Gérard CARREYROU a souligné combien, après la débâcle électorale de mars 1993, le silence du Président MITTERRAND envers son premier ministre, et l'évitement que les anciens courtisans manifestaient à l'égard de ce dernier dans la salle des Pas Perdus de l'Assemblée, avaient été douloureux, insupportables à un homme qui avait lutté de toute ses forces contre la corruption et qu'on avait accusé d'y avoir succombé. Monsieur LONCLE a contesté le silence présidentiel et prétendu qu'un rendez-vous avait été convenu le lundi suivant la disparition du Premier Ministre. Monsieur CARREYROU a maintenu sa dénégation. Monsieur LONCLE, ensuite, a fort justement souligné qu'on ne pouvait en un an redresser une situation politique et économique compromise. Quant à monsieur BLONDEL, il a révélé, ce qu'il avait tu jusqu'ici, que Pierre BEREGOVOY savait que la situation était politiquement désespérée pour le PS, et qu'on l'avait appelé pour cette raison au poste de Premier Ministre.
Voilà comment des médias peuvent disposer de l'honneur et de la vie d'un homme intègre. Il faut s'en méfier, accueillir leurs nouvelles et leurs analyses avec du recul, confronter les opinions diverses, et toujours partir des faits, et non des idées.
La ressemblance avec la présente situation du Président de la République est frappante. Monsieur LONCLE devrait rappeler à ses amis qu'on ne juge pas des résultats d'une politique sur un an. Monsieur BLONDEL devrait leur dire que la mise en cause injuste d'un homme politique peut être mortelle, et monsieur CARREYROU, qui avait proposé à monsieur BEREGOVOY de venir s'expliquer à la télévision le soir même de la révélation du Canard, après qu'il avait rencontré son ami à Matignon le matin même, devrait dire aux socialistes de ne pas trop insister sur la collusion des actuels journalistes de télévision avec les actuels hommes politiques.