samedi 7 juin 2008

Une très ancienne prophétie

Je ne vous dirai pas qui a écrit, il y a près de 2000 ans cette prophétie faite pour notre siècle. Un temps viendra où l'on ne supportera plus l'enseignement solide ; mais au gré de leurs caprices, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d'entendre du nouveau.
Il me semble que ces temps, inaugurés sous les Lumières, sont définitivement advenus. Nous faisons fi de notre histoire, de notre culture, de ce qui nous a constitués, et nous nous ruons vers les dernières nouveautés. Ce prurit de nouveauté s'appuie certes sur un trait constant de la nature humaine, inquiète de trouver des réponses à des questions sur la vie et la mort, et avec elles, la paix qui est censée les accompagner. Mais il est aussi devenu le moteur de notre civilisation marchande qui a besoin, pour honorer l'appétit croissant des gens de la finance, de produire des biens affectés dès le départ d'un coefficient d'obsolescence, de façon à pouvoir inonder le marché, de manière continue, d'objets, d'idées, de modes nouveaux qui tous sont destinés à périr dans l'intention délibérée de leurs concepteurs. Le nouveau, en quelque sorte, est devenu un moyen de faire de l'argent. L'idéologie du progrès a été dévoyée, et ce dévoiement était inscrit dans sa structure même.
Il y a de grandes conséquences à cette manière de vivre : tout d'abord, nous avons du mal à faire des projets et à nous situer dans le temps historique, avec un passé, un présent, un avenir. Nous vivons dans l'instant. Ensuite et en conséquence, nous perdons nos repères culturels ; nous ne les comprenons plus ; nous ne voyons plus comment ils nous ont formés ; et nous en venons à les rejeter pour aller nous ne savons où. Mais il n'y a pas de bons vents pour celui qui ne sait pas où il veut aller, et qui ne sait pas d'où il vient. C'est une des causes de l'actuelle désorientation de la jeunesse. Elle me désole. Il me semble entr'apercevoir des solutions efficaces ; elles requéraient un accord unanime de tous les acteurs sociaux pour être mise en oeuvre. Hélas, HEGEL et MARX ont fait leur oeuvre, et l'on a crucifié JÉSUS une deuxième fois.
Ce qui motive ces acteurs, et l'on ne peut leur en vouloir, c'est la recherche de la notoriété, du pouvoir, de l'efficacité, conditions de leur survie - et qui de nous veut mourir ? - ce n'est pas celle de la vérité, dont il pense qu'elle les tuerait (Guy BEART l'a bien chanté : Ce jeune homme a dit la Vérité, il doit être exécuté) alors qu'en réalité, elle les ferait vivre, elle nous ferait vivre.
Je ne vois plus qu'une issue ; vivre en fonction d'une vérité inlassablement recherchée en espérant qu'elle fera tache d'huile par la vertu de l'exemple.
Tout ce qui est nouveau n'est pas forcément un progrès. Il faudrait trier. Difficile quand la vie intellectuelle se résout à un combat d'écoles, de systèmes, d'idée, et non à un examen contradictoire, bienveillant, objectif des faits, des solutions possibles et de leurs possibles conséquences, par les élites, les responsables politiques, les acteurs industriels, commerciaux et financiers et bien entendu, les citoyens. On peut toujours rêver.

vendredi 6 juin 2008

Ils continuent... Ils sont décidément minables !

Le chômage est au plus bas depuis 25 ans. Les chiffres sont incontestables, aux dires mêmes de monsieur SAPIN qui donne au journal Métro une lecture toute personnelle de l'événement. Comme monsieur SAPIN n'est pas tout à fait idiot, il ne peut en effet contester le fait. Ce qui est intéressant c'est qu'il en conteste l'analyse, et il ajoute : Cette baisse n'est pas la conséquence des mesures prises par le gouvernement, c'est une baisse mécanique que notre homme attribue à la diminution de la population active. Plusieurs remarques : (a) il est possible et même vraisemblable, qu'une partie de cette amélioration soit de nature mécanique ; on en conclut que le nombre des retraités augmente et que celui des actifs diminue, qu'il faudra bien verser des pensions à ce nombre accru de retraités, et que par conséquent la question de leur financement se pose et doit trouver une issue soit par l'allongement de la durée des cotisations, soit par une diminution des prestations, soit par une augmentation du taux des cotisations. Incidemment, la diminution du nombre des actifs a été freiné grâce aux mesures édictées il y a quelques années par monsieur FILLON sur la durée des cotisations. Les chiffres eûssent encore été meilleurs, mais le coût social augmenté si ces mesures n'avaient pas été prises. (b) Il est certain que monsieur SAPIN aurait attribué à la politique gouvernementale une éventuelle augmentation du chômage : pourquoi faut-il qu'au nom d'une idéologie verbeuse et inefficace, il impute le mieux de la croissance et du chômage à d'autres facteurs que les décisions politiques prises récemment, alors qu'il les eût mis à charge du gouvernement si croissance et chômage s'étaient détériorés ? N'est-ce pas là la plus pure manifestation de l'esprit de système qui nous fait tant de mal ? (c) Monsieur SAPIN revient sur le paquet fiscal dont il déclare sans ciller qu'il a creusé le déficit de 6 milliards d'euros, sans voir, par exemple, qu'en accélérant le mouvement d'achat de maisons ou d'appartements, grâce à la déduction des intérêts d'emprunt, il a probablement donné des centaines de milliers d'heures de travail à des artisans et à leurs ouvriers. Toujours cette fameuse insinuation selon laquelle ledit paquet était fait pour les riches, alors que 80 % de ses allègements profitent aux ménages des classes moyennes. C'est un mensonge, un gros mensonge de plus, dont il ne faut pas accabler monsieur SAPIN, persuadé que c'est dans la dérégulation de l'immigration, la régularisation des sans papiers, l'augmentation du volume des prestations sociales, une diminution du temps de travail, l'envolée des dépenses improductives, que l'on trouvera les moyens d'augmenter le pouvoir d'achat des salariés.
Je n'en vois qu'un moi, de moyen, c'est d'augmenter la masse des richesses à répartir, en reconnaissant de manière corrélative que la valorisation des entreprises est due (a) aux risques industriels pris par les investisseurs (et j'aimerais qu'ils soient des personnes privées plutôt que des fonds de pension, des banques, ou des prédateurs), (b) au travail de tous les salariés de l'entreprise. Il serait donc juste que les bénéfices industriels et commerciaux se répartissent tous les ans - une fois payé l'impôt - en trois portions d'égale importance, l'une pour rétribuer le risque industriel pris par les actionnaires, l'autre pour les salariés de l'entreprise, le troisième pour assurer les investissements futurs. Voilà qui enlèverait bien des arguments à papa MARX, voilà qui serait moralement juste et économiquement sain. Enfin, il est indispensable de lutter contre le capitalisme financier. Il faut des fonds pour construire des usines et fabriquer des produits innovants ; il ne faut que du culot pour s'enrichir sur le dos des autres à coup de stock-options, de produits dérivés, d'achats à terme, de spéculation sur les matières premières par la raréfaction volontaire de l'offre. Nos politiques ont là du travail, et la besogne est plus utile que celle qui consiste à s'offusquer de la décision d'un juge sur un mariage manifestement nul, sur le SMS de Cécilia, ou sur l'expulsion de personnes en situation irrégulière.
Mais si monsieur SAPIN connaît la formule magique qui permettrait d'augmenter le pouvoir d'achat, d'augmenter le nombre de fonctionnaires (dont les enseignants), de diminuer le temps de travail, de rapatrier les fortunes qui ont fui la France en leur promettant un surcroît de taxes et d'impôts, surtout qu'il prenne un brevet avec extension internationale. Je subodore que monsieur SAPIN est un prix Nobel d'économie putatif.
Bien entendu, je n'oublie pas la nécessaire solidarité qui découle de la fraternité de tous les hommes et de notre communauté de destin, à quoi j'ajouterais la responsabilité qui seule est en mesure d'assurer la dignité des personnes. Que cette responsabilité soit à moduler en fonction des histoires individuelles, je n'en disconviens pas, mais qu'elle soit TOUJOURS absente, et totalement absente, c'est tout simplement inadmissible (Le Dr YUNUS, est un vrai prix Nobel d'économie, et il a très bien compris cette dimension de la personne humaine avec son microcrédit).
En fait, POUR L'INSTANT, les socialistes sont minables. Ils n'ont aucune proposition concrète crédible, autre que celles de leurs incantations contre les riches et de leurs déplorations sur les plus démunis. C'est un peu court. Ils sont minables... et ils continuent.

jeudi 5 juin 2008

A propos du sens

Il y a bien longtemps, j'ai eu l'occasion d'entendre Armand ABECASSIS soutenir, à STRASBOURG, une thèse remarquable devant un jury constitué - excusez du peu - d'Emmanuel LEVINAS, Georges GUSDORF, Michel TARDY et Lucien BRAUN. Armand, qui me fit l'honneur de son amitié, était un passionné d'herméneutique (la science de l'interprétation des textes). Il soutenait et soutient toujours que le sens est un acte posé pour résoudre une tension intérieure née du désir (lequel s'appuie, me semble-t-il, sur le sentiment que nous sommes faits pour l'éternité et l'infini), et que cet acte étant posé, la tension s'en trouve apaisée (c'est le côté signification du mot sens), mais révèle alors un autre manque, non quelconque, qui pousse à poser un autre acte permettant de creuser toujours ce désir, de l'investir dans un objet de plus en plus précis (c'est le côté direction du mot sens). C'est donc le désir qui fraie au sens son chemin. Il importe de ne pas se tromper sur sa réalité, son intensité, sa valeur, et surtout sur son contenu. Comme il n'y a pas de désirs autonomes, que nous ne pouvons désirer que ce qui nous est désigné comme désirable, il est important que nous soient proposés des modèles qui nous fassent grandir plutôt que de nous abaisser. Tant que les hommes politiques, les enseignants, les éducateurs, n'auront pas compris cet aspect fondamental de la nature et de la psychologie humaines, nous sommes assurés de voir proposer à notre désir une foultitude d'objets, présentés comme dotés d'une valeur équivalente, et qu'il appartiendrait à notre seule liberté d'investir. Ces objets vont des plus dégradants, quand bien même ils apportent du plaisir, aux plus sublimes et inaccessibles, laissant celui qui les voudrait posséder dans un état d'amertume indescriptible (qui veut faire l'ange fait la bête). En somme, il est nécessaire de concilier l'aspiration légitime à faire fructifier à son profit personnel les talents et les aptitudes qui nous sont propres (et les souhaits qui les accompagnent), et la non moins légitime aspiration de la société à les voir mettre au service de tous. Toute la question est d'orienter LE DÉSIR vers un OBJET qui soit adapté à notre nature de sujet social. Vous aurez noté que j'utilise un singulier pour désigner cette grande aspiration humaine à l'éternité et l'infinitude, et un pluriel pour désigner l'investissement de cette force vitale dans un objet précis. Or, nous le savons, c'est la culture qui véhicule les modèles.
Voilà pourquoi, par exemple, au lieu de prétendre contre toute évidence, que les tags qui défigurent nos murs, sont une forme d'art, comme le fit jadis un ministre de la culture dont je tairai le nom, il serait préférable de proposer à nos peintres sauvages d'exploiter leurs talents, en les canalisant dans des formes à la fois plus personnelles, plus esthétiques, d'un plus grand goût. Voilà pourquoi je trouve injurieux pour le peuple de parler de culture populaire. Pourquoi faudrait-il que les grands auteurs, les grands peintres, les grands compositeurs, restent la chasse gardée d'une élite jalouse de son savoir ?
Bien entendu, un tel projet culturel suppose que tous les acteurs, enseignants, médias, musées, hommes politiques, industriels des loisirs (!), etc. puissent se réunir et se mettre d'accord sur une sorte de programme minimum à proposer aux générations actuelles, plutôt que d'aller en ordre dispersé et de jouer par exemple la retransmission du match de foot contre la Star Academy, ou Patrick BRUEL au Zénith contre Johny au Stade de France. Rien de tout cela, en soi, n'est condamnable. Ce qui l'est, c'est la systématisation de ces modèles, c'est l'oubli de tout un pan de notre civilisation qui ne peut tout de même pas se résumer à la Star Academy et à Roland Garros.

mercredi 4 juin 2008

Antigone contre Créon

La tempête souffle sur les médias et le monde politique, de droite ou de gôôôôche, après la décision qu'a prise un Tribunal de Lille d'annuler un mariage, pour motif d'erreur substantielle. On rappelle, mais qui ne le sait, qu'il s'agissait, à la demande conjointe des deux époux, de déclarer nulle cette union, car l'épouse reconnaissait avoir menti, en n'ayant pas dit à son futur, avant le mariage, qu'elle n'était plus vierge.

Il me semble que tout le monde, responsables politiques, journalistes, comme simples citoyens, peut tomber d'accord sur un point essentiel : le consentement au mariage doit être libre et éclairé. La question est donc la suivante : monsieur X... qui a demandé l'annulation se serait-il marié s'il avait su que sa fiancée n'était plus vierge ? Nous n'avons pas à nous poser la question de la sincérité ou de l'opportunisme du requérant ; nous avons, en droit strict, et dans le droit fil du bon sens, à nous poser seulement la question de la validité d'un engagement pris en ignorance de causes.

Pour mieux comprendre ce que signifie cette question, changeons en l'un des termes. Si au lieu de virginité, il s'était agi de séropositivité, ou de l'existence de troubles mentaux ou d'une maladie génétique ou de stérilité (connue de la jeune femme et diagnostiquée), aurions-nous réagi de la même manière ? Mentir sur ce sujet eût paru sans doute être un mensonge tel qu'il aurait justifié la nullité. La question qui vient donc après est la suivante : pourquoi la virginité aurait-elle un statut différent de la maladie, alors qu'elle relève d'une dimension tout aussi importante, la sexualité, que celle du corps malade.

Madame Rachida DATI, une femme absolument remarquable, et critiquée de tous côtés, sans doute parce qu'aux médiocres et aux envieux(ses ! ) elle fait de l'ombre, aussi bien par son élégance naturelle que par ses compétences, avait d'abord soutenu la décision du juge. Mais à sa demande, sous la pression des médias et de l'opinion, le procureur de Lille a interjeté appel, mardi 3 juin, du jugement du tribunal de grande instance. L'annonce de l'annulation de ce mariage a provoqué une vive émotion, notamment parmi les défenseurs des droits des femmes.
Que dit la chancellerie pour justifier ce revirement : "L'annulation d'un mariage par le tribunal de grande instance de Lille a provoqué un vif débat de société. Cette affaire privée dépasse la relation entre deux personnes et concerne l'ensemble des citoyens de notre pays, et notamment les femmes".
A mon grand regret, je suis obligé de dire, de redire, et d'affirmer que cette affaire relève de l'intimité des époux et de leur conscience, et non d'une affaire de société. Les belles consciences ne s'offusquent point de voir dans le métro, de plus en plus nombreuses, des femmes emprisonnées dans des robes noires qui leur tombent aux chevilles quand elles ne couvrent pas leurs chaussures, et dont les yeux sont à peine visibles tant ils sont coincés entre un bandeau frontal et une sorte de masque qui ne laisse deviner que le nez. On peut imaginer deux et même trois explications à ce qui nous paraît une extravagance qui fait violence à la féminité : (a) la contrainte familiale ; (b) le poids de la tradition ; (c) l'assentiment personnel. Est-ce à nous de juger ? Oui, si la preuve est faite qu'il y a violence. Non dans le cas contraire. C'est bien là tout le problème. L'état n'a pas à intervenir par la Loi dans le domaine privé.

Pour Jules, pseudonyme d'un juriste blogueur, le problème n'est pas aussi simple. "Le droit ne dit pas quelles sont les qualités que doit réunir une personne pour faire un(e) bon(ne) époux(-se). Il se contente d'apprécier, concrètement, quelles qualités ont déterminé le choix concret d'une personne. (...) L'appréciation des 'qualités essentielles', donc, est subjective", explique-t-il.
En ce sens, la position du TGI de Lille "témoigne d'un grand libéralisme", du point de vue de Jules. "Un tel libéralisme est-il supportable ? s'interroge-t-il. Car laisser l'individu maître de ses critères maritaux peut conduire à tenir compte d'éléments de la personne que le droit sanctionne par ailleurs. Ainsi, pour aller au plus brutal, de l'appartenance vraie ou supposée à une race, une ethnie ou une religion."
Sur ce point-là, la jurisprudence semble encore être flottante. Une décision du TGI du Mans, citée par Jules, avait ainsi établi une liste de qualités qui ne devaient pas apparaître comme essentielles, comme la race et... la virginité. "On voit bien là que le droit hésite entre une conception classique du mariage soumis aux impératifs de la société et la tendance (post-) moderne, qui est de le livrer à l'empire des aspirations individuelles".
Selon moi, cette dernière décision fait litière de ce que j'appelle le consentement libre et éclairé et le commentaire de Jules, dans sa référence à l'empire des aspirations individuelles propre au post-modernisme, est inappropriée : en effet, si la situation concrète d'un ou d'une future est tue, et que, connue de l'autre partie, elle eût entraîné la rupture des fiançailles, il y a "ruse et dol" et "erreur substantielle sur la personne". Je conviens que la preuve d'un tel état d'esprit est difficile à apporter, mais non point impossible. Que messieurs les députés s'occupent de leurs oignons et non point des choix de conscience de leurs concitoyens. Qu'ils continuent ainsi, et nous allons droit à la tyrannie du politiquement correct, et du totalitarisme.
C'est une grande conquête des Grecs, et non point des tendances (post-) modernes : les droits de la conscience sont supérieurs à ceux du tyran, quand, ils demandent à s'exercer dans le respect des choix de conscience d'autrui et qu'ils ne lèsent pas celui-ci. Antigone aura toujours raison contre Créon.

mardi 3 juin 2008

La grande Sartreuse et les reconstructeurs

Je ne résiste pas au plaisir de porter à votre connaissance l'opinion qu'un grand romancier polonais porte sur l'un de nos écrivains qui fut des plus en vue dans les salons germano-pratins et qui exerce encore un magistère non négligeable dans les salons bobos contemporains. Antoni LIBERA n'est pas tendre avec Simone de BEAUVOIR. Il met dans la bouche de l'un de ses héros, les propos que voici, sur celle que des mauvaises langues appelaient la grande Sartreuse.
Les ouvrages de Simone de BEAUVOIR avaient été traduits en polonais et j'en avais lu quelques uns : les deux premiers volumes du cycle autobiographique ("Les Mémoires d'un jeune fille rangée" et "La force de l'âge"). Pour dire vrai, ces livre ne m'avait guère plu. Je n'avais pas apprécié leur style verbeux ni leur rationalisme quelque peu grotesque, qui allait parfois de pair avec une exaltation irritante. Il me fallait cependant admettre que ces ouvrages m'avaient apporté une certaine connaissance de la psychologie féminine et, surtout, des moeurs et de la vie intellectuelle du microcosme existentialiste parisien.
La lecture de ces livres m'avait laissé l'image d'une femme cultivée, qui se complaisait à étaler son savoir, une femme qui avait rejeté tout compromis et tourné le dos aux valeurs de la "culture bourgeoise", pour privilégier l'intensité de l'expérience vécue, bref, pour mener une vie "authentique". (...) Vivre authentiquement supposait, tout d'abord, un intérêt fervent et immodéré pour la politique sous toutes ses formes ; il fallait en permanence s'opposer à quelque chose, protester, s'opposer à ceci ou à cela. En règle général, cette attitude de révolte, terriblement tapageuse, ne coûtait pas bien cher à l'intéressée, au contraire, cela avait plutôt tendance à lui être profitable. (...) A la lecture de ces gros pavés, verbeux à l'excès, on pouvait croire que, depuis sa plus tendre enfance, Simone de Beauvoir vivait dans un état de vivisection permanent, traitant sa personne comme un objet d'investigation scientifique, et que son oeil intérieur guettait toute ses réactions, sans négliger de consigner le moindre détail.
Le héros de LIBERA consulte à Varsovie un universitaire du Département de Philologie Romane de l'Université et lui fait part de son intention d'étudier les oeuvres de Simone. Il s'attire cette réplique du maître :
"Pourquoi, alors que tu as le choix entre tant de choses belles et précieuses - des perles véritables, des saphirs, des diamants - t'obstines-tu à choisir le clinquant et les bijoux de la pacotille (sic). Alors pourquoi, avec cet immense trésor de la culture française, regorgeant de splendeurs et de vrais chefs-d'oeuvre, lorgnes-tu du côté du kitch, vers les fruits pourris de la décadence ? Simone de Beauvoir, voyez-vous ça... (...). Tu ne pouvais pas trouver pire. Avec ça, tu as atteint le fond ! Le fond du fond, même ! Tu ne le sens pas ? Tu ne le vois pas ? Peux-tu me dire ce qui te plaît là-dedans ? Je ne comprends pas d'ailleurs comment tu peux lire ça.
Vous vous demandez sans doute pourquoi je parle de Simone de BEAUVOIR maintenant ? La réponse est simple : elle me semble être le prophète de tous les maux qui accablent aujourd'hui les intellectuels français et la classe politique de gauche sur laquelle elle exerça et exerce encore, de conserve avec son mentor, une influence considérable : un déni des faits, une incapacité à penser à partir d'eux, une remarquable habileté à jongler avec les mots et à se mouvoir avec leur aimable concours dans des systèmes d'idées qui prétendent décrire tout le réel et avoir des solutions à tous les problèmes de l'humanité, une indifférence absolue à la douleur de tous ceux qui ne pensent pas comme eux, (les fameux ennemis de classe, les adversaires politiques). Simone de BAUVOIR et SARTRE ont couverts les monstruosités de STALINE ou de MAO au nom de leur utopie ravageuse et ils ont fait tache d'huile quant à leur système de philosophie politique. Il n'est que de voir comment madame ROYAL critique l'usage du mot libéralisme (sans s'interroger sur le contenu de ce qu'il décrit) par monsieur DELANOE ; il n'est que de prévoir l'effacement prévisible des sphères socialistes dirigeantes de Manuel VALLS qui a le malheur de partir des faits ; il n'est que d'apercevoir comment avec un mot, celui de "Reconstructeurs", messieurs FABIUS, MONTEBOURG, quelques amis de monsieur STRAUSS-KAHN, madame AUBRY, marient l'eau des uns avec le feu des autres, uniquement pour empêcher madame ROYAL et monsieur DELANOE d'être les seuls compétiteurs crédibles pour la course au premier secrétariat. L'oeil intérieur de ces messieurs et de ces dames est fixé sur les mouvements qu'inspire en leur coeur l'ascension de ces deux personnalités : pas eux ! pas ça ! On attend toujours les analyses et les propositions concrètes. Je crois qu'on peut attendre longtemps sauf pour ce qui est de la contestation, opposition, critique, rébellion contre ceci et contre cela, si bien décrites par Antoni LIBERA.
Je préfère François d'ASSISE, Charles de FOUCAULD ou Eve LAVALIERE. Ils ne se sont pas payé de mots. Embrassant la pauvreté, l'humilité, la charité et la prière, eux, ils ont VRAIMENT changé le monde.
Antoni LIBERA.
Madame.
Roman traduit du polonais par Grozyna ERHARD.
Buchet/Chastel, Paris, 2004.
(Cet auteur a été persécuté par le régime communiste polonais sous lequel il écrivit le roman sus-cité).

lundi 2 juin 2008

A droite aussi, on pense faux

Je suis scandalisé, le mot est faible. Madame BACHELOT, ministre du gouvernement de monsieur FILLON a donné pour une télévision, une interview dans laquelle elle exprimait sa vive désapprobation du jugement rendu sur la nullité du mariage entre deux époux de confession musulmane. Madame BACHELOT demandait que le législateur, rien de moins, prenne position sur le problème. Critiquer une décision de justice, rendue en conformité avec la loi me paraît être une mauvaise action.
Il faut redire que la demande de nullité a été faite conjointement par les deux époux, parfaitement d'accord sur ce point, que le jugement a été rendu non point pour le défaut de virginité de l'épouse, mais en raison de son mensonge. (Elle n'en disconvient pas du reste, ce qui laisse penser que le mariage avait peut-être été arrangé par les familles, sans trop demander leur avis aux intéressés). La réaction de madame BACHELOT repose sur l'idée qu'il n'est pas normal qu'un futur époux exige de sa promise qu'elle soit restée vierge. Ceci revient à dire que, pour madame BACHELOT, la virginité préconjugale n'est pas une valeur en soi et que les futurs n'ont rien à exiger l'un de l'autre en cette matière. Cela est vrai si les deux jugent les écarts préconjugaux de nulle importance. Mais madame BACHELOT estime que l'activité sexuelle est une activité comme une autre, en quelque sorte un sport plaisant et sans grande conséquence POUR L'AUTRE, puisqu'il est possible aujourd'hui de disjoindre le plaisir de la procréation. Cette opacité intellectuelle et morale est indigne d'une femme de culture. Et il faut que madame BACHELOT, et toutes les belles consciences de gôôôôche avec elle, acceptent le fait que pour certains, une tromperie sur la virginité préconjugale est une tromperie essentielle qui ne permet pas le libre exercice d'un consentement éclairé. On a le droit de tenir à certaines valeurs et de choisir son époux ou son épouse en fonction de l'adhésion qu'il leur apporte. Et chacun doit pouvoir se déterminer comme il le juge en conscience, même et surtout si ce n'est pas dans l'air du temps.
Fallait-il préférer engager une longue procédure de divorce dans le cas qui suscite l'ire du ministre ? Je n'en suis pas bien sûr. A force de considérer que tout se vaut, on en finira à accepter tout et n'importe quoi en un domaine si important, et pour la personne et pour la société. Madame BACHELOT est un esprit faux et je la soupçonne aussi d'être un peu démagogue. Cela fait des voix, mais cela ne fait pas un avenir.

dimanche 1 juin 2008

A la Chine, son paquet

Je viens t'achever la lecture du petit livre sur la Chine dont je vous avais parlé hier. CAI CHONGGUO nous y apprend des choses bien intéressantes. Et le récent séisme pourrait bien entraîner des mouvements analogues à ceux que ce dissident chinois nous révèle. Le 11 juin 2005, par exemple, une émeute faisait à DINGZHOU (HEBEI) six morts et plusieurs centaines de blessés. Trois cents hommes armés avaient attaqué des paysans qui manifestaient contre la confiscation de leur terre par la GUOHA, une société de production d'électricité. Entre le 18 et 26 juin 2005, des dizaines de milliers de Chinois venus de toutes les provinces du pays, montent à PEKIN, font le siège du Bureau des Plaintes pour réclamer qu'on leur rende les terres dont on les a spoliés. Toujours le 26 juin 2005, 10.000 personnes défilent dans les rues du district de CIZHOU (ANHUI) et mettent le feu aux voitures de police stationnées au Commissariat : la raison de cette manifestation est simple ; un de ces nouveaux riches qui mettent la Chine en coupe réglée, a renversé un lycéen avec sa belle voiture. Pour le punir d'avoir, lors de cet accident, abîmé le véhicule dont il était si fier, il le bat comme plâtre. L'incident se transforme en émeute quand la Police, corrompue jusqu'à la moelle, prend le parti de l'automobiliste, bien en cour auprès du parti. WEN TIENJUN, un sociologue, estimait en 2005 toujours qu'il y avait en Chine, en moyenne, 60.000 manifestations, protestations, grèves ouvrières, émeutes, d'ampleur variée.
CAI CHONGGUO identifie cinq faiblesses fondamentales dans le système chinois actuel, qui combine, avec un rare cynisme, un système politique tyrannique verrouillée par le parti communiste, et un système économique d'une rare brutalité, inspiré d'un libéralisme mal digéré. Je ne ferai que les citer : (a) le divorce est consommé entre la population et les élites politiques, économiques ET culturelles ; (b) la classe politique entretient des rapports malsains, maffieux et népotiques avec le monde des affaires : ainsi, le Groupe de HUA NENG (une entreprise d'électricité), et le Groupe d'Electricité de la Chine sont dirigés l'un par LI XIAOPENG, le fils de l'ancien premier ministre LI PENG, l'autre par LI XIAOLIN, la fille du même. Ces deux sociétés d'électricité sont les deux plus importantes de Chine ; (c) la pauvreté de la Chine est extrême ; "l'ouverture" a permis l'émergence d'une classe moyenne de 100 millions de Chinois, et aussi d'une classe riche, évaluée à 5 % de la population, mais 900 millions de Chinois vivent au-dessous du seuil de pauvreté défini par les Nations Unies ; (d) le système bancaire est d'une extrême fragilité ; les autorités locales, après la réforme du mode d'imposition, ont dû contracter des dettes énormes auprès des banques d'Etat, elles-mêmes menacées par les faillites d'entreprises et la spéculation immobilière (tiens ! tiens !). La dette publique atteint 150 milliards d'euros, soit 15 % du PIB ; (e) la dépendance de la Chine s'est accrue vis-à-vis de l'extérieur et c'est une conséquence directe de "l'ouverture" telle que l'a pratiquée le Parti Communiste Chinois. Ainsi la situation du peuple chinois, déjà terrifiante sous MAO, mais matériellement mieux assurée qu'aujourd'hui et socialement plus juste et plus équilibrée, s'est considérablement détériorée.
Il faut savoir qu'aujourd'hui, en Chine, tout se paye ; enseignement, soins médicaux, actes juridiques, sous le contrôle absolu du Parti qui distribue les prébendes et les avantages à ses seuls cadres. Dans un de mes billets, j'avais déjà souligné des faiblesses de la Chine, et j'avais dit que je ne pariais pas sur un avenir radieux pour ce pays dont j'aime profondément la culture, l'art, l'histoire, le peuple. La mentalité des Chinois ne me semble pas avoir beaucoup changé dans le peuple lui-même, et il est probable que celui-ci doit voir dans les terribles catastrophes naturelles dont il est la victime le signe que le Mandat du Ciel abandonne le pouvoir. On peut s'attendre de la part de ce dernier à des durcissements, un renforcement du contrôle sur parti sur les actes, pensées et paroles des citoyens, et peut-être à une explosion générale.
Nassim est-il content ?