mercredi 27 avril 2011

Rationalité, rationalisme et islam

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"Ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu" a dit BENOIT XVI dans sa conférence de RATISBONNE, dont le titre exact était "Souvenirs et réflexions". Pour les philosophes musulmans, il n'en est pas ainsi. La transcendance de Dieu, son altérité rendent à jamais inaccessible la moindre connaissance le concernant. Il est présenté comme un Dieu arbitraire qui n'est tenu ni par la vérité ni par le bien. Le respect que les musulmans ont pour la transcendance de Dieu est admirable. Et il nous interpelle, nous qui nous délectons de Piss Christ et autres ordures prétendues artistiques. Première remarque : prenons garde de ne pas nous attirer un mépris justifié de la part de ces millions de fidèles qui reconnaissent en 'Issa (Jésus) un envoyé de Dieu. Ceci est une première remarque.


Deuxième remarque : il est assez remarquable et intriguant de constater que nombre de pays arabo-musulmans sont à l'heure actuelle secoués de manifestations, répressions, constestations du pouvoir en place. Il y a deux manières d'interpréter ces événements, deux manières qui, du reste, ne sont pas exclusives l'une de l'autre. L'idéal démocratique occidental, les Droits de l'homme, la diffusion des moyens techniques inventés par l'Occident, animent les élites arabes de sentiments contradictoires. Les uns aimeraient que leur patrie puisse bénéficier des libertés publiques et privées en vigueur dans les démocratie occidentales ; d'autres (comme Tarik RAMADAN) y voient des semences de décadence culturelle et religieuse. Nous pouvons avancer sans trop de crainte de nous tromper que la mondialisation des modes de pensée et de consommation est en grande partie responsable d'événements dont nous ne pouvons prévoir l'issue.


Troisième remarque : il est tout de même curieux de voir que des penseurs arabo-musulmans inscrits dans une civilisation qui a aidé l'Occident à redécouvrir les penseurs grecs (PLATON et surtout ARISTOTE) n'aient pas eu dans leur propre pays une influence suffisante pour susciter chez les légistes et les imams interprètes du Coran une réflexion rationnelle. Pour avoir donné une interprétation plus nuancée de cette transmission, Sylvain GOUGENHEIM s'est attirée les foudres de nombre d'imbéciles. La réalité en effet est plus complexe. Bien des philosophes arabo-musulmans ont eu pour maîtres des philosophes arabo-chrétiens. J'ai fait en son temps un petit billet là-dessus. Et je possède dans ma bibliothèque un livre très rare, publié par le père Henri CHARLES, jésuite, en 1936, et intitulé "Le christianisme des arabes nomades sur le Limes et dans le désert syro-mésopotamien aux alentours de l'hégire" (Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes, section des Sciences Religieuses, LIIe volume, Librairie Ernest Leroux, Paris, 1936) qui nous apprend bien des choses, notamment comment MOHAMMED, le général des TAYÂYE "outre les nombreux maux et les meurtres innombrables qu'il causa en MESOPOTAMIE, voulut faire apostasier ceux des TAYÂYE qui étaient restés chrétiens. Il fit venir le chefs des TAGLIBITES, qui s'appelait MOAD et il le pressait de se faire musulman et d'apostasier. Comme celui-ci ne cédait aucunement à ses flatteries [...], il le fit tuer et défendit de l'ensevelir. Le saint gisait depuis plusieurs jours sur le fumier, sans se corrompre et sans être dévoré par les animaux : alors EUSTHATIUS de DARA demanda son corps, l'emmena et bâtit un monastère au-dessus de son tombeau" (Chronique de Michel le Syrien). Le père CHARLES indique, avec Michel le Syrien, que plusieurs TAYÂYE subirent le martyr. La scène ici relatée a eu lieu en l'an 792 de notre ère. Ainsi, 150 ans après la mort de MUHAMMAD-MAHOMET, la volonté de convertir par la force des peuples arabes christianisés était devenue pratique courante. Il convient de signaler qu'il y avait alors dans ces régions des milliers de prêtres et de moines et des centaines d'évêchés.


Quatrième remarque : plutôt que de condamner en bloc les musulmans et de dénigrer l'islam, il est préférable d'abord de le connaître et de poser deux questions essentielles : (a) d'où le Coran tient-il son attachement à ABRAHAM (et la TORAH), à la personne de JESUS et à celle de MARIE ? (b) Pourquoi, à la différence des textes de l'Ancien et du Nouveau Testament, le Coran est-il parfaitement anhistorique dans sa présentation, alors qu'il a de toute évidence une histoire ?


Cinquième et dernière remarque. Prenons bien garde de ne pas confondre rationalité et rationalisme. C'est condamner toute possibilité d'un dialogue vrai avec les penseurs musulmans. Il en est de fort brillants. On m'accordera qu'il n'a pas fallu attendre VOLTAIRE pour défendre les droits de la raison, et l'on m'accordera aussi que la raison ne saurait être confondue avec le rationalisme, préjugé philosophique qui exclut de son champ d'investigation tout ce qui n'est pas du domaine sensible, expérimentable, et mesurable. On a vu où menait cette impasse ; elle revient à rejeter dans les ténèbres d'une prétendue ignorance et d'une infériorité définitive tout manière de penser qui ne tombe pas sous la coupe de ces exigences : par exemple les phénomènes mystiques. Voilà qui est inacceptable pour un penseur oriental. Les efforts des Sciences humaines pour rejoindre cette scientificité apparaissent bien dérisoires, et c'est pourquoi quelques imbéciles à tête dure les appellent les Sciences molles. Voilà un jugement bien prétentieux. Il me semble qu'il suffirait de constater qu'il existe bien des phénomènes qui échappent à ce rasoir de la pensée systématique, pour mieux comprendre l'homme. N'est-ce pas là l'objet des Sciences humaines ?


C'est tout pour aujourd'hui.




mardi 26 avril 2011

La guillotine de Ratisbonne

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D'où vient-elle, cette guillotine ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il qu'on la découvre au détour d'une rue ombreuse dans la vieille ville de RATISBONNE, la capitale des Princes de THURN und TAXIS (de LA TOUR de TASSIS ou de TOUR et TAXI en français). Nul doute que les imbéciles (au sens de BERNANOS) qui pullulent dans les rédactions des médias bien pensants n'eussent songé à l'employer pour couper la tête à ce BENOIT XVI s'ils avaient eu connaissance de son existence ; pensez-donc, il aurait critiqué les musulmans dans le fameux discours du 12 septembre 2006 qui couler tant de salive et d'encre. Je suppose que bien peu de commentateurs ont pris soin de lire de bout en bout ce texte, un texte très important appelé à nourrir non seulement le dialogue islamo-chrétien et en tout cas à nous faire comprendre les raisons philosophiques qui le rendent si délicat, mais encore tous les dialogues à venir entre hommes de bonne volonté chercheurs de lumière.


Or ce texte, que je viens de relire, est un chef d'oeuvre de pensée pour qui n'a pas de prévention et reçoit la parole de l'autre avec bonne foi et sans préjugé. Selon moi, il établit les fondements moraux de tous les dialogues.


De quoi s'agit-il ? D'établir le rapport étroit qui existe entre foi et raison. A cette fin, BENOIT XVI part d'un texte grec édité par le Pr KHOURY, de l'Université de MUNSTER. Il s'agit d'une série de dialogues ou controverses entre l'Empereur lettré MANUEL II PALEOLOGUE et un savant persan, tenus en 1391, dans le camp d'hiver d'ANKARA. Ces détails ont leur importance. BENOIT XVI parle d'un savant ; ce savant est persan ; le dialogue est libre, le savant n'est pas prisonnier de l'Empereur.


BENOIT XVI indique que les dispositions relatives à la guerre sainte, inscrites dans le Coran sont relativement tardives, contrairement à la prescription plus ancienne de la sourate 2, v. 256 :"Pas de contrainte en matière de fois", et il ajoute que l'Empereur s'adresse alors à son interlocuteur d'une manière "étrangement abrupte" : "Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d'inhumain, par exemple le fait qu'il a prescrit que la foi qu'il prêchait, il fallait la répandre par le glaive."


Il vaut la peine de souligner que BENOIT XVI souligne le côté abrupt de la remarque impériale. En aucun cas, il ne la reprend à son compte.


Les imbéciles ou les menteurs en sont restés là pour prétendre que BENOIT XVI condamne l'islam et sa violence réelle ou supposée. Ils oublient la suite que voici : "L'Empereur intervient pour justifier pourquoi il est absurde de répandre la foi par la contrainte. Celle-ci est en contradiction avec la nature de Dieu et la nature de l'âme. 'Dieu ne prend pas plaisir au sang et ne pas agir RAISONNABLEMENT est contraire à la nature de Dieu. La foi est un fruit de l'âme, non du corps. Donc si l'on veut amener quelqu'un à la foi, on doit user de la faculté de bien parler et de PENSER CORRECTEMENT, non de la contrainte et de la menace. Pour convaincre une âme raisonnable, on n'a besoin ni de son bras, ni d'un fouet pour frapper, ni d'aucun autre moyen avec lequel menacer quelqu'un de mort', va dire l'Empereur. Et BENOIT XVI résume de manière magistrale le coeur de l'argumentation impériale : "Ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu." MANUEL est grec, nourri de philosophie grecque.


Or c'est là tout le noeud du problème. Un philosophe musulman IBN HASM, cité par le pape, soutient "que Dieu n'est pas tenu par sa propre parole, et que rien ne l'oblige à nous révéler la vérité : s'Il le voulait, l'homme devrait être idolâtre."


Et BENOIT XVI va développer alors une argumentation très serrée sur la raison. Après avoir cité IBN HASM, il ajoute "Ici s'effectue une bifurcation dans la compréhension de Dieu et dans la réalisation de la religion, qui nous interpellent directement aujourd'hui : Est-ce seulement grec, de penser qu'agir contre la raison est en contradiction avec la nature de Dieu ou est-ce une vérité de toujours et en soi ? Je pense qu'en cet endroit devient visible l'accord profond entre ce qui est grec, au meilleur sens du terme, et la foi en Dieu fondée sur la Bible."


Voilà résumée, bien mal, la première partie de cette conférence exceptionnelle. Après, BENOIT XVI décrira les trois étapes de déshellenisation de la pensée occidentale, et ce que Marcel DE CORTE décrira dans son ouvrage "L'intelligence en péril de mort" comme la mort programmée de la philosophie spéculative.


La probité intellectuelle oblige à reconnaître que l'Eglise d'Occident a eu souvent recours à la contrainte pour convertir les païens ou d'autres religionnaires. Que ce soit Charlemagne et les Saxons ou les Rois Catholiques et les juifs d'Espagne ou Louis XIV et les protestants ! Voilà qui est déplorable et insupportable à toutes consciences droites. JEAN-PAUL II a exprimé la douleur et le repentir de l'Eglise pour ces horreurs. Il ne nous est pas interdit de continuer à les déplorer et de combattre tous les fanatismes, d'où qu'ils viennent.


Je reviendrai sur le dialogue islamo-chrétien dont l'enjeu est considérable pour l'avenir du monde.

lundi 25 avril 2011

Un héros de la laïcité

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Monsieur AYRAULT, le maire de NANTES, est troublé.
Monsieur AYRAULT réfléchit.
Monsieur AYRAULT discerne.
Monsieur AYRAULT questionne son corpus idéologique.

Il s'interroge dans un communiqué publié le Jeudi Saint sur l'opportunité du Rassemblement oecuménique prévu sur une place de sa ville, pour le dimanche de Pâques. Le communiqué est un chef d'oeuvre de langue de bois. Le maire dit ceci : dans un contexte "d'instrumentalisation du fait religieux au plus haut de l'Etat (!, de votre serviteur), j'invite chacun à mesurer la portée d'une manifestation à caractère religieux sur l'espace public dans le respect de la liberté de conscience" (cette phrase ne veut strictement rien dire ; relisez-là, vous conclurez comme moi). Et il poursuit "si des rassemblements à caractère religieux sont organisés sur l'espace public ["dans" m'eût paru de meilleure langue], après autorisation de la préfecture, pour autant cet espace appartient à tous et n'a pas vocation à être utilisé pour la célébration des cultes."

Mais le parti auquel il appartient a critiqué les remarques de Marine LE PEN sur l'occupation illégale de l'espace public pour la prière des musulmans. Les propos de Marine LE PEN sont outranciers et passent exactement à côté de la cible. Ceux de monsieur AYRAULT sont incroyablement lâches, pâles et sans portée pratique. De plus ils sont faux. Il ne s'agit pas de célébrer un culte, mais de manifester ensemble la foi en la Résurrection.

Comment un homme que je tiens pour honnête peut-il tenir de tels propos ? Voilà une manifestation d'unité. Ne devrait-il pas favoriser toutes initiatives qui tendent à rassembler les communautés humaines dispersées ? Et si le rassemblement avait inclus des concitoyens de confession musulmane, aurait-il dit la même chose ?

Monsieur AYRAULT dirige une ville qui, à la Révolution, comptait parmi ses richissimes armateurs de nombreux membres d'une société de pensée que je ne nommerai pas, et qui ont milité pour le maintien de l'esclavage. Alors chiche ! Monsieur AYRAULT accepterait-il d'ouvrir les archives municipales à tous les chercheurs que cette question intéresse ? On ne saurait l'accuser d'avoir approuvé cette vilenie, mais il n'y a jamais eu la moindre parole de repentance pour cette page sombre de l'histoire de la ville. Toute cette dialectique est misérable. Et l'espace public appartient à tous les Français, et non à l'Etat, au PS, à l'UMP, ou au FN, pour autant qu'ils l'occupent sans troubler la paix civile et en accord avec la loi.

Monsieur AYRAULT est un pâle héros de la laïcité. Dommage pour lui. C'est un communiqué de trop que ce communiqué fumeux.

N'y touchez pas

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Un très cher ami alsacien m'envoie un message où il m'indique ceci que je tiens à vous faire connaître.


Madame Marie-Agnès LABARRE, sénateur proche de monsieur MELANCHON a déposé une proposition de loi tendant à abroger l'application du concordat de 1801 en Alsace-Moselle et les mesures prises en faveur des religions protestante et israélite. Ces régions, annexées par l'Allemagne impériale au terme de la désastreuse guerre de 1870, ne pouvaient se voir appliquer des lois qui avaient été votées alors qu'elles n'étaient plus françaises (dont la loi de séparation). Le maintien de nombre de mesures juridiques antérieures à l'annexion prend le nom de "droit local". C'est ainsi que le régime foncier, le régime de sécurité sociale, le régime des cultes et de leurs ministres, celui des vacances, entre autres, sont différents dans les Départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin.


Si madame LABARRE avait quelques connaissances historiques, elle saurait que les tentatives faites par CLEMENCEAU et les laïcards de son escorte pour "harmoniser" à la sauce anticléricale l'Alsace et la Moselle y ont suscité un fort courant autonomiste. Nombre de messins n'ont jamais pardonné au petit Père la Victoire l'expulsion immédiate en novembre 1918 de l'évêque allemand de METZ. Il était adoré de son clergé et n'avait rempli que les devoirs de sa mission.


Si madame LABARRE avait un peu de cohérence concrète, elle demanderait l'abrogation totale du droit local. Son fanatisme laïc lui fait borner son initiative au seul domaine religieux. On voit bien par là que sa proposition est purement idéologique et qu'elle ne s'intéresse nullement aux sentiments et aux désirs de ses compatriotes alsaciens et lorrains. L'homme concret lui importe peu. Ce qui l'intéresse, c'est la pureté de son idéologie, la virginité abstraite de son activité cérébrale.


Si madame LABARRE avait quelques connaissances du terrain, elle saurait que l'Alsace est la région de France où il y a proportionnellement le moins d'élèves dans les écoles privées "confessionnelles" sous contrat. Elle voudrait ruiner l'enseignement public en Alsace qu'elle ne s'y prendrait pas autrement. Et je vois un très bel avenir se dessiner pour le Lycée Jean Sturm (protestant), le collège épiscopal Saint-Etienne (catholique) ou le Lycée Ort (israélite) pour ne citer que quelques établissements très prestigieux de STRASBOURG, au cas où sa proposition serait adoptée. Je connais bien le collège Saint-Etienne que mes enfants ont fréquenté. Il n'y avait pas que les fils de riches dans cet établissement, je puis l'affirmer, et chaque famille payait l'écolage en fonction de ses revenus sans qu'il y ait le moindre contrôle de la part de l'administration. Certaines ne payaient pratiquement rien du tout.


Si madame LABARRE avait quelque bienveillance sommeillant en son coeur, elle ne jugerait pas en fonction de son idéologie, mais en fonction de la paix civile que le maintien de ce régime très tolérant a introduit dans le vie publique alsacienne. Mais périsse l'homme concret pour que triomphent ses idées.


Si madame LABARRE avait un brin d'intelligence politique, elle comprendrait que les nombreux votes en faveur du Front National dans cette région de l'est n'ont d'autres raisons qu'un sentiment profondément ancré dans le coeur des Alsaciens : ils ont souffert pour avoir voulu être Français et sont blessés de ne pas voir leurs souffrances prises en considération par la Mère Patrie.


Madame LABARRE, un bon conseil : ne touchez pas au Concordat. Ce serait ouvrir une boîte de PANDORE, et déclencher une guerre de religion. Car vous êtes la grande prêtresse d'une religion qui ne dit pas son nom, et je ne vois guère de différence entre vos croyances et la foi de ceux que vous voulez contenir dans les étroites limites de leur particulier. Sauf que ces derniers n'imposent rien à leurs concitoyens.


N'y touchez pas, vous dis-je, car vous risqueriez de vous en mordre les doigts.

samedi 23 avril 2011

Comme une épée à deux tranchants

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Office des Ténèbres en ce Samedi Saint. Il y a du monde ce matin dans l'abside où règne une douce lumière ; elle éclaire à peine l'autel dépouillé de sa nappe et donne une atmosphère extrême de recueillement. Des hommes et des femmes de toutes langues et de toutes nations sont là : Africains, Asiatiques, Européens, tous dans une même ferveur chantent devant la Croix, une belle croix dans le style roman ; ils veillent comme les femmes de l'Evangile le firent, qui étaient assises près du tombeau où l'on avait déposé le corps de Jésus.




"Vivante [...] est la parole de Dieu, énergique et plus tranchante qu'aucun glaive à double tranchant. Elle pénètre jusqu'à diviser âme et esprit, articulations et moelles. Elle passe au crible les mouvements et les pensées du coeur. Il n'est pas de créature qui échappe à sa vue", dit l'auteur inconnu de la Lettre aux Hébreux qu'on lisait ce matin dans la première partie de l'Office.




Est-ce un hasard si le premier Psaume (Psaume 4,) fait dire au juste : "Fils des hommes, jusqu'où irez-vous dans l'insulte à ma gloire, l'amour du néant et la course au mensonge ?" au moment où la cité des papes se déshonore par une exposition blasphématoire ? Oui, jusqu'à quand l'insulte à la Gloire du Crucifié ? C'est parce que l'insulte du monde à son Créateur ne cesse pas que Pascal avait dit (je cite de mémoire) : "Le Christ est en agonie jusqu'à la fin du monde".




Le Psaume 15 qui est chanté immédiatement après, fait dire à celui qui a été saisi par l'appel et s'est converti : "Toutes les idoles du pays, ces dieux que j'aimais, ne cessent d'étendre leurs ravages, et l'on se rue à leur suite. Je n'irai pas leur offrir le sang des sacrifices ; leur nom ne viendra pas sur mes lèvres !" Comment ne pas penser à tous ceux qui ont été blessés par la publicité honteuse du Piss Christ ? Comment ne pas être scandalisé devant la condamnation de l'AGRIF par les tribunaux ? Cette Association, présidée par Bernard ANTHONY a été condamnée à 8.000 euros d'amende pour avoir protesté contre la photo du crucifix plongé dans l'urine. J'ignore les attendus du jugement, mais j'avais prédis dans un billet que la "justice" ne donnerait pas raison à ceux qui protestaient. Tout de même, on peut s'interroger. Le fou qui a uriné sur un Coran a été fort justement condamné à de la prison avec sursis. Deux poids, deux mesures ?




Le soleil régnait hier sur Paris. Une foule immense, pourtant, se pressait dans le grand hall du Musée du Louvre. J'y étais. Et, en ce Vendredi Saint, je me suis réjoui de voir qu'il existe dans notre patrie des hommes et des femmes de goût qui ont osé organiser, comme une sorte de contre-exposition expiatoire, une présentation du Visage du Christ vu par REMBRANDT à différentes étapes de sa vie. Une pure merveille, aussi bien dans les commentaires que dans le choix des oeuvres exposées. Le Christ sur la croix, corps torturé, visage marqué par la souffrance, sur un fond enténébré, sans rien d'autre que cette ténèbre ? Bouleversant. Et ces études de la tête du Christ, sans doute faites d'après un modèle vivant, en prélude au chef d'oeuvre absolu qu'est le célèbre tableau conservé au Louvre : les Pélerins d'Emmaüs ? Une beauté à couper le souffle.




Une foule muette d'admiration se presse autour des toiles. Et en écho, le Psaume 23, le troisième de l'Office de ce jour proclame : "Voici le peuple de ceux qui te cherchent ! Voici Jacob qui recherche ta Face. Portes, levez vos frontons, élevez-vous portes éternelles : qu'il entre le Roi de gloire !"








La Parole n'est-elle pas vivante ? Actuelle ? Ne nous invite-t-elle pas à rentrer en nous-même ? "Qui donc est ce Roi de gloire ? C'est le seigneur, Dieu de l'univers ; c'est lui, le Roi de gloire". Les provocations de monsieur LAMBERT, les injustes condamnations de l'AGRIF, les idolâtries de madame Marie-Josée ROIG et de messieurs VAUZELLE et MITTERRAND ne pourront rien contre cette évidence : elle a la solidité du Rocher, celui du Calvaire.




Comme le dit encore la lecture patristique du jour (Homélie ancienne pour le grand et saint Samedi) : "Vois les crachats sur mon visage ; c'est pour toi que je les ai subis afin de te ramener à ton premier souffle de vie. Vois les soufflets sur mes joues : je les ai subis pour rétablir ta forme défigurée, afin de la restaurer à mon image."




Bonnes fêtes pascales.




jeudi 21 avril 2011

Chemin

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Bien avant l'ouverture de ce Blog, je cherchais à cerner la vérité, à rendre avec des mots exacts la réalité. Depuis mon premier billet, je n'ai cessé d'approfondir cette exigence. Il a fallu d'abord se dégager de bien des préjugés. Oh ! certes, on dira que j'en suis plein, que je suis un affreux suppôt d'une droite honnie, un inconditionnel du Président de la République, que sais-je encore. C'est que je me heurte à bien des systèmes d'idées totalisateurs, mais à aucune pensée susceptible de surplomber et d'unifier le réel. Totalisateurs l'hédonisme, le consummérisme, l'écologisme, le socialisme, le libéralisme, le marxisme, l'islamisme, le nihilisme, l'anarchisme, le freudisme, etc. Ils expliquent tout à l'intérieur de leur système, mais aussitôt qu'ils expliquent se lève une foule d'objections qui vient mettre à bas leur bel échaffaudage et les systèmes s'écroulent sous le poids de leur insuffisance.





Alors on peut tenter comme papa HEGEL de surmonter les contradictions par une synthèse des contraires. J'ai essayé cette méthode, et certains de mes billets l'ont utilisée. Echec, lamentable échec. Ce n'est pas la voie. Ce n'est pas le chemin.





Il a fallu ensuite que j'accepte de mettre en pratique les règles d'une communication interpersonnelle moralement fondée. Et j'ai souvent rappelé ici-même les maximes de Jürgen HABERMAS. Voilà déjà un progrès. Mais ce n'est pas encore ça. Et j'ai souvent contourné cette exigence première. Erreur donc, erreur lamentable dont je suis le seul et unique responsable.





Que faut-il faire ? Que dois-je faire pour avoir la vie bonne ? Question centrale pour tout homme, quel qu'il soit. Car tous nous avons une conscience morale, plus ou moins aiguisée, certes, mais très réelle, et il est acquis, philosophiquement, qu'il est impossible d'agir si l'on ne cherche pas dans l'action à obtenir un bien.





J'ai souvent rappelé que l'Occident et ses Lumières ont eu une pensée arrogante, dominatrice, responsable des plus grands désastres politiques (colonialisme, par exemple, guerres injustes contre des grands pays, comme la Chine, qui nous valaient bien). Et si l'ambition d'une pensée universelle est légitime, ce n'est pas davantage de ce côté qu'il faut chercher. Echec, échec, drames et violences, aveuglement et au bout du compte les totalitarismes les plus sanglants : nazisme, communisme, fascisme, maoïsme, pour lutter contre la cupidité et l'exploitation de l'homme incarnée dans le capitalisme lequel est le moteur du soi-disant progrès.





Et voilà que nombre de disciples de Jésus font aujourd'hui mémoire du dernier repas terrestre de leur Maître. Ah ! combien de fois, comme une petite souris, me suis-je introduit dans le Cénacle où s'accomplissait le dernier acte de notre salut avant la glorification de Jésus en Christ. Oui, j'ai entendu Satan ricaner tandis qu'il rentrait en Judas alors que le traître venait d'avaler la bouchée que lui donnait le Fils de l'Homme. J'ai vu l'Iscariote ouvrir la porte, et s'enfoncer dans les ténèbres : "dehors, il faisait nuit". J'ai souri aux rodomontades de Pierre, avant de frémir de sa lâcheté : "Je le jure. Je ne connais pas cet homme". J'ai vu Jésus "quitter son vêtement et se ceindre les reins d'un linge" pour laver les pieds de ses disciples. Geste d'esclave fait par le Fils de Dieu. Incompréhensible à l'échelle humaine.





J'ai acquis la certitude qu'il n'y a qu'une parole unifiante, enveloppante et surplombante : celle de Jésus. Je ne peux pas renier ce qui donne sens à tout ce que j'ai fait de ma vie, en bien ou en mal. C'est Lui, le Fils, qui un certain jour d'aôut, il y a bientôt 15 ans, m'a saisi ; la lumière, la vérité, le chemin et la vie c'est Lui ; et je ne crois pas qu'il y ait pour l'humanité d'autre moyen de salut que la mise en pratique de ce qu'Il nous disait dans son sermon sur la montagne. Oh ! j'en suis loin. Et bien de mes amis pourraient critiquer mes virulences, mes excès verbaux, mes assènements - ceux qui ont fait fuir POTOMAC il y a quelques mois (comme je regrette ce lecteur) - mais je puis en toute vérité dire que cette Parole est la seule en quoi j'ajoute foi. Au jour dernier, le Réssuscité pourra dire à son Père que je n'ai jamais rougi de Lui devant les hommes.





J'espère ne pas vous avoir exaspérés au moment où je m'interroge sur l'intérêt de continuer à vous abreuver de ma littérature.





A bientôt quand même.











mercredi 20 avril 2011

Le mot chien n'a jamais mordu personne

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J'ai craqué. Infidèle à la décision que j'avais prise de ne plus lire le journal gratuit Metro, je le consulte toutes les fois que j'en ai la possibilité. C'était le cas hier. J'étais attiré par le titre de la page de couverture Immigration : à quoi joue la France ? et aux brefs commentaires qui l'accompagnaient. Il y en avait trois (a) Le gouvernement a justifié le blocage des réfugiés tunisiens en provenance d'Italie. (b) Il entend ainsi réduire l'immigration régulière du travail ; (c) Un changement de politique qui laisse perplexe.

En page intérieure, un article d'Alexandra BOGAERT reprenait et commentait les réactions des uns et des autres. L'une d'elle a retenu mon attention, celle de madame Laurence PARISOT, Présidente du MEDEF, qui, en une opinion partagée par la CFDT et FO, déclare : "Est-ce qu'il y a un sujet sur 20.000 personnes ?" et rappelle que l'immigration légale représente seulement 22.000 personnes contre 500.000 postes qui ne trouvent pas preneur chaque année.

Je croirai à la bonne fois de madame PARISOT le jour où, en accord avec les entreprises qui adhèrent au MEDEF elle fera parvenir au Pôle Emploi, tous les mois, une liste descriptive des emplois offerts aux immigrés du travail. Tout le reste relève de généralités dépourvues de portée pratique. Voeux pieux. Remarque de Ponce Pilate.

Je croirai aux protestations de l'opposition le jour où elle exposera en détail un plan précis pour loger, donner du travail, apprendre le français, et accueillir les familles des immigrés. Ce plan doit inclure des propositions rejetant la formation de ghettos ethniques - c'est-à-dire la dispersion des familles étrangères dans l'habitat existant - la création de classes à faible effectif pour les enfants d'origine étrangère, avec des professeurs dits de "FLA" (Français langue étrangère), la création d'emplois pour donner du travail aux étrangers accueillis, une estimation du coût de ces dépenses, une imputation budgétaire, une évaluation de l'augmentation des impôts et des cotisations sociales nécessaires pour mener à bien cette politique. Tout le reste est de la littérature. Laisser rentrer sur notre sol des immigrés sans leur donner les moyens de vivre décemment est une imposture qui conduit souvent ces derniers aux expédients, au travail clandestin payé avec un lance-pierre par des exploiteurs sans scrupules, à la délinquance, à la détresse, à la misère, à la révolte.

Car le mot chien n'a jamais mordu personne. Une fois lancées en l'air de belles phrases généreuses, il faut en assumer les conséquences. Je conçois parfaitement que le peuple français choisissent d'accueillir tous les immigrés qui se présentent et si c'était un choix démocratique, je m'y plierai sans aucun état d'âme. Ce que je trouve scandaleux c'est l'irresponsabilité de nombre de beaux esprits pour qui la générosité s'exerce avec l'argent des autres, et sous leur houlette très intéressée.

Je dénonce identiquement l'imposture qui consiste à dire : "Renvoyons-les tous chez eux". Une fois que l'on a dit cela, il faut préciser comment on va s'y prendre. Où renvoyer des gens qui n'ont pas de papiers et refusent de dire d'où ils viennent ? Avec quel argent ? Vers quel pays ?

Le mot chien, je le répète, n'a jamais mordu personne. Les belles idées n'ont jamais fait le réel, lequel, je le redis encore, est ce qui nous résiste.


Quelques chiffres enfin : selon Metro, il y a en France 19 % d'immigrés ou d'enfants d'immigrés, soit 11,5 millions de personnes. Ça fait beaucoup de monde à expulser ! En 2010, il y a eu une augmentation de 10,6 % de l'immigration légale en France par rapport à 2009, soit 188.780 arrivants. Il y a 24 % d'étrangers non européens (curieuse manière de désigner ceux qui viennent d'Afrique du Nord ou d'Afrique noire, d'Asie, du Proche ou du Moyen Orient, et divers pays d'Asie centrale), qui sont demandeurs d'emploi et ont besoin d'être secourus.

On peut aussi s'interroger sur cet afflux d'immigrés clandestins venus de Tunisie, pays où est censé régner désormais une lumineuse démocratie.

Il me semble que l'afflux d'immigrés musulmans pourrait être une chance si nous acceptions l'idée comme l'a dit Marthe ROBIN sur la fin de sa vie, ou deux moines coptes envoyés en Algérie, ou encore un pasteur anglican néo-zélandais (cf. le livre du père Pierre-Marie SOUBEYRAND), et tous au même moment, que le temps était venu d'annoncer aux musulmans le Message du Salut en Christ. La paralysie du monde politique, son aveuglement sur le réel problème que soulève la présence d'une communauté musulmane importante sur notre sol, vient de son apostasie pratique. Là est toute la question.