-
Il a 41 ans, il est normalien, docteur ès-sciences (mathématiques) et chercheur au CNRS. Gaël GIRAUD présente une autre caractéristique intéressante : il est jésuite. Cocktail explosif de compétences, de savoirs (pluriel), de connaissance (singulier) et de foi, sa parole n'est pas celle d'un intellectuel tel que le fustige notre cher BERNANOS. Il rentre dans la catégorie (que BERNANOS a parfaitement identifiée dans son ouvrage souvent cité ici La France contre les robots) des hommes qui par leur activité font progresser la connaissance du monde : BERNANOS les appelle les Savants. Mais je ne suis pas certain que Gaël GIRAUD aimerait qu'on l'affublât de ce titre.
-
Si je donne ces détails, c'est parce que le point de vue de Gaël GIRAUD sur la crise de la dette, sur la crise de l'Euro, sur l'Europe, est iconoclaste et par bien des points brisent des tabous.
Je vais vous donner ici trois réponses qu'il a faites aux questions que lui posaient Antoine d'ABBUNDO et Frédéric NIEL pour le compte de l'excellent magazine Pèlerin.
-
Question : Pour éviter la catastrophe et rassurer les marchés, les pays endettés, dont la France, vont devoir adopter des plans d'austérité. Or vous affirmez que le problème est mal posé. Que voulez-vous dire ?
Réponse : On entend partout que l'Etat est trop dépensier. En France c'est faux. Les dépenses rapportées au PIB sont passées de 55 % en 1993 à 52,3 % en 2007. Ce ne sont donc pas les dépenses publiques qui ont explosé, mais les recettes de l'Etat qui ont diminué. Les cadeaux fiscaux principalement consentis aux hauts revenus depuis dix ans pèsent grandement sur le budget. Si l'on revenait à la fiscalité de 2000, on récupérerait entre 70 et 100 milliards d'euros par an. Au contraire les plans d'austérité ne peuvent que renforcer la crise car ils vont freiner un peu plus la croissance.
Une simple remarque de ma part : j'adhère à ce raisonnement, avec toutefois ce petit bémol qu'il convient de mentionner pour comprendre comment est composé le PIB. Il inclut la totalité des salaires des fonctionnaires dont on considère que la richesse qu'ils produisent est exactement représentée par la rétribution dont ils sont gratifiés. La diminution du pourcentage de PIB affecté aux dépenses de l'Etat reflète donc peut-être la diminution du nombre des fonctionnaires d'Etat (je ne parle pas de la Fonction Publique Territoriale, dont les effectifs ont explosé, ni de la Fonction Publique Hospitalière qui serait plutôt la parente pauvre du système) ou une augmentation réelle des richesses produites avec une stagnation des effectifs de fonctionnaires ou une évolution moins rapide que le rythme de production des autres richesses. Par ailleurs, la période considérée inclut deux magistratures présidentielles : la fin des années MITTERRAND et les deux mandatures de Jacques CHIRAC. Il serait donc peu honnête d'imputer à Nicolas SARKOZY cette diminution de pourcentage.
-
Question : Que faire alors ? [...] vous proposez un plan de sauvetage qui préconise un retour au protectionnisme, le passage de l'euro, monnaie unique, à l'euro monnaie commune et un grand plan de transition énergétique et écologique. En quoi ces mesures seraient-elles efficaces ?
Réponse : Il nous faut sortir du tout pétrole devenu un produit trop rare pour assurer une croissance forte. Cela exige des investissements à long terme que seul l'Etat peut prendre en charge. Alors rêvons : pourquoi ne pas autoriser la Banque centrale européenne à faire marcher la planche à billets pour financer ces grands chantiers ? On me rétorquera que cela va créer de l'inflation. Et alors ? L'inflation peut être supportable si les salaires augmentent. Or qu'est-ce qui bloque la hausse des salaires ? La concurrence des pays émergents comme la Chine. D'où l'importance de rétablir des barrières douanières limitant les effets néfastes de cette concurrence déloyale. Pour ce qui est de l'euro, les pays européens les plus fragiles doivent pouvoir dévaluer leur monnaie. Vendus moins chers, leurs produits redeviennent compétitifs. Mais ces pays ne peuvent pas le faire tant qu'ils sont dans la zone euro. Je propose donc que l'on garde l'euro comme monnaie commune pour les transactions hors de la zone euro, mais qu'à l'intérieur de l'Europe on en revienne à des monnaies nationales.
-
Question : Votre discours est très radical. Qu'ya-t-il de chrétien dans votre analyse ?
Réponse : En tant que jésuite, j'essaye de vivre l'option préférentielle pour les pauvres qui nous vient de l'Evangile. En France huit millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté ! Parmi eux, des travailleurs, des femmes seules avec enfants, sont obligés d'aller à la Banque alimentaire pour se nourrir. On ne peut pas continuer comme cela. les chrétiens ne peuvent pas rester aveugles face à cela. J'en rencontre de plus en plus qui veulent agir et ne sont plus dupes d'un discours qui voudrait que le marché permette plus de justice.
Remarque : Je m'associe tout à fait à cette analyse, avec toutefois un bémol. Le marché dont il est question dans cette réponse semble viser un système de liberté d'entreprendre. Je crois que ce qu'il faut dénoncer avec vigueur, c'est la domination du marché de l'argent. Oui, il est trompeur ! Oui, ce système est scandaleux ! Et à dire vrai, je me demande s'il ne faudrait pas supprimer l'existence des actions, propice à toutes les spéculations, les manipulations, et les remplacer toutes par des obligations. Les entreprises ont besoin de liquidités pour investir. Il est normal que ceux de nos concitoyens qui épargnent et ont le désir d'aider notre économie puissent prêter à intérêt. Plus d'actionnaires, plus de dividendes, adieu la valse insane des indices, du CAC 40, du NASDAQ, du DOW JONES etc. Les grands lacs américains risqueraient de déborder sous l'effet de la stimulation lacrymale qu'une telle mesure déclencherait chez les rapaces de Wall Street, idem pour le HOANG HO ou le YANG ZI JIANG, pareil pour la SEINE, la TAMISE, la SPREE, le PO, et tous les fleuves du monde qui baignent les murailles en or des Temples idolâtres de la Finance.
-