jeudi 18 janvier 2018

17 janvier 2018. Nouvelles de la Dissidence. Retour à la simplicité, critique des technosciences !

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Et voilà le billet du 17 publié ce matin, 18 janvier. On ne quitte pas facilement Simone WEIL. Nous poursuivons donc la lecture de quelques bonnes feuilles de cette immense philosophe.
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Rien n’est plus facile que de prêcher la vérité. Le miracle, c’est de la faire aimer.
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1. LA CITATION DU JOUR.
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"Si l'on considère d'autres aspects de l'oppression capitaliste, il apparaît d'autres difficultés plus redoutables encore, ou, pour mieux dire, la même difficulté, éclairée d'un jour plus cru. La force que possède la bourgeoisie pour exploiter et opprimer les ouvriers réside dans les fondements mêmes de notre vie sociale, et ne peut être anéantie par aucune transformation politique et juridique. Cette force, c'est d'abord et essentiellement le régime même de la production moderne, à savoir la grande industrie. À ce sujet, les formules vigoureuses abondent, dans Marx, concernant l'asservissement du travail vivant au travail mort, « le renversement du rapport entre l'objet et le sujet », « la subordination du travailleur aux conditions matérielles du travail ». « Dans la fabrique », écrit-il dans le Capital, « il existe un mécanisme indépendant des travailleurs, et qui se les incorpore comme des rouages vivants... La séparation entre les forces spirituelles qui interviennent dans la production et le travail manuel, et la transformation des premières en puissance du capital sur le travail, trouvent leur achèvement dans la grande industrie fondée sur le machinisme. Le détail de la destinée individuelle du manœuvre sur machine disparaît comme un néant devant la science, les formidables forces naturelles et le travail collectif qui sont incorporés dans l'ensemble des machines et constituent avec elles la puissance du maître ». Ainsi la complète subordination de l'ouvrier à l'entreprise et à ceux qui la dirigent repose sur la structure de l'usine et non sur le régime de la propriété. De même « la séparation entre les forces spirituelles qui interviennent dans la production et le travail manuel », ou, selon une autre formule, « la dégradante division du travail en travail manuel et travail intellectuel » est la base même de notre culture, qui est une culture de spécialistes. La science est un monopole, non pas à cause d'une mauvaise organisation de l'instruction publique, mais par sa nature même ; les profanes n'ont accès qu'aux résultats, non aux méthodes, c'est-à-dire qu'ils ne peuvent que croire et non assimiler."
In
Simone WEIL.
Oppression et liberté.
Gallimard, Paris, 1955. Collection Espoir.
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2. COMMENTAIRES.
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Ce passage est extrait de l’ouvrage (incorporé dans la publication de Gallimard) intitulé Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale que j’ai cité à de nombreuses reprises dans des billets anciens.
Je le trouve particulièrement intéressant dans la mesure où son constat permet d’expliquer une partie du malaise social qui fermente dans les sociétés développées. Comme BERNANOS, comme LANZA del VASTO, comme CHESTERTON, comme THIBON, comme LÉGAUT, comme WEINSTEIN, comme MICHEA, tous auteurs auxquels je fais souvent références, Simone WEIL voit bien que le mal réside dans la disjonction entre le travail manuel (en train de disparaître en raison de la robotisation de la production) et le travail intellectuel, qui devient opaque à ceux-là mêmes qui croient que le savoir (les résultats de la science) est l’équivalent de la connaissance (la méthode de la science). Elle prophétise que le développement des technosciences (un mot qu’elle n’emploie pas, car le développement technoscientifique n’a pas atteint en 1934 le terrifiant degré de prolifération qu’il a atteint en 2018) ne permettra jamais de lever l’aliénation pesant sur les agents humains impliqués dans la production en raison même du développement de la grande industrie, qu’elle soit en main privée ou en main publique. Cette grande industrie, en raison même de sa complexité, suppose, implique et finalement exige le développement d’une bureaucratie managériale qui pense, organise et contraint le travail vivant des hommes.
C’est la raison pour laquelle je pense que les pouvoirs publics, dans l’affaire avortée de l’aéroport de N.-D. des Landes, ne comprennent pas la nature de la résistance des « Zadistes ». On les qualifie de gauchistes ultraviolents, et c’est possible sinon probable, mais ils sont les témoins (inconscients, manipulés probablement) d’une résistance fondamentale de la personne à l’oppression qui les prive de leur dignité d’hommes libres. Les techniciens s’imaginent que puisqu’ils savent, on doit obéir. Ils savent mais ne connaissent pas.
Il dépend des citoyens que nous sommes de choisir des modes de consommation et de vie qui privilégient les petites communautés humaines. Il est encore temps, mais il n’est que temps. Je préfère acheter les fromages de chèvre de madame GAFFET ou les petits Rocamadour chez les deux sœurs de GRAMAT (je ne sais si elles vivent encore) que les fromages Président, produits par la société Lactalis dont les déboires bactériologiques sont l’illustration caricaturale de ce mal qui s’appelle la grande industrie.
Retour à la simplicité et saine critique du progrès, voilà de vraies démarches de réflexion.
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3. REVUE DE PRESSE IRRITANTE, PARTIALE SANS DOUTE, MAIS INDISPENSABLE.
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Excellente analyse d’Ingrid RIOCREUX sur les « fake-news »

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Je ne partage l’avis critique de l’auteur de l’article.

Et je vois dans ces obsèques miséricordieuses l’expression de la véritable ouverture de l’Église à tous les enfants de Dieu. Cela n'empêche pas que je sois étonné de voir des francs-maçons présents aux obsèques religieuses de l'un des leurs. Et je crains que cette ostensible présence ne modifie aucunement leur doctrine et leur haine des chrétiens.

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Il n’y a donc pas que monsieur FILLON,


ou que monsieur SARKOZY.

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Sur monsieur JUPPÉ.

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Je l’ai dit plus d’une fois : Ex oriente Lux !

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Le lien est long, mais le contenu est remarquable : sur les relations de l’homme et de la femme :


mardi 16 janvier 2018

16 janvier 2018. Nouvelles de la Dissidence. A propos de la triple bureaucratie !

Nous continuons la lecture de Simone WEIL. Car, comme promis, je reprends les billets ce mardi matin. Je vous rappelle qu’en 1934, date à laquelle l’ouvrage a été écrit. Simone WEIL a partagé la condition ouvrière (elle a écrit un livre qui porte ce titre). Et plutôt que d’appliquer la méthode qui consiste à repousser avec horreur tout ce qui n’entre pas dans nos schémas de pensée (et qui s’appelle idéologie), il est plus honnête de s’interroger sur la pertinence et le degré de profondeur du propos. Notre Simone est très critique vis-à-vis du stalinisme et des dévoiements du marxisme, mais, avec raison, elle juge que l’analyse économique du capitalisme, qu’il soit privé ou d’état, est juste.
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Rien n’est plus facile que de prêcher la vérité. Le miracle, c’est la faire aimer.
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1. LA CITATION DU JOUR.
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"[…]. Ce ne sont plus les possesseurs du capital, les propriétaires de l’outillage qui dirigent l’entreprise ; grâce aux actions, ces propriétaires sont fort nombreux, et les quelques gros actionnaires qui les dirigent se préoccupent surtout d’opérations financières. Ceux qui conduisent l’entreprise elle-même, administrateurs, ingénieurs, techniciens de toute espèce, ce sont, à part quelques exceptions, non des propriétaires mais des salariés ; c’est une bureaucratie. Parallèlement le pouvoir d’État, dans tous les pays, s’est concentré de plus en plus entre les mains d’un appareil bureaucratique. Enfin le mouvement ouvrier est au pouvoir d’une bureaucratie syndicale. « Aujourd’hui [dit un certain FRIED, cité par Simone WEIL] nous sommes pratiquement sous la domination de la bureaucratie syndicale, de la bureaucratie industrielle et de la bureaucratie d’État, et ces trois bureaucratie se ressemblent tant que l’on pourrait mettre l’une à la place de l’autre. » La conclusion est qu’il faut organiser une économie fermée, dirigée par cette triple bureaucratie unie en un même appareil. C’est le programme même du fascisme, avec cette différence que le fascisme brise l’appareil syndical et crée des syndicats placés sous sa domination. "
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2. COMMENTAIRES.
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Il me paraît d’évidence que cette analyse (qui risque de choquer nombre de belles âmes amoureuses de ce qu’elles appellent la liberté d’entreprendre, ou, alternativement, la défense de la classe ouvrière et des salariés) est parfaitement juste. La société post-moderne dans laquelle nous sommes en train de nous enliser, illustre tout à fait ce propos. Les syndicats (qu’ils soient patronaux, représentant alors la bureaucratie d’entreprise, ou bien ouvriers, représentant alors la bureaucratie syndicale) quand ils discutent avec les pouvoirs publics ont affaire le plus souvent à la bureaucratie d’État. Reconnaissant son pouvoir, à défaut de sa pertinence, ils légitiment son existence et ne font qu’en renforcer la domination, tout en réverbérant, amplifiée, la leur sur leurs troupes.
Tout est organisé, normalisé, normé, réglementé, et il n’y a plus aucune place pour la respiration sociale, c’est-à-dire l’expression de la subjectivité des groupes humains. Et c’est pourquoi il ne fallait pas couper la poire en deux avec la réforme du code du travail : il fallait le laisser en l’État et reconnaître le statut de relai mécanique de la bureaucratie d’État aux représentants patronaux et syndicaux, ou bien accepter l’idée que l’entreprise est une entité vivante, et lui laisser le soin d’organiser le travail en son sein, en créant le référendum d’entreprise, avec cette nuance, importante, que c’est l’entreprise concrète qui est maîtresse de son organisation, et que la réglementation de l’entreprise de la société A, installée sur le site Y, n’est pas la même que celle de la même entreprise installée sur le site Z. Voilà qui nous aurait épargné des montagnes de papiers, de circulaires, de décrets en tout genre. Et il fallait laisser à des tribunaux spécialisés (et non pas aux prud’hommes) composés de magistrats professionnels et de juges élus par les salariés, le soin de régler les litiges professionnels.
Enfin, dernier volet, il aurait fallu AUSSI, dans des cours d’instructions civiques, enseigner à nos écoliers, collégiens, lycéens et étudiants, que la recherche de son propre intérêt n’est pas la forme la plus adaptée à la conquête et au maintien de la paix sociale. Mais parler de vertu à nos jeunes, ça sent le cureton. Oh ! Sainte laïcité, que d’erreurs n’a-t-on pas commises en ton nom…
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3. REVUE DE PRESSE BAROQUE ET MULTIFORME.
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De notre chère Elvire DEBORD, du livre profane au livre sacré !

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La voix angélique d’un soprano norvégien.

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Le sang bleu (républicain) le seul qui compte pour les guerres de Vendée ?


C'est ce que pense un imbécile qui répond au patronyme de MARTIN. Il y a plus d'un âne qui l'ont aussi.
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Tu ne tueras point ou la révolte des âmes droites.

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L’État et ses bureaucrates n’aiment point la LIBERTE.

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L’élégance de monsieur LANG !

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Pas de peines planchers dit Manu le jupitérien.

Philippe BILGER n’est pas d’accord !

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À lire !




samedi 13 janvier 2018

13 janvier 2018. Note très longue sur le Procès fait à Louis XVI.

Réponse à Dominique et à Francis, des amis.

Dominique commente le billet dans lequel je fais allusion au procès de Louis XVI ; il suggère que Louis XVI était un traître à sa patrie, puis dit que chacun pourrait se faire une opinion, puisque les minutes du procès sont tombées dans le domaine public et que l’on peut les consulter sur Wikipédia.
Cette affirmation est partiellement exacte, très partiellement exacte, et pour tout dire, elle participe à la partialité de la notice de Wikipédia. Je me permets de vous faire part ici de quelques faits et textes restés inconnus pour la plupart, et qui donnent à réfléchir et à se faire effectivement une opinion.

Reprenons les choses dans l’ordre. D’abord le nombre de votants.

Sur les 749 membres déclarés en droit de juger le roi : 683 votèrent la culpabilité, lors du premier vote sur ce point. On procéda ensuite à un second vote pour savoir si après le verdict on demanderait sa ratification par le peuple français. Un pointage soigneux pris sur les documents originaux du procès donne les chiffres suivants :
Pour l’appel au peuple            : 286
Contre l’appel au peuple         : 425
Malades                                   : 9
Se récusent                              : 9
Émettent un avis qui n’est
pas pris en compte                   : 5
Absents car en Commission    : 20

Total                                         : 754

On observe que le total des voix est supérieur au nombre de députés. C’est en vain d’ailleurs qu’un conventionnel, un homme droit, CAZENAVE, député des Hautes-Pyrénées demandent que les membres de la Convention qui n’ont pas assisté aux débats du procès mais sont arrivés quelques jours avant le vote fatal, n’aient pas le droit de vote, puisqu’ils n’ont pas connaissance de tous les éléments du dossier et il réclame que l’on défalque leurs voix du résultat final. Demande repoussée.

Pour dépeindre la lassitude et l’écœurement de certains Conventionnels, il est intéressant de faire parler ici des acteurs de ce procès. En premier lieu RABAUT-SAINT-ÉTIENNE : « Si les juges sont en même temps législateurs, s’ils décident la loi, les formes, le temps, s’ils accusent et s’ils condamnent, s’ils ont toute la puissance législative, exécutive et judiciaire, ce n’est pas en France, c’est à Constantinople, c’est à Lisbonne, c’est à Goa qu’il faut chercher la liberté. Quant à moi, je vous l’avoue, je suis las de ma portion de despotisme, je suis fatigué, harcelé, bourrelé de la tyrannie que j’exerce pour ma part, et je soupire après le moment où vous aurez créé un tribunal national qui me fasse perdre les formes et la contenance d’un tyran. »

Dans la séance du 13 novembre 1793, Charles MORISSON, député modéré, élu de la Vendée, fut l’un des quatre Conventionnels qui déclarèrent illégal la transformation de la Convention en Tribunal et des Conventionnels en jurés. Voici le texte de son intervention : « Une nation peut établir par un article précis de son contrat social que, quoiqu’elle ait des droits imprescriptibles de prononcer des peines aussitôt l’existence d’un délit et la conviction du coupable, l’accusé ne sera jugé, ne sera condamné, que lorsqu’il existera une loi positive qui puisse lui être appliquée. Ainsi depuis longtemps les Anglais, nos voisins, ont acquitté leur criminels dans tous les cas qui n’avaient pas été prévus par une loi positive. D’après nos institutions, pour pouvoir juger Louis XVI, il faut qu’il y ait une loi positive, préexistante, qui puisse lui être appliquée, mais cette loi n’existe point. Le Roi n’est inviolable que par la Constitution. La Constitution n’existe plus, son inviolabilité a cessé avec elle. Mais la Constitution subsiste toujours pour tout ce qui n’a pas été anéanti par des lois postérieures ou par des faits positifs, tels que la suppression de la Royauté et l’établissement de la République. Mais le peuple souverain a déterminé la peine qui lui serait infligée, et cette peine est seulement la déchéance. Mais la Convention nationale aurait-elle encore la mission de juger Louis XVI, je soutiens qu’elle ne pourrait la remplir, parce qu’un jugement, dans l’ordre social, n’est que l’application d’une loi positive préexistante, qu’il n’existe pas de loi positive qui puisse être appliquée à Louis XVI, point de peine qui puisse être prononcée contre lui. » MORISSON est juriste et il s’exprime ici en juriste et fort à propos. Il refusa de voter au motif que Louis XVI n’était pas justiciable, pour les raisons qu’il avait dites.

Passons sur le discours abominable de haine de SAINT-JUST qui intervint peu après MORISSON et venons-en à l’intervention de ROBESPIERRE : « L’assemblée a été entraînée, à son insu, loin de la véritable question. Il n’y a point de procès à faire. Louis n’est point un accusé, vous n’êtes pas des juges. Vous êtes, vous ne pouvez être que des hommes d’État et les représentants de la Nation. Vous n’avez point une sentence à rendre pour ou contre un homme mais une mesure de salut public à prendre, un acte de providence nationale à exercer (on applaudit). La question fameuse qui vous occupe est décidée par ces seuls mots : Louis est détrôné par ses crimes. […]. »

Notons trois choses : le peuple est dit souverain, mais on refuse de recourir à lui pour ratifier la condamnation. Les Conventionnels représentent (après dépouillements des résultats électoraux) 4 % de la population française. Louis n'est pas un accusé et les Conventionnels ne sont pas des juges. Est-ce là un procès équitable ? C'est une exécution de nature politique !

Le calme, la dignité, la majesté de Louis XVI lors de son procès arrache à l’ignoble MARAT ces mots : « Innocent, qu’il eût été grand à mes yeux dans cette humiliation ». Le même homme avouait que les accusations n’étaient ni démontrées péremptoirement ni même déterminées d’une manière précise.
Écoutons maintenant Jean-Jacques FOCKEDEY qui dans ses Souvenirs rapportent ses impressions sur les événements de septembre : « Je me permettrai quelques mots sur la Convention nationale : elle fut convoquée à la suite des événements du 10 août, par la première législature qui succéda en 1791 à l’Assemblée constituante. La Convention était composée de 749 membres ; elle renfermait beaucoup d’hommes de grands moyens, parmi lesquels se trouvaient des partisans de la République, par conséquent ennemis déclarés de la monarchie, de la dynastie régnante dont ils déclarèrent la déchéance dès le 30 septembre et par un décret subséquent proclamèrent la République. Je partis de Dunkerque le 21 septembre 1792. J’appris l’abolition de la Royauté et l’établissement de la République le 22. Monsieur MERLIN de DOUAI, député comme moi à la Convention, mon compagnon de voyage, ne put y croire, vu que ces décrets avaient été rendus avant la réunion générale de tous les députés nouvellement élus. Nos doutes se changèrent en réalité le lendemain, jour de notre arrivée à Paris, et le décret avait été rendu à la majorité des membres présents et pendant l’absence d’environ 500 (cinq cents !) députés non encore arrivés…
― Arrivés à Paris dans la matinée du 24, nous nous rendîmes aux archives pour nous faire connaître. Monsieur MERLIN fut mon introducteur, car jusqu’alors je n’avais pas de pièces qui constatassent ma qualité de député, et sur l’assertion de monsieur MERLIN, l’archiviste M. CAMUS m’enregistra et m’en délivra l’extrait. ― De là nous fûmes au comité de l’inspection, où monsieur CATON, son président, me délivra sa carte d’entrée sous le n° 304. ― Sans nul doute, les 22 et 23 septembre, il était arrivé bon nombre de députés. L’Assemblée conventionnelle comportait en totalité 749 députés. Donc la Royauté fut abolie et la République fut décrétée et proclamée par tout au plus les deux cinquième de ses membres. ― Cette marche précipitée fut-elle légale ? La réponse est simple et aisée. La crainte des novateurs de ne pas réussir à substituer un gouvernement républicain au gouvernement monarchique et constitutionnel si la totalité des députés eût pris part à ce changement majeur et si important, les détermina à rendre ce décret. Telle était à mes yeux étonnés cette Convention à laquelle j’osais dire un jour dans mon discours prononcé à la tribune, à l’occasion du jugement du malheureux Louis XVI : Qu’elle représentait plutôt une arène de gladiateurs qu’un aréopage de législateurs, et que si la nation assemblée pouvait être présente à nos délibérations, elle nous chasserait à coups de fouet. ― Des murmures accueillirent cette phrase. Habitué à ces interruptions, je repris ma phrase et je haussai la voix pour qu’elle fût bien comprise, laissant aux interrupteurs la honte de s’y reconnaître. ― Il était évident pour tout homme réfléchi et bien pensant que le gouvernement républicain voté avant l’arrivée de tous les députés était illégal ; […]. »

         Enfin voici ce qu’on rapporte d’une conversation que Jean De BRY ou DEBRY eut avec des proche alors que, sous l’Empire, il avait été nommé préfet du Doubs. Il disait que son vote (il vota la mort) pesait sur sa conscience. Il se bornait à l’expliquer. ― « J’étais parti de chez moi, disait-il, avec l’intention formelle de voter le bannissement du Roi et non pas la mort ; je l’avais promis à ma femme. Arrivé à l’assemblée, on me rappela d’un signe le serment des loges. Les menaces des tribunes achevèrent de me troubler : je votais la mort. » ― Jean DEBRY ajoutait d’un air mystérieux : « On ne saura jamais si Louis XVI a été réellement condamné à la majorité de CINQ voix. ― Plusieurs croient que le bureau a pu modifier quelques votes avec la complicité silencieuse de ceux qui les avaient donnés. On avait arrangé en conséquence le récit des séances du Moniteur. Quand même le vote était public, personne, excepté les membres du bureau, n’en avait le relevé exact. La séance avait duré deux jours et une nuit, et cette longueur contribua à rendre incertain le résultat suprême. Mais on voulait en finir, et la fameuse majorité de cinq voix a peut-être été constatée à la dernière heure, pour s’épargner l’ennui d’un nouveau scrutin. » (Cité par N. DESCHAMPS. Les sociétés secrètes et la société… II, page 136.)

         Dans l’ouvrage (que je possède) intitulé Petite biographie conventionnelle ou tableau moral et raisonné, (l’auteur est anonyme) publié à Paris en 1815, il est indiqué, faussement semble-t-il, que DEBRY est mort en 1814. En revanche, il y est clairement souligné qu’il faisait partie des enragés puisqu’il voulait créer un corps de tyrannicides « pour combattre, corps à corps les rois en guerre avec la France et les généraux qui combattent leurs armées. Il demanda qu’il fût accordé une récompense de cent mille francs à ceux qui apporteraient les têtes du duc Albert de SAXE-TESCHEN ; de François II, empereur d’Allemagne ; de Frédéric-Guillaume, roi de Prusse ; du duc de BRUNSWICK, et de toutes les bêtes fauves qui leur ressemblaient ». On s’interroge donc sur les raisons de ce remord tardif. DEBRY est mort en 1834, après avoir passé 15 ans en exil, à MONS, de 1815 à 1830, date à laquelle il rentre dans sa patrie. Est-ce pour se concilier les bonnes grâces du Roi des Français ? On ne saurait le dire.

Je voudrai pour terminer vous rappeler les immortelles paroles d’André LAIGNEL, (ci-devant maire d’ISSOUDUN, surnommé le Nain Sectaire, et promoteur malheureux de la fameuse loi sur la création d’un grand service public laïc, national et unifié de l’Éducation nationale, destinée à supprimer les écoles, collèges et lycées privés sous-contrat). L’initiative de cet imbécile aboutit à un résultat malheureux : la démission anticipée d’Alain SAVARY, un honnête homme qui ne faisait que mettre en musique les instructions du Premier ministre et du Président de la République. Il fut doublement désavoué et par ces derniers et par le prévisible mouvement de résistance des Français. Rappelez-vous et n’oubliez jamais ces immortelles paroles qui nous ramènent à la dictature du nombre : « Vous avez juridiquement tort, parce que vous êtes politiquement minoritaires ! » Vous comprendrez alors pourquoi les arrière-grands parents de ce monsieur, ont précipité la proclamation de la République en l’absence des trois cinquièmes des députés de la Convention : il leur fallait pouvoir justifier leur décisions par la loi du nombre…

Si vous voulez bien rentrer dans la perspective historique qui explique l’actuelle république, souvenez-vous de ce que des hommes droits ont dénoncé lors du procès du malheureux Louis XVI, et des remords tardifs du sanguinaire DEBRY. 

Mes sources :

Gustave BORD.
La vérité sur la condamnation de Louis XVI.
A. Sauton, Éditeur, Paris, 1885. (Téléchargeable depuis BNF-Gallica, ce que j’ai fait.)

(Anonyme.)
Petite biographie conventionnelle ou tableau moral et raisonné.
Chez Alexis Eymery, Paris, 1815. (Livre en ma possession.)

N. DESCHAMPS.
Les sociétés secrètes et la société ou philosophie de l’histoire contemporaine.
6e édition. En trois tomes.
Seguin frères, Avignon ; Oudin frères, Paris ; Librairie générale catholique et classique, Lyon, 1882. (Téléchargeables depuis la Bibliothèque Saint-Libère, ce que j'ai fait.)

Augustin COCHIN.
La Révolution et la libre-pensée. La socialisation de la pensée (1780-1789). La socialisation de la personne (1789-1792). La socialisation des biens (1793-1794).
Librairie Plon, Les petits-fils de Plon et Nourrit, Paris, 1924.

Augustin COCHIN.
Les Sociétés de pensée et la démocratie moderne. Études d’histoire révolutionnaire.
Librairie Plon, Les petits-fils de Plon et Nourrit, Paris, 1921.
(Je possède ces deux livres.)

Il faudrait aussi lire TAINE et Edgar QUINET. Mais je ne me suis pas inspiré de ces deux auteurs dont je possède les ouvrages (en édition originale pour TAINE, dans une réédition moderne pour QUINET, peu suspect de sympathie pour la monarchie, mais qui est un homme intellectuellement probe, et un véritable historien).

On m’objectera, bien à tort, que j’ai pris mes sources dans des ouvrages d’auteurs très critiques pour la Révolution. Mais les renseignements que nous donne l’histoire officielle sont puisés à des ouvrages produits par des AULARD (un véritable imbécile), MATTHIEZ, SOBOUL, qui tous se réclament du jacobinisme, quand ce n’est pas du marxisme. Il est donc parfaitement légitime de contrebalancer les opinions officielles par d’autres qui ne le sont pas ! Il me semble que c’est la bonne méthode pour se faire une opinion, comme le suggère Dominique.


vendredi 12 janvier 2018

12 janvier 2018. Nouvelles de la Dissidence. Contre la loi du nombre !

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N’oublions pas que Simone WEIL a écrit ces textes en 1934, et que ses inclinations politiques la poussent vers un socialisme très particulier, celui qui réconcilierait dans la même personne, le travail intellectuel et le travail manuel. Cette citation vient pratiquement clore cette première partie du livre Oppression et liberté qui comprend plusieurs ouvrages regroupés en un seul par l’éditeur, en 1955.
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Rien n’est plus facile que de prêcher la vérité. Le miracle, c’est de la faire aimer.
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1. LA CITATION DU JOUR.
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"Si, comme ce n'est que trop possible, nous devons périr, faisons en sorte que nous ne périssions pas sans avoir existé. Les forces redoutables que nous avons à combattre s'apprêtent à nous écraser ; et certes elles peuvent nous empêcher d'exister pleinement, c'est-à-dire d'imprimer au monde la marque de notre volonté. Mais il est un domaine où elles sont impuissantes. Elles ne peuvent nous empêcher de travailler à concevoir clairement l'objet de nos efforts, afin que, si nous ne pouvons accomplir ce que nous voulons, nous l'ayons du moins voulu, et non pas désiré aveuglément ; et d'autre part notre faiblesse peut à la vérité nous empêcher de vaincre, mais non pas de comprendre la force qui nous écrase. Rien au monde ne peut nous interdire d'être lucides. Il n'y a aucune contradiction entre cette tâche d'éclaircissement théorique et les tâches que pose la lutte effective ; il y a corrélation au contraire, puisqu'on ne peut agir sans savoir ce que Pori veut, et quels obstacles on a à vaincre. Néanmoins, le temps dont nous disposons étant de toutes manières limité, l'on est forcé de le répartir entre la réflexion et l'action, ou, pour parler plus modestement, la préparation à l'action. Cette répartition ne peut être déterminée par aucune règle, mais seulement par le tempérament, la tournure d'esprit, les dons naturels de chacun, les conjectures que chacun forme concernant l'avenir, le hasard des circonstances. En tout cas le plus grand malheur pour nous serait de périr impuissants à la fois à réussir et à comprendre."
In
Simone WEIL.
Oppression et liberté.
Tiré d’un article intitulé :
Perspectives.
Allons-nous vers la révolution prolétarienne ?
Paru initialement dans la revue
Révolution Prolétarienne, no 158, 25 août 1933.
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2. COMMENTAIRES.
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Simone WEIL serait sans doute horrifiée de voir comment dans les mouvements politiques qui prétendent défendre le socialisme, ou s’en réclamernt seul compte le collectif ; la personne (je ne dis pas l’individu) n’a strictement aucune importance dans l’analyse des problèmes sociaux par un quarteron d’intellectuels de petit calibre en mal de publicité.
Nous avons vu dans un récent billet comment, pour Simone WEIL, dans une démocratie véritable, la société est subordonnée à l’individu. Dans ce même article, du reste, elle a cette phrase très éclairante : « Au lieu de supprimer la propriété individuelle, "faire de la propriété individuelle une vérité, en transformant les moyens de production qui servent aujourd’hui surtout à asservir et exploiter le travail, en de simples instruments de travail libre et associé." ». Je reviendrai demain sur ce passage capital.
Ce qu'il convient de comprendre, c'est que le socialisme véritable, celui qu'analyse et décrit si bien Simone WEIL est tout le contraire du collectivisme soumis à la loi du nombre, et fait de la société le serviteur des personnes. en fait, il n'a jamais existé concrètement. Notre société est pour l'instant une termitière ; elle n'a qu'un très lointain rapport avec la vie.
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3. REVUE DE PRESSE IRRITANTE, INSOLENTE, LASSANTE MAIS INDISPENSABLE.
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On demeure confondu d’entendre de tels propos dans la bouche d’un ministre de l’enseignement supérieur.


C’est en fait le ministre de l’enseignement inférieur.
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Il y a heureusement des signes encourageants !

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Un avis divergent de Marc-Olivier FOGIEL sur Donald TRUMP.

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La condamnation de Christine BOUTIN pour « homophobie » est annulée par la Cours de Cassation.


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Même le foot conduit à Rome !

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Vers un ministère de la vérité ? Au secours de Pilate (Quid est veritas ?)

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Soutenir la famille, ce n’est pas très vendeur politiquement, et pourtant…

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La théorie du genre a du plomb dans l’aile.

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Les Sentinelles de Montpellier continuent de protester en silence.






SENTINELLES 34 09 01 18 2

jeudi 11 janvier 2018

11 janvier 2018. Nouvelles de la Dissidence. Comment résister à la machine sociale ?

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Nous poursuivons la lecture (déroutante sans doute) du livre de Simone WEIL. Il convient de ne pas oublier qu’il a été écrit en 1934, et qu’à l’époque, notre Simone se désolait du sort des ouvriers, exploités aussi bien dans le système capitaliste que dans le système soviétique.
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Rien n’est plus facile que de prêcher la vérité. Le miracle, c’est de la faire aimer.
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1. LA CITATION DU JOUR.
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"[…]. Depuis plusieurs siècles, depuis la Renaissance, les hommes de pensée et d'action travaillent méthodiquement à rendre l'esprit humain maître des forces de la nature ; et le succès a dépassé les espérances. Mais au cours du siècle dernier l'on a compris que la société elle-même est une force de la nature, aussi aveugle que les autres, aussi dangereuse pour l'homme s'il ne parvient pas à la maîtriser. Actuellement cette force pèse sur nous plus cruellement que l'eau, la terre, l'air et le feu ; d'autant qu'elle a elle-même entre ses mains, par les progrès de la technique, le maniement de l'eau, de la terre, de l'air et du feu. L'individu s'est trouvé brutalement dépossédé des moyens de combat et de travail ; ni la guerre ni la production ne sont plus possibles sans une subordination totale de l'individu à l'outillage collectif. Or le mécanisme social, par son fonctionnement aveugle, est en train, comme le montre tout ce qui arrive depuis août 1914, de détruire toutes les conditions du bien-être matériel et moral de l'individu, toutes les conditions du développement intellectuel et de la culture. Maîtriser ce mécanisme est pour nous une question de vie ou de mort ; et le maîtriser, c'est le soumettre à l'esprit humain, c'est-à-dire à l'individu. La subordination de la société à l'individu, c'est la définition de la démocratie véritable, et c'est aussi celle du socialisme. Mais comment maîtriser cette puissance aveugle, alors qu'elle possède, comme Marx l'a montré en des formules saisissantes, toutes les forces intellectuelles et matérielles cristallisées en un monstrueux outillage ? Nous chercherions en vain dans la littérature marxiste une réponse à cette question"
In
Simone WEIL.
Oppression et liberté.
Gallimard, Paris, 1955. Collection espoir
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2. COMMENTAIRES.
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Vous avez bien lu : La subordination de la SOCIÉTÉ à l’INDIVIDU, c’est la définition de la démocratie véritable.
Dans deux récents billets, je vous donnais l’exemple de l’entêtement irrationnel et insultant des pouvoirs publics, d’ERDF et de quelques élus complaisants qui veulent, contre tout bon sens, implanter un énorme transformateur sur le ban de la commune de SAINT-VICTOR et MELVIEU, à proximité du bourg de SAINT-VICTOR, alors qu’il existe des solutions alternatives tout aussi satisfaisantes et qui épargnent des habitants saturés de machinisme, de lignes à haute tension, et autres inventions techniques. Bien entendu, on peut comprendre ce que les grands appellent l’intérêt général (et qui n’a rien à voir avec le bien commun ; la première notion est abstraite, déconnectée du réel et fait fi des personnes vivantes ; la seconde est tout l’inverse : le bien commun n’exige pas que l’on sacrifie une exploitation agricole qui fait vivre une famille, que l’on expose des êtres humains à des nuisances mal contrôlées, et que l’on méprise la subjectivité sociale des petites communes).
Simone WEIL nous rappelle avec véhémence des vérités ignorées des experts, des techniciens et des fonctionnaires : ne pas accepter que des hommes soient broyés par un mécanisme social incontrôlable et dépourvu de tout sens.
Je pourrais donner un autre exemple de cette dépossession de nous-mêmes par le mécanisme social : depuis le 1er janvier 2018, toutes les caisses enregistreuses sont munies d’un dispositif qui permet de transmettre en temps réel votre identité, le montant et la nature de vos, achats, le lieu où vous les avez effectués, à des centres de “Big data”, aux mains des grands groupes qui s’approprient des données lesquelles vous sont strictement personnelles, les traitent et vous inondent ensuite de leurs publicités. Un bon conseil : ne payez plus par carte bancaire, mais en argent liquide…
Nous avons encore la possibilité d’utiliser les réseaux sociaux pour faire connaître nos opinions et nos points de vue. Mais il semble que cela ne saurait durer. Le Monde  et Libération se font payer pour nettoyer Facebook des messages qui ne conviennent pas bien aux grossiums de la modernité, de la technique et de la politique imposée de haut (voir lien ci-dessous). Eh bien, un jour viendra peut-être où nous aurons recours à un site russe qui vise le même but que Facebook, pour échapper à l’œil vigilant des censeurs aux ordres.
Quant au socialisme tel que le voit Simone WEIL, on attend qu'il naisse. Le temps de gestation me paraît très long, et je crains fort qu'il y ait eu un avortement de nature sociale, en raison du mécanisme dénoncé par Simone WEIL elle-même.
Par-dessus tout, cultiver les échanges avec vos voisins, vos proches en utilisant LA PAROLE et non l’artifice du courrier électronique, afin de créer du lien social. L'homme est un être de PAROLE et de RELATION. On ne parle pas à une machine, et on a du mal à rentrer en relation avec un fonctionnaire du fisc (mais il y en a de très compréhensifs, je tiens à le souligner).
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3. REVUE DE PRESSE INSOLENTE, CURIEUSE, INOUÏE ET TOUT ET TOUT.
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Le Patriarche Cyrille parle de la fin du monde.

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Jean-Pierre PERNAUT tacle le CSA !

Bonne réaction de Jean-Pierre PERNAUT contre les imbéciles bernanosiens du CSA (un comité administratif Hippolyte et Théodule) qui nous font crever.

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Collusion des intérêts des classes dominantes.


et, qui l’eût cru ?

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Dénoncer les mensonges à propos des Rohyngias ! Ils sont des envahisseurs.

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Victime des crétins, l’instituteur de MALICORNAY écrit un livre.

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Vive le scoutisme !


(Il y a des scouts musulmans, juifs, laïcs, pas que des scouts cathos ! Je dis ça pour les myopes, les vues basses et la foultidude de médias imbéciles.)
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On a peine à le croire !

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Je sais bien que je vais choquer. 

Mais j’aime la personne de Louis XVI et je ne crois qu’il a été le traître à sa patrie qu’on veut bien nous enseigner.

Rassemblement anniversaire pour l’assassinat de Louis XVI.





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