mercredi 7 mai 2008

Service minimum

Monsieur Xavier DARCOS a raison de poursuivre l'expérience du service minimum d'accueil (SMA) des enfants scolarisés, lorsque les enseignants font grève. Il est tout à fait instructif d'entendre les raisons pour lesquelles l'opposition et les syndicats d'enseignants fustigent avec une rare véhémence cette mesure incitative et non point coercitive, laquelle consiste à faire accueillir les écoliers par des fonctionnaires municipaux, rétribués pour l'occasion avec les retenues sur salaire des grévistes.
Les raisons ? Elles sont lumineuses. Accueillir les enfants, c'est jouer les briseurs de grèves. Ainsi monsieur MOINDROT déclare d'abord que ce service minimum est un mode de garderie. Il invoque des problèmes de sécurité et déclare : Les agents territoriaux n'ont pas forcément les qualifications requises. Il faut aussi des équipements adaptés. A ce point du raisonnement, on constate que l'opposition de monsieur Gilles MOINDROT est une opposition de forme et non de fond. On peut en effet envisager que des municipalités forment quelques uns de leurs agents à cette fonction d'accueil et fassent aménager adéquatement des locaux. Monsieur MOINDROT lèverait-il alors cette objection ?
Continuons l'examen des critiques de cet éminent syndicaliste du SNUipp, et voyons comment fonctionne un esprit formé à la dialectique. Dans le deuxième volet de son argumentation, il affirme que C'est à l'Education Nationale de résoudre ses problèmes. Mais le même, en tout cas je le suppose, n'hésiterait pas à faire appel à la solidarité des fonctionnaires et des salariés pour faire triompher ses idées. Quand il y a des grandes manifestations unitaires de fonctionnaires (et nous en avons connu cette année), ira-t-il dire que c'est à la SNCF de résoudre ses problèmes et que lui s'occupe des problèmes de so n ressort ? Que non, il ira Place de la République, chaussé idoinement pour arpenter de longues heures le trajet qui conduit à la Place de la Nation et proclamer bien haut l'identité des difficultés que rencontrent ses frères de misère.
Enfin, et c'est en réalité la pointe de son argumentation, le SMA dit-il, s'en prend au droit de grève des enseignants. Monsieur MOINDROT suppose donc que, correctement mis en place, le SMA annulerait ou diminuerait fortement la gène engendrée par la grève auprès des familles, et par conséquent, ou bien il lie l'efficacité de cette dernière à l'ampleur des difficultés qu'elle suscite pour les parents des enfants scolarisés, ou bien, faisant peser sur eux des contraintes souvent insupportables, il espère que leur exaspération les amènera à les soutenir pour s'en libérer.
De son côté, monsieur DELANOE, par la bouche de son adjoint aux affaires sociales, monsieur Pascal CHERKI, a réagi : "Il n'y a pas de raison que des fonctionnaires municipaux brisent un mouvement de grève de fonctionnaires nationaux". Il s'agit là d'une formule vide de sens, qui ne donne aucune des raisons pour lesquelles des fonctionnaires municipaux, payés avec les deniers des contribuables locaux, ne devraient pas en alléger les peines et les travaux. Monsieur DURON, le nouveau maire de CAEN, interrogé par des journalistes de télévision, déclare qu'il ne renouvellera pas l'expérience du SMA qu'avait tentée son prédécesseur à la mairie. Aucune autre raison que politique ne vient éclairer sa très pauvre intervention.
Nous voilà donc au terme du parcours, celui qu'avait prévu HOBBES, la lutte de tous contre tous.
Fort heureusement, il y a des esprits un peu moins idéologues, qui, comme le Bonhomme Chrysale vivent de bonne soupe et non de beau langage. Madame Cathy SOULES, secrétaire générale de la PEEP dit avec bon sens qu'il ne faut pas pénaliser les familles qui n'ont pas les moyens de payer une nounou. Elle ajoute : on amalgame le fait de proposer une solution aux familles avec celui d'être contre la grève ! Or ça n'a rien à voir. C'est dommage de politiser ce qui pourrait être une vraie aide aux familles. Elles s'en fichent, elles, que le ministre soit UMP ou PS ! Avec un bon sens malicieux, elle indique que beaucoup de communes ont des centres de loisirs et des animateurs qualifiés. Elles peuvent les ouvrir les jours de grève. C'est vrai, ça représente un surcoût. Mais c'est aux communes de gérer leurs budgets selon leurs priorités. Les fédérations de parents d'élèves, toutefois, ne sont pas toutes sur la même longueur d'onde. Monsieur Jean-Jacques HAZAN, secrétaire général de FCPE, connue pour soutenir la gauche, proclame avec une rare élégance de vocabulaire que Monsieur DARCOS [...] essaye de faire passer la pilule avec une simple garderie. Quelle différence d'avec le ton de madame SOULES. Pour celle-ci, un esprit concret et pratique, pour celui-là un esprit de système déconnecté des réalités.
La vérité, me semble-t-il, est que les français ont perdu le sens de l'utilité sociale de leur travail. Ils ne voient plus dans celui-ci qu'un moyen de gagner leur vie pour profiter au maximum des plaisirs et des facilités de notre civilisation technique. Mais cette poursuite du bonheur matériel que promeut avec acharnement l'esprit de gauche finit par vider de sens leur existence, accroît leur frustration, et suscite la violence. Nous n'avons pas fini de payer notre mépris de la vertu et des qualités supérieures.

mardi 6 mai 2008

Enfin lucide ?

Dans une interview accordée à Direct matin, Manuel VALLS, député-maire d'EVRY, secoue courageusement le cocotier : Le mot 'socialiste' ne veut plus dire grand-chose ose-t-il dire. Passons sur les quelques erreurs historiques dans ses réponses à la première question. Il prétend que les conquêtes sociales réalisées par le mouvement ouvrier l'ont été quand la gauche a gouverné. J'ai déjà eu l'occasion de dire (a) que c'est la loi LE CHAPELIER, votée à la Révolution, qui en supprimant les corporations a jeté les salariés dans l'esclavage des grands bourgeois enrichis par l'accaparement des biens nationaux (regardez mes billets) - il a fallu attendre la fin du XIXe siècle pour voir le droit de grève rétabli et les syndicats autorisés ; (b) que les principales conquêtes sociales (abolies à la Révolution, alors qu'elles avaient été établies ici et là par les évêques dans leurs diocèses) (voir mes billets) ont été rétablis en partie à l'initiative de quelques aristocrates catholiques (voir mes billets). Je mets monsieur VALLS au défi de me prouver le contraire. Les gouvernements de gauche ont rajouté à ces conquêtes, c'est indéniable, et personne ne conteste que ce fut des conquêtes. Mais avec le secours de Gustave THIBON, nous verrons qu'elles ne peuvent pas atténuer l'abaissement du travail imputable à la mécanisation et à la massification des centres de production. Le problème est ailleurs, et il est spirituel.
Mais les réponses de monsieur VALLS aux deuxième et troisième questions me semblent marquées au coin du bon sens, et témoignent d'une belle capacité d'analyse politique : Une partie de la gauche cultive une nostalgie pour des utopies qui sont en partie défuntes. Mais je crois à une réconciliation de la gauche avec le libéralisme politique, qui conjugue à la fois solidarité et responsabilité individuelle. Nous devons accepter le fait que nous vivons dans une économie de marché. Le véritable enjeu, c'est les règles qu'il faut imposer pour réguler ce marché et un capitalisme financier devenu fou. Mais le socialisme comme alternative au capitalisme, c'est dépassé.
Et encore ceci :
En 2015, 2 millions de Français auront plus de 85 ans. Dès 2020, il manquera 25 milliards d'euros pour assurer le financement des retraites. Il faudra mobiliser les ressources financières collectives pour la dépendance. Je crois donc inéluctable un allongement de la durée de cotisation. Mais pour rendre cela juste, il faut régler la question de l'emploi des seniors, s'attaquer à la pénibilité du travail et aux écarts d'espérance de vie entre catégories sociales et mettre le produit du capitalisme - comme les stock-options - à contribution.
Et bien je vais vous étonner. Non seulement monsieur VALLS a une bonne tête, mais il a une tête bien faite. Il part des faits et non pas des idées (il utilise du reste le mot "fait" et parle "d'utopies"). Il a donc le profil d'un homme d'état. Et sur tout ce qu'il a dit, je suis entièrement d'accord. Si les socialistes ont la sagesse de partager ses analyses, et s'ils ne combattent pas aveuglément les aspirations religieuses légitimes de l'être humain, ils ont de l'avenir dans notre pays.

lundi 5 mai 2008

A la mémoire de Pierre Bérégovoy

Ce n'est pas un mystère pour mes lecteurs, je ne suis pas socialiste. Mon refus d'adhérer à cette idéologie est fondé sur une réflexion personnelle que je mène depuis des années. Je n'en suis que plus à l'aise pour évoquer aujourd'hui la mémoire d'un honnête homme, assassiné par les médias. La chaîne parlementaire a consacré hier soir une émission à ce militant intègre, autodidacte, proche des humbles et sympathique. Autour de la table : monsieur François LONCLE qui fut ministre du gouvernement BEREGOVOY, Gérard CARREYROU - dont je découvre avec stupeur et admiration qu'il fut militant du PSU, et ami de Pierre BEREGOVOY et qui n'a jamais laissé paraître, quand il officiait comme journaliste, ses appartenances partisanes - et Marc BLONDEL, lui aussi un ami de longue date du premier ministre défunt.
Un documentaire fort bien fait raconte les derniers mois de la vie politique de Pierre BEREGOVOY. On y entend un journaliste du Canard Enchaîné (journal qui a lancé toute l'affaire du prêt), dire avec un culot sans égal que le Premier Ministre n'avait aucune raison de s'en faire puisque le prêt était contracté de manière tout à fait régulière, et le sinistre Edwy PLESNEL (orthographe non garantie) ne rien regretter de ses écrits, lui qui pendant sa carrière n'a cessé de tremper sa plume dans le fiel pour démolir tous ceux qui ne lui revenaient pas, et de jouer la "vérité" journalistique" contre les intérêts de son pays (cf. l'affaire du Rainbow Warrior) au mépris de la prudence et de la vérité factuelle. Au journaliste du Canard, que dire ? Sinon qu'on ne voit pas d'autre intérêt à la dénonciation d'un prêt régulier que celui de nuire à un puissant pour compenser la propre médiocrité du dénonciateur. Quant à monsieur PLESNEL, dont il semble me souvenir qu'il a été remercié du journal Le Monde, le mieux est de l'ignorer. Qu'il continue de baigner dans son amertume et de ruminer la perte de sa capacité de nuisance !
Plusieurs faits : le prêt de monsieur BEREGOVOY était parfaitement légal, contracté devant notaire et enregistré. Monsieur PELAT, un homme autrement moins transparent, avait le droit de consentir à prêter sans intérêt à un homme qui était son ami. Monsieur BEREGOVOY, non seulement n'a jamais aidé monsieur PELAT à investir en Corée du Nord avec le soutien de l'Etat - il n'était pas en état de le faire au moment où ce soutien a été accordé, et on a laissé dire que ce prêt était la contrepartie de son soutien ! - mais il avait manifesté son opposition quelques mois auparavant à cette opération alors qu'il était ministre. Toute cette affaire est montée par des spécialistes de la manipulation médiatique, sans aucun respect des faits et des personnes. Pierre BEREGOVOY s'était fort justement inquiété pour la démocratie d'une telle dérive.
Quelques remarques. Gérard CARREYROU a souligné combien, après la débâcle électorale de mars 1993, le silence du Président MITTERRAND envers son premier ministre, et l'évitement que les anciens courtisans manifestaient à l'égard de ce dernier dans la salle des Pas Perdus de l'Assemblée, avaient été douloureux, insupportables à un homme qui avait lutté de toute ses forces contre la corruption et qu'on avait accusé d'y avoir succombé. Monsieur LONCLE a contesté le silence présidentiel et prétendu qu'un rendez-vous avait été convenu le lundi suivant la disparition du Premier Ministre. Monsieur CARREYROU a maintenu sa dénégation. Monsieur LONCLE, ensuite, a fort justement souligné qu'on ne pouvait en un an redresser une situation politique et économique compromise. Quant à monsieur BLONDEL, il a révélé, ce qu'il avait tu jusqu'ici, que Pierre BEREGOVOY savait que la situation était politiquement désespérée pour le PS, et qu'on l'avait appelé pour cette raison au poste de Premier Ministre.
Voilà comment des médias peuvent disposer de l'honneur et de la vie d'un homme intègre. Il faut s'en méfier, accueillir leurs nouvelles et leurs analyses avec du recul, confronter les opinions diverses, et toujours partir des faits, et non des idées.
La ressemblance avec la présente situation du Président de la République est frappante. Monsieur LONCLE devrait rappeler à ses amis qu'on ne juge pas des résultats d'une politique sur un an. Monsieur BLONDEL devrait leur dire que la mise en cause injuste d'un homme politique peut être mortelle, et monsieur CARREYROU, qui avait proposé à monsieur BEREGOVOY de venir s'expliquer à la télévision le soir même de la révélation du Canard, après qu'il avait rencontré son ami à Matignon le matin même, devrait dire aux socialistes de ne pas trop insister sur la collusion des actuels journalistes de télévision avec les actuels hommes politiques.

dimanche 4 mai 2008

Le penser faux et le mensonge ; à propos du mariage homosexuel

SOS Homophobies, les Verts ou encore le Parti Socialiste ont fait part de leur indignation, car monsieur Frédéric MINVEILLE, qui a contracté au Pays-Bas un mariage homosexuel avec son compagnon Carl, a été "déchu" de sa nationalité française. Ils feignent de croire que c'est en raison de son homosexualité que monsieur MINVEILLE a été "sanctionné". Il convient de répondre à ces messieurs en quatre points, dont seul le premier a valeur explicative.
Argument juridique.
Il est imparable. Monsieur MINVEILLE a acquis la nationalité néerlandaise, trois ans après son "mariage". Il s'agit là d'une réalité qui ne dépend pas de notre pays. Certes une convention franco-néerlandaise, datant de 1963, stipule qu'il est possible de garder les deux nationalités après un mariage avec un conjoint de l'autre nationalité. Mais le droit français ne reconnaît pas le mariage homosexuel. La convention ne peut donc pas s'appliquer. Et ce qui s'applique est le droit classique : monsieur MINVEILLE a choisi d'être néerlandais. Il renonce donc de facto à sa nationalité française. La perte de nationalité est automatique. Je trouve cette mesure juste, car il me semble impossible de servir deux maîtres. Il me semble donc très utile de connaître les motivations pour lesquelles le plaignant alerte ses amis français. On peut supposer toutes sortes de motifs. Il y en a deux ou trois qui me semblent plausibles. Le premier est que monsieur MINVEILLE aime sa patrie d'origine et est fier d'en être un enfant. Le second est qu'il trouve des avantages économiques, sociaux, diplomatiques à garder la double nationalité. La troisième est qu'il a été sollicité par les partisans français du mariage homosexuel pour agiter les médias de notre pays et faire pression sur le législateur pour qu'il légalise ledit mariage.
Pour mettre fin à ce qui est dénoncé comme une anomalie, les pouvoirs publics, ouvrant à mon avis la boîte de Pandore, s'apprêtent à dénoncer cette convention. Pour y mettre quoi à la place ?
Argument existentiel et personnel.
J'ai sur monsieur MAMERE, en pointe dans le combat pour le mariage homosexuel, un avantage certain. Je n'en tire aucune gloire. Mais c'est un avantage de fait. Depuis septembre 2007, je vais tous les lundis, et quelquefois d'autres jours écouter et accueillir des personnes séropositives, à l'Association Tibériade (19 rue de Varenne, 75007 PARIS). Je suis le témoin des drames qu'ont vécu dans leur enfance, leur adolescence, et que vivent encore aujourd'hui, ces hommes qui ont fréquenté les rivages de la mort. Nombre d'entre eux ont été tirés des manifestations de l'infection au HIV (qui signent le SIDA) par des médecins, des infirmières, des aides-soignantes d'un dévouement sans bornes ni limites. Je les écoute ces hommes, j'ai pour eux un amour fraternel ; ils m'enseignent, car ils ont ont une sensibilité spirituelle exceptionnelle. Plusieurs ont fait l'expérience d'une rencontre personnelle, profonde et salvatrice avec le Dieu de Jésus-Christ. Oui, je les écoute, les larmes aux bords des yeux souvent. Aucun d'eux n'a jamais réclamé de pouvoir se marier avec son compagnon, quand il en a un ; aucun d'eux n'a parlé d'adoption, quand bien même l'absence d'enfants est une souffrance avouée. Nous avons échangé librement : tous, je dis bien tous, souffrent de leur état, et tous, je dis bien tous, me disent qu'ils ne l'ont pas choisi. Certains reconnaissent qu'il n'est pas conforme aux exigences de la nature. Je donne ce témoignage en vérité, et je prends à témoin tous ces frères qui m'ont accordé leur confiance, et que j'aime, j'ose le dire, d'un amour profond, ancré dans la certitude que Jésus-Christ vient sauver jusqu'à la moindre fibre de notre être, fait à l'image de Dieu.
Argument de philosophie politique.
Je vais faire appel à mon cher Gustave ! Ce qui [...] distingue [l'homme de droite de l'homme de gauche], c'est ceci : l'homme de droite, déchiré entre une vision claire de la misère et du désordre humains et l'appel d'une pureté impossible à confondre avec quoi que ce soit d'inférieur à elle, tend à séparer avec force le réel et l'idéal ; l'homme de gauche dont le coeur est plus chaud et l'esprit moins lucide, incline plutôt à les brouiller. Le premier soucieux de garder à l'idéal son altitude et sa difficulté d'accès, flairera volontiers des relents de désordre dans les "idéals" qui courent le monde ; le second, pressé de réaliser ses nobles rêves et peut-être un peu dégoûté des ascensions sévères, sera porté à idéaliser le désordre. Ici on mêle, là on tranche.
Et en note, Gustave THIBON ajoute :
La source de cette perpétuelle confusion des valeurs qui caractérise une certaine mentalité de gauche, réside dans l'anarchie intérieure des individus. Ce sont des décadents en qui les facultés et les sentiments sont inachevés et affectés d'une indifférenciation redoutable. Rien n'est à sa place en eux, pas de hiérarchie interne. L'esprit, l'amour, ne peuvent pas se manifester dans leur pureté : ils sont saturés d'appels inférieurs. [...] Le décadent ne sait pas disjoindre sa bassesse d'avec sa hauteur ; tout en lui est brouillé, méconnaissable. S'il est vicieux, il nomme cela amour, s'il est ambitieux, il prétend servir la justice, et le pire c'est qu'il est sincère. Aussi sa bassesse est-elle infiniment plus dangereuse que celle de l'homme de droite parce qu'elle EST PORTÉE SUR LES AILES DE L'IDÉE (les majuscules sont de moi).
Argument scripturaire.
De Paul de Tarse, dans l'épître aux Romains, chapitre 1,
versets 24-25
Aussi Dieu [...] a-t-il- livré [les idolâtres] selon les convoitises de leur coeur à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leurs propres corps ; EUX QUI ONT ÉCHANGE LA VÉRITÉ DE DIEU CONTRE LE MENSONGE, ADORE ET SERVI LA CRÉATURE DE PRÉFÉRENCE AU CRÉATEUR [...]
versets 26-27.
Aussi Dieu les a livré à des passions avilissantes : car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature ; pareillement les hommes, délaissant l'usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l'infamie d'homme à homme et recevant en leurs personnes l'inévitable salaire de leur égarement.

Voilà pourquoi un disciple de Jésus sépare toujours le péché du pécheur. Lui qui se sait pécheur, il se sait aussi pardonné. Il ne vit pas dans la culpabilité, ce poison qui fait la fortunes des psychanalystes. Il vit dans la certitude du salut. Non à l'homosexualité. Oui, grand amour pour les homosexuels, sans concessions, ni moralisation, ni jugement.






samedi 3 mai 2008

Le stigmate du socialisme

J'ai promis, hier soir, de vous citer quelques aphorismes de Gustave THIBON, le paysan philosophe à qui nous devons de connaître les oeuvres de Simone WEIL, elle aussi penseur d'une incroyable densité. J'y reviendrai souvent à Gustave THIBON, très souvent. Tout est lumineux dans ses propos. Et, aujourd'hui, nous aurions bien besoin de lui pour nous remettre la tête à l'endroit.
Alors commençons.
Le stigmate essentiel du socialisme (et quelle nation n'est pas aujourd'hui plus ou moins infestée du virus socialiste ?) réside là : il méconnaît, il détruit les réserves, les lentes réserves dormantes, la patience conservatrice des organes profonds. Là où sont les puits de la vie - les puits de la tradition, de l'autorité, de l'expérience où s'abreuve obscurément la caravane sociale - il voit des parasites et des obstacles. Il confond réserve et inutilité. Tout ce qui conserve, dans le monde des corps comme dans celui des âmes, provoque son aversion : est-ce par hasard qu'il enveloppe dans la même haine la propriété et la religion ?
Le socialisme a la phobie de l'épaisseur. L'instinct dégradateur et anti-vital qui habite en lui se révolte contre les forces substantielles qui accumulent, dominent, tempèrent, contre la densité des puissances intérieures qui retiennent le devenir humain dans un sillon d'harmonie. Dans ces éléments de stabilité et de vie, l'idéologie marxiste ne voit que poids mort et qu'absurde oisiveté. Des forces qui attendent, se cachent, se taisent, lui sont insupportables. Le rêve du grand soir n'a qu'un sens : ramener à la surface, consumer dans un vaste feu d'artifice matériel toutes les antiques réserves de l'humanité, et atteindre par cette combustion universelle, à un degré inédit d'ampleur et de rapidité dans la production et les échanges sociaux. [...] Plus de lest, plus de poids mort, plus de réserve paralysante : une voile sans épaisseur ni densité que le vents des grands principes puisse mouvoir à son gré - la rationalisation de l'humanité ! Hélas ! la vieille masse épaisse et lente peut réagir sous les cataclysmes : elle a des réserves pour traverser les déserts et résister aux tempêtes, tandis qu'il suffit d'un souffle contraire pour crever à jamais la baudruche infiniment rapide, infiniment plate !
In
Diagnostics. Essai de physiologie sociale.
Préface de Gabriel Marcel.
Fayard, Paris, 1985. (Le livre a été publié la première fois en février 1940.)
Voilà pourquoi, je prétends que le socialisme a partie profondément liée avec le système absurde de consommation où nous entraînent dans un tourbillon furieux les chevaliers d'industrie du CAC 40. Il ne nous dit pas qu'il faudrait un autre modèle de civilisation. Non ! Il dit qu'il serait bon que tout un chacun, et plus précisément sa clientèle électorale, puisse profiter de ces biens matériels, dont l'utilité pratique ou l'intérêt culturel sont d'un douteux intérêt, par une augmentation du pouvoir d'achat. (Incidemment, je ne vois pas comment une alliance authentique de projets, autres qu'une alliance de circonstances, peut unir les Verts aux Socialistes ; s'ils sont verts c'est de rage et d'ambition). Je plaide pour une augmentation du pouvoir de réfléchir et de penser.
A demain pour une autre extrait.

vendredi 2 mai 2008

Tenez bon, monsieur le Président !

Monsieur le Président,

Tenez bon ! Nombre de nos rois et de nos gouvernants ont rencontré l'histoire et trouvé la grandeur en maintenant le cap au milieu des tempêtes. Les réformes que vous avez entreprises porteront leurs fruits, inévitablement. Il se peut que des féodalités syndicales, fonctionnariales, commerçantes, capitalistes, et financières trouvent à redire à vos initiatives, parce que leurs intérêts particuliers paraissent momentanément lésés. Mais monsieur DELORS a bien été obligé d'avoir recours à un emprunt forcé pour combler les trous creusés par la calamiteuse politique de monsieur MAUROY, voulue par le Président MITTERRAND, et les contribuables n'en sont point morts. Douloureux certes, mais inévitable pour empêcher la catastrophe immédiate. La décadence n'en a pas été arrêtée, hélas, et nous devons payer aujourd'hui les erreurs d'hier. Mais les grands ténors de la gôôôche n'ont pas trouvé anormal, à l'époque, que l'on ampute le "pouvoir d'achat" des Français pendant deux ans.
Je trouve bien pâle le soutien de vos troupes. Il faudrait un autre ton, une autre vigueur d'argument pour démonter les calomnies, les outrances, les accusations venimeuses des médias. Un exemple ? Tenez, prenez celui de madame ROYAL. Elle a déclaré, après votre dernière intervention télévisée, que vous étiez un menteur. Jolie accusation de la part d'une candidate malheureuse qui n'a pas hésité pendant la campagne électorale à promettre un SMIC à 1500 euros, pour déclarer après son échec qu'elle n'y avait jamais cru ! Il ne faut rien laissé passer de ces propos, rien absolument rien. Certes, l'opposition peut toujours déclarer qu'il faut faire payer les riches. Alors, il faut poser à ses chefs la question que voici : Avez-vous les moyens d'empêcher les fortunes des riches de quitter notre pays ? A l'évidence la réponse est non. Ils peuvent toujours dire qu'ils prendront des mesures pour empêcher ces fuites. Ils n'en ont pas les moyens ; ils ont soutenu monsieur MITTERRAND dans son initiative de MAASTRICHT. Nous sommes dans la seringue de l'Europe. Et tout compte fait, la seringue n'est pas si inconfortable que cela. Il faut demander à ces messieurs les moyens qu'ils comptent mettre en oeuvre pour faire baisser le prix des matières premières, des denrées alimentaires, et du pétrole et enrayer la chute du dollar. Il faut les interroger sur le réel, et non sur leur système, d'une navrante indigence de perspectives.
Un journal qui fait dans le sérieux titre après l'intervention du chef de l'état (je cite de mémoire) : changement de style, cap maintenu. Voilà bien le comble de l'hypocrisie. Jusqu'à ce changement de style, ils n'ont cessé de juger le Président sur les apparences. Et maintenant qu'elles ont changé, à mon avis très positivement, ils prétendent que ce ne sont que des apparences, mais que le fond de la politique - qu'ils n'ont jamais sérieusement critiquée, soupesée, à laquelle ils n'ont jamais fait la moindre contre-proposition - reste la même. Heureusement qu'elle reste la même. Fasse le ciel que ces irresponsables de salon (Ils me font penser aux théologiens de Constantinople qui discutaient du sexe des anges alors que les Turcs campaient à leurs remparts) ne deviennent jamais conseillers du Prince.
J'aurai demain l'occasion de citer mon cher Gustave THIBON. J'ose espérer que quelques uns de vos tièdes soutiens voudront bien me lire. Ils trouveront dans les propos du paysan philosophe de bien rafraîchissantes idées, marquées au sceau du bon sens, de la sagesse et du lent mûrissement d'une pensée roborative. Et bien propre à confondre ces pense-faux que sont les MM, MMes HOLLANDE, ROYAL, FABIUS, MOSCOVICI, et tutti quanti.
J'invite mes lecteurs à donner leur avis. S'ils le partagent, je suggère que nous prenions l'initiative de mener un combat non point d'idées (on voit ce que ça donne) mais de pensées. Il est possible d'avoir des opinions différentes, mais de grâce, qu'elles portent sur des faits, pas sur des systèmes.
Veuillez agréer, monsieur le Président, l'expression de ma très haute considération.

jeudi 1 mai 2008

Un point de vue intéressant sur la Chine

Des amis très chers, fidèles lecteurs de mes billets, me signalent un excellent article de Chantal DELSOL, dans le Figaro du 29 avril, intitulé Faut-il boycotter les pays qui ne nous ressemblent pas ? La philosophe y explique avec finesse la différence qui existe entre totalitarisme et autocratie ordinaire. Et elle assimile le présent système chinois à ce dernier type de régime.
Elle dit, avec beaucoup de justesse pour autant que je puisse en juger par les lectures que j'ai pu faire sur la civilisation chinoise que La Chine est un monde culturel fondé sur des convictions morales souvent bien proche des nôtres, et sur des sagesses qui, si elles ne ressemblent pas à nos religions, proposent des réponses aux douloureuses questions de la vie et du tragique de la vie. Elle entretient un humanisme de respect, comme d'ailleurs toutes les cultures.
Je ne crois pas avoir dit autre chose dans mes billets. Mon seul point de désaccord porte sur les références morales des actuels dirigeants chinois. S'ils ne sont pas des totalitaires comme le furent LÉNINE et STALINE, ou des monstres comme MAO ou POL POT, ils ont cependant une vue qui me semble bien éloignée de celle d'un CONFUCIUS, d'un LAO ZI ou d'un BOUDDHA, pour ne prendre que les trois maîtres des religions traditionnelles chinoises. Je ne parle évidemment pas de JÉSUS dont des millions de Chinois glorifient le nom par leur fidélité, leur témoignage, leur courage et leur martyre. Mais il est évident que le peuple chinois a gardé un attachement profond à l'antique sagesse qui assura sa survie à travers les drames qu'il eut à traverser. Cet attachement mérite admiration et respect. Il émerge du reste à l'heure actuelle en Chine, un courant néo confucianiste.
Madame DELSOL dit encore fort justement ceci : Au fond, la spécificité de l'Occident, ce n'est pas la défense des droits de l'homme, mais la défense des droits de l'homme comme individu. Et les convictions anthropologiques chinoises et aussi musulmane d'une autre manière, sont enracinées dans le holisme, ou vision de la société comme communauté : l'individu n'y existe vraiment comme valeur que dans son groupe, sans lequel il perd sa signification.
C'est une constatation parfaitement fondée historiquement. La tradition ancienne des légistes, qui remonte au temps des Royaumes Combattants, avait été très loin dans cette conception. A cette époque la terre était distribuée à des groupes de 8 familles (système de MENG ZI ; 3e siècle avant J.-C.). Les champs étaient divisés en 9 parcelles dont une était collective et dont le fruit était donné à l'état à titre d'impôt. Un peu plus tard, GUAN ZHONG organise la population en groupe de 5 ou 10 unités. La responsabilité pénale est collective.
Je n'ai pas cessé de dire dans mes billets, moins bien que madame DELSOL, que nous crevons de l'individualisme, issu tout droit des Lumières. La déclaration des droits de l'homme n'est jamais que la déclaration des droits des individus (et non des personnes, notion fort différente). Or l'homme est un sujet social, et il est impossible de fonder un régime politique raisonnable et une saine anthropologie, sans tenir compte de cette évidence. Madame DELSOL ajoute, ce à quoi j'adhère totalement : Les Occidentaux ont une tendance, pernicieuse et sotte, à mettre dans le même sac le holisme et le totalitarisme : ils sont si obsédés par l'individu souverain qu'ils confondent un homme inscrit dans sa communauté et un homme dénaturé.
Je vous renvoie, à cet égard, à mon billet d'hier consacré au mythe de l'autoconstruction des savoirs qui est une illustration de cette vue centrée sur notre nombril, et non pas ouverte sur le monde.
Eh oui ! Je me répète. Je ne cesse de dire la même chose depuis que j'ai commencé ces billets. La solidarité tant prônée par la Gôôôche, n'est jamais que la collectivisation des responsabilités personnelles, et la privatisation des plaisirs, de la licence, voire du vice : Faites tout ce que vous voulez ; la société prendra en charge les conséquences de vos erreurs ne cessent-ils de nous répéter, les leaders de la Gôôôche. C'est ce qu'ils appellent la solidarité. A mon avis, la vérité politique est a mi-chemin du respect absolu des individus déclarés souverains, et de la nécessaire prise en compte de notre communauté de destin. Ainsi, il y a des penseurs socialistes qui pensent certainement juste. JAURES en était un, Michel ROCARD en est un autre. On ne les écoute guère. A quoi bon leurs réflexions si elles ne servent pas les ambitions et les impatiences de tel ou tel éléphant ?