mardi 26 avril 2011

La guillotine de Ratisbonne

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D'où vient-elle, cette guillotine ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il qu'on la découvre au détour d'une rue ombreuse dans la vieille ville de RATISBONNE, la capitale des Princes de THURN und TAXIS (de LA TOUR de TASSIS ou de TOUR et TAXI en français). Nul doute que les imbéciles (au sens de BERNANOS) qui pullulent dans les rédactions des médias bien pensants n'eussent songé à l'employer pour couper la tête à ce BENOIT XVI s'ils avaient eu connaissance de son existence ; pensez-donc, il aurait critiqué les musulmans dans le fameux discours du 12 septembre 2006 qui couler tant de salive et d'encre. Je suppose que bien peu de commentateurs ont pris soin de lire de bout en bout ce texte, un texte très important appelé à nourrir non seulement le dialogue islamo-chrétien et en tout cas à nous faire comprendre les raisons philosophiques qui le rendent si délicat, mais encore tous les dialogues à venir entre hommes de bonne volonté chercheurs de lumière.


Or ce texte, que je viens de relire, est un chef d'oeuvre de pensée pour qui n'a pas de prévention et reçoit la parole de l'autre avec bonne foi et sans préjugé. Selon moi, il établit les fondements moraux de tous les dialogues.


De quoi s'agit-il ? D'établir le rapport étroit qui existe entre foi et raison. A cette fin, BENOIT XVI part d'un texte grec édité par le Pr KHOURY, de l'Université de MUNSTER. Il s'agit d'une série de dialogues ou controverses entre l'Empereur lettré MANUEL II PALEOLOGUE et un savant persan, tenus en 1391, dans le camp d'hiver d'ANKARA. Ces détails ont leur importance. BENOIT XVI parle d'un savant ; ce savant est persan ; le dialogue est libre, le savant n'est pas prisonnier de l'Empereur.


BENOIT XVI indique que les dispositions relatives à la guerre sainte, inscrites dans le Coran sont relativement tardives, contrairement à la prescription plus ancienne de la sourate 2, v. 256 :"Pas de contrainte en matière de fois", et il ajoute que l'Empereur s'adresse alors à son interlocuteur d'une manière "étrangement abrupte" : "Montre-moi donc ce que Mohammed a apporté de neuf, et alors tu ne trouveras sans doute rien que de mauvais et d'inhumain, par exemple le fait qu'il a prescrit que la foi qu'il prêchait, il fallait la répandre par le glaive."


Il vaut la peine de souligner que BENOIT XVI souligne le côté abrupt de la remarque impériale. En aucun cas, il ne la reprend à son compte.


Les imbéciles ou les menteurs en sont restés là pour prétendre que BENOIT XVI condamne l'islam et sa violence réelle ou supposée. Ils oublient la suite que voici : "L'Empereur intervient pour justifier pourquoi il est absurde de répandre la foi par la contrainte. Celle-ci est en contradiction avec la nature de Dieu et la nature de l'âme. 'Dieu ne prend pas plaisir au sang et ne pas agir RAISONNABLEMENT est contraire à la nature de Dieu. La foi est un fruit de l'âme, non du corps. Donc si l'on veut amener quelqu'un à la foi, on doit user de la faculté de bien parler et de PENSER CORRECTEMENT, non de la contrainte et de la menace. Pour convaincre une âme raisonnable, on n'a besoin ni de son bras, ni d'un fouet pour frapper, ni d'aucun autre moyen avec lequel menacer quelqu'un de mort', va dire l'Empereur. Et BENOIT XVI résume de manière magistrale le coeur de l'argumentation impériale : "Ne pas agir selon la raison contredit la nature de Dieu." MANUEL est grec, nourri de philosophie grecque.


Or c'est là tout le noeud du problème. Un philosophe musulman IBN HASM, cité par le pape, soutient "que Dieu n'est pas tenu par sa propre parole, et que rien ne l'oblige à nous révéler la vérité : s'Il le voulait, l'homme devrait être idolâtre."


Et BENOIT XVI va développer alors une argumentation très serrée sur la raison. Après avoir cité IBN HASM, il ajoute "Ici s'effectue une bifurcation dans la compréhension de Dieu et dans la réalisation de la religion, qui nous interpellent directement aujourd'hui : Est-ce seulement grec, de penser qu'agir contre la raison est en contradiction avec la nature de Dieu ou est-ce une vérité de toujours et en soi ? Je pense qu'en cet endroit devient visible l'accord profond entre ce qui est grec, au meilleur sens du terme, et la foi en Dieu fondée sur la Bible."


Voilà résumée, bien mal, la première partie de cette conférence exceptionnelle. Après, BENOIT XVI décrira les trois étapes de déshellenisation de la pensée occidentale, et ce que Marcel DE CORTE décrira dans son ouvrage "L'intelligence en péril de mort" comme la mort programmée de la philosophie spéculative.


La probité intellectuelle oblige à reconnaître que l'Eglise d'Occident a eu souvent recours à la contrainte pour convertir les païens ou d'autres religionnaires. Que ce soit Charlemagne et les Saxons ou les Rois Catholiques et les juifs d'Espagne ou Louis XIV et les protestants ! Voilà qui est déplorable et insupportable à toutes consciences droites. JEAN-PAUL II a exprimé la douleur et le repentir de l'Eglise pour ces horreurs. Il ne nous est pas interdit de continuer à les déplorer et de combattre tous les fanatismes, d'où qu'ils viennent.


Je reviendrai sur le dialogue islamo-chrétien dont l'enjeu est considérable pour l'avenir du monde.

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