dimanche 1 novembre 2009

Un petit coucou de Saint Basile

Voici le premier billet de ce jour. Il y en aura un autre tout à l'heure.

J'ai eu l'occasion de tomber - est-ce un hasard après le billet d'hier ? - sur le commentaire que Saint Basile, un Père de l'Église, originaire d'Orient, fait de l'épisode du repas que prit Jésus chez un chef des pharisiens. Jésus observait que les invités se précipitaient aux premières place, (ce qui, incidemment, signifie que lui n'y était pas), et mettait en garde les convives : "Ne vous mettez pas à ces premières place de peur que celui qui invite vous demande de la céder à un plus digne que vous", disait-il en substance.
Saint Basile donc, nous fait un petit coucou, et commente ainsi l'épisode :
"Nous devons laisser au Maître du Festin [...] le soin de placer ses convives. C'est ainsi que nous nous supporterons mutuellement en toute patience et en toute charité, nous traitant les uns les autres avec déférence et fuyant toute vaine gloire et toute ostentation. Nous ne chercherons pas à pratiquer une humilité affectée. Car l'amour de la contestation et de la dispute est un plus grand signe d'orgueil que de s'asseoir à la première place quand on ne la prend que par obéissance."
Il me semble qu'il y a dans ce commentaire l'expression d'une grande sagesse à la fois humaine et spirituelle. Les deux aspects de cette sagesse sont du reste si intimement mêlés, qu'ils peuvent fort bien inspirer la conduite des disciples dans la vie de tous les jours, sociale et spirituelle.
Sur le plan humain, il nous invite à reconnaître que les dons faits à l'homme par le Créateur, - nommons-les "dons de la nature" - sont divers, et qualifient chacun d'entre nous pour des fonctions diverses dans la communauté humaine. Ces différences ne sont pas des inégalités ; elles constituent le bien propre, unique, inaliénable de tout être humain et font sa dignité. Mais ces différences n'instituent pas de hiérarchie naturelle entre les hommes. C'est nous qui l'instituons et en cela nous rendons responsables des disputes et de la contestation, voire de la violence qui se font jour dans la cité, quand elle est infondée. Il ne s'agit pas non plus d'affecter une humilité dépourvue de raisons objectives. Si telle qualité nous qualifie pour l'exercice de telle fonction, il ne faut pas refuser de la remplir, dans la mesure où nous ne l'avons pas cherché. Il n'y a pas de hiérarchie de dignité entre les hommes ; il peut y avoir une hiérarchie sociale légitime ; en bref, les sociétés ont besoin d'être dirigées. Mais celui qui dirige doit y être appelé, et il n'est pas dispensé de la déférence due à ses semblables. Ce n'est pas là un message de résignation à l'injustice, mais un constat qu'il est facile de faire à chacun d'entre nous.
Sur le plan spirituel, on voit alors comment le chef n'est plus celui qui est servi, mais celui qui sert. Jésus a maintes fois donné l'exemple du service que tout pasteur des peuples doit remplir.
On comprend dès lors pourquoi le Maître dit à Pilate : "Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut", et pourquoi Paul de Tarse nous invite à obéir aux autorités politiques, sans cesser de rendre au Créateur la louange de gloire qui lui est due.
Le petit coucou de Saint Basile est décidément un petit coucou bien riche.
A tout à l'heure.
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3 commentaires:

olibrius a dit…

Il est bien évident qu'il est bon qu'il existe une hiérarchie, mais pourquoi faut-il que, sous couvert du spirituel, on "casse" des personnes qui ont fait des choix importants dans leur vie?

J'ai appris il y a peu que le fondateur de la communauté que vous fréquentez et dont la mission est belle et honorable n'est même pas engagé dans cette communauté alors qu'il l'exige de ses autres membres (il est resté dans sa congrégation d'origine). Où est la logique dans cette histoire que l'on dit "sainte".

olibrius a dit…

cher pp
expliquez moi comment supprimer une réponse après que vous l'eayez lue?

Philippe POINDRON a dit…

Pour supprimer une réponse, il suffit, je crois, d'appuyer sur la corbeille qui figure en bas à gauche de votre commentaire.

Pour ce qui est de la Communauté du Puits de Jacob, je me bornerai à ne rien répondre. J'en aime très fraternellement les membres, je vois leur manière de vivre, la manière dont ils savent se pardonner leurs offenses mutuelles.

Je sens que vous avez été blessé, dans votre engagement personnel très profond, par un homme d'église. Que puis-je vous dire ? Trop facile de dire : "Il faut pardonner", quand on n'a pas fait l'inventaire complet de la dette qu'a contractée l'offenseur. Mais puis-je quand même affirmer que votre blessure ne m'est pas indifférente.
Bien amicalement.
Philippe