mercredi 7 mai 2014

Nouvelles de la Résistance : France Info nous prend pour des pommes et monsieur Alexandre Lacroix aussi

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Ce n'est pas l'ignorance qui nous empêche de devenir vrai, c'est la lâcheté.
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1.La citation du jour.
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"On ne saurait espérer de la Presse de droite ou de la Presse de gauche qu’elle favorise une telle entreprise [le rapprochement de tous les Français quelle que soit leur origine sociale]. Le plus effrayant des symptômes sociaux, c’est que les clientèles de ces deux presses rivales finissent par être seule en cause. La lutte est entre deux clientèles. Il ne s’agit donc même plus de préjugés de classe, mais d’une inimitié beaucoup plus profonde, approfondie chaque jour et non seulement approfondie, élargie chaque jour à la dimension de l’univers, qui se trouve ainsi associé aux plus ridicules malentendus. Ainsi l’abjecte concurrence des feuilles imprimées règlent le destin des grands peuples. […]." 

In G. BERNANOS. Les grands cimetières sous la lune.
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2. Commentaires.
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Dans un récent billet, je vous parlais de l'interview qu'a donnée à France Info "un jeune philosophe", répondant au nom d'Alexandre LACROIX.  Il expliquait en quoi la pensée politique de Marine LE PEN, telle qu'elle s'est exprimée dans son discours du 1er mai, rejoint les valeurs fascistes et n'est pas nouvelle. Alexandre LACROIX identifie trois idées manifestement fascistes, selon lui. 

La première idée est que Marine LE PEN lutte contre l'idée de nation. Il vaut la peine de donner ici la définition (qu'il rappelle) que les "philosophes" des Lumières ont donnée du mot dans l'Encyclopédie de DIDEROT et d'ALEMBERT : "une quantité considérable de peuple, qui habite une certaine étendue de pays, renfermée dans de certaines limites, et qui obéit au même gouvernement." Alexandre LACROIX constate que tous les penseurs et politiciens qu'il qualifie d'extrême-droite se battent contre cette idée abstraite, juridique et froide et défendent l'idée d'une patrie charnelle. Selon lui Marine LE PEN ne fait pas exception et vante la France comme une personne vivante. Et au passage, il indique que cette conception de la nation se retrouve chez le romantique HERDER, et qu'elle a influencé les anti-Lumières français, "de Maurice BARRES à Charles MAURRAS" dit-il.

Selon Alexandre LACROIX toujours, la deuxième idée tient au positionnement politique ni de "drouate" ni de "gôôôche" ! Il renvoie à Georges SOREL, l'inventeur d'une synthèse entre les idées de droite et de gauche. Je cite ici sa parole : "Il [SOREL] ne veut pas détruire le mode de production capitaliste, mais en attaquer les valeurs matérialistes, rationalistes, gestionnaires. C'est pourquoi Sorel invente l'idée d'une révolution de droite."

Enfin, la troisième idée, propre selon LACROIX au fascisme, je le cite : "c'est que la nation est un corps qu'il faut défendre contre les agressions extérieures mais aussi contre toutes les tentatives de pénétration."
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Je trouve cette prestation particulièrement malhonnête intellectuellement. Passons sur le fait que ce soit une radio nationale qui la promeut. Nous aimerions aussi qu'elle nous parle des idées qui caractérisent le marxisme, et qu'exprime monsieur MELANCHON. La technique de manipulation est la suivante : on se sert de la légitime répulsion qu'inspire le fascisme mussolinien, pour amalgamer les propos de Marine LE PEN à ceux du Duce, en prétendant les y retrouver.
Mais il ne vient pas à l'idée du "philosophe" de se poser la question de la pertinence de ces valeurs : est-il bon, oui ou non, de considérer sa patrie (et non sa nation, définie avec tant de cynisme par les "philosophes") comme un corps vivant, c'est-à-dire se nourrissant de ce qu'il a reçu des générations passées, les abondant par des innovations, et les transmettant aux générations futures ? Quand le général De GAULLE dit au début de ses mémoires : "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France", c'est à cette patrie charnelle qu'il fait allusion. Et si l'on appliquait l'idée que monsieur LACROIX semble défendre, il n'y aurait pas eu lieu de résister à HITLER qui précisément voulait édifier cette nouvelle nation abstraite, et dont le Reich correspondait très exactement à la définition des "philosophes" des Lumières. C'est bien que la nation ne se réduit pas à la définition des "philosophes".
La notion de droite et de gauche est un pur héritage de la Révolution française. Situer dans l'espace des hommes politiques en fonction de leurs idées, de leurs valeurs, de leurs perspectives est d'une rare idiotie. Et si monsieur LACROIX avait la culture philosophique qu'on lui prête, il aurait sans aucun doute évoqué Simone WEIL et cette petite merveille qu'est sa Note sur la suppression générale des partis politiques. On ne peut pas dire de notre grande Simone qu'elle était une fasciste ! C'est le moins que l'on puisse dire. On ne peut pas dire qu'elle n'aimait pas la France, puisqu'elle a rejoint LONDRES et le général De GAULLE. Et quand on lit ses Ecrits politiques, on voit aussi qu'elle entendait bien défendre sa patrie contre l'intrusion du nazisme aussi bien dans les esprits que dans la vie politique.
La troisième idée prétendument fasciste est celle que la nation est un corps qu'il faut défendre "contre les agressions extérieures mais aussi contre toutes les tentatives de pénétration". C'est à se taper le derrière par terre que d'entendre de pareils arguments. Qui a incité les Français à se mobiliser pour défendre la France contre des périls (imaginaires en juillet 1792) si ce n'est les Révolutionnaires quand ils proclament que la Patrie est en danger ? (Enfin, leur patrie à eux). On connaît la suite : la journée du 10 août, le massacre des gardes suisses et de leurs enfants.
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En somme, monsieur LACROIX qualifie de système fasciste l'assemblage de ces trois idées, lesquelles sont parfaitement abstraites et sont l'apanage de tous les partis politiques, les marxistes internationalistes exceptés (et encore). En bonne méthode, il aurait donc dû chercher si JAURES, par exemple, ou CLEMENCEAU, ou Jules FERRY, ou RENAN ne partageaient pas ces trois idées. Cela lui aurait servi de témoin (comme disent les scientifiques). Il aurait vu que ces hommes "de gauche" défendaient eux aussi ces valeurs. La vérité, la pure vérité, est que le socialisme à la française n'est que le honteux cache-sexe d'une mondialisation marchande, nécessaire à la bonne santé de quelques grandes compagnies internationales. Nous avons changé de système politique. Et les socialistes français nous mentent quand ils prétendent défendre les intérêts des "plus démunis". 

Ce qui caractérise le fascisme, me semble-t-il, c'est la négation de tout ce qui n'est pas conforme à l'image qu'il se fait de l'homme et de la société, et la volonté de combattre par la violence ceux qui s'opposent à cette vision. Les fascistes ne sont pas ceux que l'on pense. Je vous laisse conclure vous-mêmes.
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3. Une petite info.
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Marche contre le projet d'union civile au Pérou (via le Salon beige).
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