mercredi 15 avril 2009

Le réel, l'idéel et le virtuel

Il y a trois manières d'envisager les problèmes de l'existence, et parmi eux, les problèmes politiques : en tenant compte du réel, en voulant l'idéel, en rêvant le virtuel. Il est très vraisemblable que les solutions qui font sens à ces problèmes tiennent compte de ces trois aspects. Elles deviennent alors des solutions idéales. L'erreur vient toujours de la négligence que l'on manifeste pour l'un d'eux.
Le réel est ce qui nous résiste. A cet égard, en matière sociale, le réel c'est tout aussi bien les manifestations des uns que les propositions de loi des autres. Des deux côtés s'expriment les résistances, et il faut bien en tenir compte. La grande erreur des marxistes est de penser qu'il suffit de créer des "rapports de force", comme ils disent, pour emporter la victoire. La grande erreur des réalistes est d'ignorer que l'homme n'est pas un être de nécessité mais un être de désir, comme le disait BACHELARD.
L'idéel est ce qui nourrit l'idéologie et l'esprit de système. Que de l'observation des faits l'on tire des interprétations et des généralisations propices à nourrir l'action, est tout à fait normal. Mais que l'on veuille à toute force faire rentrer les faits dans des systèmes d'idées préconçues est faux. La grande erreur des socialistes (de certains, plus exactement), est d'ignorer le réel, et de croire (car c'est une croyance) qu'il suffit d'avoir un système d'idées préconçues et de l'appliquer, pour voir se résoudre toutes les difficultés, notamment sociales. Mais le réel se venge. Il résiste, on l'a dit. Et l'idéologie érigée en système de gouvernement est vouée à l'échec. Il est impossible d'appliquer démocratiquement un système imaginé par tel ou tel idéologue, sans voir aussitôt les individus et les groupes réagir pour en contourner les aspects les plus rugueux. Le système, donc, n'est applicable que par la contrainte, et même la contrainte policière. La Chine, Cuba, la Corée du Nord sont d'excellents exemples de l'idéel porté à son paroxysme, et déconnecté de tout réel.
Le virtuel, hélas, est rentré dans la vie, par le moyen des jeux vidéos, des films ou de la littérature de science fiction. Comme les concepteurs de virtuel sont de très fins psychologues, ils parviennent à rendre les adolescents dépendants de mondes qui n'ont pas la moindre chance de jamais voir le jour. Le virtuel, c'est le rêve éveillé. Faut-il pour autant négliger la part de rêve dans les projets personnels ou politiques ? Certes pas, à une condition, c'est de savoir qu'il s'agit d'un moteur pour l'action, mais non d'une fin en soi. Car la vie nous apprend à en rabattre. Martin Luther KING le disait : "I had a dream" ; j'ai fait un rêve. Il n'a pas eu le temps de vivre assez longtemps pour le voir se réaliser en partie. Car il y a des rêve qui ne sont pas fous. Tout le problème est dans le discernement.

4 commentaires:

fourmi a dit…

- Tout d’abord je répare deux oublis : dans mon précédent commentaire, j’ai oublié de présenter Marek Halter : écrivain, romancier.
+ Le passage qui explique le sens de son témoignage : « Dans cette bande de voleurs, j’ai aussi expérimenté que parler empêche la violence. Tant qu’on parlait, on ne se tuait pas. On pouvait s’insulter, argumenter… C’est celui qui manquait d’arguments qui frappait toujours le premier. Là, j’ai compris que la violence commence où la parole prend fin. »


- Question jeunesse : certes la question agite les esprits au moins depuis Socrate. Elle ne finit jamais de nous en faire voir de toutes les couleurs mais ce problème me semble relativement récent. Depuis le siècle dernier seulement lorsque l’enfant est devenu sujet aussi bien dans les familles qu’au niveau légal.

Voici enfin une « bonne nouvelle » que je sentais venir depuis quelque temps et qui, je l’espère, sera confirmée effectivement un peu partout dans notre société occidentale :
Hier soir durant l’émission sur La 5 ‘Enfants sacrés, sacrés enfants’, il a été bien annoncé – avec joie – par l’ancien ministre de l’Education nationale, Luc Ferry, que le règne de « l’enfant roi » qui a sévi durant les trente dernières années était terminé. Qu’il était de bon ton maintenant de tenir des discours en public contre l’enfant roi et qu’ils seraient acceptés.
Ce qui émerge : non pas retour à l’ordre ancien et à ses lois mais la venue d’un type nouveau d’intégration en quelque sorte d’une éducation, d’une autorité parentale avec des repères, de la reconnaissance de la nécessité des écoles de parents etc. (émission rediffusée à la fin du mois et en mai)

Donc - mais je ne veux pas dire que les deux jeunes évoqués dans ce billet soient uniquement des produits du système de valeurs précédent - il y a de l’espoir. La réalisation de l’accord des différentes instances citées dans le billet d’hier est en train de se mettre en ordre de marche … Evidemment l’exploitation de l’imagination persistera sans doute mais une prise de conscience publique commence.
Par conséquent la teneur des billets n’est pas rétro, dépassée, - une insulte aux jeunes d’aujourd’hui. Ce sont eux, nous dit-on très sérieusement, qui demandent une autre éducation.

... Evidemment pas mal de gens penseront en leur for intérieur qu’il était presque temps, que cette « expérience » - que tel intervenant a jugé comme étant issue de la conception de F.Dolto [décidément on nous change tout : avant on ne jurait que par elle !] a fait perdre 30 ans et a entraîné les destins d’une ou deux générations dans un sens parfois un peu raté… Rien que des » dommages collatéraux » ? (C’est de l’humour … noir)


Donc un mot d’ « ordre » à présent : debout ! Pour affronter le réel et le rendre plus humain.

Je ne vous dirai pas que cette émission m’a fait du bien – vous le devinez - même si nous ne sommes pas encore « rendus » à une solution ‘idéale’. L’eau va encore couler… et les contestations et les grèves et les successions de réformes …

De quoi tenir nombre de billets.

roparzh a dit…

Cher auteur,

j'ai un doute sur votre citation de Martin Luther KING. Êtes-vous sûr qu'il ait dit "I had a dream" et non pas "I have a dream ?"

Amicalement,

E. D.

olibrius a dit…

ben moi aussi j'aurai dit "I have". Mais je l'ai ce rève: plus d'égalité, plus de solidarité, plus d'amour, plus... Nom d'une pipe, pourquoi est-ce que cela ne reste qu'un rève de moins en moins atteignable?

Philippe POINDRON a dit…

Chers lecteurs,

Vous avez raison. Martin Luther KING a dit 'I have", un présent, et non un imparfait !
Comme il serait simple que nous puissions parler de l'amitié, de l'amour, de la fraternité sans penser qu'il s'agit de rêve. Je suis très frappé, et de plus en plus, de constater combien les personnes que nous croisons, dans la rue, dans le métro, pendant nos courses, sont sensibles à des marques d'attention à leur personne. Avouons que c'est un rêve tout à fait réalisable que de le faire vis-à-vis de ceux que nous rencontrons.