samedi 30 octobre 2010

Réponses à divers commentaires

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Sur les Lumières.
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Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai jamais dit. Je reprends donc ici mon argumentation, à l'intention d'un lecteur dont je lis seulement ce matin le commentaire et qui juge dangereux l'opinion (partagée par un nombre croissant de personnes, je le précise) que j'exprime dans le billet : "Il est temps d'éteindre les Lumières".
(a) Je n'ai jamais dit qu'il n'y avait pas de valeurs universelles. J'ai dit simplement que les Lumières n'étaient pas porteuses de [la totalité de] ces valeurs et que leur niveau d'analyse est identique à celui des Chinois et de CONFUCIUS. J'ai aussi dit que la France s'est servie de ces idéaux prétendus universels pour tenter d'imposer sa prépotence culturelle et politique au monde entier. Et que cette prétention nous a valu d'être trouvés insupportablement arrogants aux yeux des autres peuples.
(b) Le seul message vraiment universel que je connaisse, et qui prouve son universalité par l'adhésion profonde, existentielle, d'hommes et de femmes de toutes races, de toutes cultures, de toutes conditions sociales, est celui de Jésus. J'ajoute que la prétention des Lumières à l'Universel s'appuie sur cette réalité christique, et qu'elles ne l'eussent jamais théorisé si Jésus n'avait dit : "Allez dans le monde entier. De toutes les nations, faites des disciples".
(c) Pour que ce message soit entendu, il faut rentrer dans un mode de relation très particulier avec l'autre : reconnaître en lui le visage de Dieu.
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Sur l'histoire et sur les contestations qu'a faites Rama YADE, à propos de "l'Afrique qui commence à peine à rentrer dans l'histoire".
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(a) J'ignorais que Rama eut fait cette remarque. Mais si elle l'a faite, c'est par méconnaissance de ce que signifie l'histoire, qu'elle assimile à la civilisation ou à la culture. C'est là qu'intervient la fameuse objurgation de CONFUCIUS sur la "rectification des noms". Pour comprendre ce qu'est l'histoire, il suffit simplement de s'interroger sur l'existence de la préhistoire, de se demander pourquoi l'on a cru bon d'isoler cette branche particulière du savoir, de l'histoire proprement dite et de la protohistoire.
(b) On constate alors que l'histoire commence avec l'écriture, à SUMER plus de trois millénaire avant J.-C., en CHINE à sensiblement la même époque, en ÉGYPTE également. Autrement dit, pour qu'il y ait histoire, il faut que des hommes aient relaté des faits qui leur étaient contemporains et qu'ils les aient datés (peu importe le calendrier utilisé). S'ils relatent des faits très anciens, on les soupçonnera d'avoir rédigé des écrits mythiques en les parant des couleurs de l'histoire. Ainsi en Chine, à propos des Empereurs mythiques, CONFUCIUS a-t-il paré YAO, SHUN, les Augustes Souverains, de couleurs historiques parfaitement controuvées. Les peuples qui n'ont pas d'écriture n'ont pas d'histoire. Mais cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas de civilisation, de littérature (orale, transmise ainsi) ou d'art. C'est même le contraire, et c'est si vrai que les préhistoriens parlent de "culture" pour désigner un ensemble particulier de pratiques artistiques, artisanales, funéraires. On parle de la "culture des steppes", ou de la "culture azilienne", de la "culture de Bangpo" ou de "Longshan" [en Chine] ou de la "culture" de tel ou tel peuple.
(c) Sauf erreur ou ignorance de ma part, ce que j'admets tout à fait, peu de peuples africains ont connu l'écriture : les Égyptiens, plus tardivement les Éthiopiens, encore plus tardivement et avec l'arrivée des peuples arabes en Afrique du Nord, les populations du Maghreb. L'invasion de l'Afrique du Nord par les Vandales n'a pas été décrite par des Africains du Nord, mais par un auteur qui s'appelait PROCOPE et était de culture grecque. Assez curieusement, j'ai discuté pas plus tard qu'hier, avec un camerounais, homme distingué et cultivé, qui m'affirmait le plus sérieusement du monde que l'histoire de l'Afrique tropicale avait été écrite par des Africains sur des peaux d'animaux mais que le Portugais avaient falsifié ces documents. J'ai demandé des précisions que j'attends. Après tout, peut-être est-ce vrai. Mais il faut le prouver.
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Autres remarques.
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Une des remarques les plus fécondes que j'ai entendue, hier encore, est la suivante. Yves, un ami, me disait ceci : l'originalité et sans doute la supériorité longtemps maintenue de l'Occident sur le reste du monde tient à l'existence d'une double tradition, puisée à des peuples différents : la tradition philosophique grecque et ses nombreuses écoles (il n'y a pas qu'ARISTOTE et PLATON) et la religion chrétienne venue du judaïsme. Ces deux pensées se sont constamment frottées l'une à l'autre, sans jamais empiéter sur leur domaine respectif. Il en est résulté une stimulation réciproque et continue. Cette idée mériterait d'être creusée. Car abandonner un domaine (celui de la religion, par exemple ; même si je n'aime pas ce mot, dans le cas qui nous intéresse, il est opératoire) revient à marcher sur une jambe. Même remarque si l'on oublie la philosophie. Il faudrait voir comment cette stimulation réciproque s'est faite et en repérer les étapes. Mais cette remarque me paraît lumineusement juste. En somme l'erreur des Lumières seraient d'avoir voulu régenter un domaine qui n'était pas de sa compétence. Réciproquement, l'erreur du clergé, des théologiens, de l'Église-institution aurait été de vouloir régenter la pensée dans un champ qui n'était pas de sa compétence, celui de la société et de la politique.
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L'historiette promise hier vous sera relatée demain.

1 commentaire:

tippel a dit…

Effectivement sur l'histoire, et les propos de la ministre YADE peut-être est-ce vrai. Mais il faut le prouver.
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