mercredi 4 septembre 2013

Nouvelles de la Résistance : droits de la conscience contre oppression d'état, deuxième billet du 4 septembre 2013

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Toujours dans les ouvrages de Gustave GAUTHEROT sur les massacres de la Révolution, ce passage très court qui montre bien comment des gens simples ont pu répondre avec une finesse et un courage extraordinaire à des fanatiques auxquels il se pourrait bien que monsieur PEILLON se rattachât, la guillotine en moins, l'arrachement aux déterminations qui ne lui conviennent pas en plus, ce qui est une forme infiniment plus subtile de violence :
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"Marie-Jeanne LANGLOIS, âgée de 22 ans, paysanne normande, domestique chez un fermier du village de Lévi (Seine-et-Oise), avait été dénoncée pour propos contre-révolutionnaires par le citoyen TOUCHET, curé constitutionnel de la commune. Elle comparut le 8 mai 1793 devant le Conseil de la Commune, déclara qu'elle était « aristocrate », que « les curés nommés par le peuple n'étaient pas légitimes », et qu' « elle mourrait martyre plutôt que de renoncer » à ses opinions. Son maître, le citoyen LARONDEAU, affirma que, si cela dépendait de lui, « il lui couperait la tête par [pour] ses propos ». Elle fut aussitôt arrêtée et envoyée au Comité de sûreté générale de Versailles, « ce qui pourrait servir à la découverte de quelque complot ».
Le 21 mai, Melon SAUVÂT, membre du Directoire départemental, l'interrogea. — Melon était le prénom nouveau que François SAUVÂT avait choisi dans le calendrier républicain.
Voici quelques passages de l'interrogatoire :
« Demande. Votre maître vous a-t-il donné des sujets de mécontentement? — Réponse. Non. — D. Vous parlait-il d'affaires publiques? — R. Non, jamais; d'ailleurs il n'y connaissait rien. — D. Vous y connaissiez-vous? — R. Non, je ne m'y connais pas. Je ne m'y connais que pour la religion. — D. Connaissiez-vous le curé de Lévy? — R. Je le connais comme on peut connaître un prêtre quand il demeure dans sa paroisse; je n'ai jamais eu affaire à lui. — D. Pourquoi le désapprouvez-vous (d'avoir prêté les serments prescrits par la loi)? — R. Parce que celui qui a des pouvoirs pour le temporel n'en a pas pour le spirituel. — D. Expliquez-vous. — R. J'explique que l'homme qui a le droit de faire des lois pour le temporel n'en a pas pour le spirituel. — D. Qu'est-ce qui vous a si mal instruite? — R. C'est le Seigneur qui m'en a instruit; je n'ai besoin de personne pour m'en instruire... — D. Est-ce que vous croyez en Dieu? — R. Oui, j'y crois. Est-ce que nous ne sommes pas ses enfants ? Si vous n'y croyez pas, en qui croyez-vous donc ?"
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(Mademoiselle LANGLOIS sera guillotinée quelques temps après cet interrogatoire.)
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Il me semble qu'il est parfaitement justifié de rapprocher cette scène de ce qui dit Hannah ARENDT [dans son post-scriptum au Tome I de la Vie de l'esprit (La pensée)] à propos de la conscience : "Quelle que puisse être la voix de la conscience, on ne saurait la qualifier de muette, et sa validité dépend entièrement d'une autorité qui surplombe et dépasse toutes les lois et règles simplement humaines".
 
Il est très important de souligner que dans sorte de définition fulgurante de la conscience, ou pensée qui se reploie sur soi, Hannah ARENDT ne parle pas de Dieu. Elle parle d'une autorité qui dépasse TOUTES LES LOIS ET REGLES SIMPLEMENT HUMAINE. Et cette autorité là, elle est inscrite ontologiquement au cœur de l'homme.
 
En d'autres termes, il serait important, si la chose était possible, de pouvoir déterminer si en élaborant des lois aussi importantes que celles qui ont été prises ou vont être prises, les décideurs et les législateurs ont bien écouté la voix de leur conscience, et non celle de leurs désirs, de leur projet d'avenir, de leur idéologie, de leurs calculs ou de leur goût de pouvoir.
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